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oserpine, d’Euliens; de Brun-
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Quirites, et un Sabin succéder à Romulus, nous sommes porté à croire que Rome fut subjuguée par ces voisins aborigènes.
Numa Pompilius , bien que Sabin, a tout le caractère sacerdotal de l’Étrurie ; peut-être personnifie-t-il une peuplade sacerdotale, qui serait venue civiliser les guerriers de Romulus Quirinus. Dans l'incertitude des origines romaines, ce que l’érudition saisit toujours le mieux sont les faits nombreux attribués à l’Étrurie : cérémonies du culte souvent confondues avec celles de l'État ; législation religieuse , qui pénètre dans la législation civile et politique, dont elle règle les droits et les formes concentrées dans les mains d’une aristocratie sacerdotale, sont des choses étrusques, de telle sorte que la Rome primitive est le meilleur commentaire de l’Étrurie antique. Les lettres et les cérémonies toscanes furent , dit, on, introduites sous Numa avec l’année de douze mois; le culte du dieu Terme consacra la propriété, et le peuple fut distribué en corps de métiers (1). On commence à rédiger des annales, comme on le faisait dans les villes d’Étrurie, et la farouche cité des Romains-Sabins prend un aspect religieux ; toute justice se fonde sur les dieux, comme il arrive à l’origine des peuples, quand toute chose se fait par les dieux et pour les dieux. La maison appartint aux Lares , la tombe aux Mânes ; le mariage fut un dieugénie , les criminels furent consacrés (2) à la divinité vengeresse, le fils impie aux dieux des pères, à Cérès l’incendiaire des moissons ; les guerres aussi furent sacrées.
Plusieurs ressemblances, et surtout la vénération pour le bœuf (3), ont induit quelques savants à supposer que la religion fut apportée à Rome par des prêtres indiens ; d’autres la font venir de la Grèce ; selon nous, elle dérive d’une source plus ancienne et commune , modifiée par les croyances nationales et par la nature du peuple. Les Romains n’eurent dans le principe que deux Lares seulement , Vesta et la Pallas troyenne, divinités pélasgiques; ils admirent ensuite le Latin Janus et le Sabin Mars, dieu de la guerre
(1) L'exercice des arts mécaniques était pourtant défendu (Denys D'HAL., IX), et, sauf quelques-uns de ceux qui avaient trait à la guerre, tous les autres étaient abandonnés aux esclaves.
(2) C’est la formule des Douze Tables : Sacer esto.
(3) Schlegel émet cette opinion. Dans Pline, VI, 45, et dans Valère-Maxime, VIN, 1, 8, il est fait mention d’un citoyen qui fut accusé et anis à mort pour avoir tué un bœuf de labour, alin de régaler un homme de mauvaise vie. Varron dit, de Re rust., U, 5 : À bove aratore antiqui manus ila abstineri voluerunt, ut capile sanxerint, si quis occidisset. Voy, aussi Cicéron, de Nat, deor., 63; et Élien, Hist. div., V, 14.
Numa.
Prêtres.
et père de leur fondateur, en conservant à côté d’eux toute une génération de divinités champêtres. C’est par là que la religion romaine se distingue déjà de la mythologie grecque; puis, nouveau témoignage de supériorité , elle attribue à tous les dieux des fonctions analogues à la conservation et au perfectionnement de l'homme. L'introduction des trois grandes divinités étrusques, qui n’eut pas lieu sans luttes, fut un acte important.
Les augures, que l’on consultait au moyen de rites regardés par le culte ancien et nouveau comme supérieurs à celni des dieux, proscrivirent l’un après l’autre les autels qui empêchaient d’étendre l’enceinte du nouveau temple; mais il fut impossible d’abtenir l'éloignement de Terme et de Jeunesse, deux divinités appartenant à cette religion des génies propre aux anciens Italiens.
Lorsque la famille des divinités fut complétée à Rome après l'expulsion des rois, nous la trouvons composée des douze dieux Consentes, six mâles et six femelles : Jupiter, Neptune, Vulcain, Apollon, Mars, Mercure, Junon, Vesta, Minerve , Cérès , Diane, Vénus, appelés aussi grands, nobles, célestes, dii majorum gentium. Les di selectiouintermédiaires, dont le culte paraît remonter à l’âge des Tarquins, sont Saturne, Rhéa, Janus, Pluton, Bacchus, le Soleil, la Lune, les Parques, les Génies, les Pénates. Viennent ensuite les dieux inférieurs , divisés en indigetes et semones : aux premiers appartenaient Hercule, Castor , Poliux, Ellée , Quirinus ; aux autres, Pan, Vertumne, Flore, Palès, \verruncus, Rubigus. On y ajouta plus tard des êtres moraux et des divinités empruntées aux nations soumises (1).
