PÉRIODE
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Mais qui peut dire jusqu’à quel point le mélange de la mythologie grecque, la vanité des rhéteurs, l’ambition des généalogies ont altéré la vérité? Si des intclligences puissantes comme celles de Vico et de Niebuhr sont parvenues quelquefois, par une sorte de divination , à des découvertes des plus heureuses , elles n’ont pu néanmoins arriver à cet ensemble qui satisfait complétement la raison , et la tâche de l’historien en est encore réduite à la critique. Essayons donc d’en faire à notre tour.
On nous dit que Latinus était né de l’'Hyperboréen Pallante , ou d’Hercule , et d’une fille de Faunus , ce qui peut indiquer l’association d’une nation septentrionale avec les indigènes. Évandre, qui vient d’Arcadie, est la symbolisation des Pélasges. Une tradition fort ancienne faisait passer dans le Latium une colonie de Troyens fugitifs , après la chute d’Ilion. Timée écrivait en 490 que les Laviniens conservaient dansleurs temples des statues troyennes en argile ; le sénat romain motiva même plusieurs fois des traités sur cette croyance. Il n’est donc pas vrai qu’elle ait été introduite ultérieurement par les Grecs; elle était nationale, ce qui pourtant ne signifie pas qu’elle füt vraie, et n’indique peut-être rien autre chose , sinon que la ville d’Albe fut, comme Troie, fondée par les Pélasges (1). Énée peutsymboliser ces Pélasges, vaincus dans les conflits héroïques et contraints de s’exiler. Longtemps avant Virgile, la tradition faisait combattre Énée avec Turnus ( forme latine de Tyrrhenus ) et avec Latinus ,qui mourut dans le combat (2). Le mariage du chef troyen avec Lavinie (3) représente le traité de paix et d’union entre les naturels et cette poignée de vaillants aventuriers.
Ilse pourrait que cette poignée de Troyens fût même parvenue à s'emparer du pouvoir ; mais la liste des rois d’Albe est à coup sûr variable et de date récente, Aux premiers jours de Rome, les fables mêmes révèlent le caractère du peuple qui les inventa, caractère
(1) Les Pélasges parlaient l’éolien, et beaucoup de mots éoliens se trouvent dans le latin, princi palement pour désigner les institutions primitives, comme tpux. nûc, tribus ; xvpio, curia; classis, de xñouç ; plebs, de xAñlos ; clientes, de xüev.
(2) Senvius, Comment. sur l'Énéide, LV, 620 : Cato dicit, circa Laurolavinium cum Æneæ socii prædas agerent, prælium commissum : in quo Latinus occisus est, fugit Turnus. Plus loin (F, 267) : Secundum Catonem, :Eneam cum patre ad Italiam venisse, el propler invasos agros contra Latinum Turnumque pugnasse, in quo prælio periit Latinus. Eufin Servius dit (IX, 745): Si veritatem historiæ requiras, primo prælio interemptus est Latinus in arce.
(3) C'est ainsi qu'Évandre marie à Hercule sa fille Launa , et que Laurina, fille d’un autre Latinus œnotrien, épouse Locrus.
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énergique, persévérant, mais dur et implacable. Peut-être les sept collines étaient-elles occupées par autant de villes pélasgiques ou étrusques, lorsqu’une bande de pâtres sabins les assujettit. Rome, bâtie sur le Palatin , détruisit la ville de Rémurie, sa sœur, qui la brava ; Quiris s'élevait sur le Quirinal ; de là les Quirites et Numa. Que les premiers habitants ou dominateurs fussent Sabins , c’est ce que démontre le poëme historique qui fait régner le Sabin Tatius avec Romulus, et succéder Numa à ce dernier, ce qui amena la réunion des deux collines.
Dans le vallon intermédiaire , on construisit comme limite le temple de Janus à la double face, afin qu’il veillât sur l’une et l’autre ville ; les portes du temple restèrent ouvertes en temps de guerre, afin qu’elles pussent se secourir mutuellement , et fermées durant la paix. afin que des communications indiscrètes ne troublassent pas la bonne intelligence. Pour opposer aux Étrusques ou aux Albains une résistance plus vigoureuse , elles contractèrent réciproquement des mariages, formèrent un sénat unique, une seule assemblée élective, et convinrent de n’avoir qu’un roi, choisi tour à tour dans l’une et dans l’autre ville , ce qui fit dire : Populus Romanus Quirites, et ensuite, Populus Romanus Quiritium.
Ces deux peuples unis formaient les deux premières tribus des Ramnenses et des Titienses, auxquelles vint s’ajouter la troisième, celle des Lucères, composée des Albains que Tullus Hostilius transporta sur le mont Cœlius. Les cent sénateurs que Tarquin l’Ancien adjoignit aux deux cents en exercice furent pris dans cette dernière tribu et appelés patres minorum gentium.
Les dieux furent mis en commun , ce qui fit créer troisflamines, le flamine Dial ou de Jupiter, le flamine Martial ou de Mars, le flamine Quirinal ou de Quirinus ( Romulus ). Les vestales, qui d’abord n’étaient que deux, furent portées au nombre de quatre; puis Tarquin l'Ancien en créa deux autres, qu’il prit dans les familles des nouveaux sénateurs (1).
Les noms que l’on nous a fait apprendre comme ayant appartenu à des rois ne sont probablement que des désignations appellatives de caractères idéalisés. Romulus , en effet, est un demi-dieu, et Numa s’entretient avec les dieux, ce qui trahit la personnification mystique. Ces dieux-rois pourraient donc représenter deux époques successives , l’une héroïque , l’autre sacerdotale. Romulus recoit le jour de Mars, le dieu sabin, et d’une prêtresse de Vesta ,
(1) Denys n'Haricaunasse, IE, 67, I mérite d'être pris en considération plus
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