POLITIQUE EXTÉRIEURE, ITALIE SUBJUGUÉE
Rome réalisait tout à la fois le progrès intérieur et se répandait au dehors ; à la différence des États grecs, qui recherchaient loriginalité , l’isolement, et répugnaient à la fusion des races , elle
s’ouvrait à tous, et se plaçait à la tête d’une société grandissant tous les jours. Rome , en effet, tira sans cesse un nouveau peuple romain de toute nation italique, et telle fut la cause principale de sa grandeur croissante. Les vaincus, comme aliment de ce grand corps, venaient chaque jour renouveler ses forces ; ils n’existaient que pour Rome, mais Rome à son tour leur infusait la vie par les colonies : admirable système de politique, qui lui permit de s’assimiler les peuples avant de les absorber, et qui l'aurait rendue éternelle, si l’excès des conquêtes n’avait pas jeté dans son sein cette foule d’étrangers, cause de réplétion et non plus source de nourriture.
Il est de la plus haute importance d’étudier ce second rôle de Rome, comme action sociale tendant à l’unité, inconnue jusqu’alors dans le monde, et qui étend les barrières d’une petite société au point d’embrasser le genre humain. Au début, les proscrits de toute origine, puis des tribus, enfin des populations et des races entières, viennent se fondre dan: la cité ; tantôt les Albains vaincus, tantôt les Sabins vainqueurs, sont contraints ou déterminés à porter leurs pénates auprès de ceux de Rome. Il est vrai que l’esprit aristocratique restreignit cette introduction d'étrangers ; mais le peuple la désira toujours, et ses partisans, depuis Spurius Cassius jusqu’à César, furent aussi les défenseurs des intérêts italiques.
Mais, à cette époque , un esprit d’invasion et d’injustice provoquait et dirigeait les guerres contre les nations italiotes, qui s’étaient altérées au milieu de ces luttes continuelles. Les Opiques, établis dans la Campanie, peut-être identiques avec les Sicules, reçurent beaucoup de colonies grecques, qui , jointes aux migrations sabines, modifièrent leur développement. Les Étrusques eurent beaucoup de villes dans la Campanie, mais jamais une autorité générale; leur appui servit à consolider une aristocratie campagnarde qui domina les villes, dont la principale était Capoue. Leurs relations avec la Grèce et l'Asie Mineure firent prévaloir le caractère grec parmi les Étrusques. Tarquin avait voulu les rendre puissants ; mais, n’ayant pu réussir, il vint donner la force à Rome, contre laquelle plus tard, comme une mère contre sa fille, Porsenna prit les armes.
Les Romains, poursuivant leur lutte perpétuelle contreles Ëques et les Volsques, battaient l'aristocratie étrusque et s’emparaient des villes sacrées de Tarquinies, Vulsinies, Capène, Fidène, Véies. Le long siége de Véies, qui dura dix ans, obligea de rester sous les armes pendant l’hiver, et, pour la première fois, une paye fut assignée aux soldats, Gette nouvelle dépense put être couverte par
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les richesses trouvées dans la ville; mais, plus tard, il fallut aggraver les tributs,. Rome prit encore Falère, et semblait sur le point de soumettre l’Étrurie entière , lorsque survint le fléau des Gaulois. Cette guerre améliora la tactique des Romains, qui, pour mieux résister aux longues épées gauloises, remplacèrent le casque de cuivre par un casque en fer battu ; ils bordèrent de fer les boucliers, et substituèrent aux fréles et longues jav:lines le pilum, perfectionnement du gais ou gæsum de ces barbares , également propre à parer les coups d'épée ou de sabre, et à frapper de loin comme de près.
Par gratitude envers les habitants de Cæré, qui avaient donné asile aux dieux pendant l’invasion , le droit de cité leur fut accordé : nouvelle exten ion donnée à la politique de l'assimilation. On ne transporte plus les vaincus dans Rome ; c’est Rome qui va au-devant d’eux , et les crée citoyens romains hors du territoire, avec des droits plus ou moins complets. Bientôt les Véiens, les Fidénates, les Falisques et d’autres Ét-usques reçurent ainsi le droit de cité. Quant aux Latins, ils furent domptés par les armes.