(t) Le plus grand nombre des divinités romaines de premier ordre ont des noms grecs, plus ou moins modifiés. Il est inutile de faire mention de Bacchus, Ifercule, Latone, Thémis, Proserpine, Esculape, Pollux , Castor, du Soleil, des Heures, des Muses, des Grâces, des Nymples, de la Lune (apocope de £e- Xivn), etc. Mais, pour s’en tenir aux dieux de premier ordre, ilest facile de faire dériver Jupiler de Zeds marño, Juno de Zñv ou Atwvn, Apollo on Phæbus des appellations identiques, Ves{a d'Ectiéo, Cérès d”"Epz, avec la gutturale. Quant à Mars, il viendrait d’’Apnç avec adjonction de l'M; Neplunus de véw, vige, j'ondoic; dans le dialecte éolien, xt prend souvent la place de oo, el la terminaison unus est commune à Portunus, Vertunus, Tribunus, ete. Consus, autre nom de Neptune, viendrait de Iôvros, le K prenant souvent la place du x, comme de névre vient quinque. Vénus ne dériverait pas de venire ni de feo (racine de fœtus, fœmina), mais de edvaïx, ebvneooo, ou edvous; Vulcanus, de ghéyw et pX6E, racine de fulgeo, fulgo, fulmen ; Mercurius ne serait pas tiré de merx, mais de “Epu, par transposition, comme forma de popzä , et avec la finale xoÿpos ou xñpuË; Minerve, de son énithète ’Evépea, par allusion aux dépouilles de l’ennemi, qui lui élatent dédiées , avec l'M préfixe et le digamma éolique , Mevéol'eæ. Voy. A, Huurunc, Die relig. der Rômer ; Erlangen, 1836, 2 vol. in-8°.
Jute une religion is, noulieux des ment de "usques,
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La religion romaine fut toujours aride, prosaïque et toute politique, à la différence de celle des Grecs; en Grèce, elle est libre, indépendante, tandis qu’à Rome les patriciens la renferment dans un système combiné tout à leur avantage. L’Ancile, bouclier de Mars tombé du ciel , le Palladium, le sceptre de Priam, le char de Jupiter, venu de Véies, les cendres d’Oreste, la pierre conique, le voile d'Hélène ou d’Iliona , constituaient sept gages sacrés de l'existence et de la prospérité de Rome (1). La ville avait deux noms, exprimant force et fleur (2), plus un troisième qui restait secret. Les seuls patriciens avaient le privilége des auspices , qui sanctifiaient la propriété, les mariages, les jugements ; des souvenirs historiques se rattachaient à toutes les fêtes, afin d’associer la religion, la politique et la morale.
Avec Tullus Hostilius l’histoire se détache des dieux et se fait humaine ; peut-être retrace-t-elle le temps où la fierté latine prévaut sur la domination sacerdotale. Horace tue sa sœur, et le père exerce le droit patriarcal en absolvant le fratricide. Métius Suffétius est écartelé ; Albe, détruite par la ville sa fille, lui cède la suprématie qu’elle avait exercée dans une ligue de cités italiques, premier fait qui révèle déjàle système de Rome, de s’affilier les peuples étrangers, en les absorbant dans la cité, et d’envoyer des colonies sur le territoire conquis. Mais Tullus Hostilius, qui voulait usurper les fonctions du sacerdoce et s’immiscer dans les
rites fulguraux, est tué d’un coup de foudre ou par la vengeance
sacerdotale.
Ancus Martius se présente avec une double physionomie ; il fait en même temps des conquêtes et des constructions (2), civilise, communique les religions et introduità Rome les Étrusques.
(1) Canceuuert, Le selle cose fatali di Roma antica.
(2) Roma, Flora. On prétend que son troisième nom, celui qui restait mystéricus , était Amor, anagramme de Roma, afin d’exprimer la sainte union qui devait exister entre les citoyens. Les pontifes seuls pouvaient le prononcer dans les sacrifices , et malheur à eux s'ils leussent révélé au peuple ! Le nom de Flora était sacerdotal ; il fit instituer les fêtes Florales, Floralia, et donner plus tard son nom à Florence. Le nom civil et vulgaire de Rome venait peut-être de pop, force, ou bien de ruma, qui, dans le latin primitif, signifiait mamelle, et qui nous rappelle le Jiguier ruminal sous lequel furent nourris Romulus et Rémus. G. Schlegel, se souvenant de l’obüap &pouens d'Homère, admet cette dernière étymologie, en l'appliquant aux collines qui s'élèvent au milieu de la Campagne romaine.
(3) I ouvre le port d’Ostie, et longtemps après nous frouvons les Romains sans marine; il publie les mystères de la religion, et pendant des siècles encore ils furent ignorés des plébéiens ; il établit les Latins sur le mont Aventin, et une loi rendue longtemps après distribue entre les plébéiens les terres de l’Aventin.
Tullus.
Hostilius.
Scrvius, Tubius,
Tarquin le Superbe,
Un lucumon étrusque parvient à lui succéder; et le règne de Tarquin l’Ancien indique peut-êtré l’époque où Rome futentevée aux Sabins et conquise par les lucumonë de Tarquinies ; l’âge étrusqüe remplace l’âge mythologique et sabin. Alors le patriciat sacré des Étrusques l’émportésurle patriciht guërrier des Sabins ; les arts etles richesses d’une nation policée entrent dansles murs de Rome. On rapporte à cette époque des conquêtes étendues et des constructions auxquelles suffiraient à peine plusieurs générations. Tarquinl’Ancien, dont le regard auraïtpu embrasser toutson royaume, s'empare du territoire des Sabins, des Latins, et soumet la grande nation des Étrusques. Or, ‘peu de temps après ; la seule ville de Clusium mit Rome à deux doigts de sa ruine, et il fallut dix années de siége aux Romains pour s’emparér de Véies.
