‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 12 sur 146 · XÉNOPHON · texte numérisé non relu

XÉNOPHON

(3) Un boisseau. Voy. les $$ 90 à 98 du livre ITI d'HÉRoDoTE.

(4) Aujourd’hui encore, aux fêtes du Neurouz, tous sont obligés d'apporter au roi un don volontaire, dont le produit n’est pas évalué à moins de 69 millions de francs ( 1,500,000 tomans ).

(5) Athénée ( IV, 26, p. 145 ) rappo:te un passage d'Héraclide de Cumes, où l’on trouve sur la cour de Perse les renseignements suivants :

« Ceux qui servent le roi, bien lavés et bien vêtus , passent presque la moitié de la journée à préparer son diner. Quelques-uns des commensaux du roi mangent séparément dehors, et chacun peut les voir; d’autres, chez lui, dans l’intérieur, mais ceux-là même ne sont pas véritablement avec lui. Il y a dans le palais deux

Jugements.

titres d’émoluments, des villes et des bourgades. Xerxès assigna trois villes (1) à Pentretien de Thémistocle réfugié dans ses États. Ces libéralités faisaient retour au roi après la mort du bénéficiaire, mais quelquefois elles devenaient héréditaires. On pourvoyait à tout besoin nouveau au moyen des produits d’une contrée, et chaque province devait entretenir ses magistrats. Le gouverneur de la Babylonie en tirait chaque jour un médimne attique, c’est-à-dire deux millions de francs par an : quatre villes étaient affectées au seul entretien des chiens de chasse de Masistius, satrape de Babylone (2) : tant était grand le luxe de ces hauts digniteires.

La richesse des dons royaux était égale à l’immensité des revenus (3). Le monarque remettait à chaque ambassadeur étranger un talent babylonien en argent et deux vases du même métal d’une valeur double ; des bracelets, un cimeterre et un collier valant en-semble mille dariques, enfin une robe médique ; les plus favorisés recevaient davantage.

Il paraît que les juges appartenaient à la classe sacerdotale , et qu’ils avaient toujours un âge mûr. On mettait l’accusé en face de l’accusateur, et si ce dernier était convaincu de calomnie, il subissait la peine due au délit imputé à tort. Un premier crime n’é-

appartements en face l’un de l’autre : le roi se tient dans celui-ci; ses convives, dans celui-là. Le monarque les voit à travers le rideau tendu près de la porte, mais eux ne peuvent l’apercevoir. Quelquefois, les jours de fête , ils dînent tous ensemble daus la grande salle, Quand le roi donne un festin, ce qui arrive souvent, il n'idriet que douze convives. Il a sa table à part ; un eunuque va appeler ses hôies, et, quand ils sont réunis, ils boivent avec le roi, mais non pas du même vin: ils s’asseyent sur un coussin, tandis qu'il est couché sur un petit lit aux pieds d’or. Ils sont presque toujours ivres quand ils le quittent. D'ordinaire, cependant, le roi dine seul. Parfois sa femme ou l’un de ses fils est admis à sa table ; alors les jeunes filles du harem chantent en sa présence. Le diner du roi est magnifique, bien qu'ordonné avec une sage économie, ainsi que tous ceux des grands, On tue chaque jour pour le service du palais mille victimes, comme chevaux, chameaux, bœufs, ânes et moutons surtout. On y sert un grand nombre de volatiles. Chaque convive a sa portion devant lui et en emporte le reste. La majeure partie des mets, commo aussi le pain, est destinée à la nourriture des satellites, des gardes et autres gens semblable le est portée sous les portiques et là distribuée par rations. Tandis qu’en Grèce les soldats mercenaires reçoivent leur paye en argent, là ils la reçoivent en nature, de même que tous les grands et les commandants des villes et des provinces. »

(1) Des titres semblables furent chez les modernes l’origine du mot apanage, c'est-à-dire ad panem, et du mot ture arpalik , de arpa , avoine, c'est-à-dire pays donné pour fournir l'avoine aux chevaux.

(2) Hénonore, liv, Ii,

(3) Aujourd'hui on évalue à 60 millions de francs le produit des dons, appelés pischesc, encaissés par le roi ; il est d'usage antique que personne ne doit se présenter devant le roi sans lui offrir quelque don.

