CHAPITRE VIL
Sous le règne d’Ogygès, 1832 avant Jésus-Christ, le lac Copais inonda l’Attique, et les traditions antérieures se perdirent dans ce
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désastre. Un siècle et derni après, Crécrops y arriva, dit-on, d'Égypte, enseigna la culture de l'olivier et institua l’aréopage. Le déluge de Deucalion eut lieu sous Cranaüs, l’un de ses succes-
seurs. Amphictyon renversa du trône Attis, son beau-père ; mais ”
lui-même fut détrôné par Érichthonius, à qui succéda Pandion, puis Érecthée, sous le règne duquel Cérès, venant de Sicile, aborda sur le rivage de l’Attique, c’est-à-dire que l’agriculture s’y propagea.
Les premières institutions de ce pays dénotent une origine étrangère : l’aréopage et la distribution du peuple en nobles, en agriculteurs et en artisans , rappellent l'Égypte; on y trouve aussi des souvenirs de l'Inde, par exemple dans les sacrifices de famille qui devaient s’accomplir aux mêmes degrés de parenté que chez les Indiens (1). Mais l’immobilité orientale ne pouvait durer sur ce sol, et nous y verrons le peuple acquérir peu à peu la liberté. Athènes favorisée par sa position et par la nature de son territoire, protégée contre les incursions des hordes barbares qui ravageaient le reste du pays, atteignit le plus haut degré de civilisation.
L’un des plus anciens événements de l’Attique est la guerre entre le Thrace Eumolpe et l'Athénien Érechthée, qui remporta la victoire. La paix alors confirma la suprématie d'Athènes et son alliance avec Éleusis, alliance probablement cimentée par l’admission d’Athènes aux mystères de Cérès, dont la direction fut toujours réservée aux Eumolpides. Thésée , purgeant le pays des brigands et des monstres qui l'infestaient, l’affranchissant du tribut de sept jeunes garçons et d’autant de jeunes filles dù à la Crète, peut être considéré comme le fondateur de l’État athénien. Il donna de la consistance au gouvernement en réunnissant les quatre districts de lAttique, indépendants jusqu’alors l’un de l’autre, et en faisant d'Athènes la capitale du pays.
On a rapporté de lui trop de choses pour qu'il soit possible de
distinguer le vrai du faux, et l’on ne sait rien de ses successeurs .
jusqu’à Codrus. Quand les Héraclides envahirent le Péloponèse, les Ioniens , chassés de leurs foyers, vinrent accroître la population de l’Attique; les Héraclides de Sparte en conçurent de la jalousie et déclarèrent la guerre aux Athéniens. L’oracle avait prédit que la victoire resterait à celle des deux armées dont le chef périrait dans le combat. Codrus, en usant de stratagème pour se faire tuer par l’ennemi, assura le triomphe aux siens et rendit son
(1) Buxsen, de Jure hereditario Atheniensium. Goëttingue, 1812.
Cécrops.
nom glorieux. Les Athéniens, tout en l’admirant, ne voulurent plus cri
avoir de roi; ils se mirent sous la protection de Jupiter et se firent côt archontes à gouverner par un archonte, qui fut pris dans la famille de Codrus, siég pour être héréditaire et perpétuel : mais il devait rendre compte de giés
son gouvernement ; soumettre, dans les affaires d’État, son auto- . sau
* rité à celle du peuple ; dans les affaires criminelles, à celle de Pa- tou réopage ; dans les causes civiles, à celle du prytanée. Beaucoup con d’Athéniens, mécontents de ce changement, passèrent dans l’Asie cril Mineure avec les Ioniens, et y fondèrent des colonies. Crè
784. Les Athéniens firent un nouveau pas vers la liberté quand ils élev
rendirent décennal, de perpétuel qu’il était, le pouvoir de l’ar- les archontes Chonte, toujours choisi d’ailleurs dans la descendance de Codrus. ; cull annuels. Mais finalement, sans que l’on sache par suite de quelles révolu- fem “tions, les archontes furent portésau nombre deneuf, pour exercer ilsu TS le pouvoir une année. Les trois premiers d’entre eux remplissaient ; port les fonctions attribuées jusqu'alors au chef de l'État, peu
Ces changements n’étaient toutefois favorables qu’aux familles mê
issues des conquérants ; de même que les patriciens à Rome, elles pro constituaient une tyrannie vigoureuse , ne choisissant que dans N
