‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 94 sur 245 · ME · texte numérisé non relu

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elle disait que la glaire consistait dans l’approbation des hommes de génie, et la recherchait en prodiguant aux dispensateurs de la renommée les roubles et les louanges, Elle faisait ainsi vanter son esprit, ses connaissances, et porter aux nues par les philosophes les ukases inexécutables qu’elle promulguait et oubliait ; mais elle s’arrangeait pour que ses réformes fussent annoncées longtemps à l'avance et exaltées après : c’est par ces moyens qu’elle se fit pardonner ses forfaits, et passa pour une héroïne.

Tous les ouvrages publiés en France lui étaient envoyés sur le-champ ; elle fit traduire le Bélisaire de Marmontel par quatorze personnes de sa cour, dont chacune fournit un chapitre, mais le meilleur fut le sien. Elle envoyait à Buffon les sujets rares trouvés dans ses États, avec des lettres flatteuses ; le savant y répondait en l’appelant, « tête céleste digne de régir le monde entier, » ou en souhaitant une nouvelle invasion du Nord vers le Midi, « pour la régénération de cette partie de l’Europe, plongée dans la fainéantise. »

Lorsque les encyclopédistes furent inquiétés en France, elle songea à les appeler à Saint-Pétershourg pour qu’ils pussent y terminer leur ouvrage. Elle proposa à d’Alembert de se charger de l'éducation de son fils, attira Diderot , et se plut à l’entretenir tant qu'il ne lui parla ni des droits du peuple ni de l'avenir, En effet, son libéralisme n’allait pas plus loin que celui de Frédéric; néanmoins Voltaire s’autorisait de son exemple pour reprocher aux Français certains abus qu’ils toléraient encore, Il faut voir, dans leur singulière correspondance, comment Catherine quête l’approbation de ce roi de la renommée, et avec quelle coquetterie elle le courtise; quelquefois , elle s’abandonne jusqu’à lui vanter « l'aîné des Orlof, qui a l'âme d’un Romain, et qui est digne des plus beaux temps de la république. » Tantôt, c’est le démembrement de la Pologne, exécuté pour propager la tolérance religieuse , qu’elle veut lui faire approuver ; tantôt , elle lui laisse entrevoir le projet d’affranchir les serfs de l’empire, plus souvent celui de délivrer la Grèce.

« À propos d’orgueil, lui écrivait-elle , je veux vous faire ma confession générale, La guerre avec le Turc a été couronnée des plus heureux succès, et je m’en suis réjouie, comme il était naturel. J’ai dit : La Russie sera enfin connue, on verra que c’est une nation infatigable, qui possède des hommes d’un mérite éminent; que les ressources ne lui manquent pas, qu’elle peut faire la guerre, et se défendre vigoureusement quand elle est attaquée. Pleine de ces idées, je ne songeai nullement à Ca-

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