Ces contradictions nous portent à croire que Tarqüin donna à Rome la force dont il avait essayé vainement de faire jouir l'Étrurie, c’est-à-dire l'union, en la mettant à la tête d’une confédération qui comprit quarante-sept cités, celles peut-être qu’Albe avait dirigées avant sa destruction,
Un autre lucumon, Cœlius Bibenna, sorti de l’Étrurie avec une foule de clients et de serviteurs en armes, s’empara du mont Cœlius, ainsi nommé depuis pourhonorer sa mémoire. À sa mort, un de ses compagnons , Mastarna, fils d’un esclave, entre dans Rome avec les restes de cette armée et parvient à régner sous le nom de Servius Tullius (4). Il dut favoriser les gens de sa classe et ceux qui étaient arrivés récemment dans la cité. Afin que les plébéiens, c'est-à-dire les étrangers, participassent âu pouvoir, il proportionna les droits politiques, non plus à l’illustration des familles, mais à leurs richesses. La tradition populaire lui attribua le mérite de tous les avantages que la plèbe mit des siècles à acquérir : il rachetales débiteurs que leur-insolvabilité avait réduits à l’esclavage, éteignit les créances, distribua les terres entre les plébéiens, etrassembla les Latins sur lAventin, colline plébéienne en dehors des murailles patriciennes et consacrées par les augures.
Mais la faction aristocratique (2), afin d’anéantir les franchises
(1) Ce fait, ignoré de Tite-Live et de la plupart des historiens, nons a été transmis dans un discours prononcé par l’empereur Claude, à l’occasion de l'admission des Gaulois de Lyon dans le sénat. Ce discours, gravé à Lyon sur le bronze, fut publié par Juste-Lipse; et c’est un renseignement d'autant plus digne de foi que l’empereur Claude avait, comme on le sait, écrit une histoire des Étrusques.
; (2) Fe faction fut secondée par la méchante Tullie, fille de Servius, mariée à arquin,
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concédées par Servius, fait alliance avec lés lucumons étrusques, qui, sous lè om de Tarquin le Superbe; reviennent dominer datis Rome, sañs l’assentiment des curies ; pour tuer la liberté; ils opprimefit à la fois les nobles sabins et les plébéiens latins; et rouvrent les prisons féodales. Les rites et les divinations étrusques , ainsi que le langage symbolique (1), reprennent fâveur sous les lucumons de Tarquinies. Les anciennes divinités sont banhies du Capitole, à l'exception de trois qui sont étrusques, et qui deviennent pat la suite Jupiter, Junon, Minerve. Le fils de Tarquin s'empare de Gabies, qui offre encore, comme ün monument de sa grandeur, les murs du sanctuaire de Junon; Tarquin sacrifie lui-même le taureau, sur la collino d’Albe, dans les féries-latines.
Cependant les tribus primitives, soit par suite d’iñjures privées, soit pour défendre leurs franchises, s’insurgèrent contre les Tarquins ét les chassèrent en abolissant le gouvernement sacerdotal. Porsenna , {ars ou roi de Clusium, à l’instigation de la dynastie exilée, vint conquérir Rome; qu’il prit, bién que défendue par Horatius Coclès (2), et qu’il traita avec une extrême rigueur; il ne permit aux Rotnains de se servir du fer que pour les travaux de l’agriculture (3). On ignore la durée de cetté domination, et comment les Romains s’en affranchirent : le fait est qu'après l'expulsion des roisét la bataille près du lac Régille, où péritlarace des anciens héros, les patriciens constituèrent deux consuls annuels, élus dans leur classe,
L’intérprétation confuse des mots roi, peuple, liberté, nuit à l'intelligence complète de ce passage d’un état de choses à un autre. Ces rois n'étaient ni absolus hi héréditaires, et leur action était entravée par le sénat, les patriciens, la commune, les institutions religieuses et nationales, les liens de la clientèle. A Rome, dans l’origine, tout est sacré : le droit est sacré; aux dieux seuls
(1) Par exemple, les pavots de Gabies. |
(2) Horatius seul vent dire avec tous ses clients et servitenrs. Dans le langage héroïque, le chef seul est compté; les autrés sônt des choses, La formulé s’en est conservée pour les rois, et nous disons encore Alexandre conquit l'Inde; Napoléon vainquit à Austerlitz, etc. Rome, qui possédait dix milles de territoire autour de ses murs, fit don à Cuoclès de terres d’un circuit égal à celui que deux bœufs. peuvent parcourir en un jour de marche, c’est-à-dire de trois milles carrés, Exagérations qui révèlent l’origine poétique dé la tradition, de même que les bracelets d’or des soldats du Sabin Tatius.
(3) Ce fait, bien opposé à la leçon vulgaire, est attesté néanmoins par Tacite, Hist., III, 72 : Sedem Jovis oplimi maximi, quam nec Porsenna dedita urbe, neque Galli capta temerare potuissent ; et par Pline, XXXIV, 39 : In fœdere quod, expulsis regibus, populo Romano dedit Porsenna , nominatim comprehensum invenimus, ne ferro nisi in agricul{ura uterentur,
Gouverncment,
Tribue,
appartient l'initiative des affaires humaines, qu’ils exercent par l'intermédiaire de la caste sacrée des patriciens ; les magistratures, même la suprême, sont des sacerdoces, Numa se fait inaugurer sur une pierre mystérieuse ; les consuls, les préteurs et les censeurs conservent, même plus tard , les auspices, et le ciel répond à leurs interrogations. Le pomærium, premier asile du peuple, est sacré et orienté à l’imitation du ciel ; les murailles qui l'entourent sont sacrées, et c’est un crime de les franchir.
La famille romaine est constituée sur le culte des aïeux et le dogme de la solidarité. Le père est une espèce de dieu déchu ; il crée presque en donnant la vie ; par ses œuvres et celles de ses fils, il mérite de devenir lare. L’hérédité entraîne l'indispensable obligation des sacrifices expiatoires annuels; ils sont accomplis par les descendants mâles avec une exactitude tellement rigoureuse que, si un débiteur meurt insolvable et ne laisse qu’un esclave, celui-ci est affranchi pour que les sacrifices ne restent pas suspendus. C’est pour cela que les limites de toutes les propriétés sont déterminées par le dieu Terme.
