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Le père, de son côté, n’a plus un héritier nécessaire, fatal; il peut disposer deses biens et de leur administration par testament, Ainsi la propriété ; enchaînée d’abord à la famille , devient mobile en suivant dans ses phases la liberté individuelle; deux anées suffisent pour prescrire la possession des terres et des maisons, uñe suffit pour celle des biens meublés.
Vico suppose que les lois somptuaires furent promulguées seulement lorsque les Grecs eurent enseigné le luxe aux Romains: nous les croyons plus anciennes, et dirigées contre l’opulence des classes infériéures, tandis que les pontifes, les augures, les nobles, représentant les dieux, peuvent déployer la magnificence danslessacrifices publics et privés, et dans les cérémonies funèbres : Ne façonnez pas le bûcher avec la hache; aux funérailles, trois robes de deuil, trois bandelettes de pourpre , dix joueurs de flûte; ne recueillez pas les veñdres des morts pour en faire plus tard les obsèques; point de couronne au mort , s’il ne l'a gagnée par sa valeur ou par son argent (1); ne faites pas plusieurs funérailles pour un mort ; point d'or sur le cadavre, mais s’il a les dents liées par un fil d'or, ne l’arrachez pas; que personne ne soit enseveli ni brûlé dans l'enceinte de Rome , et cela parce que les tombeaux , servant de bornes; rendaient les propriétés inviolables,
Ces lois ont passé très-anciennement pour avoir été recueillies en Grèce; mais déjà Polybe niait leur ressemblance avec celles des Athéniens, trouvant qu’elles se rapprochaient plutôt de celles de Carthage (2). La comparaison prouve d’ailleurs que, si ceux qui les ont compilées visitèrent la Hellade et la Grande Grèce, ils n’en imitèrent rien , soit dans les dispositions essentielles et caractéristiques du droit personnel, soit dans les formes de la procédure. Il n’existe de rapports que relativement à des objets tenant à un principe de droit beaucoup plus étendu, ou dont la nature exigeait l’uniformité; ce qui permet de. passer sous silence certains détails minimes, concernant l’usage de la propriété (3).
Du reste, on n'y découvre aucune trace des lois religieuses de la
(1) Dans les courses, par exemple, avec ses propres chevaux,
(2) Livre VI, chap. 4 et 51.
(3) La distance, par exemple, entre les haies et les fossés sur la limite des champs ; entre celles-ci et les arbres; la suspension du jugement au coucher du
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Grèce, ni de la démocratie attique, ni des constitutions invariables des Doriens.
Dans Athènes, le mari était protecteur ; à Rome, maître ; au lieu de donner de l'argent à son beau-père, il en recevait. La femme, dès lors, qui apportait une dot dans la maison, conservait une certaine indépendance; elle pouvait accuser son mari, qui jouissait du même droit à son égard , et la séparation était facile. Dans Athènes, le père peut tuer sa fille pour libertinage, etnon pas son fils ; mais il peut refuser de reconnaître le nouveau-né, qui, dans ce cas est vendu comme esclave; il peut encore déclarer son fils indigne , même lorsqu'il est adulte : répudiation qui pas n’a lieu à Rome , où le père , en émancipant son fils, n’abdique aucun de ses droits, Ni l’âge ni le rang n’interrompaient ces droits, tandis qu’à Athènes le fils à vingt ans était inscrit dans la phratrie , c’està-dire devenait indépendant et chef de maison.
Nous pourrions prolonger ces comparaisons , d’où résulterait jusqu à l'évidence que les Romains ne songèrent pas à modifier leur droit d’après un type étranger, et que ceux qui devaient donner au monde l’exemple de la législation la plus sage , ne commencèrent pasleur grande œuvre par des emprunts faits au dehors. Nous pouvons donc rechercher dans les XII Tables les vestiges de l’ancien droit italique; car on ne fit alors autre chose que rédiger par écrit et sanctionner ce qui déjà se trouvait dans la coutume. Vico nie au surplus la compilation même des XII Tables ; il affirme que la seule loi des décemvirs fut celle qui rendait commun à la plèbe le domaine quiritaire des champs, et qu’on rapporta ensuite aux XII Tables, comme à un type idéal , toutes les lois qui, peu à peu, vinrent rendre la liberté égale pour tous.
Que ces lois soient toutes du même temps ou d’époques diverses, l'égalité y est établie en droit; mais il devait s’écouler un long espace de temps avant qu’elle le fût de fait. Le patricien continue de posséder seul les augures, et les formules secrètes indispensables pour donner de l'autorité aux jugements. Le plébéien ne peut se présenter au tribunal qu’assisté de son patron , qui lui dira les jours fastes et néfastes , les cérémonies précises au moyen desqueiles seulement il parviendra à se faire écouter et à obtenir justice.