leur sein les archontes et les aréopagites. Les vaincus cependant der “ne se résignaient pas à la servitude, comme en Orient, et des il se conflits s’élevaient souvent entre le peuple et la noblesse ; mais plus celle-ci, forte de son union, étouffait les réclamations de la foule, Cen exerçait rigoureusement son autorité, rendait la justice à son gré, sage et opprimait les débiteurs au point de vendre leurs enfants. pand Dracon— 6%, L’archonte Dracon avait rédigé des lois sévères , comme toutes et st celles des aristocraties héroïques ; ce n’était, à ce: qu'il paraît, leur qu’un code criminel tracé, disait-on, avec du sang, parce qu’il attri
punissait tous les délits de la peine de mort ; selon lui, aucun
méfait n’était assez léger pour ne pas mériter le dernier supplice, (1) ni assez grave pour qu’on pôt lui en infliger un plus grand. 1n0ÿe Aussi l’oisiveté était-elle un crime capital, et l’on procédait | + | même contre les choses inanimées qui avaient causé quelque S ru accident. Un tribunal de cinquante-cinq éphètes, auquel toutes les « gén cours de justice devaient soumettre l‘urs décisions, fut substitué à frui l’aréopage. Pol Les Athéniens étaient ainsi tombés du pouvoir illimité des rois re sous le coup de lois cruelles dont l’excessive sévérité fut un ob- maléc
stacle à tout bon résultat, d’autant plus que ces lois ne s’étendaient (2) pas à l’organisation civile et n’avaient point en vue le peuple. Les “e dissensions héroïques s’envenimaient donc de plus en plus entre . |
les trois classes, que distinguaient les noms de Pédiens, de Dia- PH
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criens et de Paraliens, c’est-à-dire de la plaine, des monts et de la côte. Cylon tenta d’en profiter pour usurper le pouvoir ; mais, assiégé dans la citadelle, il réussit à s’enfuir; ses partisans, réfugiés dans le temple de Minerve, après avoir obtenu d’avoir la vie sauve, furent égorgés sur l'autel. La perte de Nisée et de Salamine, toibées aux mains des Mégariens, et une peste qui la suivit, furent considérées comme un châtiment des dieux pour ce carnage sacrilége. On envoya donc chercher Épiménide, sage fameux de la Crète et ami des dieux. Arrivé dans Athènes, il ordonna qu’on élevât des temples, qu’on sacrifiât des victimes et qu’on accomplit les rites de l’expiation (1) ; il réforma en outre les cérémonies du culte en les rendant moins coûteuses, et supprima les coups dont les femmes se meurtrissaient le sein et le visage pendant les funérailles; ilsubstitua,en somme, des rites plus doux à ceux quiavaient été apportés de l'Orient. Ces mesures rétablirent la concorde , mais pour peu de temps; car, les mêmes causes continuant à subsister, les mêmes querelles se ranimèrent entre les grands, et le peuple en profita pour acquérir des droits avec l’aide de Solon.
Né de race royale, mais tombé dans la pauvreté, Solon avait demandé des ressources au commerce, qui lui rendit l’aisance; il se mit alors à voyager etlia connaissance avec les hommes les plus célèbres de son temps, appelés depuis les Sages de la Grèce. Ce n'étaient ni des savants ni des philosophes, mais des gens d’une sagesse vulgaire, qui tiraient des ombres du temple , pour la répandre au dehors, la doctrine desmæurs, et méditaient sur l’homme et sur sa nature , ainsi que sur les moyens de lui donner la meilleure direction possible. On connait les sentences qui leur sont attribuées (2), forme proverbiale sous laquelle ils mettaient la mo-
(1) J. Tzerzës, dans ses Chiliudes, V, 23, nous fait connaître les rites au moyen desquels se faisait la purification des villes souillées : « Quand une cite « était désolée par la famine, par la peste ou par quelque terrible calamité, on « apprêtait une victime que l’on conduisait à l’autel. On jetait alors sur le feu du « fromage, des gâteaux, des figues ; puis , après avoir frotté sept fois les parties « génitales de la victime avec de l’ognon marin, des figues sauvages et autres « fruits venus sans le secours de l’art,on brûlait le tout à un feu de hois d’arbres «“ non plantés; enfin,les cendres étaient jetées à la mer. C’est de cette manière « que l’on chassait au loin les maux dont une ville était affligée. » On se rappelle lalustration annuelle qui se faisait dans Israël en chargeant un bouc des malédictions qu’on voulait détourner du peuple, et en le chassant au désert.
(2) Socon : Connais-toi toi-même, yv&ôt oxurév.
Cnirnw: Rien detrop, pnôèv &yav.
