ADMINISTRATION DE CATHERINE
Kaïnardji, elle s’occupa avec ardeur de rendre son empire florissant et d'embellir ses résidences. La prospérité lui avait réconcilié ses sujets; elleles éblouit par les récompenses qu’elle distribua, et par les monuments qu’elle éleva pour immortaliser ses victoires.
Elle accorda toutes sortes de privilégés à la noblesse, que Pierre IL avait affranchie ; elle affichait la dévotion pour s’affectionner le peuple, tandis qu’elle se faisait bien venir des philosophes par une incrédulité de parade. Chaque année, elle réunissait les ministres des différents cultes à un dîner de tolérance; elle accueillit les jésuites proscrits, et leur permit d'établir en Russie un collége; ellé prodigua les éloges et les récompenses aux soldats et aux généraux ; elle introduisit l’inoculation, en s’y soumettant elle-même, ainsi que son fils. Elle aimait les fêtes et la magnificence, façonnait les seigneurs russes anx manières françaises, et leur faisait lire les ouvrages français qu’elle se chargeait de traduire elle-même.
L’habitude des petites intrigues gâtait ses grandes, qualités. Naturelle dans la vie privée, habile à dissimuler dans la vie publique, elle savait commander à sa colère et à ses vengeances. Au milieu des saturnales de son palais, au milieu des jalousies d’Orlof et de Potemkin, qu’elle savait réprimer, elle tendait au loin les filets d’une politique habile. Si la galanterie et les amants influèrent sur ses décisions, elles furent toujours des plus avantageuses pour la Russie. Avide de distractions, elle ne trouvait à sa cour que des hommes grossiers et vicieux, qui ne songeaient qu’à exploiter sa libéralité et à la flatter. Religieuse par politique, philosophe par mode, savante en histoire, ses ministres n'étaient que des secrétaires à qui elle dictait ses dépêches. Panin seul avait conçu l’idée d’un gouvernement tempéré, et il osa le proposer à Catherine, qui l'aurait accepté, n’eût été Bestouscheff. Elle concevait de grands desseins , mais se confiait trop dans la fortune. Plus désireuse de paraître que d’être, elle appelait les étrangers, leur promettait des priviléges, la liberté de leur culte, la faculté de s’en aller quand ils voudraient ; mais elle les laissait mourir de faim : elle fondait des villes, et ces villes restaient sans habitants; elle poussait le commerce, et il était tout en faveur de l’Angleterre; elle encourageait les arts, mais les étrangers seuls s’y livraient ; enfin, elle négligea les moyens lents qui l’auraient aidée à vaincre l’ignorance superstitieuse, à déraciner les habitudes brutales de la servitude.
Toujours avide de se grandir dans l'opinion du monde civilisé,
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