Les actions judiciaires sont solennelles. La classe sacerdotale parvient à désarmer le peuple, qui ne se montre plus ariné dans la ville, et les conquérants du monde deviennent gens togata. La contestation civile est sacramentum, et la peine corporelle supblicium. Le foyer domestique est un sanctuaire.
Mais la liberté humaine prévaut sous une forme séculière ; les patriciens étrusques différaient déjà des asiatiques en ce qu'ils réunissaient le double caractère du prêtre et du guerrier. Le patricien romain, allant plus loin, soumit la religion à l’État, et, se séparant tout à fait de la théocratie, constitua un corps choisi de citoyens, pères et fondateurs de la patrie, élisant un chef(rex) pour présider à leurs délibérations, les mener au combat et rendre la justice. Le même patricien pouvait être roi, général et pontife : comme roi, il convoquait l’assemblée du sénat et celle du peuple ; il prononçait des condamnations, même contre les patriciens, mais avec appel au peuple, c’est-à-dire à la commune (1); il disposait aussi du territoire des va incus.
On entendait par peuple la réunion des trois tribus, forme commune aux sociétés antiques, et dont, par conséquent, il est utile de s'occuper.
Les tribus sont ou de famille ou de lieu. Les premières, unies par la communauté d’origine , ressemblent aux castes ; entièrement
(1) Comme il arriva pour Horace , coupable de fratricide, Tirg-Live F1, 98,
ercent par sistratures, inaugurer tles ceniel répond beuple, est entourent
hieux et le déchu ; il de ses fils,
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icerdotale iriné dans ogala. La elle sup-
lière ; les jw’ils réupatricien séparant citoyens, our prée la juspontife :
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, unies èrement
distinctes et sans se fondre par le mariage, elles diffèrent encore par les dignités , et leurs membres peuvent descendre , mais non s'élever. Si la religion intervient, comme dans l’Inde, aucun mélange ne les altère ; autrement, les formes vont s’adoucissant , jusqu’à produire l'égalité (4). Les familles précédant l’État, elles ensont considérées comme des éléments nécessaires, et rien n’appartient à la république qui n’appartienne à une famille (gens) par dérivation légitime. Seulement, ilarrive parfois que, par grande condescendance , l’homme libre y est admis, ou même une famille nouvelle, lorsqu'une des anciennes est éteinte , et qu’il faut compléter le nombre rituel.
Les tribus territoriales correspondent , au contraire , à la division du pays en districts eten bourgades ; de sorte que quiconque possède dans cette circonscription, au moment de l'institution, se trouve membre de la tribu , à laquelle ses descendants continuent d’appartenir, quand même ils auraient perdu ou échangé leurs propriétés. Il se forme donc une espèce de généalogie, bien que moins rigoureuse,
Sun peuple ainsi constitué se transplante dans un autre pays, ilconserve la forme primitive; mais il admet dans son sein les étrangers qui lui prêtent secours, et les répartit dans les diverses tribus , selon des convenances diverses, sans qu'aucun lien de sang ou de patrie existe entre les membres d’une même tribu.
Chaque tribu sedivisait en dix curies, comme qui dirait paroisses, chacune ayant ses jours solennels et ses sacrifices suivis de repas publics , auxquels tous les membres de la curie devaient assister. Un curion préposé au culte et un augure étaient élus par le peuple dans chaque curie.
Les tribus se trouvaient ainsi composées de diverses gentes , sans qu'aucun lien de parenté ou de dérivation fütnécessaire, non-seulement entre elles , mais dans une gens prise en son entier, pas plus qu'il n’y en a, cheznous, entre personnes portant le même nom de faille : aussi, dans la même gens, les uns étaient-ils nobles ct les autres plébéiens , quand ils étaient issus de mariages disproportionnés.Un culte commun les unissait (2) ; ils héritaient les uns des autres , en l'absence de dispositions testamentaires , et donnaient leurs noms à leurs affranchis, qui restaient alors leurs clients.
La clientèle se transmettait par hérédité : les clients furent peut-
(1) La noblesse de Venise parvint à cette égalité.
(2) Ainsi les Nautiens, gens Nautia, révéraient Minerve ; les Fabiens, gens Fabia, Sancus ; les Horatiens , gens Horatia, expiaient par des dévotions particuiières ie meurtre d’une sœur égorgée, etc.
Gens,
Clients
être dans l’origine des citoyëñs des villes alliées, qui, pour habiter dahs Rome , étaient dans la nécessité d’y avoir uh patron; ou bien des délinquants et des débiteurs, venus pout chercher un asile près de l'habitation d’un homme puissant. Le cliént était tenu de faire preuvé de déférerice ët d'affection ehvets son patron ; il devait l'aider à paÿer sès âtnendes, à doter ses filles, à le tacheter s’il était prisonnier; s’il mourait intestat, sû succession appartenait au pätron. Entre patrôh et client, il n’y avait poifit de citation en justice, et ils ne rendaient pas témoignage l’un contre l'autre. Si le client se trouvait sans profession ou dépourvu du nécessaire , le patron lui assignait une maisoti êt deux arpeñts de terrain à titre précaire. Mais s’il était vrai, Cortime on l’enseigne dans les écoles, que chaqué plébéien eût ün patricien pour patron , l’histoite de Rome , toute rerhplié de luttes entre les aristocrates et la plèbe, serait üne énigme.