PirTacus : Saisis le moment opportun, xæpèv Tp6cueve.
Bras : Les méchants forment le grand nombre, ot rAgïotou?xaxot.
PÉRIANDRE : Tout est possible à l'activité, wshéra To näv. HIST, UNIV. — T. M, 7
Solon,
Les Sept Sage»
rale à la portée de chacun. Tous, excepté Thalès, furent des man hommes d’État : Chilon, éphore de Sparte; Bias, magistrat dans le di l’Ionie ; Pittacus, dictateur de Lesbos; Cléobule, tyran de Linde ; C Périandre, tyran de Corinthe. sait Réunis un jour dans le palais de ce dernier, avec Anacharsis, dan: venu de la Scythie pour visiter la Grèce et comparer sa civilisa- le d tion avec la rude franchise de son pays, ils s’entretenaient du habi meilleur gouvernement possible. Solon dit que c'était celui où ditio l'injure faite à un particulier se considérait comme faite à tous ; libre Bias , où la loi régnait et non le prince; Thalès, où les habitants tinct étaient ni trop riches ni trop pauvres; Anacharsis ; où la vertu | tiqu était en honneur et le vice abhorré ; Pittacus, où les dignités ne pent s’accordaient qu'aux gens de bien; Cléobule, où les citoyens de c craignaient plus le blâme que le châtiment; Chilon, où les lois père étaient plus écoutées et avaient plus d’autorité que les orateurs ; tait Périandre , enfin, dit que le meilleur de tous les gouvernements poss était la démocratie qui se rapprochait le plus de l'aristocratie, tous parce qu’alors l’autorité résidait dans un petit nombre de gens de sem bien. cons Solon cultiva aussi " poésie, et remplit ses compositions nom de sentences profondes; il s’occupa même d’un poëme sur les des £ Atlantides, et fut versé dans l’astronomie, science alors tellement | deux à létat d’enfance chez les Grecs, que Thalès venait précisément Le ” de diviser l’année en douze mois de trente jours, en y intercalant pren un mois tous les deux ans. Solon la fit lunaire, de trois cent cin- nait quante-quatre jours, avec addition de vingt-trois jours tous les chos deux ans. de Ie
Il se rangea du côté du peuple, en lui enseignant à se connaître
lui-méme, c’est-à-dire à se sentir des droits égaux à ceux des no- ‘
cueil (
bles ; et lui seul parut digne d’organiser dans Athènes la liberté Par se, populaire. Nommé archonte, il reprit Salamine, et ce fait d’armes Solon . augmenta son crédit. Encouragé par l’oracle, il s’appliqua à re- Ameli constituer l’État, commençant par abroger les lois aristocratiques nes de Dracon , à l’exception de celle qui était relative à l’homicide. Paris, Puis, afin de venir en aide aux pauvres, au lieu de libérer les dé- | cæler biteurs, il accrut la valeur de l'argent, et leur garantit la liberté ; An personnelle. Il calma ainsi la classe nécessiteuse, et pourvut aux ne intérêts des riches en refusant le partage des terres, qu’on lui de- la civ la do
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CLéoBuLe : Rien de meilleur que la modération, métpav &protov. ; (2) THaLës : Sois garant, la peine arrive, éyyüa rép à &tn. ; sur La
Voir PLUTARQUE, Banquet des Sept Sages. 1 l'École
t des t dans inde ;
arsis , vilisant du ui où tous ; bitants vertu tés ne toyens es lois teurs ; ements cratie , ens de
sitions sur les lement
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naître les noliberté ’armes a à reatiques icide.
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mandait. Il voulut que chacun pt jouiren paix de ses biens, avec le droit de les transmettre (1).
Comme toutes les législations antiques, celle de Solon embrassait le droit public, le droit civil et le droit criminel. Il trouva dans lAttique, en flagrante opposition avec les familles nobles, le dème, c’est-à-dire la commune, composée des descendants des habitants primitifs du pays, qui, sans avoir été réduits à la condition de travailleurs mercenaires, demeuraient dans la campagne, libres et divisés en différentes juridictions. Il abolit l’ancienne distinction des citoyens en trois classes ressemblant aux castes asiatiques, pour y substituer la distribution fondée sur la propriété. Les pentacosiomédimnes , c’est-à-dire ceux qui possédaient un revenu de cinq cents médimnes ou mesures d’huile et de grain, occupèrent le premier rang ; puis, les chevaliers , dont le revenu montait à quatre cents; les seuyiles, à trois cents; les /hètes, qui possédaient moins. Les trois premières classes étaient admises à tous les emplois; ceux de la dernière pouvaient assister aux assemblées et siéger dans les tribunaux. L'ancienne division fut conservée, soit par tête dans les tribus (guhal) qui étaient au nombre de quatre, soit par habitation dansles dèmes ou communes des gens de la campagne : on en connaît jusqu’à deux cent soixantedeux (2).
