‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 121 sur 146 · VICO · texte numérisé non relu

VICO

en faisant une révolution considérée bien à tort comme populaire et libérale. L’arrogance revenant alors aux nobles , ils voulurent reprendre leurs champs ou augmenter le cens payé par les plébéiens, qui avaient commencé déjà à tenir les comices de leurs tribus. Afin de conjurer l’orage, le sénat ordonna que le cens des champs fût payé, non plus au propriétaire privé ou feudataire, mais au trésor public, qui se chargeait des dépenses relatives à la guerre.

«; La plèbe cependant, privée de toute action civile, manquait demoyens pour se mettre à couvert des usurpations des grands; c’est alors qu’elle se retira sur {le* mont Sacré, jusqu’à ce qu’elle eût obtenu, d’abord des tribuns pour la défense de sa liberté naturelle et de ses possessions , puis une loi écrite et patente, obligatoire pour les patriciens comme pour les plébéiens. Ce tut celle des Douze Tables ; dès lors la science des lois, n’étant plus exclusivement le partage des nobles et des prêtres, cessa d'être un mystère. Elle fut rédigée, non d’après les lois grecques , mais d’après les coutumes italiques et romaines, ainsi qu’on le reconnaît jusqu’à l'évidence en la dépouillant des additions qui y ont été faites.

« Cette loi garantissait aux plébéiens le domaine quiritaire; mais elle leur interdisait le mariage légitime , connubium ; véritable source du droit publie etprivé. Réduitsaux mariages naturels, ils ne pouvaient transmettre l’hérédité de leurs champs, qui faisaient retour aux nobles, à mesure que mouraient les vassaux ; ils demandèrent done à participer au mariage solennel, qui leur fut accordé par la loi Canuléia, et dès ce moment ils entrèrent tout à fait dans la cité romaine.

« Ils aspirèrent alors à l'autorité publique , à participer aux magistratures, dont ils restaient exclus comme privés de la religion des auspices, et à intervenir dans la confection des lois. Dans les comices par tribus, la plèbe décidait sur ce qui était relatif à ses besoins , et deux fois elle obtint que sa volonté ( plébiscite) fût respectée par les nobles : en l'an 304 de Rome, lorsqu'elle se retira sur l’Aventin, et que la loi Horatia prescrivit qu'aucun magistrat ne pût être créé sans son consentement , et en 367, quand on lui refusait son admission au consulat. Maintenant clle veut que ses lois deviennent obligatoires pour tous, de sorte que deux pouvoirs législatifs puissent coexister. On élut donc un dictateur (416) qui, supérieur à tous, ordonna que les plébiscites obligeraient la généralité des Quirites ; que, le sénat, dont l'autorité seule avait jusque-là donné force de loi aux délibérations populaires, ne ferait plus que proposer et conseiller ce que déciderait le peuple réuni en comices ; enfin, que la plèbe serait aussi apte à exercer la censure.

« Les plébéiens étaient ainsi égalés aux nobles; mais coux-ei conservaient la faculté d’emprisonner leurs débiteurs plébéiens, quand l'abus qu'ils en firent provoqua la loi Pétilia (419), qui enleva aux feudataires la prison privée. 11 ne restait alors au sénat que le grand domaine des terres de la républiqne , qu'ilentendit maintenir, mêine à l’aide des armes , comme dans les séditions des Gracques, Le sénat ne se composait plus pourtant

des seuls patriciens; le dictateur Fabius avait effacé la distinction entre les nobles et les plébéiens en distribuant le peuple en trois classes, les sénateurs , les chevaliers et les plébéiens, en proportion de la richesse de chacun. Cette mesure avait ouvert à la plèbe la porte de tous les rangs de la société ; le peuple , divisé en ces trois classes , se réunissait en comices par centuries pour les lois consulaires, en comices par tribus pour les lois tribunitiennes , en comices par curies pour les lois sacrées et les abrogations. La marche naturelle des sociétés humaines amena par la suite cette cité , aristocratique d’abord, puis populaire, à tomber sous la domination d’un seul. »

Voilà ce qu’avança ce prophète de l’histoire conjecturale. Or, bien que sa profonde sagesse ne franchftque lentement les Alpes; bien qu’en Italie même l’empressement paresseux des esprits, avides seulement de lectures faciles, laissât ses livres dans l’oubli; bien que les études postérieures , en fait d'histoire et de philologie, en aient diminué la valeur, il luirestera toujours la gloire d’avoir marché le premier dans la voie des découvertes. Si d’autres parviennent à le dépasser dans la carrière, ilsne sauraient y effacer la trace de ses pas.

Mais les semences, ainsi jetées par Vico, ne tardèrent pas à germer en Italie, Emm 1el Déni, ce grand penseur qu’on nomme à peine , publiaàRome,en 58,unlivre intitulé Origine e progressi del ciltadino e del governo cit 4 Roma , dans lequel, à l’aide des traditions , il devine les faits véritm is et l’histoire du droit. La religion des auspices est pour lui, com ae er Vico, la source de tout droit public ou privé. Parelle, il n’y avait de citoyens que les patriciens , maîtres de la loi, à l'exclusion du vulgaire sans nom, qui n'avait ni pères certains ni auspices. Duni, qui ne voit dans les noms de classes et de centuries que des institutions militaires, discute dans son livre comment la plèbe arriva à la questure, au consulat, au pontificat, acquit le droit de suffrage dans les comices centuriates, institués, dit-il, par ‘Tullius, pour l’organisation de la milice, la répartition du cens, et pour la publication des décrets rendus par le roietle sénat, des lois nouvelles et des élections des magistrats.

Il explique ensuite la marche du gouvernement sous les rois. Il n’y avait alors, dit-il, que deux ordres, le peuple , c’est-à-dire les patriciens, et la plèbe; les célères, les flexumines, les trossules, les chevaliers, étaient que des grades militaires , occupés par la jeunesse patricienne, Cette forme dura jusqu’à l’époque où les tribus plébéiennes se retirèrent sur lemont Sacré, d’où elles ne descendirent qu'après avoir obtenu des tribuns pour les protéger. Dès ce moment, les plébéiens se réunirent aussi en comices par tribus, où ils condamunèrent même des patriciens, Coriolan, par exemple. La force expansive des droits leur fit obtenir la convocation des comices indépendamment du sénat , puis une loi agraire, énfin la restriction du pouvoir consulaire par la publieation de la loi des Douze Tubles. Les abus auxquels se portèrent les décemvirs, eurent pour résultat qu'aucun magistrat ne pût être créé sans le consentement du ponple, et que les patriciens durent obéir aux plébiscites.

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