Un Dans l’origine, il y avait deux assembléés à Rome , les comices
par curies. Cüriates et le sénat. Les premières se composaient des geñfes , ét les patriciens des trente curies, dans lesquelles les trois tribus étaient distribuées ; avaient seuls le droit d'y voter. Les chefs de chaque tribu, de chaque curie ét de chaque maison, formaient les
Sénat. trois cents sénateurs : autorité qui se perpétua sous toutes les formes de gouvernement.
Plébe. Lorsqu'un pays était conquis, son territoire tombait dans le domaine de l’État; il en restait à la commutñie une partié, dont jouissaient les patriciens et leurs vassaux. Une autre partie revenait aù roi, qui en assighait un tiers aux aficiens propriétaires. Les vaincus forrhaïéht la plèbe. Conduits À Rome, ils étaient admis à la bourgeoisie, mais sans avoir droit de suffrage, parce qu’ils n'étaient pas compris dans les curies, qui seules avaient qualité pour voter ; ils ne pouvaient contracter de mariages légitimes, et se trouvaient encliaîhés aux patriciens. Aussi trouvait-on parmi eux des familles illustres; il ne faut donc pas les confondre avec les clients et lés vassaux, qui n’y entrèrent que plus tard , c’està-dire après léxtinction des anciennes familles et les progrès de la liberté.
Dans des gouvernements aristocratiques de ce genre, le pouvoir finit, à mesuré dé l’extinction des familles, pat se concentrer dans les mains de quelques oligarques. Les rois, pour réprimer ceux-ci, favorisaient donc la classe plébéienne, qui constituait la plus grande partie de l’armée , et que nous voyons déjà
sous Ancus former une portion libre et nombreuse de la nation; mais la première mesure en faveur de la classe inférieure fut prise
, pour häbià patron ; ou chercher ni ht était tenu patron ; il le tacheter sion apparinit de cital'uri contre rvt du né:
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par Tarquin l’Ancien, qui doubla les cerituriés des chevaliers, et choïsit des familles plébéiennes illustres pour remplir les vides survenus dans le patriciât. Servius Tulliüs organisa la plèbe en la distribuant par tribus localés, dats lesquélles fut inscrit tout citoyen non patricien , jouissant d’une certaine aisance ; ainsi s’éleva, à côté du peuple des patricieñs, la commune des vaincus, qui se réunissait en comices par tribus , avec ses juges, ses édiles , ses tribunaux propres. Afin que tous agissent dans un intérêt commun, Servius distribua les patriciens, les cliehts et les plébéiens, tant de lacité que de la campagne, en centuüries , appelées à participer, en prôportion de leurs richesses, au suffrage dans les comices par centuries, comitia centuriata; ayant donc conservé les six cénturies de chevaliers patriciens, il en forma douze autres de chevaliers plébéiens , assez riches pour s’équiper à leurs frais en témps de guerre. Le reste de la plèbe fut divisé en cinq classes ét organisé comme une armée; il y avait en tout cent quatre-vingt-tréize centuries, dix-huit pour l’ordre équestre , et cent soixanté-quinze pour le reste du peuple. Les cénturies $e divisaient en déux sections, l’une des plus jeunes (juniorum), comprenant tous les citoyens dé quinze à quarante-cinq ans ; l’autre des plus dgés (seniorum), comprenant tous ceux de quarante-six ans à soixante. Pour la guérre, la première classe donnait trente centuries de princes (principes) et dix centuries de triaires ({riarii) ; la deuxième et la troisième classe en donnaient aussi quarante, dont vingt pour les hastats (hastali) et vingt autres pour les triaires; la quatrième fournissait dix centuries d’hastats , et la cinquième, trente centuries de troupes moins pesamment armées. Le reste servait dans l’infanterie légère. La première classe, ayant assez d’aisance pour se pourvoir d'armes à l'épreuve , était placée au premier rang.
L'organisation de Servius Tullius avait pour objet d’amalgamer les familles patriciennes avec les plébéiens, afin d'assurer à ces derniers la Tiberté et les droits politiques , en laissant toutefois le gouvernement aux patriciens.
Les comicés, ainsi constitués, se réunissaient dans le champ de Mars ; chaque centurie avait un chef. Le sénat proposait les élections et les lois; les comices pouv.ient les rejeter, mais non en proposer d’autres, ni discuter, S'ils approuvaient, il fallait dé plus le consentement des curies. La prééminence restait de toute manière aux patriciens; car ils avaient la majorité dans le sénat, et pouvaient, dans les comices par curies, annuler ce qui avait été décidé dans les comices par centuries, en étouffant le vœu des
piébéiens à l’aide des suffrages de leurs clients.
Comices par centuries,
Gouvernent
me patricien.
IL est probable que les patriciens se servirent de la plèbe pour briser la monarchie sacerdotale (1); mais l'expulsion de Tarquin le Superbe , qui fut une insurrection contre un tyran, et non une révolution dans la chose publique , livra les plébéiens au pouvoir arbitraire des.forts. Cette expulsion, en effet, fut l’œuvre des patriciens, et n’amena point, comme le croient la plupart des écrivains, la liberté populaire; car, la royauté abolie, le sénat resta fermé aux plébéiens, la cité aux vaincus, et la multitude n’eut plus le sacerdoce ni les monarques pour la protéger. Tous les droits concédés dans les premiers jours de la république, sans excepter la provocation de Valérius Publicola, restèrent des priviléges au profit des patriciens. Cette association de peuples de toutes races, qui s’était formée sous les rois, fut alors limitée par la jalousie des aristocrates, qui voulaient maintenir la cité dans un état inférieur, afin de réduire la plèbe à la condition des clients étrusques.