Les Romains, qui ne refusèrent pas toujours leurs éloges aux vaincus , ont raconté (1) qu’un Volsque de Priverne, interrogé sur la peine méritée, selon lui, par ses concitoyens , répondit : Celle que méritent des hommes qui se croient dignes de la liberté. Et comme on ajoutait : Si l’on vous pardonne, comment vous comporteres-vous? I\répliqua : Selon quevous agirez vous-mêmes ; siles conditions sont équilables, la paix sera durable et sûre; sinon, elle durera peu. |
Les Samnites, mélange de Sabins et d’Ausones, étaient pour Rome des ennemis redoutables. Cette nation sobre et indomptée, défendue par des vallons, des torrents, et redoutable pour les habitants de la plaine, était alors au comble de sa puissance; elle surpassait Rome en population et en territoire , car elle occupait toute la contrée de la mer Inférieure à la mer Supérieure, du Liris aux montagnes de la Lucanie et aux plaines de l’Apulie. Les Samnites ne constituaient pas un seul État, mais plusieurs , liés par les rapports d’un municipe commun, dirigés par un induperator, souvent rivaux, parfois ennemis.
Les villes grecques et étrusques résistaient de leur mieux aux excursions des jeunes Samnites ; mais, ayant franchi les barrières qu’elles leur opposaient , ils envahirent les plaines qu’arrose le Vulturne , et c’est d’eux que cette contrée, si différente de leur
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(1) Ture-Live, VINS, '01, ENST, UNIV, = T, li, 84
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pays de montagnes, reçut le nom de Campanie (1) et les qualifications d’heureuse , de terre de labour, à cause de sa fertilité en vin eten blé, La délicieuse Capaue, enpassant des mains des Sabelli dans celles de cette nation helliqueuse, vit accroître. sa réputation guerrière. Ses cavaliers, non moins renommés que les fantassins du Latium, sa mettaient à la solde des tyrans de Sicila, et sepvirent même les Grecs dans la guerre du Péloponèse; elle fut l’émule de Rome, et put un. moment aspirer à l'empire de l'Italie ; cependant elle s’adonnait tellement au luxe que la rue Séplasia n’était remplie que de boutiques de parfums, Les vases que l’on y découvre attestent jusqu’à quel degré de perfection elle avait parté les arts plastiques; elle inventa les pièces burlesques, dont les fables atellanes et les masques du Zanni et du Palichinelle sont des souvenirs.
Jamais les Campaniens n’aimèrent leurs dominateurs montagnards, et jamais les Samnites ne connurent la politique où excella Rome, de fondre en un seul peuple vainqueurs et vaincus, patriciens et plébéiens; les uns et les autres se regardaient donc avec une défiance haineuse. Les Campaniens , attaqués par les Samnites, demandèrent des secours aux Romains, qui, sortant pour la première fois du triste Latium, connurent cette admirable contrée, les délices du climat, l'élégance et la sensualité grecques. L'armée en fut tellement enchantée qu’elle demanda d’y transférer la patrie, et, comme sa réclamation fut repoussée, elle marcha contre Rome, y excita un violent tumulte, impasa l'abolition des dettes usuraires et l'élection d’un consul plébéien.
Le Latium ressentit le contre-coup de cette agitation ; il secoua le joug, et s’allia aveg les colonies romaines (2), avec les Campaniens et les Sidicins, pour repousser les mantagnards du Samnium, et réprimer l’orgueil croissant des Romains; Deux préteurs des Latins vinrent même réclamer leur part dans la cité romaine, et exiger que l’un des deux consuls et la moitié des sénateurs fussent pris parmi les Latins, Les Romains, peu habitués à eéder aux menaces, s’unirent aux montagnards, poussèrent les Marses
(t) Campania, de x&unos, plaine. Puine, LI, 9, 7 : Campania feix, et XVII, 3, 3 : in Laborino Campaniæ nobili campo. FLonvs, 1, 16 : Nihil uberius solo; ideo Liberi Cererisque certamen dicitur.
