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CHAPITRE XXX

A la première lueur de l’histoire, nous apercevons les Gaulois dans le pays qui s'étend entre le Rhin , les Alpes , la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan; ils sont aussi dans les deux îles au nord-

ouest de l’Europe, qui font face aux embouchures du Rhin et de la Seine, et annelées, l’une Alb.in (île Blanche), l'autre Zr-in

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Cimbres,

(ile occidentale) (1). Chasseurs'et pasteurs, ils se divisaient en tribus qui formaient autant de peuplade: -éunies par des alliances. Telles étaient celles des Celtes, ou tribu des bois; des Armoriques, ou maritime ; des Arvernes , ou habitants des hauteurs ; des Allobroges , ou du‘haut p2ys; des Helvètes, ou des pâturages; des Séquanes, sur les rives de la Seine; des Éduens ou Bituriges (2). Les Celtes, refoulés probablement par les Aquitains, envahirent l'Espagne, où ils se mélèrent avec les Ibères (Geltibères) et donnèrent leur nom à la Galice. D’autres Gaulois se dirigèrent vérs l’Italie, et une horde nombreuse, sous le nom d’Ambra (3), vainquit les Sicules, et resta maîtresse de la vallée du P6, d’où elle poussa ses conquêtes ju.ju’au Tibre, qui, avec le Nar (la Nera) et le Truente (i Tronto), devint la frontière de leur vaste territoire (4). Ils se divisèrent en trois régions, appelant /s- Ombrie les environs du Pô; Ol!-Ombrie, les deux versants de l’Apennin; Vil-Ombrie, la côte de la mer Inférieure , entre le Tibre et l’Arno : les deux premières comptaient jusqu’à trois cent cinquante-huit bourgades.

Les Rasènes ou Étrusques, qui vinrent s’établir dans la Vil- Ombrie, enlevèrent la domination aux Gaulois, sans toutefois les exterminer, et firent la guerre à l’Ts-Ombrie, qu’ils conquirent peu à peu, et où ils fondèrent douze colonies. Plusieurs, parmi les Is-Ombriens, retournèrent dans la Gaule ; d’autres restèrent dans les vallées des Alpes, et quelques-uns se fixèrent dans le pays entre le Tésin et l’Adda ; les Oll-Ombriens furent aussi subjugués, et réduits à la contrée qui garda le nom d’Ombrie.

La Gaule eut à subir de terribles vicissitudes, dont la plus mémorable fut l’arrivée des Cimbres ou Kymris. Les Cimbres, dont l'origine était peut-être la même que celle des Gaulois, habitaient très-anciennement les vastes régions entre la Chersonèse Taurique, le Palus-Méotide et le Tanaïs. Dans le onzième siècle avant notre ère, ils envahirent la Colchide , le Pont et le littoral de la mer Égée, épouvantant l’Asie et la Grèce, qui les appelaient Cimmériens, et les croyaient anthropophages et d’une race infernale.

(1) L’Angleterre et l’Irlande.

(2) Coille, coilte , bois, forêt, — Armhuirich, voisin de la mer. — 4r, all, haut; brog, village, — Ælva ou selva , troupeau. — Ait, et, lieu. Voÿ. AMÉDÉE Tuenny , Histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination romaine; Paris, 1825, 3 vol. in-8°.

(3) Voyez ci-dessus, chap. XXIV, page 394.

(4) De là le grand nombre de noms gaulois des villes de la haute Italie.