Les neuf archontes annuels restèrent à la tête de l’État; le premier d’entre eux portait le titre d’éponyme, parce qu’il donnait son nom à l’année ; le second , celui de roi, et présidait aux choses religieuses ; le troisième était le polémarque, ou ministre de la guerre ; les autres s’appelaient thesmothèles, parce qu'ils
(1) Voy. SamueL PTIT, de Legibus atticis, 1615, C'est un excellent recueil qui jette beaucoup de jour sur les lois athéniennes.
Parmi les auteurs anciens, PozyBe ne fait aucune distinction entre les lois de Solon et celles qui furent promulguées après. XÉNOPHON ne remonte pas aux anciens temps. PLUTARQUE, dans la vie de Solon ; ARiSToTE, dans sa Politique, 1, 7 et 9; isocraTE, dans le Panégyrique, sont des guides plus sûrs.
Parmi les modernes, on peut consulter : Pasrorer, Histoire de la législation, Paris, 1818,t. vi, vit; BUNSEN, de Jure Atheniensium hereditario ex 1sx0 cæterisque oratoribus græcis ducto (Gæœttingen, 1812), qui explique fort bien la constitution athénienne pour ce qui concerne la tribu et la famille, le droit héréditaire étant la partie capitale des lois de Solon; Bozckx, Ucber die Staatshaushaltung der Athener, Berlin, 1821; VAN LimBurG BROUWER, Histoire de la civilisation morale et religieuse des Grecs depuis les Héraclides jusqu'à la domination des Romains, Groningue; SCHOEMANN, Antiquitates juris pu blici græci, Greifswald, 1828.
(2) La population de l’Attique était répartie entre 174 dèmes. Voir Recherches
sur la topographie des dèmes de l'Attique par C. HaNrior, ancien membre de l'École française d’Athènes, 1853.
= de
Constitution.
Archontes,
Assemblée générale,
Arcopage.
rendaient la justice : magistrats suprêmes, ils étaient dès lors exclus des commandements militaires. Avant de procéder à leur élection , le sénat et les héliastes examinaient s'ils étaient fils et petits-fils de citoyens, s’ils avaient servi dans l’armée, et respecté leurs parents. Ils portaient pour signe distinctif une couronne de myrte, et, comme tout magistrat, ils étaient inviolables.
Leur autorité était tempérée par quatre cents sénateurs, cent de chaque tribu. Le sort décidait du choix, mais ils étaient soumis à un rigoureux examen de la part des héliastes ; puis on proclamait leurs noms devant le peuple, et, si quelqu'un élevait la voix pour les accuser, ils étaient aussitôt mis en jugement. Les archontes der ent les consulter dans toutes les affaires ; chaque loi nouvelle était d’abord discutée dans le sénat, puis exposée durant trois jours aux pieds des dieux tutélaires de chaque tribu : mais, avant de la proposer, celle qui lui était contraire devait être abrogée, après avoir été défendue par cinq citoyens.
La confirmation des lois, l'élection des magistrats, la télibération sur les affaires publiques que devait lui,soumettre le sénat, appartenaient au peuple des quatre classes , comme aussi le jugement des procès publics dans les tribunaux qui siégeaient tous les huit jours. Aussi le Scythe Anacharsis s’étonnait-il grandement de ce que, dans Athènes, les sages fussent appelés à discuter et les ignorants à délibérer : tant était nouvelle l’idée de la souveraineté populaire !
L'aréopage, pouvoir conservateur et sauvegarde de la constitution , était composé, à vie, des archontes sortis de fonctions, et qui avaient rendu compte de leur administration : il veillait sur les mœurs, révisait et même annulait les décisions du peuple ; comme tribunal suprême , il statuait sur les affaires capitales, et rendait alors ses jugements avec les rites des temps héroïques; il invoquait les Érynnies, au milieu des victimes palpitantes et des imprécations ; lorsque les fèves du scrutin se trouvaient en nombre égal de chaque couleur, on y ajoutait, pour l’absolution, la fève blanche de Minerve, L’aréopage infligea une peine à un juge pour avoir tué un petit oiseau qui s'était réfugié dans son sein. Comme l’on proposait d'introduire les jeux de gladiateurs, pour qu’Athènes ne restât pas au-dessous de Corinthe, un aréopagite s’écria : Renversez donc d'abord cet autel que nos ancêtres ont ressé à la Miséricorde. Devant ce haut tribunal , censeur sévère des mœurs et des lois, l’éloquence elle-même devait dépouiller ses prestiges ; car on plaidait de nuit, sans gestes oratoires, sans en appeler aux émotions du cœur.