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tait pas passible de la peine capitale; mais onidevait examiner la vie entière de l’accusé, pour voir ce qui l’emportait du bien ou du mal : disposition sage dansune certaine mesure seulement, puisque les bonnes actions ne sauraient pas toujours excuser celles qui sont coupables; pour des cas spéciaux, le droit de grâce réservé aux législateurs vaut sans doute beaucoup mieux. L’ingratitude était punie. Aucune loi ne prévoyait le parricide : silence presque général dans les codes antiques, de même que pour le régicide dans nos codes modernes. Certains condamnés étaient enfermés dans un tronc d’arbre creusé, d’où ne sortaient que la tête, les mains et les pieds, que l’on frottait de miel, et qu’on abandonnait en pâture aux guêpes.

La tribu des Perses, qui l’emporta sur les autres, se composait de guerriers; ainsi, conformément à son origine, l'empire fut constitué militairement, et, suivant une division décimale, partagé en cantons militaires pour l'entretien des armées. Les troupes royales étaient distribuées dans les provinces, quelques-unes en cantonnements dans les campagnes, d’autres en garnison dans jes villes. Elles consistaient d’abord uniquement en cavalerie, qui, à la manière des nomades, entrainait à sa suite toute la Ponts et,

î trême rapidité , comme l'ont fait plus tard les Mongols. Afin que les Perses ne perdissent pas leurs habitudes de bons cavaliers, Cy- . leur avait défendu de se montrer à pied sur les chemins; mais “ce fut une nouvelle occasion de luxe dans un pays qui offre encore aujourd’ huiles races de chevaux les plus belles et les plus robustes. Melia est si vrai que le moderne Kérim-Kan parcourut naguère trois Mcents milles en cinquante- “huit heures ,sans chanter de monture. Le guerrier qui mourait les armes à la main acquérait, selon les “Perses, le bonheur éternel ; cette croyance pouvait donner de l’éan et une audace farouche, mais non le courage réglé et soutenu si qu'inspirent l’amour de la patrie et le sentiment de l'honneur. Les femmes et les enfants suivaient l’armée, ce qui pouvait exciter sa valeur, mais ce qui devait souvent l’embarrasser dans ses mouvements; il en était de même des chars armés de faux, qui fréquem- «ment devenaient très-nuisibles. Les Perses ne portaient ni arcs ni javelots, mais seulement des armes propres à combattre de près, fi “une cuirasse sur la poitrine, un bouclier, un cimeterre ou une … hache.

“… Ceux qui veulent trouver des ressemblances entre eux et les dGermains peuvent invoquer l’usage mentionné par Xénophon, lo:

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Guerre.

qu’il dit que Cyrus, élu par sa république chef d’exnédition, ehoisit deux cents de ses pairs (1), chacun desquels fit choix de quatre autres; puis chacun de ces mille guerriers recruta parmi le peuple dix hommes armés de la lance et du bouclier, dix frondeurs et dix archers.

Selon l’ordre établi par Cyrus, chaque compagnie était composée de cent hommes, commandés par un capitaine qui avait sous ses ordres quatre lieutenants avec vingt-cinq soldats, puis des sous-officiers par dix et cinq hommes. Une compagnie logeait tout entière sous une seule tente; derrière les quatre pelotons marchait un ofticier appelé chef de l’arrière-garde (odpæyoc). Au nilieu du camp s'élevait le pavillon royal, tourné vers l’orient ; autour se rangeaient les gardes du corps, puis la cavalerie, ensuite les lanciers, les archers. A l’extrême droite étaient les boulangers et les chevaux, à la gauche les vivandiers et les juments, chacun à son poste déterminé. Dresser les tentes, les enlever, les chargersur les mulets, toutes ces opérations etautres semblables s’exécutaient rapidement et avec ensemble; une banderole distnguait les tentes des chefs.

Dans les guerres nationales, on avait recours aux levées en masse, ce qui ne produisait que confusion. Le roi se tenait au centre avec les Perses; le bagage était envoyé en avant, et, comme toutes les provinces devaient fournir leur contingent, l’armée grossissait dans sa marche comme un torrent prêt à déborder. On formait sur la route d'énormes magasins de blé pour les troupes, et l’on amassait pour le roi de telles quantités de vivres qu’on appauvrissait un pays; car il emmenait avec lui femmes , serviteurs, chiens et bêtes de somme en nombre infini. Le repas terminé, on emportait la vaisselle d’argent dont ie monarque s’était servi, par suite de l’idée orientale que le roi est le seigneur et maître de tout et de tous.

Après avoir agrandi son territoire par la conquête, la Perse devint aussi puissance maritime; mais la plupart des navires qu composaient ses flottes, appartenaient à la Phénicie ou à l’Asie Mineure.