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Dans le septième siècle, les nations scythiques et teutonnes, qui firent irruption sur les côtes du Palus-Méotide et du Pont-Euxin, poussèrent vers l’Europe les Cimbres , dont une partie occupa la Chersonèse Cimbrique (Jutland); d’autres, appelés Boïens ou terribles, s’établirent autour des monts Sudètes et dans la forêt Hercynienne (Bohéme), tandis que les Belges s’+r ‘aient dans: les bois de la rive droite du Rhin. Quelques bande. de ces derniers, après avoir passé le fleuve, s’avancèrent à traversla Gaule jusqu'aux Cévennes, où elles se fixèrent sous le nom de Tectosages, ayant Toulouse pour métropole ; d’autres, commandées par Hésus le Puissant, infligèrent à la Gaule tous les maux à’une invasion violente, ce qui détermina l’émigration de beaucoup de ses habitants, De ce nombre furent ceux qui, sous la conduite de Sigovèse, gagnèrent la forêt Hercynienne, et s’établirent dans les Alpes Illyriennes, ainsi que les Bituriges, les Éduens, les Arvernes , les Ambarres, qui suivirent en Italie le Biturige Bellovèse; ils;se jetèrent , par le mont Genèvre , sur le territoire des Ligures taurins, habitant entre le Pô et la Dora, et se dirigèrent vers la Nouvelle-Étrurie, Là, ayant rencontré les débris de la première invasion, ils adoptèrent, comme un augure favorable, le nom d’Is-Ombriens, conservé par ces anciens Gaulois ; c'était un peuple farouche , dont la politique n’a laissé d’autre indice que la construction d’une forteresse au milieu du territoire conquis, appelée Milan (1) et destinée aux assemblées ainsi qu'aux sacrifices.

D’autres, sous le nom de Carnutes, d’Aulerques et de Cénomans, arrivèrent conduits par Élitovius (2) qui, unissant ses forces à celles des premiers, repoussa les Étrusques au delà du PÔ, fonda Brescia et Vérone. Une troisième horde, composée de Salyes, de Lèves et de Lybiques, fit irruption par les Alpes Marititimes, et s’établit à l’occident, sur la droite du Tésin. Cimbres, Boïens, Lingons , Anamans, secondèrent ce mouvement ; après avoir traversé l’Helvétie, les Alpes Pennines et la Transpadane, ils franchirent l’Éridan (3). Les Anamans peuplèrent Plaisance. Les Boïens, ayant choisi Felsina pour leur résidence, l’appelèrent Bononia (Bologne). Les Sénons, après avoir repoussé les Om-

(1) Mei-land, mon pays; mitte-land, pays du milieu; medio-amnium, entre le Tésin et l'Adda ; Medus et Olanus, deux chefs de bande ; medio-lanæ, de la truie à toison qu’ils y auraient trouvée ; Medelland, ville de la Vierge, sont les différentes étymologies de Milan, Mediolanum.

(2) Ele-dove, le tourbillon.

(3) Suuus Iranicus, VIN, 453 : Æ£ Senonum de nomine Sena. Séna s’appela

ensuite Senovallia : c'est aujourd'hui Sinigaolia.

briens jusqu’au fleuve Æsis, s'arrêtèrent à Séna. La Transpadane se trouva ainsi occupée par les Gaulois, la Cispadane par lés Cimbres, et tout ce pays civilisé par les Étrusques fut livré à la dé: solation et à la barbarie.

De tant de cités florissantes détruites par les Gaulois, pour qui s’énfermer dans des muräilles paraissait une atteinte à la liberté, Mantoue et Melpum , dans la Transpadane, Ravenne, Butrium, Ariminum , dans l’Ombrie , furent les seules qui échappèrent à la ruine générale. Melpum succomba peu detemps après, et lesautres durent se conduire avec la plus grande prudence au milieu de ces térribles conquérants (1). Ils habitaient des bourgs sans mu-railles d’enceinte , n’avaient ni meubles ni aucune des commodités de la vie, couchaïent sur l’herbe ou sur ia paille, ne se nourrissaient que de viande, et: ne s’occuprient que de guerres, Les seules richesses dont ils fissent cas, parce qu'alles pouvaient se transporter, étaient l’argent et les troupeaux (2); ils allaient donc porter le pillage jusque dans la Grande Grèce, en côtoyant la mer Supérieure , et en évitant les montagnards de PApennin et les robustes fils du Latium.