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Il semblait à craindre que les membres de l’aréopage n’abusassent d’un aussi grand pouvoir , comme les éphores de Sparte; on reconnut pourtant, à l'épreuve, de combien de maux Périclès fut cause pour lavoir diminué. La réputation de justice dont jouissait l’aréopage était telle que souvent rois et peuples le prenaient pour juge de leurs différends, et jamais aucun d’eux, dit Démosthène, n'eut à se plaindre de ses décisions.
Solon pensa que ce mélange d’aristocratie et de démocratie assurerait à la république l'équilibre nécessaire, surtout si l’on avait soin de confier le gouvernement aux citoyens les plus dignes. La multiplicité des emplois appelait aux affaires un très-grand nombre de citoyens, qui, tour à tour, se tronvaient supérieurs les uns aux autres (1). Celui qui machinait des innovations était puni de
(1) Afin de prouver que la démocratie coulait pour ainsi dire dans toutes les veines de l'État athénien, et qu’une alternative continuelle rendait les citoyens tantôt supérieurs tantôt inférieurs les uns aux aut.6s, nous passerons en revue les divers emplois, outre ceux qui ont déjà été mentiunés :
1° Les éphèles, à savoir cinquante et un sénateurs tirés au sort pour former l’'épipalladium, l'épidelphinium, l’épiprytanium, l'emphréatium; 90 les nomophylaces , dépositaires des lois et des votes des assemblées ; 30 les nomothèles, choisis parmi les héliastes ; 40 les orateurs publics, qui devaient défendre les intérêts du peuple dans le sénat et devant les assemblées ; 5oles syndics, cinq orateurs qui défendaient les lois dont on proposait l’abolition ; 60 les péristiarques, qui veillaient à la pureté du lieu des assemblées; 7° trente Zexiarques, qui prenaient note des présents aux assemblées pour mettre à l'amende les absents; 80 trente syngr'aphes , qui recueillaient les suffrages; 90 les apogr'aphes, qui distribuaient les procès ; 109 deux écrivains par tribu ; {10 un surintendant à l'horloge d’eau; 190 les hérauls.
Les employés des finances étaient : 10 les antigraphes, qui examinaient les comptes ; % dix'apodectes, qui faisaient la même chose pour le sénat; 30 les épigraphes, qui inscrivaient les comptes; 40 dix Zogistes, qui les revoyaient; 50 douze euthynes , qui revoyaient aussi les comptes et prononçaient des amendes; 60 les mastères, chargés de la recherche des biens des exilés ; 7o les zétèles, commission de recouvrements ; 80 les crénophylaces, gardiens des fontaines ; 9° les épistates, inspecteurs des eaux; 100 les inspecteurs des rues ; 110 les inspecteurs des murs,
La direction générale des finances, exercée pendant cinq ans par ARISTIDE et LYCURGUE, était une charge extraordinaire (tapis ts Grouuñseuws ). Il y avait les trésoriers, choisis parmi les citoyens les plus riches ; les polètes, douze commissaires pour la vente des choses appartenant à l'État et de celles qui lui étaient dévolues ; les démarques, administrateurs des tribus ; les administrateurs des spectacles ; les sifophylaces, veillant à la distribution du blé : dix en ville, cinq au Pirée.
Les practores percevaient les impôts et les amendes, et d’autres magistrals présidaient aux préparatifs des embarquements et faisaient la police du Pirée avec une foule de subalternes.
Les ænoptes pourvoyaient à la sobriété des banquets et furent bientôt oubliis, Les gynéconomes où gynécocosmes veilinient à ia morestie et à ia décence des
Ostracisme.
Lois, religieuses.
mort. En cas de révolution, les magistrats devaient se démettre immédiatement; sinon chaque citoyen était en droit de les tuer. Afin d’empêcher les pervers et les ambitieux de prévaloir dansles troubles civils, tandis que les gens de bien hésiteraient, Solon inscrivit dans la loi que chacun devrait, sous peine d’infamie, se déclarer pour un parti.
