‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 111 sur 146 · HIST, UNIV, = T. UN · texte numérisé non relu

HIST, UNIV, = T. UN

Retraite sur le mont Sacré.

Tribans,

Colonies.

plèbe. à force de l’emplayer à des constructions, les patriciens guerriers parvinrent au même résultat au moyen des guerres. De là, des batailles sans fin, dont nous épargnerons au lecteur les fastidieux détails. Qu'il nous suffise de dire que, le Latium étant divisé entre deux ligues, celle des Volsques et des Ëques d’un côté, celle des Eatins et des Herniques de l’autre, les Romains sé réunirent à la seconde, exterminèrent la ligue rivale , et étendirent le nom de Latium jusqu'aux frontières de la Campanie. De telles conquêtes ne ressemblent paint à celles qui sont accomplies par la fougue momentanée des Asiastiques et des Grecs ; elles sont poursuivies , durant deux siècles , avec une lenteur calculée, un courage indomptable dans les revers, une infatigable activité, qui, dans la paix même, se tient prête au combat, attentive à profiter de tous les événements qui peuvent assurer le succès d’une guerre (4).

Les batailles n’empêchaient pas que, de temps à autre, les plébéiens n’élevassent la voix pour demander l'ager, nom sous lequel les pauvres entendaient du pain, et les riches, des droits. Le sénat offrait alors des terres éloignées enlevées aux vaincus, ou en dehors de la ligne sacrée , et qui, par cette raison , ne conféraient pas la participation aux auspices, ni en conséquence les droits de citoyen. Les pauvres s’y rendaient en colonies , et ces établissements contribuèrent à étenc:e et à soutenir la puissance romaine. .

Quand on voulait envoyer au dehors une colonie, le peuple rassemblé faisait le choix des familles qui devaient en faire partie ; on leur distrihuait à chacune une portion du territoire conquis, et toutes s’y rendaient organisées militairement, sous la conduite de trois chefs, {riunuirs. Une fois que la colonie.était rassemblée à l'endroit déterminé par les augures, on commençait avant tout par creuser une fosse , au fond de laquelle on déposait de la terre et. des fruits apportés de la patrie ; puis on traçait avec une charrue au soc d’airain, traînée par un bœuf et par une génisse , l'enceinte de la cité future , selon qu’il avait été réglé par les aus-

(4) « 11 y aura paix entre les Romains et les cités du Latium , tant que dureront le ciel et la terre. » Denys v'Hautcannasse , I. C'était upe confédération mililaire : dix cités d’abord, pus trénle, ensuite quarante-sept, envoyèrent des

députés à la Fontaine de Férentinum, pour traiter des intérêts communs. Dans la suite , la réunion dite Feriæ latinæ se tint sur le mont Aventin et au Capitole. Voy. Fesrus, au mot Præicr ad poriam. Le jus Eatii consistait dans le droit de mariage entre les deux peuples, connubium, et dans le commercium, qui renfermait la vendicatio et cessio in jus, la mancipatio et le nexum. Voy.

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pices. Les colons suivaient la charrüe , approfondissaient le sillon, et formaient un retranchément avec la terre qui en sortait. Le bœuf et la génisse étaient enfin immolés à la divinité que la colonie choisissait pour protectrice spéciale,

Le sénat avait soin que rien dans la colonie ne füt en apparence différent de ce qui existait dans la métropole. Là ‘aussi l’augure et l’arpenteur déterminaient la distribution de la cité et du champ de chacun, abattaient les bornes et les tombeaux des anciens propriétaires, Les duumvirs tenaient lieu de consuls ; les quinquennaux de censeurs, les décurions de préteurs. La colonie était gouvernée en république ou commune plébéienne, et'fournissait à Rome des levées de troupes ; du reste, elle ne devait être qu’une pépinière de soldats, puisque Rome réstait l'arbitre seule de la guerre. Ces colonies ne se rendaient pas indépendantes , comme les cités grecques , à mesure qu’elles acquéraient de la puissance ; elles ne constituaient réellement qu’üne extension de la métropole. On voyait encore s'élever à côté d’elles d’autres étahlissements formés par de nouveaux étrangers qui , adoptés sous le nom de municipes, avaient moins de faste et plus d'indépendance; mais les uns et les autres se tenaient agglomérés autour de Rome, unique souveraine tessemblant à un patriarche au milieu de sa famille (1).

Si cet exil déguisé donnait satisfaction aux besoins des plus pauvres, il n’abusaïit pas les plébéiens, qui aimaïent mieux demander des terres à Rome que d'en posséder à Antium (2), et qui réclamaient le champ consacré par les auspices dans les environs

de la métropole. Ainsi commencèrent à se manifester les prétentions relatives à la loi agraire ; qui comprenait deux propositions distinctes : la première, qui avait pour objet d’admettre les plébéiens à posséder dans l'enceinte du territoire sacré, ce qui conférait le droit des auspices , source de tous les autres droits civils (3) ; la seconde, de répartir équitablement les terres conquises au prix du sang du peuple tout entier, et usurpées par les seuls patriciens.

Un jeune patricien ; qui avait pris son surnom de la ville vaincue de Corioles, ennuyé de ces prétentions, ouvre l’avis d’affamer la

(1) Au temps d’Annibal , les Romains avaient cinquante-trois coloniès en Italie, Voy. Heyne, de Romanorum prudentia in coloniis regendis. — De velerum coloniarum jure ejusque causis. Opuscula, vol. I et TIT.

(2) Tire Live , I, 1: Mullitudo poscere Romæ agrum malle, quam alibi accipere.

{3) Dane la mo

ne le mover

ns l'antiquité , ceéui qui possédait pouvait.

