ADOLPHE FRÉDÉRIC II
valles des sessions, l'autorité administrative était partagée entre le sénat et le roi, qui ne se distinguait des sénateurs que par un vote double ; ne pouvant faire la guerre, ni lever des troupes, ni disposer des emplois ou des finances, ni ouvrir les dépêches adressées. par les ministres étrangers , il restait un fantôme de souverain.
Il n’est pas besoin de dire que cette oligarchie n’épargnait rien pour le rabaisser. Dans la diète de 1723, on lui demanda compte d’un rubis de la couronne qu'on disait avoir été vendu, et il fut obligé de respecter tous les joyaux. L’ordre qu’il avait donné de faire arrêter dans la première cour du palais les carrosses des sénateurs, lorsque les siens entraient dans la seconde , parut une affaire d’État. Une sentinelle fut citée pour avoir barré le passage à deux dames; le roiayant ordonné de lui rendre la liberté, comme relevant de lui, on s’en émut comme d’une atteinte à la liberté, et une diète fut convoquée pour en délibérer. Le journal l’Honnéte Suédois soutenait que le roi ne possédait d’autre prérogative que celle d’être roi, et qu’il la perdait même à l'instant où il violait son serment; cette feuille exagérait encore les attributions exorbitantes des diètes.
Les paysans, à qui l'expérience avait appris que l'autorité royale était pour eux une protection contre les abus aristocratiques, demandèrentsa réintégration ; mais les nobles tinrent bon, et , dans le Règlement pour la tenue des diètes, ils étendirent, au contraire, l'autorité de ces assemblées jusqu’à leur attribuer l’initiative des lois. |
Ainsi se trouvaient détruites l'influence au dehors et la concorde au dedans. Une corruption effrontée régnait dans les rangs appauvris de la noblesse , et les diètes étaient comme un marché dont les membres se vendaient à des agents soudoyés par les
puissances étrangères. Le pays était partagé entre les deux fac-
tions des Chapeaux et des Bonnets, les uns penchant vers la France, les autres vers la Russie. Ce que l’une proposait était toujours rejeté par l’autre ; on calomniait les intentions , et les mesures lesplus préjudiciables à la patrie trouvaient des défenseurs. Il n’y avait plus de liberté individuelle, plus d’impartialité ni de justice, plus de respect pour la propriété ; les idées de droit et de morale étaient confondues. Les Chapeaux proposèrent de conquérir la Livonie, et il fallut pour cela entrer en guerre avec la Russie. Les Suédois furent défaits, et l’on en rejeta la faute sur les généraux Lewenhaupt et Buddenbrock, qui furent décapités. Frédéric de Hesse-Cassel, mari d’Ulrique, sœur de Charles XII,
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Maison de Holstcin,
avril,
plein de valeur à la tête des armées, supportait impatiemment les contradictions de détail, et s’irritait des entraves constitutionnelles sans oser les briser ; il se laissait diriger par le comte de Horn, et, réduit à la nullité politique, il s’en dédommageait par un faste que lui permettaient ses grandes possessions en Allemagne. Aimant les sciences, il fonda l’académie d’Upsal : adonné à la galanterie, il s’éprit de passion pour Edwige de Taube, dont il eut plusieurs enfants; ayant trouvé un évêque assez complaisant pour lui déclarer qu'il était licite de contracter un double mariage, il épousa sa maîtrese, et Ulrique le laissa faire.
Comme il n'avait point d'enfants de cette princesse, Adolphe- Frédéric de Holstein, beau-frère de Frédéric I°', fut désigné pour lui succéder. Le nouveau souverain sut échapper à la domination de la czarine , qui voulait prendre ce royaume sous sa protection, comme la Pologne ; il fut soutenu par les potentats qui avaient intérêt à diminuer l’influence de la Russie. Pendant la guerre de Sept ans, la Suède, poussée parles Chapeaux, fit beaucoup de mal à la Prusse, mais en se ruinant elle-même sans faire aucune acquisition , ce qui faisait dire à un contemporain : « Le trésor public manque tout à fait de fonds, le peuple de pain, les campagnes de cultivateurs, les mines d’ouvriers. » Quand l’argent russe fit prévaloir les Bor:ts, ils dirigèrent les affaires aussi mal que leurs rivaux, etinten.èrent des procès à leurs adversaires.
Adolphe-Frédéric, n’ayant pas, comme son prédécesseur, de grandes richesses personnelles, se trouvait à la merci des diètes : elles exigèrent que la reine, qu’on accusait d’avoir engagé ses joyaux pour se faire un parti, s’humiliât jusqu’à les présenter, et contestèrent au roi le droit d’élever son fils, à qui elles imposèrent un gouverneur; enfin elles lui enlevèrent jusqu’au droit de signer, en l’obligeant à faire faire une griffe avec laquelle le sénat pût signer pour lui. Ne pouvant rien opposer à ces exigences, il abdiqua, et le trône resta vacant six jours ; puis il se décida à y remonter. Mais, dans une diète nouvelle, où Louis XV prodigua l'or aux Chapeaux, qui travaillaient à détruire la constitution de 1719, les Bonnets, soutenus par la Russie, le Danemark et l’Angleterre , eurent le dessus sans autre résultat que de se montrer aussi avides de vengeance et d’argent qu’incapables de rétablir les finances. .
Ces luttes, dont l’intérieur du royaume fut si fort agité, n’eurent aucune influence au dehors, et n’offrent d'intérêt qu’à cause du poëte et historien royal (1)quiles a racontées et qui, appelé à monter
(1) Gustave IT, Écrits politiques.
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