L’ostracisme avait encore pour but la conservation de l’État. Lorsque les grandes qualités d’un citoyen l’élevaient assez audessus des autres pour que son pouvoir ou son ascendant devint redoutable , il était éloigné pour dix ans, dès que cette mesure était réclamée par le vote de six mille citoyens au moins.
Rien ne prouve que cette loi fût l’œuvre de Solon, et, en général, ilest difficile de distinguer celles qui lui sont propres des additions qu’elles subirent par la suite ; d’ailleurs un grand nombre des siennes ne sont pas parvenues jusqu’à nous; il en est qui ne se déduisent que des faits, d’autres n’ont jamais été écrites, et les Eumolpides les conservèrent seulement par tradition. Cela établi, cherchons à procéder par ordre dans l'examen des parties les plus importantes de cette constitution.
Si les institutions religieuses vinrent de l’Égypte dans la Grèce, elles ne purent s'y conserver dans une caste exclusive et prédominante; mais elles servirent de contre-poids à la puissance égoïste d’une aristocratie guerrière, de sauvegarde aux droits des peuples et de frein à la fougue irréfléchie des démagogues. La fondation de l’oracle de Delphes auprès du conseil des amphictyons, suffirait déjà à démontrer quelle influence dut avoir la religion dans les délibérations publiques, non pour imposer aux grands, mais pour diriger le peuple, qui se soumettait à un signe du dieu plus qu’à toute autre raison, et pour inspirer des résolutions généreuses, patriotiques, prudentes, conciliatrices. Les mystères propageaient, sinon des mœurs plus pures, au moins
femmes ; ils imposaient une amende à celles qui se distinguaient trop par leur luxe et par des parures recherchées. Les orphanistes soignaient les orphelins. Les phratores fais..ient inscrire les enfants dans les registres de leurs tribus. Les astynomes surveillaient les charlatans, bateleurs, etc. Les clérèces suivaient les colonies pour le partage des terres. Les épiscupes étaient envoyés en mission dans les villes alliées pour en examiner la conduite et les dispositions. Les pylagores représentaient les amphictyons à l’assemblée de Delphes et des Thermophyis, et y parlaient au nom des villes grecque:. Les séraféges, on généraux, étaient nommés tous les ans par le peuple, ainsi que les {axiarques, lieutenants généraux, les hipparques, colonels de cavalerie, les pAylarques, dont dix étaient sous les ordres d’un hipparque.
Voy. Scnroseer, His/oire universelle de l'antinuito.
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Grèce, prédossance its des es. La mphica reli- 27 aux 1 signe résos. Les moins
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des doctrines plus gravé-. idées, plus spiritualistessur l’origine du monde : les jeux publ: : rassemblaient, soit une province, soit la nation tout entière, afin d’entretenir l’union et de ranimer le sentiment de la fraternité.
Aucune ville n’accueillit jamais plus facilement qu’Athènes les divinités étrangères; pour ne mécontenter personne, elle érigea même un temple au dieu inconnu. L’impiété y était cependant punie , ainsi que ceux qui profanaient les oliviers sacrés , et l’on refusait la sépulture à quiconque avait dérobé des objets du culte. Protagoras fut banni pour avoir douté de l’existence des dieux ; on brûla ses ouvrages, et ceux qui les possédaient durent les remettre au magistrat. Diagoras de Milet , qui professait l'athéisme, eut la tête tranchée. On condamnait certains impies à mourir de faim , assis à une table abondamment servie (1). Nul ne pouvait être arrêté durant les fêtes de Cérès et de Bacchus ; dans les thes mophories, on délivrait quelques prisonniers , et, lors des saturnales, on les mettait tous en liberté ; aucune exécution capitale ne pouvait avoir lieu tant que durait le voyage du navire qui portait à Délos les offrandes des Athéniens. Les rites d’Éleusis une fois accomplis, une commission spéciale s’assurait qu’ils n’avaient été altérés par aucune innovation.