Loi agraire,

Comices par tribus.

aa,

multitude et de la contraindre ainsi à se taire. La proposition se divulgue , la plèbe s’irrite, les tribuns rassemblent les comices par tribus, et Coriolan est condamné à l'exil, Il s’en vengera en appelant les armes étrangères contre sa patrie; mais le coup est porté, et le patriciat cesse d’être inviolable : à côté des assemblées par centuries s’élèvent les assemblées par tribus, convoquées et présidées par les tribuns , et pour lesquelles il n’est pas besoin d’auspices. La commune plébéienne autorise les tribuns à y faire des propositions, premier moyen qui devait leur donner grande influence dans la législation.

Ceux qui s’opposaient à la loi agraire , Titus Ménénius, Spurius Servilius, et jusqu'aux consuls Furius et Manlius, furent cités devant les comices par tribus. Les patriciens s’effrayèrent de ce coup de vigueur, et le tribun Génutius fut trouvé mort la veille du jugement des accusés; c'était par de semblables expédients que l'aristocratie se débarrassait souvent de ses antagonistes les plus énergiques (1).

Leur chef abattu, les plébéiens étaient au moment de se disperser, et de se courber sous le joug en se laissant entraîner à la guerre, lorsquele plébéien Voléros’oppose à ce qu’onl’inscrive sur le rôle ; la plèbe le seconde, le nomme tribun , et lui donne pour collègue Létorius , qui disait : Je ne sais pas parler, mais ce que j'ai dit une fois je sais le faire. Réunissez:vous demain ; je mourrai sous vos yeux, ou je ferai passer la loi. Mais les patriciens se

- présentent à l’assemblée entourés de leurs clients, et la dureté

inflexible d’Appius Claudius fait encore une fois rejeter la loi agraire. Que fait la plèbe? elle se laisse battre par l’ennemi, et supporte docilement la décimation à laquelle on la condamne (2) ; mais Appius, cité devant les comices par tribus, n’échappe à la condamnation de la commune plébéienne qu’en se laissant mourir de faim.

A quoi se réduisaient les prétentions de cette plèbe que l’& nous dépeint comme l’ennemie turbulente des anciennes institutions ? à réclamer le droit de posséder, et de contracter des mariages solennels, reconnus par la loi, comme ceux des nobles euxmêmes (3). Les patriciens , au contraire , voulant conserver leurs

(1) Dion Cassius le dit positivement (Æxc. de Sent.) : Ol eürérpôar gavepüs uv où névu.. &vrénparrov, Xdôpa à auyvods rüvbpasurétwy épévevév. « Les nobles ne résistaient pas beaucoup ouvertement , mais ils se débarrassaient trattreusement de leurs adversaires les plus audacieux. »

(2) On en mettait un à mort sur dix.

(3) C’est ce que signifie Zentaverunt connubia patrum, non pas : Ils cher-

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priviléges , faisaient de temps à autre élire un dictateur, autorité suprême et despotique devant laquelle se taisaient toutes les autres, même la puissance tribunitienne ; ils envoyaient encore le plébéien à la guerre sous des chefs impérieux et violents, ou bien ils traduisaient devant les tribunaux, où ils siégeaient comme juges , et punissaient quiconque avait élevé la voix avec le plus de force dans le forum et dans les assemblées populaires.

La plèbe persista donc à réclamer les droits qui se rattachaient à la possession des terres, et la promulgation de lois uniformes. Le consulat ayant été suspendu, dix personnages furent chargés de faire ces lois et de les mettre à exécution, deux pouvoirs qui n'étaient jamais séparés dans l’antiquité. L'année suivante , les lois sont complétées par d’autres décemvirs, qui, dévoués aux patriciens , abusent de l'autorité absolue. Appius veut outrager la fille du plébéien Virginius, qui la tue pour lui sauver l'honneur; il court au camp, excite les soldats à la vengeance. et le sang d’une jeune fille fonde la liberté populaire , comme celui d’une chaste épouse avait fondé la liberté patricienne. Les plébéiens , rassemblés sur l’Aventin, réélurent les tribuns et les consuls, qui organisèrent les forces de la démocratie.

Les lois des Douze Tables, de même que tout autre code, n’in-

troduisirent pas des institutions nouvelles ; elles ne firent que con-

solider ou modifier celles qui existaient déjà, et servirent de fondement au droit jusqu’à Justinien, précisément parce qu'elles résumaient les croyances et les coutumesnationales. Rome, placée entre la civilisation avancée de l’Éteurie et de la Grande Grèce’, et la grossièreté des montagnards , était poussée d’un côté vers la première, et retenue de l’autre par l'aristocratie territoriale, conservatrice des anciennes coutumes. Dans les Douze Tables on trouve, en effet, trois éléments distincts : les antiques coutumesde l'Italie, dures.et féroces ; celles de l'aristocratie héroïque, tyrannisant les plébéiens; enfin les libertés que ceux-ci réclament, et qu’ils obtiennent peu à peu. C’est ainsi qu’après invasion des barbares et leur établissement dans la Péninsule, quand les Italiens parvinrent à ressusciter la commune et à se’ gouverner en république ,

chèrent à s’allier avec les nobles, Toute la lutte des plébéiens avec les patriciens est élégamment exprimée par Florus , 1, 26, 5, lorsqu'il dit que les plébéiens voulaient acquérir nunc libertatem, nunc pudicitiam, tum natalium dignilaltem, honorum decora et insignia. Le même auteur, 1, 8, 6, dit (ce dont le loue Ballanche, Palingénésie sociale) : Actus a Servio census quid effecit, nisi ut ipsa se nosset respublica? C'est le Nosce te ipsum, le Tv&û oavtov, que Vico dit avoir été enseigné par Solon au peuple de l’Attique.

Decemvire.

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