Bien que les XIE Tables statuassent peu de chose èn ce qui concernait l’État, la démocratie, introduite par les décemvirs dans le droit civil, passa dans le droit politique. Le tribunat, puissance qui n'avait d’autre frein que la nécessité pour les tribuns d’être
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tous d’accord entre eux, fut rétabli; les lois faites par la plèbe assemblée par tribus (p/ebiscita) devinrent obligatoires même pour le noble (4), et les auspices n’y furent point nécessaires.
Forts de cette importante conquête, les plébéiens, sous le tri- Loi Canutéla.
bunat de Canuléius , réclament le droit de mariage avec les patriciens, et finissent par l'obtenir; ainsi fut abattue la barrière qui s’élevait entre les deux classes: Puis ils demandent le consulat; mais les patriciens, plutôt. que de céder, suspendent l’élection de tout consul , en conférant l'autorité judiciaire à des préteurs patriciens, et lecommandement des armées à destribuns militaires chefs de légions, choisis parmiles nobles etles plébéiens, sans droit d’auspices.
Ainsi donc Rome, avec son organisation par gentes et familles, ne restait pas immobile ; elle progressait avec ordre et mesure, en ouvrant aux vaincus les portes de la cité. Les différentes classes du peuple n’étaient pas séparées l’une de l’autre, comme les castes orientales; mais la fleur de chacune d’elles montait toujours à la classe supérieure , que rajeunissaient ces recrues nouvelles. Aussi le soldat, le jurisconsulte , l’orateur, sentaient vivement «4 *. : s'élever, et portaient dans leur nouveaurang, non pas la nr: ce d’un pouvoir certain et héréditaire , mais l’activité de ceaiur qui a dû conquérir sa position. Puis il y avait encore cette série de magistraiures , toutes électives, qui ramenaient une sorte d’examen annuel , et servaient d’aiguillon pour les remplir avec zèle; car c'était le moyen de parvenir à de plus importantes fonctions, et de transmettre à sa famille la dignité, c’est-à-dire l’honneur qu’elles procuraient.
La censure fut créée pour que cet avancement progressif s’accomplit avec ordre , en évitant tout à la fois la précipitation et l’immobilité. Sans pouvoir direct et sans autorité impérative , toutepuissante néanmoins dans le mouvement de la vie publique , elle était conférée , à titre de récompense , à ceux qui avaient soutenu dignement le poids des autres charges. Tous les cinq ans, les censeurs passaient en revue le peuple romain, rassemblé dans le champ de Mars, et , sans autre appareil que leurs officiers et leurs registres , ils inspectaient et épuraient les classes, les tribus, les gentes. À l'appel de leur nom par le héraut, les Romains comparaissaient par classes et par centuries, pour rendre compte de leur avoir et de leur conduite, Les censeurs alors réformaient le clas-
(1) Legem tulere, ut quod tributim plebs jussisset, populum teneret, Tire- Live, LI, 55,
Censure,
532 TROISIÈME ÉPUQUE.
sement selon que le réclaniaiéht les besoins de l’État et les chan- se gements de fortunes , faisant monter les uns, descendre lés autres jusqu’à les confiner parmi les simples contribuables { æ#arii), qui et ne conservaient des droits du citoyen que celui de payer lPimpôt. B Après le peuple venaient les chevaliers ; suivis de leurs coursiers, va qu’ils tenaient par la bride; ceux qui étaient trouvés trop pau- R vres, ou c vpables de quelque-tort, ou peu soignéux de leur de cheval, resiaient privés de celui-ci, en signe de dégradation. Des le sénateurs avaient-ils perdu le cens; ou s’étaient-ils déshônorés , D ils étaient effacés dé l’album et remplacés. D’autres censeurs exé-
Le à: pe Pc cüutaient cette opératioh dans les colonies et dans les municipes; et ils en transmettaient le résultat aux censeurs de Rome, qui déposaient dans le temple des Nymphes les pièces de ce recensement et
général périodique:
Tant que la censure resta dans les mains dû sénat, celui-ci put composer les assemblées législatives de manière à les dominer à son gré; car chaque tribu et chaque centurie n’ayant qu’un suffrage à exprimer, si la foule des citoyens pauvres était resserrée dans un petit nombre de tribus et de centuries, elle succombait sous la majorité de celles que formaient les riches,
Bien que les plébéiens eux-mêmes pussent être élevés au tribunat militaire, on ne conféra pendant longtemps cette dignité qu’à des patriciens ; la plupart se tenant satisfaits de la sécurité accordée à la propriété et aux personnes. Mais cette sécurité était tous les jours en péril : des débiteurs étaient sans cesse conduits dans les prisons particulières ; la misère ne laissait pas aux plébéiens le loisir de s'occuper des affairès publiques , ex l'oligarchie