La première pensée de l'aristocratie romaine est de maintenir les limites des champs et celles des classes; elle s’entoure donc de rites et d'auspices, introduit des formules d’une précision rigoureuse , tandis qu’elle refuse à la plèbe le mariage , la famille, la propriété. Les seuls patriciens ont le droit de la lance (jus quiritium) ct des augures; seuls, ils possèdent les terres, dont des c£rémonies sacrées ont réglé le partage, et que séparent des tombeaux; chaque part est renfermée dans une enceinte religieuse,
‘ hors de laquelle il n’y a pas de propriété civile. Mais la religion
est devenue politique; le patricien lui-même accomplit les rites privés, et, s’il maudit quelqu'un (sacer esto), celui-là mourra; il envoie consulter les prêtres de l’Étrurie , ces prêtresqu’ila renversés du pouvoir, bien qu’il sache , au besoin, les contredire et punir l'imposture sacerdotale (2).
La famille constitue un lien politique et religieux d’une grande sévérité. Le père seul est indépendant (sui juris) et despote dans sa maison (3); il peut vendre, battre , tuer ses esclaves, ses scrviteurs, ses enfants. Si sa femme est infidèle, si elle boit du vin, il a droit de la tuer ; l’enfant monstrueux est mis à mort, et les autres peuvent être vendus jusqu’à trois fois, Quelque haut rang que le fils occupe dans la cité, son père peut l’arracher de la chaise curule et de la tribune , et le juger dans sa maison. L’émancipation est un châtiment, car le fils n’hérite plus de son père dès qu'il
(1) Le bas peuple est représenté par Brutus, plébéien, esclave rebelle, (2) Voyez l'affaire de la statue d'Horatius Cociès dans Aucu-Geute, IV, 5. (3) Le mot patron vient de là.
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Mais à côté de ces patriciens qui représentent l'élément oriental, l'unité, lexclusion, l’individualité nationale, s'élèvent les plébéiens représentant le caractère européen, l’expansion , l’agrégation et le progrès; or, tandis que ce caractère succombe en Orient, il prévaut dans Rome , que deux forces opposées poussent à sa glorieuse mission : sans le patriciat, elle aurait perdu son originalité; sans la plèbe , elle n’aurait pas conquis le monde (4).
(1) Adversus hostem ælerna auctorilas, fragm. de la loi des Douze Tables dns Cicéron, de Off, I, 12.
(2) Rome a promis de respecter la cité (civitatem) de Carthage; elle épargne donc les citoyens, mais elle détruit la ville (wrbem ). 11 en fut de même après l'humiliation des Fourches Caudines, et aussi lors des trêves conclues pour tant de jours, et violées de nuit.
(3) Comme Agamemnon immolant Iphigénie ; comme Jephté vouant sa fille au Seigneur,
(4) Voy. Nienvun, ! Nexi, — Micueser, Histoire romaine, t. 1, ch. T. — Cun. F, Scnurzg, Lutte entre l'aristocratie et la démocratie à Rome, ou Histoire romaine de l'expulsion de Tarquin jusqu'au consulat plébéien , Allenbourg, 1802 (allemand). — Siuonius, De antiquo jure civium romanorum. — GRevius, Thes. antig. Rom.,t. Let 11, — BrauronT, La république romaine, ou Plan général de l'ancien gouvernement de Rome, la Haye, 1766 ; Histoire critique du gouvernement romain, Paris, 1765. — TEXIER, Du gou: vernement de la république romaine, Hambourg , 1796. — Bacn, Hist. de la jurisprudence romaine, Leipsick , 1754, 1796. — Huco, Éléments de l'histoire du droit romain , 1806.
b10 TROISIÈME ÉPOQUE.. -
Nous avons vu, en effet, que Rome, à la différence des États orientaux , loin d’exclure les éléments étrangers , tendit à se les assimiler, Geux qui cultivent les campagnes voisines, ne pouvant rester en butte à ses hostilités, viennent y implorer la protection d’un chef de famille, sans être admis à partager les droits civils et politiques, sans mariage légal , sans autorité paternelle, sans personnalité, sans gentilité, sans successions légitimes, sans testament et sans tutelle. Sous les rois, cependant, les plébéiens les plus riches parvinrent au patriciat, et participèrent au droit divin et humain qui leur assurait la liberté individuelle et le droit de posséder. Les plébéiens pauvres, outre le travail des champs, étaient employés à d'immenses constructions, comme la multitude en Égypte et dans l’Inde. L'esclavage avait cet effet que le noble pouvait , comme dans les autres sociétés antiques, se passer de l’industrie des plébéiens, qui se trouvaient ainsi privés des moyens d'acquérir de la richesse et de l’importance, comme ils le firent dans les temps modernes.
Six cent cinquante mille habitants environ, outre les esclaves, étaient agglomérés sur le petit territoire de Rome (1), compris entre Crustumérium et Ostie, sans autre source de gain que les champs et le butin , et entourés d’ennemis qui, durant les guerres fréquentes, pillaient les cabanes et ravageaient les terres. Le plébéien , qui ne pouvait, au milieu des ces continuels dégâts, se livrer, pour entretenir sa famille , à des professions serviles , avait recours à son patron, auquel il promettait d’éteindre sa dette la première fois qu'il irait saccager le pays ennemi. Si l’occasion ne se présentait pas , ou si l’expédition lui rapportait peu, il devait hypothéquer son petit champ (2) , sur lequel le patricien lui prêtait à dix et même à douze pour cent.