Leur population s'étant accrue, ils voulurent envoyer au dehors une colonie, et trente mille Sénons passèrent dans lÉtrurie, Les Étrusques leur envoyèrent dire: « Pourquoi venez-vous dans «un pays où vos pères n’ont pas habité? » — Nous cherchons « à nous établir ; cédez-nous les terres qui ne vous servent pas, « et nous seront amis. Cette vieille habitude des Italiens de faire appel à l'étranger dans leurs discordes fraternelles, nous ferait adopter assez volontiers l’opinion que les Étrusques excitèrent contre les Romainsles envahisseurs, qui, en effet, marchèrent sur Clusium et Cæré, villes alliées de Rome. Le sénat leur envoya des ambassadeurs pour les engager à s'éloigner ; mais, au lieu de négocier, ces ambassadeurs prirent les armes pour la défense des villes menacées. Les Gaulois Sénens, irrités, marchèrent alors contre les Romains sous le commandement de leur Brenr,, et les défirent sur les bords de l’Allia ; voyant qu’ils ne pourraient défendre leur ville, les Romains l’abandonnèrent, commeles Athéniens avaient fait dans la guerre médique, et Rome fut réduite en cendres. Une poignée de braves se réfugia avec Manlius. dans le Capitole ; mais, ayant perdu l’espoir de résister à l’ennemi,et domptés

(1) Mais comment les Gaulois, qui détruisaient tant de villes florissantes, parce que c'était à leurs yeux une atteinte à la liberté que de se renfermer dans des murailles, fondèrent-its Vérone, Brescia, Séna et Milan?

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par la faim , ils se décidaient à capituler, lorsqu'ils furent secourus à temps. Furius Camillus, oubliant les outrages de la patrie qui l'avait exilé, réunit les fugitifs, est proclamé dictateur, et survient au moment où, à Pesaro ( Pesa-auro), on traitait de la délivrance : à prix d'argent : « C’est avec le fer, s’écrie-t-il, et non avec l'or qu’il faut racheter la patrie! » Il délivra la citadelle, expulsa les Gaulois, et prouva ‘par l'événement. l’immobilité du Jupiter Capitolin; Camille fut: regardé comme le second fondateur de la cité;

Ainsi parle une tradition rond national at patricien aussi riche de poésie que de contre-sens et d’erreurs; mais une autre, plus positive, révèle que les Romains ne se rachetèrent qu’à prix d'or, et que cet or, transporté dans la Gaule et gardé comme:un précieux trophée, fut plus tard reconvré par Drusns. Il est cer: tain que les Gaulois ne vidèrent pas si promptement le pays; mais, campés près de Tibur, que Tite-Live appelle arcem gallici belli, ils parcouraient les campagnes vaisines,et répandaient une telle terreur que les Romains furent au moment d'abandonner Rome , où ls n’étaient pas en sûreté, pour se transporter à Véies : heureusement les patriciens, qui auraient perdu toute supériorité en perdant le territoire sacré, les en détournèrent à l’aide des augures. La ville plébéienne fut alors réédifiée à la hâte et sans ordre, au même lieu où le lifuus étrusque avait d’abord fondé rituellement la cité patricienne.

Les Gaulois, qui s'étaient retirés dans la partie supérieure de l'Italie, appelée de leur nom Gaule Cisalpine, ne cessèrent d’inquiéter la république. Les Romains conservèrent même une telle appréhension des barbares qui avaient ruiné leur ville, qu’ils gardaient exprès un trésor, pour les cas où il y aurait avec eux quelque guerre (éumultus gallicus). Tous les citoyens étaient alors, sans aucune exception, obligés de prendre les armes ; les affaires restaient suspendues , et l’on élisait un dictateur afin de pourvoir à ce que la république n’éprouvât aucun dommage.

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