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Religlon.
Gucrre.
Les seules occupations des Spartiates, en temps de paix, étaient donc la chasse, la gymnastique, et les discussions dansles leschés ou salles d’assemblée. Il ne leur était pas possible d’y employer Part du rhéteur ni les sophismes des logiciens. Non-seulement ils bannirent Archiloque pour avoir écrit une maxime entachée de làcheté, mais la corde que le musicien Timothée avait ajoutée à la lyre fut coupée par les éphores : ils pouvaient dire comme les Locriens : Celui qui veut se signaler peut s’en aller ailleurs.
Les sacrifices étaient peu coûteux, les funérailles très-simples; toutes les statues des dieux étaient armées, jusqu’à Vénus, et les héros, Ulysse, Agamemnon , Lycurgue , recevaient les honneurs divins. Sparte avait la manie des oracles, et ses rois s’en prévalaient souvent ; les éphores, de leur côté, passaient quelquefois les nuits dans le temple de Pasiphaé (1), et se faisaient ensuite prophètes. Tous les neuf ans, ils choisissaient une nuit bien claire et se mettaient à contempler le ciel ; s’ils voyaient alors une étoile se transporter d’un endroit à un autre, ils mettaient le roi en accusation , comme coupable de lèse-majesté divine, jusqu’à ce que l’oracle de Delphes le réintégrât. Le culte de Mars y resta cruel; car on lui immolait des victimes humaines, mais plus souvent un chien.
Les principales fêtes des Spartiates étaient celles de Bacchus, dans lesquelles les femmes se disputaient le prix de la course; celles d’Apollon Carnéen, durant lesquelles on mangeait sous des berceaux de feuillages, et où les joueurs de cithare se disputaient le prix; les Hyacinthies, dont deux jours étaient consacrés à pleurer Hyacinthe , le favori d’Apollon, et le troisième à se réjouir. Il était défendu de prier pour soi seul, et l’on devait demander aux dieux de protéger les hommes de bien. Cette prière était digne du peuple le plus austère et le plus avare de paroles : Donnez-nous un esprit sain dans un corps sain (1); de même que cette autre : Au bien joignez le beau.
Une pareille nation ne devait ni craindre la guerre, ni fuir la mort ; tout homme libre , âgé de vingt à soixante ans, était enrôlé pour porter les armes. L’infanterie formait sa principale force ; les moins vaillants servaient comme cavaliers. Point de murailles autour de Sparte, point de machines pour la défendre. Archida-
(1) Déesse fatidique, fille d’Atlas, adorée à Thalames dans l'Éleuthéro-Laconie, où elle rendait des oracles par la voie du sommeil.
(2) Juvénal en a fait ce beau vers : Orandum est ut sit mens sana in corpore sano. ( Sat. X, 350.)
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mus, en voyant une machine de guerre, s’écria : Désormais, adieu
valeur ! Qu’aurait-il dit de notre stratégie moderne?
Lycurgue prescrivit aux Spartiates dé ne pas faire longtemps la guerre au même ennemi, afin qu’il ne pût apprendre leur tactique. Ils étaient distribués en cinq régiments {wôpat pour moïpar), nombre des tribus, chacun de quatre bataillons (Xdyor ), composés de huit pentécostyes (mevrnxostües) ou seize énomoties (évomottat), c’est-à-dire compagnies. Ils avaient pour armes la pique, la lance, une épée courte, un large bouclier orné des lettres initiales de leur pays natal et de leurs propres devises. Un d’eux y peignit une mouche de grandeur naturelle, en disant : J'irai assez près de l'ennemi pour qu'il la voie.
Ils s’habillaient de rouge pour le combat, peignaient leurs cheveux avec soin et se couronnaient de feuillage, comme le font encore les Allemands. Arrivés à la frontière, ils sacrifiaient à Jupiter et à Pallas ; ils emportaient un tison pris aux autels paternels pour le sacrifice que le roi faisait d’une chèvre le jour de la bataille : celui-ci entonnait alors sur l’air de Castor un chant que tous les soldats répétaient en chœur. Sans demander combien étaient les ennemis, mais où ils étaient, ils marchaient au son de la flûte : usage qu’ils furent les premiers à adopter, ainsi que le vêtement uniforme. Le roise tenait au milieu de cent braves, obligés de défendre ses jours. Ils ne poursuivaient pas les vaincus, ne les dépouillaient pas et ne suspendaient pas dans leurs temples les trophées pris sur l’ennemi. Celui qui prenait la fuite était plus à plaindre que s’il fût mort : il fallait, durant un temps donné, qu’il restât debout exposé à la vue de l’armée ; il ne pouvait plus se montrer sur la place, ni aspirer aux emplois, ni se marier; il devait se lever, même à l’arrivée d’un enfant ; s’il se servait d’huile ou de parfums, il était puni par le bâton.