Les traités conclus avec un gouvernement, même illégitime, étaient valables. Un criminel d’État pouvait, devait même être mis à mort par quiconque le rencontrait , et l’on décernait à celui qui le tuait une couronne de laurier, comme aux vainqueurs des jeux olympiques. Les fils d’un tyran étaient enveloppés dans la punition du père,
Les décrets du sénat avaient force de loi durant une année, à l'expiration de laquelle ils devaient être soumis à l'approbation du peuple. L’admission aux droits de citoyen était quelquefois accordée dans l’assemblée générale pour récompenser un mérite insigne, coinme au philosophe Pyrrhon, qui avait tué un tyran de la Thrace. Cette distinction était réputée si honorable qu’elle fut ambitionnée par Perdiccas de Macédoine , Térée de Thrace, Denys de Syracuse, Évagoras de Chypre. Six mille voix au moins, presque le tiers du nombre total des citoyens athéniens, étaient nécessaires pour conférer la qualité de citoyen à un étranger, ou à quiconque était né d’une mère étrangère, pour réhabiliter un condamné, pour décréter l’ostracisme et pour d'autres décisions importantes. Celui qui n’acquittait pas la dette laissée par
(1) Lysnas y fait allusion dans le fragment de la harangue acéphale.
Lois politiques.
son père envers le trésor public. était déchu de tous droits civils (1), et privé de sa liberté jusqu’à ce que cette dette fût éteinte. Les débiteurs particuliers pouvaient aussi être mis en prison; un écriteau indiquait à tousla maison ou le fonds grevé d’hypothèques.
Les mélèques, ou étrangers, ne jouissaient pas des droits de cité; ils payaient une imposition personnelle et devaient prendre pour patron un citoyen qui répondit d’eux et püût réclamer pour eux en justice contre un Athénien. Ils se nommaient un juge particulier, etrépartissaiententre eux la taxe à payer au trésor public. Exposés à des railleries et à des humiliations , on les obligeait à porter, dans les fêtes de Bacchus, les vases pleins d’eau et les ustensiles pour les sacrifices , revêtus d’habits d’une couleur étrange ; leurs femmes devaient tenir le parasol aux Athéniennes. Le métèque qui tuait un Athénien encourait la peine de mort, et l’Athénien qui attentait à la vie d’un étranger n’encourait que lexil ; l'étranger était aussi puni de mort s’il osait s’introduire dans l’assemblée ou se présenter à la tribune. Il ne suffisait pas, pour y monter, de jouir des droits de citoyen; il fallait, de plus, avoir une descendance légitime, des propriétés dans le pays, n’être pas né d’une courtisane , n’être pas débiteur du trésor. Quiconque avait outragé les dieux , refusé le service militaire , jeté son bouclier, frappé ses parents , dissipé son patrimoine ou fréquenté les femmes publiques , était exclu de la tribune.
Nous avons dit que l’on comptait vingt mille citoyens (2); car,
(1) Les Rhodiens, par un motif commercial, étendirent cette loi à toutes les dettes, même quand le fils n’acceptait pas la succession paternelle. A Thèbes, le débiteur insolvable était exposé sur la place publique avec une corbeille d’osier sur la tête,
(2) Quand les anciens auraient été moins étrangers aux observations de détail et plus soigneux d’instruire que de plaire, il n’aurait pas été en leur pouvoir de recueillir ces renseignements qui composent aujourd’hui la statistique. Aux difficultés que rencontrent les modernes, se joignait pour eux le mystère que faisait de ces documents la classe dominatrice, qui voulait accroître son importance en les tenant secrets. De là vient que l’on a pu soutenir avec des probabilités égoles des opinions opposées en se fondant sur les notions que les anciens nous ont transmises. Isaac Vossits ( Observ. var. ), MONTESQUIEU ( Esprit des lois, NAN, 17, 23 ), WALLACE ( Dissertation historique et politique sur la population des temps anciens ), prouvèrent que le monde était anciennement plus peuplé, Huwe, au contraire ( £ssays and Trealies on several subjects, Essay iX ), et d’autres encore soutinrent qu'il l'était moins. La même dissidence existe au sujet de la population de l’Attique. Wallace la porte à 524,000 têtes, Hume à 284,000 : mais tous s'accordent à peu de chose près sur le nombre de 20,000 individuslibres, La question est traitée de main de maître par Letronne( Mémoires de l'Académie, t, v1). I faudrait, selon lui, compter dans l’Attique, à partir de la guerre du Péloponèse jusqu’à la bataille de Chéronée :
Plu mo
ls ci- lorsqu'on parle de la liberté antique , il faut toujours l’entendre du
einte. petit nombre de ceux qui, formant la classe dominatrice, possédaient
n; un cette liberté et en jouissaient seuls. Ainsi, bien que dans l’Attique
ques. la constitution ne reposât pas uniquement , comme nons l’avons
> cité; vu , sur la noblesse héréditaire et sur la propriété foncière, mais
pour aussi sur la fortune mobilière du commerce et de l’industrie, on r eux s’imaginerait à tort y rencontrer l'égalité mathématique, telle ms qu’elle existe, par exemple, dans les États-Unis d'Amérique. c. Ex-
| por- Il importait donc de pourvoir à la conservation des familles ; Lois civiles. isten- or, dans ce but , il fut statué que le fils occuperait immédiatement
ange ; la place de son père décédé 'et, qu’à défaut de fils , un héritier na-
e mé- turel prendrait le nom du défunt. Celui quin’avait pas de descen-
Athé- dant légitime , testait en faveur de qui lui plaisait ; s’il en avait,
’exil ; ses biens étaient partagés entre les enfants par portions égales. La
l’as- famille même nous révèle le passage de l’unité orientale à la va-
Our y riété grecque , et l'identité du droit public avec le droit privé. Le
avoir mariage ne put être contracté qu’entre citoyens , mais par la seule
e pas formalité de fournir caution et de consigner une dot. La monoga-
nque mie n’est pas en désaccord avec la liberté grecque. Le pouvoir
bou- paternel s’acquiert par le mariage , par la légitimation et par l’a-
é les doption ; il ne consiste pas tant dans le droit moral de réprimer et
de punir que dans une espèce de droit de propriété sur le fils; car, mais, quand le père en est mécontent, il déclare au magistrat qu’il cesse de le reconnaître : il le bannit de sa demeure, et tout lien est
es les rompu.