Aruollis bientôt par le luxe, les Perses dégénérèrent de leur ancienne valeur. Les chars armés de faux ne servirent plus à charger l’ennemi aux fortes armures, mais à se transporter commodiément sur le lieu de la mêlée. Arrivé là, le guerrier qui le montait en descendait à la hâte , et souvent les chevaux, restés sans

(1) 'Ouériua, les Comites de Tacite.

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aux mercenaires grecs , hyrcaniens , parthes et saces. Les premiers nous ont appris que la paye était d’une darique , c’est-à-dire d’un ducat par mois.

Nous avons plus d’une fois indiqué les ressemblances qui existent entre les Perses et les Germains, thème sur lequel se sont exercés beaucoup de savants modernes, dont quelques-uns ont prétendu retrouver la patrie des Germains dans le Kerman antique; un Écossais a même tracé la route suivie par ce peuple pour venir dela Perse jusque dans sa patrie. La principale base de ce système est le langage. Bien qu’il ne soit pas vrai, comme l’a avancé Leibnitz, que des lignes entières , écrites dans l’idiome persan, sont comprises par un Allemand (1), il est certain que tous les dialectes persans offrent un grand nombre de racines, d’inflexions, de constructions germaniques, ainsi que de mots danois, islandais , anglais , tout à fait gothiques (2); et, chose plus étrange encore , ils suivent en partie les règles extrêmement bizarres de la versification islandaise (3). Mais quiconque nous aura suivi dans nos appréciations , ne se laissera pas entraîner à

(t) Integri versus persice scribi possunt , quos Germanus intelligat. Ed. d'Hanovre, p. 152.

(2) ApELuNG, dans le Mithridates, I, 284, a recueilli deux cent vingt et une MW, racines allemandes , tirées du parsis. Les infinitifs se terminent aussi dans cette “: langue en {en et den : les articles et les préfixes der, bi, gi, correspondent aux … der, be, ge allemands, etc., etc.

Ainsi, en langue zende, fretem signifie grandeur, fretaum , nourrissant ; en … islandais, Freya, nom d’une divinité mentionnée aussi par Tacite, veut dire … force nutritive. En zend, {hranfd signifie aliment, et, en danois, érives, s'engrais- .. ser; en zend, troupeau se dit gueochte, et, en danois, gueg. En parsis, Dieu s’ap- ” pelle Khouda, et en suédois, Gud ; en anglais, God; Got en allemand. En pehlvi, N saint se dit Aalaëh, en islandais, hkalog, et en allemand, heilig, etc. Les Perses appclaient da”, c’est-à-dire porte, le palais de leur roi, comme les Turcs d’auà jourd’hui, et porte se dit, en :‘:"ois, dær.; en allemand, {hor ; en anglais, door. Les Grecs appelèrent Pasargaue ia ville capitale de la Perse, et, quand nous trouvons qu'en islandais parsa gard siguifie camp retranché, nous acquércns la certitude que Parsagard devait être le véritable nom de cette ville , altéré ensuite 7 par les écrivains classiques.

ë Tir est, chez les Persans, le nom de l'ange qui préside aux troupeaux de … Lu: et au mois de juin ; or, selon l'Edda des Scandinaves, Tyr est le dieu de la

» force aveugle, le dieu €: batailles, avan: qu’il soit 2, planié par Thor et par Odin, … En danois et en suédois, taureau se dit £yr : nor. :vons donc ernire que la di- = vinité adorée par les Cimbres sous l'emblème d’ut: iaureau d’airs:1 n'était autre

“ que celle de l'Edda.

(3) Comparez GLanwin, Persian Rhetorices, avec la SEN, Poétique des anciens Scandinaves ( Danois ).

s.41a où avec OLAr

guide , causaient du désordre dans les rangs. Alors on eut recours

Origine des Germains.

Langue zende,

des déductions partiales; il n’apercevra dans ce fait qu’une conséquence de la communauté d’origineentre tout ce groupe de peuples que nous avons appelés indo-germaniques , surtout s’il réfléchit que des ressemblances pareilles et plus grandes encore se rencontrent entre lallemand et le sanscrit, entre celui-ci et le grec et le latin : ui: critique (4) a même fait remarquer tout récemment que l'ancien s'ave qui r:5:mble beaucoup au persan, a plus ‘laffiniié avec l’uliemant ci l’islandais que les idiomes slaves modernes.