Ces patriciens, qu’on nous représente dans les écoles comme peu soucieux de la richesse, aspiraient à agrandir sans cesse leurs domaines , surtout depuis que, par suite de l'institution des comices centuriates , le pouvoir politique ne se mesurait pas d’après la
(1) Nous déduisons ce chiffre des 130,000 individus capables de porter les armes, énumérés dans le cens de Publicola. Quand les consuls chassèrent les Latins, ils leur enjoignirent de ne pas s'approcher de plus de cinq milles de la cité. C'était là la frontière, et jusqu’au temps de Strabon on voyait à cinq ou six milles de Rome un endroit appelé Festi, où était l’ancienne limite du territoire romain. 11 s'étendit par la suite; mais durant longtemps il ne dépassa pas, du côté des Latins, Tibur, Gabics, Lanuvium, Tusculum, Ardée et Ostie; du côté des Subins, Fidènes, Antemna , Collatie ; au delà du Tibre, Cæré et Véies.
(2) Romulns en avait fixé la contenance à deux arpents par tête, Ils furent portés à sept sous la république.
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noblesse, mais d’après les possessions. Or, à défaut de commerce, ils devaient , pour acquérir, ou faire la guerre, ou dépouiller les plébéiens, qui, en effet, voyaieni bientôt la dette absorber leur petit champ (1), et devenaient alors de leurs personnes, c’està-dire avec leur famille entière, la garantie du créancier. L’échéance arrivée, comment le débiteur {nexus) sera-t-il traité ? La loi répond : « Qu'il soit appelé en justice; s’il ne vient pas, prends « des témoins et contrains-le; s’il est retenu par l'âge ou la « maladie, fournis-lui un cheval, mais paint de litière. Que le ri- « che zéponde pour le riche; pour le pauvre, qui voudra. La « dette avouée, la cause jugée , trente jours de délai, puis qu’il soit « appréhendé et mené au juge. Là, s'il ne paye pas, et si per- « sonne ne répond pour lui, le «: Sancier l’emmènera , l'attachera « avec des cordes ou ayec des chaines d’un poids de quinze livres « au plus. Quele débiteur vive à ses frais, et donne-lui une livre de « farine ou plus, à ton gré. S’ilne s’arrange pas, garde-le soixante « jours captif, et présente-le en justice pendant trois jours de « marché, en proclamant sa dette. À la troisième publication, « s’il y a plusieurs créanciers, qu’ils le coupent par morceaux. « Ils peuvent, si cela leur plaît , le vendre au delà du Tibre (2). »
(1) On appelait next, selon Niebuhr, ceux qui se rendaient garants d’un plébéien envers un patricien , en y engageant leur avoir, ce qui comprenait la famille, par l'obligation de satisfaire à la dette au moyen du travail personnel. On désignait encore par ce mot le plébéien qui, faute de payement , devenait l’esclave du patricien , son créancier. Si la dette n’était pas éteinte au terme fixé, les intérêts s’ajoutaient au capital. Vico pense, au contraire (et, ce semble, avec plus de raison ), que les plébéiens tinrent d’abord en fief les terres des patriciens, moyennant un cens annuel. Au cas de non-payement de la rente, ceux-ci pouvaient l’exiger par autorité royale, et se faire adjuger comme esclaves les débiteurs en retard. Il fut facile d'étendre abusivement à toute autre dette cette prérogative féodale.
(2) Le texte, selon Aulu-Gelle, Nuiis attiques, XX, I, 45, est clair : Tertiis nundinis capile pœnas dabant.… Si plures forent quibus reus esset judicatus, secare, si veilent, atque partiri corpus addicti sibi hominis, permiserunt. Tertiis nundinss, parties secanto : si plus minusve secuerunt, se fraude esto (si l’on coupe trop ou trop peu, il n'y aura pas fraude). Cette loi est si atroce que quelques-uns ont voulu l'expliquer dans le sens de la division des biens du débiteur obéré, sectio bonorum. La précision de la loi rend absurde cette interprétation bénigne. On connaît l'anecdote du juif Shylock , prétant à un chrétien à la condition d'enlever à son débiteur un poids déterminé de chair, en cas de non-payement au jour convenu. Celui-ci, hors d’élat de se libérer, comme il l’avait promis, s'adresse au magistrat, qui déclare la convention valable, mais décide en même temps que le Juif aura la tête tranchée, s’il coupe plus ou moins de la quantité fixée au- contrat , si bien que l’usurier est obligé de se désister,
Mais le cas avait été prévu à Rome, où le créancier pouvait, sans encourir au-
Ansnsmsé À ane 1Abilénee
cune peine, iaiiier plus où moins sur là personne de son débiteur, Bien mieux s
Aussi , lorsque survenait une disette, les uns se vendaient euxmêmes, les autres émigraient , ou se précipitaient dans le fleuve. Telle était la liberté donnée par Brutus. Que reste-t-il à faire dans un pareil état de choses et lorsque l'oppression est parvenue à l'excès? Ou, comme les nègres de Saint-Domingue, on met le feu aux habitations des maîtres cruels; ou bien, convaincu de la force de l’union, on présente une résistance compacte, et l’on conquiert pas à pas des droits méconnus : ce fut l’œuvre de l'Italie.