(2) Quand il est question de révolte dans les colonies romaines, il ne faut pas l'entendre camme pour les colonies grecques, qui veulent se rendre indépendantes de la mère patrie. L'existence des colons romains élait trop puperenl liée à cellé de la métropole : c'étaient des soulèvements des anciens habitants du pays contre les nouveaux, qu'ils voulaient chasser ee leurs maisons , de leurs boutiques et de leurs positions militaires.
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et les Péligniens contre les Campaniens, et battirent les confédérés à Véséris, près du Vésuve. Dans cette guerre fratricide, Manlius Torquatus condamne à mort son fils pour avoir combattu contre ses ordres ; Décius se dévoue aux dieux infernaux pour les apaiser, et, après avoir proféré les terribles formules, se précipite sur l'ennemi : sévérité des patriciens conservateurs, et reste du fanatisme farouche des religions pélasgiques.
Les Romains punirent l'insurrection des Latins et des Campaniens par l'extinction de leur vieille nationalité, transportèrent sur leur propre territoire les habitants du pays, et les remplacèrent par des colonies nouvelles. Ils célébrèrent par vingt-quatre triomphes l’assujettissement des Volsques, et détruisirent entièrement la fertilité artificielle de ce pays, où les ruines de tant de cités éparses au milieu de marais (4) insalubres , attestent la grandeur du peuple anéanti et la cruauté des vainqueurs. Cette rigueur impitoyable était due aux patriciens, partisans opiniâtres de la sévérité héroïque , tandis que la plèbe, se rappelant son origine italique, aurait voulu qu’on usât de clémence.
A cette époque, Rome change de moyens, mais son but reste le même ; elle arme les Latins, les Campaniens, les Apuliens, tous habitants de la plaine, contre les Samnites, les Lucaniens, les Vestins, les Ëques, les Marses, les Trentans, les Péligniens, tous habitants des montagnes. Ceux-ci, vaincus, demandent à traiter, et éprouvent un refus; dans la fureur du désespoir, ils profitent d’un avantage de position, et enferment l’armée romaine dans les défilés de Caudium. Un vieillard samnite conseillait ou de passer tous les Romains au fil de l’épée, ou de les renvoyer avec honneur : Détruisez vos ennemis, disait-il, ow faites-en des amis. Pontius Hérennius, son fils, général et philosophe , écoutant plus Phumanité que la politique , voulut épargner les vaincus; il se contenta de leur enlever armes et bagages , et de les faire passer sou. :c joug, le consul Posthumius en tête. La capitulation qu’ils jurèrext alors fut bientôt annulée,
Les Romains, se prévalant de cette fidélité à la lettre qui changeait le juste en injuste, expulsèrent de la cité ceux qui avaient juré le traité ; puis, lorsque les Samnites les eurent accueillis avec une généreuse hospitalité, le consul Posthumius se mit à maltraiter le fécial. Les Romains, considérant l’outrage comme venant d’un Samnite, s’en firent un prétexte pour une ruplure nou-
(1) Le riche pays des Volsques est aujourd'hui couvert par les marais Pontins. On cherchait, au temps de Pline, la nlace de leurs vinat-trois cités, Prix, LIT, à. | 34.
ELTIA
Fourches; Caudince,
Guerre contre les Étrusques.