Le zend, dans 'rquel sont écrits les livres sacrés, est donc une langue intermédiaire entre le sanscrit et les idiomes germaniques , plus concise et plus mâle que le premier (2). Il paraît décidé qu’ faut désormu:s classer parmi les sémitiques les caractères cunéiformes , figures de coins ou plutot de queues d’aronde ou dards qui vont de haut en bas ou de droite à gauche , élément unique dont ies combinaisons forment l'alphabet entier; le zend, au contraire , avait un alphabet qui tient du système sanscrit etdu chaldaïque , ressemblant à celui-ci par la forme des caractères, et s’écrivant de droite à gauche, mais reproduisant les voyelles usitées en Europe ei toutes les articulations de Pindien (3). On n’a pas encore découvert où cette langue fut parlée ; peut-être était-elle particulière à la classe sacerdotale, tandis que les guerriers parlaient le pehlvi, langue de la cour des successeurs de Cyrus , et encore vivante parmi quelques tribus septentrionales de la Perse, comme les Paddares du Chirvan : on a fait une craduction des livres sacrés dans cet idiome, qui a été employé dans beaucoup d'inscriptions de l’époque des Sassanides. Mais ces princes introduisirent dans la suite le parsis , dialecte des Pharsistans, probablement en usage chez les anciens Perses; car on y retrouve les racines dela plupart des noms perses conservés parles Grecs et les Latins. Il fut plus tard banni par les Arabes dans le cinquième siècle. Lorsque les Dilémites . ‘:n 977, le remirent en honneur, il

(1) ScuLorzer, dans l'édition de Nestor,

(2) Voyez, sur le zend et son affinité avec les langues germaniques, un mémoire de M. Eugène Burnouf dans le Journal asiatique, 2° série. &. EX, p. 5% et suiv. Voyez :acore : Burton, His{oria veleris linguæ pérs!", entres, 1957 -- Paulinde *. Txsihélemy, de Antiquitate linquix zendir: “isserlatio, Rorne. 1798. — Ru: her das Alter und die Eciuneit ds: :nd Sprache, Berlin, 1896. — D à n, de Origine linguæ zendicæ , Jeurn. des Sav., noût 1832. — à Y 8, Inslitutiones linguæ persicæ cum sanscrila et zendica lingua : "4, Giessen, 1840. ( Note de la 2° éd. française. )

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reparut étrangement altéré et mélangé , et constitua le persan mo- Langue parsis.

derne ou déri ; mais le parsis, qui s’était répandu dans la cour du Grand Mogol, fut conservé par les Guèbres, adorateurs du feu , et immortalisé par le poëme de Firdoussy (1).

Toute la littérature qu’il nous a laissée consiste dans les livres zends (2) : ils foit vivre vers l’an 1000 Lokman, l’auteur des apologues , dont ils racontent les mêmes merveilles que les Indiens de Vichnou-Sarma, et les Grecs d’Ésope. Il ne faut probablement voir en lui, comme en eux, qu’un personnage collectif auquel ont été attribuées des productions successives du mêm: genre (3). Uschenk , qui d’abord porta le nom de Picsdad, parce

(1) IL a écrit : « L'idiome des Perses était divisé en sept dialectes: le soubki, l’harohi, le sagzi, le sevali, tombèrent et désuétude ; mais le parsis, le déri, le pehlvi sont encore en usage. Le parsis, qui se distingue par sa douceur, se parle principalement sur le territoire d’Istakhar ; le déri , issu de l'antique parsis, et vanté pour sa perfection et son élégance , se parle surtout à Balk, Mervichah- Djihan et Boukara, quelques-uns disent aussi à ; Bedackhan. » Le kurde est du persan mêlé de chaldéen, comme le pehlvi.

(2) Voyez le mémoire deM. E. Burnouf sur la langue et les textes zends dans le 10° volume de la 2e série du Journal asiatique, p. 5, 237, 320 , et dans les volumes suivants. Voyez aussi le commentaire du même orientaliste sur le Yagna, Paris, 1835, 2 vol. in-4°. ( Note de la 2° éd. française.)

(3) Ces fables, qui existent en arabe, furent publiées en latin en 1676 : c'est le livre sur lequel on commence d'ordinaire l'étude de la langue arabe, comme celle du grec sur les fables d'Ésope.