On a dit des Spartiates : Est-il étonnant que des gens pour qui la vie a si peu d'agréments affrontent la mort avec intrépidiié? En effet, leur ville était un camp où tout avait pour objet d'éteindre le sentiment de la personnalité et d'identifier l'individu avec la patrie. De là, cette absence totale d’ambition qui permettait à Pédarète, repoussé du grand conseil, de se féliciter de ce que Sparte comptait trois cents citoyens qui méritaient sa préférence (1). Athènes promettait des monuments à ses grands citoyens ; Rome,
(1) C’est ainsi qu’on le raconte généralement ; mais nous ne trouvons aucune magistrature detrois cents citoyens à Sparte. 11 y avait, il est vrai, trois cents hippagrètes, bataillon d'élite, obéissant à trois chefs dont chacun choisissait cent braves. 11 se pourrait que le mot de Pédarète se rapportât à ceux-ci,
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des couronnes; Odin, les belles Valkyries, attendant les braves
dans leurs palais resplendissants ; Mahomet, les caresses des hou- .
ris; Sparte, rien. Trois cents de ses défenseurs tombent aux Thermopyles; elle y place une pierre avec cette inscription : Zls ont fait leur devoir.
Il semble que Lycurgue ait reconnu combien les privations et les sacrifices unissent plus fortement les hommes que ne le font les plaisirs et les jouissances. C’est pour cela que la patrie est plus chère lorsqu'elle est malheureuse ou menacée ; c’est pour cela que les moines sont d'autant plus attachés à leur ordre que la règle en est plus austère. S'il voulut préserver sa cité des désordres dont les autres villes de la Grèce étaient le théâtre, et la garantir contre l’invasion étrangère, il réussit ; car, durant quatre siècles, aucune altération notable ne s’y fitsentir, même au milieu des bouleversements des États voisins. Mais, si le but d’une législation doit être, non la stabilité, mais le perfectionnement de l'individu et de l’espèce, on ne pourra louer Lycurgue d’avoir formé un peuple ignorant, farouche, orgueilleux; de lavoir maintenu barbare au milieu d’une civilisation si brillante, comme une caserne de soldats dans une cité florissante. Triste liberté que celle d’un pays où le boire et le manger, le vêtement , les entretiens, bien plus, amour conjugal et le soin des enfants, étaient réglés par la loi! Quelle pouvait être la civilisation d’un peuple proscrivant cette compassion qui honore l’homme bien mieux que la plus fière impassibilité?
Que dire du trait:ment desesclaves? Les ilotes étaient la chose de l'État, qui pouvait les exploiterà son gré. La guerre le mett ‘en péril, on les armait. Quelqu'un d’entre eux se faisait-ii .àrquer par sa belle taille, sa physionomie expressive, son intelligence, il était égorgé , et son maître payait une amende. Voulait-on enseigner aux jeunes gens la tempérance, on faisait entrer dans la salle du banquet un ilote ivre, dont les gestes dégoûtants et les discours désordonnés rendaient l’ivresse repoussante, Leur nombre s’était-il trop accru, on envoyait les jeunes gens s’exercer à la chasse en poursuivant ces malheureux, qu’ils massacraient par divertissement sur le sol arrosé de leurs sueurs. Et ces bêtes humaines étaient deux cent mille! On en expédia une fois deux mille pour aller secourir Brasidas , et l’on n’en eut plus de nouvelles.
Toute la législation de Lycurgue a pour but de conserver la pauvreté, en proscrivant les arts et l’industrie, c’est-à-dire, ce qui nécessairement entraîne l’oisiveté et les maux qu’elle engendre, Il