velle (1). La victoire favorisa les parjures; Pontius, si vénéré parmi ses compatriotes que , même après l’erreur de sa clémence, ils ne lui avaient retiré ni leur confiance ni le commandement de l’armée, fut défait et conduit à Rome ; et lui qui n’avait pas voulu que l’armée prisonnière füt passée au fil de l'épée, lui qui avait empêché que l’on maltraitât les fils répudiés de Rome malgré leur parjure, fut âchement et légalement livré au bourreau. Les Romains profitent de deux années de trêve pour faire rentrer leurs colonies dans le devoir, et les révoltés sont égo:gés en présence du peuple, pour servir d’exemple à l'avenir; car il inportait avant tout d'assurer la tranquillité des colons. Leurs établissements une fois affermis dans la Campanie, ils enveloppent les Samnites dans un vaste filet; ce peuple , ne se trouvant plus assez fort pour lutter d'égal à égal contre ces conquérants qui avaient encore grandi, appela à son aide la confédération étrusque. Cette puissance avait été réduite, par les Samnites et les Gaulois, à se renfermer dans ses anciennes limites; mais la population y surabondait, et l’agriculture et l’industrie, également florissantes , étaient pour les villes des sources inépuisables de richesse. Elle fit trêve au commerce et aux arts pour secourir ses anciens ennemis contre les nouveaux, plus menaçants que ne l'avaient été les Ligures, les Samnites et les Gaulois. Mais les Romains avaient à leur tête Fabius, surnommé Maximus par ies patriciens , parce qu’il avait relégué dans les quatre tribus la populace qu’Appius Claudius avait disséminée dans toutes ; Gurius Dentatus, qui ne voulait pas posséder d’or, mais commander à qui en avait; Papirius Cursor, l’Achille romain, celui qu’ils auraient opposé à Alexandre le Grand , s’il eût tourné ses armes contre l'Italie (2); Décius enfin , qui, à limitation de son père,
(1) En admettant qu'une fiction légale pôt jamais donner à une iniquité le caractère de la justice, au cas présent, l'apparence même du droit faisait défaut aux Romains. En effet, le jus exulandt était en vigueur entre eux et les Samnites.
(2) C'est ce que pense Tite-Live (1X, 17 et 18), qui demande quel aurait été le résultat de la guerre, si Alexandre fût venu attaquer les Romains. L'orgueil national , qui respire daus chaque ligne de cet écrivain, se manileste surtout daus ce passage , l’un de ceux, fort rares du reste, où il porte ses regards hors de l'enceinte de Rome. La réponse qu'il fait à cette question est dictée sans doute par le patriotisme; mais combien il montre peu d’exactitude dans ses aperçus! Il dit d'abord que le nom d’Alexandre était inconnu à Rome. Toule personne sensée croira au contraire que le nom et les expéd'iions d'Alexandre furent ie sujet non-seulcment des entretiens des curieux , mais encore des appréhensions des hommes d'État dans toute l'Italie, Nous savons d'ailleurs historiquement que les Tarentins eurent à-combattre Alexandre, roi d'Épire, oncle du
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devait se dévouer aux dieux infernaux. Les trois villes les plus belliqueuses de l'Étrurie, Pérouse, Arrétium (4), Cortone , demandèrent une trêve de trente ans. Les autres, quoique désarmées, et bien que, dans les assemblées communes tenues à Vulsinies dans le temple de la déesse Voltumna , elles fussent en dissidence d’opinion et dès lors affaiblies, déployèrent tant d’énergie qu’on peut avoir une idée de la force immense de cette confédération à son origine. Elles renouvelèrent le pacte sacré, coutume nationale en vertu de laquelle chaque guerrier choisissait un frère d'armes; ils veillaient l’un sur l’un l’autre, etse croyaient infâmes à jamais s'ils s’abandonnaient. Les Étrusques furent vaincus, mais ils se rallièrent dans la forêt Ciminienne, aussi épaisse que la forêt Hercynienne dans la Germanie. Après des aiternatives de victoires et de défaites, les Étrusques, malgré des prodiges de valeur, succombèrent enfin près du lac Vadimon pour ne plus se “elever, bien que de fréquentes insurrections vinssent protester contre leur servitude.
L'indépendance étrusque fut anéantie; l'aristocratie sut se
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d'Épire contre les Samnites. Le vainqueur de Darius reçut dans Babylone les hommages des Carthaginois, des Ibères , des Celtes, des Éthiopiens, des Scythes, tant son nom était répandu et redouté au loin. Arrien nous atteste de plus que les Lucaniens, les Bruttiens, les Tyrrhènes, envoyèrent le complimenter, Les Lucaniens et les Bruttiens devaient craindre en effet qu’Alexandre ne songeat quelque jour à venger son oncle, et il leur importait de se concilier ses bonnes grâces. Qui sait même si les Romains n'étaient pas désignés sous la domination de Tyrrhènes par les historiens chez lesquels Arrien a puisé? En effet, Clitarque, qui écrivait peu de temps après la mort du héros macédonien, dit positivement que les Romains envoyèrent une ambassade à Alexandre; et Pline ( His£. nat., HI, 9) cite cet historien sans lui opposer le moindre doute.