Lokman est en si grande réputation parmi les Orientaux, qu’un de leurs proverbes dit : I n’est pas besoin d'enseigner à Lokman , comme les Latins disaient: Ne sus Minervam. Mahomet, attentif à caresser les sympathies des peuples qu’il voulait gagner à sa foi, lui décerne de grandes louanges dans le cha. pitre xxx1 du Coran, qui, par ce motif, est intitulé Zokman : « J'ai donné ( dit Dieu ) à Lokman l'intelligence, et je lui ai enseigné à me rendre grâces. Celui qui remercie Dieu de ses bienfaits rend service à son âme, parce que Dieu a en horreur les ingrats, et un tribut de louanges doit lui être payé en tout lieu. Souviens-toi que Lokman dit à son fils :.. © mon fils, ne crois pas qu’un autre puisse être égal à Dieu; ce serait un horrible péché, J'ai commandé à l’homme d’honorer son père etsa mère. Sa mère l’enfante et le nourrit pendant deux années. N'oublie pas les bienfaits de Dieu. Honore ton père et ta mère, parce qu’un jour tu comparaîtras au tribunal de l'Être suprême, etc. »

Tout le chapitre continue ainsi en admonitions que Ma'.omet attribue à Lokman; aussi les mahométans l’ont-ils en grande estime ‘. l’appellent.ils A/-Hakim, le sage. On raconte qu’il naquit en Éthiopie, d’une famille obscure ; ayant été vendu comme esclave, il erra de pays en pays, puis s'en vint en Israël lorsque David et Salomon y régnaient. Toujours esclave , il s’endormit à la chaleur du jour et fut réveillé par les anges, qui le saluèrent en lui disant : « Lokman , Lis venons, messagers de Dieu, ton créateur et le nôtre, pour te dire qu'il chanvera ton sort en celui d'un monarque, et que tu seras son vicaire sur la terre. »

Après un instant de silence, Lokman répondit : « Si Dieu me destine le sort « que vous dites, que sa volonté soit faite ; mais j'espère qu'ii ne me refusera

Littérature, LR

qu’il avait toujours à la bouche les mots justice, équité, composa le livre du Droit éternel Dgiavidam Khired (1), qui existe encore; mais nous n’oserions affirmer qu’il soit réellement une

« pas sa grâce pour que je puisse exécuter ses comm’ adements. Si pourtant sa « bonté me laissait le choix, je préférerais rester dans l'obscurité et éviter le « danger de l’offenser. Sans cela, les honneurs ne sont qu’un fardeau. »

Dieu l’exauça, et lui donna tant de sagesse qu’il put composer dix mille apologues et sentences morales, dont chacune valait mieux que le monde entier.

Une autre fois qu’il se trouvait au milieu d’une foule qui l'écoutait attentivement, un Hébreu lui demanda s’il n’était pas l’esclave noir qu'il avait vu peu de temps auparavant tondre les moutons: « Oui, c’est moi, répondit Lokman.

« Et comment as-tu fait des progrès si rapides dans la vertu P reprit cet bomme.

« Sans beaucoup de peine, repartit Lokman ; j'ai toujours dit la vérité, toujours tenu ma parole; jene mesuis pas mêlé des affaires qui ne me regardaient pas.»

Son maître l'avait envoyé avec d’autres esclaves cueillir des fruits dans le jardin; ceux-ci mangèrent les meilleurs, puis jurèrent au maître que c'était Lokman. « C’est chose facile à vérifier, dit Lokman : buvons de l’eau tiède , puis prenons-nous la main, et mettons-nous à tourner en rond. »

L'expérience faite, il fut le seul à rejeter l’eau pure. Le narrateur persan au-

‘ quel nous empruntons cette anecdote ajoute : « Quand au jour du jugement nous boirons tous de celte eau destinée à l'épreuve, tout ce que nous aurons caché à la vue des hommes apparaîtra aux regards de l'univers, et l’hypocrite qui passait pour un saint sera couvert de confusion. »

Chacun saura bien faire des rapprochements faciles entre Lokman et l'Ésope de Phrygie si connu de tout le monde, Ce dernier vivait, si toutefois il a existé, sous le règne de Crésus ; Lokman, du temps de David, Il ne saurait donc y avoir de doute sur celui des deux qui aurait emprunté à l’autre ; mais peut-être Vichnou-Sarma florissait-il avant Lout autre; or, quand nous songeons à quel point la croyance de la métempsycose est enracinée chez les Indiens, nous inclinons à penser que la fable a pris naissance dans l'Inde,

En voici, au surplus, quelques-unes de Lokman :

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