‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 122 sur 146 · DUNI · texte numérisé non relu

DUNI

Jusqu’alors la plèbe n'avait fait que se garantir de l'oppression; elle commence désormais à exercer des droits. Le gouvernement était toujours purement aristocratique, et lamultitude se trouvait en dehors de toute autorité publique etprivée, ainsi que du droit de suffrage. Voyant que sans cela elle ne pourrait parvenir à aucun des avantages espérés, elle réclama et obtint le mariage légitir.« , #t le plébéien devint alors citoyen avec l'autorité privée; puis, lorsqu elle fut admise aux magistratures , elle acquit ainsi l’autorité publique , et l'aristocratie se changea en démocratie. Afin qu'il n’y eût pas de conflit entre les deux pouvoirs, le dictateur décida que les plébiseites obligeraient également tous les citoyens, et que les plébéiens pourraient étre aussi appelés à la censure. Les patriciens et les plébéiens sont désormais égaux ; les uns perdent le droit de prisons privées, les autres apprennent à connaître les règles judiciaires. Mais les patriciens riches ne veulent passe trouver en communautéavec des citoyens moins aisés; de là, trois ordres : les patriciens, les chevaliers et la plèbe. Avec les Gracques, la plèbe commence à vouloir dominer fa noblesse.

Assurément Duni devance l’époque de la démocratie, la cité étant encore répartie en nobles et en plébéiens ; il confond le sénat et les curies, mais il prouve néanmoins que l’on savait en Italie fixer ses'regards sur la splendeur romaine sans en être ébloui. La meilleure partie de son travail est celle où il traite de l'État des familles (1).

Il faut tenir compte aussi des travaux de Mario Pagano et de Melchiorre Delfico, qui cependant ne s’éloignèrent pas des traces de Vico; c’est également avec les idées de celui-ci que Vincenzo Coco interrogea l'antique civilisation des peuples italiens dans son Platone in llalia.

Nous pourrions encore citer d’autres auteurs italiens , tels que Lancelotto Secondo (2), Algarotti (3) et F. Cavriani. Ge dernier rejette l’existence de Romulus , et croit que les Sabins ont vaincu la horde établie sur le Palatin, et lui ont tout imposé, roi, dieu et nom.

Dans le siècle précédent, l'Allemagne se livrait à de : ;:es études , et, associant à la philologie une critique plus indépendaui: se sentait appelée au rôle de médiatrice entre l’époque antérieure °t la nôtre. Après Lessing et Wolf, on répudia ces paroles indéterminées , ces idées vagues qu’on ne peut comprendre qu'à moitié ; les observations superficielles firent place à l'examen approfondi, aux idées positives, et l’on voulut deviner ce que les classiques passaient sous silence ou n’indiquzient qu’à peine en le supposant connu. Dès lors on sonda la vie intérieure, les idées sur la Divinité, les formes les plus minuticuses du gouvernement, comme on ferait relativement à un peuple dont on serait séparé par l’espace, non par

(1) EisenbeckeR fit connaître l'ouvrage de Duri en Allemagne ( Ucber die Entslehung, Entwichkelung und Ausbildung des Bür,: ‘echte im alten Rom., 1829.)

(2) Farfalloni degli antichi storici, 1677.

(3) Saggio sopra la durata dei reyni dei re di Roma (Œuvres, t. If).

le temps; enfin, grâce aux grandes expériences modernes, le voile qui couvrait l'énigme antique fut levé.

Celui qui, parmi les Ailemands, porta le plus intrépidement le regard dans les sanctueres de la Vesta romaine fut B. G. NieBuxr. fils de l'illustre voyageur dont les travaux nous ont été si utiles en ce qi concerne l’Oricat.

S’isolant tout à fait des ouvrages modernes, pour ne vivre qu'avec les anciens, indépendant dans ses opinions , infatigable à l’étude, plein d'imagination dans ses reconstructions , il se mit à réédifier l’ancienne cité par des efforts toujours hardis s’ils ne furent pas toujours heureux.

Il publia en 1812 la première partie de sa Rômische Geschichte ; puis, venu en Italie pour y chercher l'inspiration qu’aueun livre ne peut donner, celle des lieux, il eut le bonheur de découvrir à Vérone les Institutes de Gaius (1), au même temps où se publiait l’ouvrage de Lydus, de Magistratibus reipublicæ romanæ , 1812, et la République de Cicéron. Ün nouveau champ s'ouvrit donc devant lui; il refondit alors son travail, modifia même tout à fait sa façon de voir sur les premiers habitants de Rome, et, dans une troisièmeédition, la réforma encore en plusieurs parties, dont. la principale regarde l’origine des Zucères, qu’il cessa de considérer comme Étrusques.

Il est certain que, lorsque Niebuhr rétablit à sa guise une inscripiion dont il ne reste que quelques fragments, et qu’il veut en tirer un fait nouveau ; quand il trouve que Cicéron ou que Tite-Live ont mal compris la constitution de leur propre pays, et qu’il indique ce qu'ils auraient dû dire ; quand on rencontre des passages du genre de:ceux-ci: Hérodote, dans un moment de malheureuse inspiration, estime que. ; ou bien: La tradition aurait di direque...; ouencore : Gaius s’est trompé en écrivant de telle maniër’. i! aurait dà écrire de telle autre...; C’est moi qui préte à Camiitie cette prière dansle temple...; Mais ilest certain quecela est selon la tradition. ; Aucun historien neparle de cette assignation, mais elle était indispensable...; onse demande comment on peut pousser aussi loin les hypothèses hasardées, et détruire, au moyen de fragments isolés, ce que d’autres ont établi solidement ; d'autant plus qu’en réfléchissant sur le fond, on ne saurait se résigner à, croire à une constitution

(1) Dans les notes sur le discours pour Frontéius, trouvé au Vatican, Niebubr prouve que les Romains tenaient déjà les livres en partie double, même pour les comptes des questeurs, et que ce ne fut pas une invention des Lombards. I! croit qu'ils faisaient aussi usage des lettres de change, opération commerciale qu'ils exprimaient par le mot campsarc.

Il écrivait à M. Lerminier : « Ce qu’il m'importe surtout de voir reconnu, c’est que mon but est de communiquer aux lecteurs la même conviction dont je suis pénétré moi-même ; le livre doit convaincre par lui-même celui qui s’en occupe de bonne foi. Ii ne s’y trouve pas un mot qui ne soit mis avec toute l’exactitude possible, pour exprimer ma manière de voir et ma conviction propre; ce serait le comble de l'injustice que de m'attribuer le désir d'émettre des paradoxes, »

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