‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 18 sur 146 · SPARTE ET MESSÈNE · texte numérisé non relu

SPARTE ET MESSÈNE

tiates, leur livrer comme tribut la moitié de leurs récoltes et assister, vêtus de deuil, aux funérailles des rois et des magistrats de Sparte.

En exécution du serment prêté, les rois de Sparte avaient dû Imstitution des rester vingt ans hors de leur patrie, et l’on rapporte que les éphores furent créés, dans cette circonstance, pour les suppléer. Après leur retour, on conserva ces nouveaux magistrats pour statuer, … en cas de divergence d’opinion, entre les rois et le sénat, et le peuple fut ainsi réduit à confirmer ou à rejeter ce qui lui était proposé, sans pouvoir y rien modifier.

La longue absence de tant de guerriers aurait pu diminuer la Prarthéniens. population; le sénat envoya donc l’ordre de faire revenir de l’armée les plus jeunes soldats, qui, parvenus plus tard à l’âge d’homme, n’avaient pas prêté le serment, afin de féconder les femmes : morale toute spartiate ! Les enfants nés de cette prostitution légale furent appelés Parthéniens. Chassés par les maris à leur retour à Sparte, ils se transportèrent, conduits par Phalante, dans la péninsule italique, où ils fondèrent Tarente.

Nous retrouvons en Italie d’autres colonies spartiates, notam- 77: ment les Locriens et les Crotoniates, célèbres comme lutteurs. Les ilotes, qui avaient voulu profiter de la circonstance pour se soulever, furent dispersés dans ces derniers établissements.

La dure tyrannie de Sparte pesa quarante ans sur les Messé- "fine 1e niens, jusqu’à ce que le désir de vengeance qui les animait tous Aigpène: devint chez tous une volonté. Aristomène, rejeton de leurs anciens rois, cédant au vœu national, réunit la jeunesse et l’excita à délivrer la patrie. Il fut proclamé roi ; mais, satisfait du titre de général, il inspira par ses premières expéditions une telle épouvante aux Lacédémoniens qu’ils envoyèrent consulter l’oracle. Ils re- çurent pour réponse qu’ils devaient chercher à Athènes un général pour les commander. Athènes était la rivale de Sparte; enorgueillie de la voir recourir à elle, ce fut presque par raillerie qu’elle lui envoya Tyrtée, poëte et boiteux. Mais il fit voir aux Tarte Spartiates combien il était injuste de n’estimer que la vigueur du corps; car il sut inspirer par ses chants une telle ardeur aux combattants qu’il ranima leur courage et fit tourner la chance. Par malheur, il consacra son génie à une cause inique, à l’extermination d’un peuple à qui l’excès de l’oppression avait fait convertir en glaives les fers dont on l'avait chargé. Dans les rangs d’Aristomène, le poëte aurait pu du moins parler de patrie, nourrir ses chants de sentiments généreux et consolants; dans ceux de Sparte, il n’avait d’autres ressources que de stimuler la va-

leur, de montrer la honte de fuir et de survivre à une défaite, mais sans invoquer jamais la vertu, la justice et Dieu.

Les Spartiates avaient affaire à des gens réduits au désespoir, et la victoire fut encore fidèle au héros messénien, Il lutta pendant trois ans ; mais enfin la voix de Tyrtée retentit de nouveau contre lui, et les Arcadiens, achetés par les Spartiates , le trahirent. Aristomène vaincu se retira dans les montagnes, refuge de

"la liberté, et soutint, dans la forteresse d’Ira, un siége deonze ans. La trahison vint encore l’y atteindre; Ira fut prise. Aristomène, à la tête des débris de la garnison, s’ouvrit un passage et erra dans la Grèce. Ses soldats se dispersèrent ; une partie d’entre eux, étant passés en Sicile, défirent les habitants de Zancle et donnèrent à cette ville le nom de Messine, en mémoire de la patrie qu’ils avaient perdue.

Le territoire de Messène fut partagé entre les vainqueurs ; les habitants, réduits à la déplorable condition d’ilotes, baignèrent des

« sueurs de lesclavage le sol de leur patrie détruite. Deux cents ans plus tard, ils tentèrent encore de secouer le joug ; mais, comme il arrive trop souvent, ils ne firent que le rendre plus lourd.

Quoique de semblables victoires profitassent à la souveraineté de Sparte, elle les paya de tant de sang qu’il lui fallut longtemps pour réparer ses pertes. Elle s’accrut donc lenternent au milieu

des Doriens , étendant son territoire au détriment des Argiens et des Arcadiens. Ce ne fut qu’en 544, époque de leur entière sujétion, que la suprématie lui fut acquise parmi les peuples de la même race.

La constitution de Sparte ne subit point de changements tant que ses guerres ne dépassèrent pas les limites du Péloponèse et restèrent, pour ainsi dire, fraternelles.Le contraire arriva lorsqu’elle voulut se mêler aux affaires du reste de la Grèce, avec la prétention d’exercer la suprématie ; mais elle avait pour rivale Athènes, qui marchait à la tête de la race ionique. Le fil de notre récit nous amène naturellement à nous occuper de cette ville, dont les mœurs furent beaucoup plus douces.

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