Que serait-il arrivé si Alexandre, vainqueur de l'Orient, se ft dirigé contre l'Italie? C'est un de ces problèmes insolubles comme tous ceux auxquels le temps ou le hasard mêle des éléments que ne saurait pénétrer la prévoyance humaine. Mais qui sait s’il se serait contenté en Italie d’une suprématie pareille à celle qu’il exerçait en Grèce, et si, de leur côté, les Romains et les Samnites auraient voulu s'y résigner? fl est facile de dire que les héros du Latium eussent coûté bien autrement de peine à vaincre que les hordes de Darius ; mais l’histoire nous montre qu’Alexandre n'eut pas seulement affaire à des nations vaincues par la mollesse avant de l'être par les armes. Il aurait transporté en Italie, indépendamment de ses trente mille Macédoniens, toutes les phalanges qu’il aurait voulu acheter avec les trésors de l'Asie, les meilleurs soldats de fortune, tout ce que l'Afrique et l'Espagne comptaient de plus vaillants guerriers. Ne fût-il même venu qu'avec les seuls Macédoniens , Tite-Live aurcit pu se rappeler Pyrrhus, qui, avec moins de forces et moins do génie, mit à deux doigts de sa perte la future métropole du monde,
(1) Cette ville étrusque d'Arrétium ( 4r'ezz0) fournit de quoi armer et nourrir l'armée avec laquelle Scipion termina la seconde guerre punique.
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concilier les vainqueurs, les aruëpicés sé firent l'instrument de la grandeuf romaine, et le hom d’alliés italiens servit de masque à la servitude, Ils conservèrent ; il est vrai, leurs gouvernements münicipaux, continuèrent à cultiver lés ati, à faire des vases, à couler le bronzé, à se hasarder sur la iner; mais l’instant vint où les propriétaires fureñt réduits à la condition de fermiers.
La nation la plus importante une fois domptée, la gloire et la puissance de la Péninsule se concentraient dans l’heurétise Rome, qui, dans lés guerres , se voyait déjà précédée de ce qui aidé tant à la victoire, un nom formidable. Les Samnites, dans l’espoir de prendre leur revanche, réunissent deux nombreuses arméës, ét les perdent. Alors, se voyant abandonnés par les Campaniens, par les Éques , par les Herniques subjugués et entourés de colonies romaines. ils descendent au milieu des Étrusqués , les excitent à se soulever de nouveau , et forment avec eux, avec les Ombriens, avec les hordes de Gaulois venues récemment ‘de l’autre côté des Alres, une ligue formidable, qui pourtant est vaincüe à Sentinum par la valeur calculée de Fabius ét dé Décius. Les Étrusques obtiennent la paix, non les Samnites , dont le pays est abandonné à la dévastation soldatesque.
Les Samuites, pour défendre le dernier reste de la liberté italique , ont recours aux dieux de la patrie. Réunis à Aquilonie, ils entourent de toile un espace de vingt pieds carrés ; après avoir sacrifié les victimes , ils introduisent , l’un après l’autre , leurs guerriers dans cette enceinte, et leur font prononcer devant l'autel d’horribles imprécations sur eux-mêmes et sur les leurs, s’ils venaient à prendre la fuite, ou s’ils ne tuaient pas ceux qui fuiraient, Quiconque refuse le serment est égorgé par des soldats qui se tiennent l’épée nue autour de l’autel.
Ils formèrent alors une armée de trente mille hommes, qui, fidèles à leur serment, périrent jusqu’au dernier ; ainsi finit cette guerre après avoir duré cinquante-quatre ans. Le pays resta dépeuplé, et les Samnites qui avaient survécu se réfugièrent dans les Apennins. L'année suivante, les Romains, en ayant découvert deux mille dans une caverne , les firent périr par la fumée. Deu: millions et demi de livres de cuivre en barres, produit de la vente des prisonniers, furent portés en triomphe avec deux mille six cent soixante marcs d’argent provenant du pillage des villes et des campagnes. Une partie des armes enlevées fut laissée comme trophée aux alliés et aux colonies; on fit du reste une statue de Jupiter Capitolin, si gigantesque qu’on la voyait du mont Al-
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