Un jour se présente sur la place publique un vieillard couvert de haillons , les cheveux et la barbe hérissés, ressemblant plus à une bête fauve qu’à un être humain ; mais il porte les insignes que lui ont transmis ses aïeux , et sa poitrine est sillonnée de blessures reçues dans vingt-huit combats glorieux. IL raconte que, dans la guerre contre les Sabins, sa maison a été incendiée, ses troupeaux enlevés ; alors, accablé sous le poids des charges publiques toujours croissantes, sous celui des dettes augmentées par l'usure, il vendit son champ, puis fut arrêté par un créancier, battu de verges , conduit, non pas à un travail forcé , mais dans un véritable
si l’un des créanciers restait inexorable, il conservait son droit, et pouvait tuer ou muliler le malheureux.
Il est possible que la loi ne fût jamais appliquée, ou qu’elle le fût rarement ; que le débiteur se rachetât en consentant à l’hypothèque de sa personne; que ses parents et ses amis offrissent aux créanciers plus qu'ils n’eussent retiré de la vente de leur débiteur ; que les tribuns fussent là pour s'opposer au furieux qui lui aurait refusé toute transaction. T1 n’y a pas longtemps encore que la torture et le duel judiciaire étaient autorisés par le droit criminel anglais, et la vente de la femme
par son mari l’est encore; pourtant maintes dispositions contraires empêchaient au
et empêchent de les mettre en pratique. mé Une loi du dictateur Pétilius Libo Visolus abolit le nexum, l'an 440 de Rome, bé
interdisant pour l'avenir l’hypothèque de la personne, et la faisant cesser pour
tout débiteur qui déclarerait, sous la foi du serment, posséder un avoir suffisant du
pour se libérer, Uf omnes qui bonam copiam jurarent , ne essent nexi, sed so- foi
luti, dit Varrov (de Lingua lat., VII, 105). Les addicli ne pouvaient être mis la
aux fers, sauf le cas où ils auraient été condamnés par suite d’un délit. Nous
voyons dans Plaute que le moyen le plns terrible pour se faire payer d’un débi- w teur était l’addiction ou chartre privée. Tite-Live nous apprend qu’aa temps to même de la guerre d’Annibal, ceux qui étaient condamnés à !a restitution d’une ex somme étaient jetés dans les prisons comme des criminels. Gr
En Égypte, on donnait pour hypothèque le cadavre de son père, et celui qui et ne le retirait pas était noté d’infamie. A Thèbes, en Béotie, le débiteur insol- ts vable était exposé sur la place publique avec une corbeille d’osier sur la tête. d'
Les anciens Italiens le livraient à une bande d'enfants, qui faisaient un grand vacarme, en portant une bourse vide, Saint Augustin raconte ( Cité de Dieu, X1F, 4) que les mauvais débiteurs étaient exposés en plein soleil, Les viles ila: liennes du moyen âge pratiquaient envers le débiteur des usages pareils; on | l'exposait les jours de marché, etc. rel
aient euxle fleuve.
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lieu de torture. L’indignation des uns, la compassion des autres, Pintérêt du plus grand nombre, font que le peuple se soulève , et une foule de voix s’écrient : Vainqueurs au dehors, nous sommes au dedans esclaves, endettés et prisonni-
Ce terrible accord populaire épouvante les sénateurs , qui prennent la fuite. Les insurgés se présentent devant le consul, lui montrentlestraces des chaînes et des coups, etréclament la convocation de l'assemblée. La crainte empêche les sénateurs de s’y rendre , ce qui fait croire aux plébéiens qu’on les abuse. Les patriciens essayent tour à tour de la violence, avec Appius Claudius , ou de la condescendance, avec Servilius, son collègue; mais ni l’un ni l’autre , ni Valérius, élu dictateur, ne parviennent à apaiser la multitude. Les patriciens regardèrent donc comme un bonheur l'irruption des Volsques, contre lesquels ils envoyèrent les plébéiens, en leur promettant que toute exécution contre les débiteurs sous les armes serait suspendue. Les plébéiens se laissent persuader, le serment est prononcé, et ils partent ; mais bientôt, s’apercevant du piége, ils proposent, afin d’éluder le serment de fidélité prêté à leurs chefs, d’égorger les consuls qui l’ont reçu. Toutefois l’avis plus modéré d’enlever les aigles, qu’ils ont juré de ne pas abandonner, prévaut, et ils vont se poster sur le mont qui depuis fut appelé Sacré. Établis dans cette position, ils conservent une attitude menaçante ; ne croyant plus aux fables ni aux flatteries, ils réclament des conditions suffisantes, et l’élection de deux tribuns (1) pour la protection de leurs personnes et de leurs intérêts.
Les tribuns n’eurent, dans le principe , que le droit d’assister aux délibérations du sénat, sans participer au gouvernement ; mais ils avaient pour mission de représenter la commune des plébéiens , de protéger sa liberté, et d’apposer leur vefo aux décisions du sénat : liberté négative, limitée à un seul mot, contrainte parfois à s’arrêter sous le vestibule du sénat, mais sacrée, parce que la personne des tribuns est sacrée. Leur magistrature deviendra
très-puissante , grâce à la force expansive inhérente aux institutions libérales; elle créera le véritable peuple, et, lorsqu'elle sera exercée par des hommes de sens et d'énergie, par un Tibérius Gracchus , elle sera plus profitable que les chartes de nos jours, et le plébéien romain lui devra de s’élever à toute la dignité d'homme.
Si les patriciens sacerdotaux avaient distrait et dompté la
(1) Junius Brutus et Sicinius Bellutus, Voilà encore Brutus, c’est-à-dire le serf rebeiie de ia révoiution contre les Tarquins.