ADMINISTRATION DE CATHBAINE II
therine, qui, Âgée de quarante-deux ans, ne peut plus croître ni de corps ni d'esprit, mais doit restor telle qu’elle est. Ses affaires prospèrent-elles, tant mieux. Vont-elles mal, elles cherchers à les rétablir le mieux possible. Voilà mon ambition, je n’en ai pas d'autre. »
Voltaire lui répondait avec cette familiarité de protecteur : Un temps arrivera, madame, je le dis toujours, où la lumière viendra du Nord. Votre majesté impériale a beau déve; je vous Jais éloile, et étoile vous seres.
Afin de se conformer à l'allure philosophique, Catherine convoqua à Moscou une commission qui devait préparer un code destiné, selon les idées d’alors, à régir les cent races qui habitent l'empire. Des députés du sénat, du saint synode, de chaque collége, de la noblesse , des villes, des paysans libres , des paysans de la couronne, des soldats agricoles, des Cosaques, se rendirent aux ordres de la souveraine. L’instruction qui fut donnée à ces législateurs, dont beaucoup ne savaient pas même écrire, était toute philanthropique, libérale, mais de fort peu d’à-propos. On y parlait à de braves gens, soumis à leurs popes , élevés dans une docilité absolue, la langue des disciples de Voltaire; on leur citait des maximes et des fragments de Montesquieu , le tout pour le bien et la plus grande gloire de l'empire. On dit que, dès la première séance de cette mascarade arrangée en l’honneur de la philosophie française, un Samoyède , qui raisonnait mieux que les utapistes, s’écria : Vous sommes des gens simples et droits; nous faisons paitre nos rennes, et nous n'avons pas besoin d'un autre code; faites-en plutôt un pour les Russes nos voisins et pour les gouverneurs que vous nous envoyez, afin de réprimer leurs brigandages. Bientôt Catherine avoua ( c'iose facile à prévoir ) impossibilité de l’entreprise (1) ; elle congédia en conséquence les Jégislateurs, distribuant à chacun d’eux une décoration en or, qu’ils vendirent aux bijoutiers.
S’apercevant alors combien l’application repoussait les théories
(1) Lorsque Frédéric eut pris connaissance du projet, il en félicita l'impératrice; puis, en le rendant au comte de Solms, il écrivit au bas çe qui suit : « J'ai lu avec admiration l'œuvre de l’impératrice, et je n’ai pas voulu lui exprimer tout ce que j’en pensais pour qu’elle ne me prit pas pour un flatteur. Mais je puis vous dire à vous, sans offenser sa modestie, que c’est un œuvre mâle, nerveuse, digne d’un grand homme. L'histoire raconte que Sémiramis commanda des armées ; la reine Élisabeth passa pour bonne politique ; l'impératrice reine montra beauconp de fermeté au commencement de son règne; mais aucune femme n’avait encore été législatrice : c'était une gloire réservée à l’impératrice de Russie. »
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absolues et subites de ses philosophes, elle introduisit de lentes innovations. Les libellistes pourtant ne l’épargnèrent pas, et ce n’est pas sans raison; car, dans ce règne de quarante années, rempli d'événements très-divers, elle montra des qualités grandioses et les vices les plus bas. On ne peut méconnaître en elle la
vigueur du caractère, l’habileté , la justice, une activité infati-
gable et un talent particulier pour gouverner les hommes. Elle rendit définitive l’abolition de la chancellerie secrète, supprima usage de crier le mot et la chose, en déterminant les crimes de haute trahison ; elle organisa le sénat, fonda des hôpitaux pour les. enfants trouvés, établit l’Académie , en y affectant des pensions pour faire voyager, pendant trois ans, les douze membres les plus distingués ; en outre, elle institua des colléges pour les femmes, de telle sorte que ce pays barbare parut florissant. Les Russes firent plus de progrès en savoir et en politesse qu’ils n’en avaient fait depuis un siècle; mais la civilisation française était transplantée parmi eux sans y être enracinée, On faisait venir du dehors les maîtres et les livres; il en résulta que cetie nation n’eut rien de chevaleresque, et que, dans son passage rapide de la grossièreté aux raffinements, elle n’a pas connu cet âge intermédiaire, l’âge des nobles élans et du sentiment religieux.
Les guerres avaient accru la dette publique; Catherine altéra les monnaies et introduisit l’usage du papier. Elle fonda une banque territoriale, pour avancer des sommes aux propriétaires et aux communes; un mont-de-piété, des maisons pour les veuves et les femmes en couches, un. collége de médecine, des écoles de marine à l’anglaise. Lorsqu'elle apprit que dix bâtiments marchands de ses États étaient passés de l’Archipel . dans la mer Noire, elle en fut aussi heureuse que d’une victoire; quand les îles Aléoutiennes furent découvertes, elle y envoya des naturalistes et des savants pour les explorer. Nous devons aux expéditions scientifiques faites par ses ordres les immortels travaux de Pallas et de Gmelin, ainsi que le dictionnaire d’Adelung ; elle envoya des jeunes gens à Pékin, sous la direction d’un archimandrite, pour y apprendre la langue et les sciences du pays.
Catherine nourrissait de grands desseins , et se proposait notamment d'ouvrir trois canaux : le premier, entre les mers Blanche et Caspienne; le second, entre la mer Caspienne et la Baltique ; le troisième, entre cette dernière et la mer Noire. Les Anglais étaient presque seuls en possession du commerce
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