TRAITÉS DE PAIX DE SZISTOVA ET DE JASSY
Pologne; avec la Suède, et de plus avec l'Angleterre et la Hollande. La Prusse s’enigagenit même à déclarer la guerre à la Russie et à l’Autriche, pour rétablir l'équilibre, et à restituer la Gallicie à la Pologne.
Mais Léopold IL, qui succéda à Joseph If, chercha à ramener la paix, qüi sé trouva hâtée par le besoin qu’avaient toutes les
puissances de s'opposer aux armes redoutables de la France et à
sés idées plis redoutables encore. Un traité fut conclu à Szistova entre l’Autrièhe etla Porte, d’après les fau quo de 1788 ; l’Autriche restitua ses conquêtes, notamment la Valachie et la Moldavie; et la Porte, le district sur la rive gauche de la Haute-Unna. Les prisonniers de guerre furent rendus sans rançon par la Porte : premier exemple de ce fait contraire aux idées religieuses des musulmans. Cette guerre, entreprise sans motif plaasible, coûta à l’Autriche trois cent mille hommes; puis il s’en fallut de fort peu qu’elle n’eût avec la Prusse et la Pologne une guerre qui, dans ce momeñt, aurait été détisive.
La Turquie cependant n’était point heureuse par les armes : les Russes, cofimandés par Souvarov, gagnèrent du terrain; enfin elle entra aussi en négociations avec eux. La paix de Jassy établit le Dniester pour limites entre les deux empires. La Russie abandonnaïit ainsi la Bassarabie, Bender, Akkerman, Kilia, Ismaïlov et la Moïdavie; la Porte se portait garante contre les pirateries des Barbaresques et les inéursions des Tartares.
Les alémas avaient beau promettre le paradis à ceux qui étaient tués en combattant, les échecs militaires entretenaient un mécontentement parmi les musulmans, qui se traduisit par des incendies journaliers; Sélim, devenu farouche et soupçonneux, n'osait presque plus sortir de son palais. Lorsque là révolution français: t'evint menaçañte pour le monde, il s’unit aux puissances chrétiennes pour la réprimer, maïs en vain. L'esprit de réforme envahit les Turcs eux-mêmes, et Sélim peut être compté parmi les rois et ministres innovateurs de l’Europe. Il brisa le pouvoir des vizirs en réduisant le divan à la forme des conseils d’État européens ; il essaya de régénérer le caractère national et de réprimer la licence des janissaires ; mais cette milice le renversa du trône.
Quant à la Russie, nous n’avons pas seulement à énumérer ses victoires ; elle rapporta la peste de sa première guerre avec les Turcs, et comme les généraux ‘ordonnèrent de n’y pas croire, elle devint terrible. A la fin de 1770, elle envahit Kiev, puis Moscou : le gouvernement assurant que c’était une épidémie, on ne prit pas de précautions; les trois quarts des habitants de
17 août.
1791, DETTTA
6 janvier.
” Moscou quittèrent la ville, où il mourut jusqu’à huit cents per-
sonnes par jour; il en périt soixante mille, avec l’accompagnement ordinaire de férocité et de superstitions que nous n’osons plus dire l’apanage exclusif des barbares. On rapporte que cent trente mille victimes succombèrent avant que l'hiver, très-rigoureux cette année, fit cesser le fléau.
Des Mongols, dont les plus orientaux sont appelés proprement Mongols, habitent au nord de la muraille de la Chine et dans le désert de Kobi, où ils dépendent de l’empire céleste sur lequel leurs ancêtres ont dominé. Au nord de leur territoire, autour du lac Baïkal, résident les Bourattes, les plus féroces de cette nation. A l’ouest, sur le versant méridional et septentrional de l’Altai, errent les Kalmouks ou Éleuths, divisés en Khochots, Soniors, Derbets et Torgoouts, qui se désignent sous le nom de Derben-
. Oret, c’est-à-dire les quatre peuples confédérés.
Les Khochots, nommés Toufans par les Chinois, étaient les anciens maîtres du Thibet; on les distingue en noirs et en jaunes, et le dalaï-lama est choisi parmi les derniers : tous sont sujets des Chinois. En 1758, une partie des Soniors, tous les Derbets et les Torgoouts entrèrent en Russie, où ils occupèrent les steppes du Volga. Le vice-khan Dondoudidaschi, institué par le dalaïlama, pria Élisabeth de nommer son fils son successeur ; ce qu’elle fit, en lui assignant une pension de cinq cents roubles,
Ce sont de vaillants cavaliers ; chaque chef de famille possède de cent à quatre mille chevaux ; aussi la Russie en tira-t-elle parti pendant la guerre de Sept Ans pour dévaster la Prusse. Mais les Soniors et les Torgoouts voyaient à regret l’impératrice introduire parmi eux le christianisme, l’agriculture et la conscription, tandis qu’ils voulaient conserver leur existence nomade et leur lamisme ; en conséquence, leurs prêtres les excitèrent à abandonner le pays. Après avoir fait secrètement leurs préparatifs, ilsse:rirent en marche , dans l’automne de 1770, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs esclaves et leurs troupeaux, saccageant les établissements de pêche et de commerce situés surle Volga et la mer Caspienne. Les cosaques du Jaïk leur barrèrent le passage; ils en tuèrent beaucoup, et arrêtèrent les autres. Sur cent mille familles dont se composait l’émigration, ils en refoulèrent douze milletrois cents; le reste s’ouvrit un passage et gagna l’empire chinois, qui les accueillit, et ne voulut pas les rendre à la Russie malgré ses réclamations.
Catherine était aussi inébranlable dans ses desseins qu’insatiable dans ses plaisirs et rusée en politique. Après la paix de
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