CHAPITRE VI
SPARTF ET MESSÈNE,
Lycurgue disposa sa ville natale sur le modèle d’un camp militaire, où la paix aurait été méfiante, ombrageuse, où la vie aurait été une initiation à la guerre; puis il enjoignit aux Spartiates de vivre en paix. Il était naturel qu’ils ne lui obéissent pas; aussi à peine avait-il cessé de vivre qu’ils engagèrent contre les Arcadiens et les Argiens des combats qui durèrent de 873 à 743, et des guerres encore plus mémorables contre Messène (1).
Les Messéniens, bien que de race dorique, avaient pris les Spartiates en haine depuis l'instant où, dans le partage du Pélo-
(1) Pausantas, LV ( Meconvixé ).
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irc guerre de Messénie.
Aristodème, LL A
ponèse, ces derniers s'étaient emparés d’une plus grande part de la commune conquête. Les rois des deux pays s'étaient plusieurs fois entr’aidés quand leurs sujets menaçaient de diminuer leur
. autorité; mais les deux peuples se voyaient de mauvais œil, et
plus encore après que Sparte et Mycènes eurent complétement subjugué les habitants de la campagne dans la Laconie. Lorsque la mine est préparée, une étincelle suffit pour la faire éclater. Un certain nombre de jeunes filles spartiates qui se rendaient à une fête dans le temple de Diane, commun aux deux peuples et situé sur les confins, furent surprises et déshonorées par de jeunes Mésséniens, et se donnèrent la mort pour ne pas survivre à l’outrage.
Peu après, Polycharès, riche Messénien, confia ses troupeaux à Évæphnus, Lacédémonien, pour les faire pâturer dans les riches prairies de la Laconie ; mais celui-ci les vendit et répandit le
, bruit qu’ils avaient été enlevés par des corsaires. La fraude
ayant été découverte, Polycharès envoie son fils en réclamer le prix à Évæphnus, qui le tue. Le père désolé porte sa plainte devant le magistrat de Sparte ; mais se voyant payé de paroles, la colère l’emporte, et il se précipite en fureur sur tous ceux qu’il rencontre dans la ville. Sparte envoie alors des ambassadeurs à Messène pour demander satisfaction, et, ne l’obtenant pas telle qu’elle la désire, lui déclare une guerre d’extermination. Les deux cités s’arment et combattent à outrance, avec toute la fureur des guerres fraternelles,
Les guerriers spartiates avaient juré de ne pas rentrer dans leur patrie que leur vengeance ne fût accomplie; ils n’épar-
. gnaient donc ni les champs ni les hommes. Les Messéniens, réduits
à l'extrémité, eurent recours à l’oracle, qui leur répondit : Z/ faut apaiser les dieux avec le sang d’une vierge de race royale. Le sort tomba sur la fille de Lycisque, mais celui-ci la fit évader. Alors Aristodème, qui convoitait les suffrages populaires et l'autorité souveraine, proposa sa propre fille; bien que son amant proteste qu’elle n’est plus vierge, que bientôt même elle donnera le jour au fruit de leur amour, l'impitoyable père l’égorge de sa main. Ce fut ainsi qu’il apaisa les dieux et régna. ,
Messène ne fut pas sauvée pour cela ; l’ambitieux, déchiré par les remords, finit par se tuer, et Ithome, sa dernière place forte, tomba au pouvoir de lennemi. Les vaincus se réfugièrent en grand nombre à Argos, dans l’Arcadie, à Syracuse ; ceux qui restèrent dans leur patrie, durent jurer fidélité aux Spar-