‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 107 sur 146 · DIR · texte numérisé non relu

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Ai.

duit l'argent monnayé, institue le cens, distribue le peuple en classes et en centuries , et substitue le vote par centuries au vote par tribus,

Servius est assassiné par Tarquin, son gendre, qui, devenu le tyran de ses sujets, reçoit d’eux le surnom de Superbe; il se concilie l'amitié des alliés, bâlit le Capitole , achète les livres sibyllins prédisant les destinées de Rome. Mais son fils ayant attenté à l'honneur de Lucrèce, cette matrone se tue, Collatin, mari de la victime , Lucrétius son père , Junius Brutus son parent, expulsent Tarquin pour venger le sang répandu; la monarchie fut détruite un an après l’expulsion des Pisistratides par les Athéniens, et remplacée par la république sous la direction de deux consuls.

Après avoir repoussé le roi étrusque Porsenna , qui était venu pour rétablir les Tarquins ; après avoir livré une bataille sur le lac Régille, où le courage d’Albus Posthumius et l’assistance des Dioscures firent perdre aux rois leurs dernières espérances, Rome, dans l’exaltation de la victoire etde laliberté, grandit en puissance. Dans les circonstancesdifficiles, elle se confie à l’autorité arbitraire d’un dictateur.

Les plébéiens, opprimés bientôt par les patriciens, se soulèvent et se retirentsur le mont Sacré. Ils obtiennent ainsi l'institution des

tribuns, qui, ayant mission de les protéger, peuvent suspendre

par leur veto les décisions du sénat, et sont investis , par la suite, du droit de convoquer le peuple, de faire des plébiscites, de juger les patriciens. Coriolan, partisan déclaré des nobles, est banni de Rome, lui fait la guerre , etla réduit aux dernières extrémités, quand Véturie, sa mère , parvient à l’apaiser. Enfin les Romains, pour avoir une législation régulière et fixe, envoient recueillir en Grèce les meilleures lois possibles, qui sont inscrites sur douze tables et promulguées par les décemvirs.

Voilà l’histoire des premiers temps de Rome, telle que nous l'ont transmise les prosateurs classiques, et notamment Tite-Live. Il n'est personne qui ne connaisse, depuis ses premières études , les brillants épisodes des Horaces et des Curiaces, de l’augure Accius Nævius qui tranche les pierres avec un rasoir, de Lucrèce et de Brutus , d'Horatius Coclès , de Mucius Scévola , de Clélie, de Ménénius Agrippa, destrois cent six Fabius, de Cincinnatus, de Virginie et d’Appius Claudius, de Camille : histoire et noms auxquels est assuré le privilége de ne jamais périr.

Mais la durée du règne de ces sept rois (1), la variété des faits

(1) Algarotti fut le premier à faire remarquer, dans son Saggio sulla durata

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accomplis par eux, la marche régulière des récits, toujours riches d'événements (1), inspirent des doutes; on est porté à croire que ces récits ont été tirés des poëmes nationaux qui se chantaient dans les banquets, et où l’on représentait, sous le nom d’un homme, le caractère historique et le type d’une époque entière, ou. sous Ja forme d’événements, la formation successive de la cité ainsi que l’origine de la législation romaine. Quant à nous, nous n’osons rejeter entièrement parmi les fables ces traditions auxquelles le peuple romain ajoutait une foi absolue, et qui eurent une grande influence sur la suite de son histoire. Ces seuls mots : Tu dors, Brutus ! poussent le second Brutus à délivrer sa patrie pour imiter le premier ; la haine du nom de roi coûte la vie à César ; le désir de reprendre l'or payé aux Gaulois décide d’une guerre,

de’ regni dei re di Roma (Opere, t. HI), combien il était incroyable que sept rois électifs, qui tous, excepté Romulus, seraient parvenus au trône dans la malurité de l’âge, et dont quatre finirent de mort violente, eussent régné 244 ans; ce qui fait pour chacun une moyenne de 35 aus. A Venise, quand on ne choisissait pas seulement des hommes âgés, et que le doge était réellement le chef de l’armée et de l’État, quarante doges gouvernèrent de 805 à 1311. C'est une moyenne de douze ans et demi pour chacun. De 1587 à 1763, sept rois électifs occupèrent le trône de Pologne, et, bien que ce soit la plus longue durée de règnes que nous connaissions en ce pays, elle est de soixante-huit ans moindre

que celle des rois romains. Les sept souverains polonais qui avaient précédé ré-

gnèrent de 1455 à 1586.

Les royaumes héréditaires donnent pour durée moyenne de vingt à vingt-deux ans. Ainsi, en France, les sept premiers Valois, dont quelques-uns montèrent fort jeunes sur le trône, et dont aucun ne périt de mort violente , régnèrent de 1328 à 1498, c’est-à-dire 170 ans. Les six premiers Bourbons, de 1589 à 17992, c’està-dire deux cent trois ans, à peu près quarante ans de moins que les sept rois latins ; mais les quatre derniers remplissent un espace de cent quatre-vingtdeux ans ; l'un fut d’ailleurs roi à dix ans, deux à cinq. Le règne moyen des trente-trois Capétiens , de 987 à 1792, est de vingt-quatre ans.

Le sept rois d'Angleterre, depuis Henri VIS jusqu’à la république, donnent cent soixante-quatre ans, quatre-vingts ans de moins que ceux de Rome, bien que Charles 1°* soit le seul que la mort n'ait pas atteint dans son lit. Les sept princes qui vinrent après la république, partie électifs , partie héréditaires, régnèrent cent sept années. Sept rois anglais de la maison d'Anjou durèrent deux cent vingt-deux ans, et les derniers Stuarts d'Écosse deux cent vingt-sept. Sept princes russes, à commencer d’Ivan I, en 1335, jusqu'à Ivan IV, mort en 1584, nous donnent deux cent quarante neuf ans. Six rois d'Espagne, les derniers de la maison d'Autriche, et Philippe V, le premier de celle de France, remplissent un intervalle de deux cent quarante-deux ans.

(1) Niebubr et Michelet sont ici presque toujours nos guides. Nous avons en outre consulté les Doutes, conjectures et discussions sur différents points de l'histoire romaine , par P. Cn. Lévesque, dans les Mémoires de l’Institut de France; Hooke, Discours et réflexions critiques sur l'histoire et le gouvernement de l'ancienne Rome, Paris, 1834. — Sur l'incertitude de l’histoire des premiers temps de Rome, voyez la note B, à la fin du volume,

Critique.

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