hèbes, La curie (9paropla) réunit dans son sein l’État, la famille, la rele d'o- ligion : en effet, lors des fêtes Apaturies , Penfant âgé de moins détail ' d’un an était présenté à sa curie , et, au milieu d’un sacrifice sooir de lennel, le père jurait qu’il l'avait eu d’une Athénienne. Il lui était x dif- présenté de nouveau à l’âge de quinze ans , lors des mêmes fêtes, e fai- et une solennité de famille, dans laquelle on invoquait Hercule, Tnt Apollon et Diane, consacrait cette seconde admission. C'était par nous elle que, sous les auspices de la religion, la parenté passait du
foyer domestique dans la cité, et prenait le caractère public.
s. Athéniens. ,....,....,...,. 70,000 xiste Métèques. ....,..,..,....,. 40,000 Esclaves, . ,.. . . ..... .. 110,000 En totalité . . ; 220,000
Plus, 20,000 étrangers environ: population inférieure à celle de beaucoup de villes modernes ; et pourtant que de grandes choses elle opéra !
Le testament se fondait sur l’adoption, si bien que.toute libéralité faite par disposition testamentaire était appelée adoption. La faculté de tester ne détruisait donc pas la famille, mais lPagrandissait au contraire ; puis, comme la succession ab intestat qui, à ce qu’il paraît, s’étendait indéfiniment aux descendants et aux -Collatéraux (1), elle se combinait de manière à laisser à la famille sa hiérarchie, son existence, ses liens avec l’État, tout en donnant une liberté suffisante à l'individu : or l’accord de la liberté individuelle avec le pouvoir essentiel et l’unité de l’État produit seul cette harmonie de droits et de devoirs qui fait le charme de la vie sociale.
L'Athénien qui ne laissait qu’une fille pouvait instituer pour héritier son parent le plus proche, à la condition de l’épouser, ou, s’il en avait plusieurs, d’en épouser une et de placer convenablement les autres. Si l’héritière était déjà mariée , son époux devait la céder au parent héritier, et, si celui-ci était âgé , elle en pouvait choisir un plus jeune, pour assurer sa descendance. C’était ainsi que, dans l’intention de perpétuer les familles, on enlevait au mariage cette liberté qui est son premier droit et son premier intérêt, comme son premier moyen de bonheur. Le parent le plus proche était tenu de se charger de l’orpheline pauvre et de la doter. Le frère et la sœur consanguins pouvaient se marier, ainsi que firent Cimon et Elpinice. On ne devait pas oublier une poêle dans le trousseau de la fiancée , comme symbole des soins domestiques confiés à la mère de famille (2). On présentait aux époux des glands, et ils devaient manger à la même assiette avant de cohabiter. Le divorce était permis , mais avec des restrictions ; si la femme le réclamait , elle devait porter son instance devant les tribunaux ; si c'était le mari, il était tenu de lui rendre sa dot et de lui fournir des aliments. Les femmes adultères étaient exclues du service des dieux , et leur châtiment regardait le mari.
En général, la loi athénienne respectait bien plus les mœurs que
Celle de Sparte : on cherchait à mettre de la décence dans les jeux publics; l’accomplissement de certains rites était réservé à des
(1) BuNsEN voudrait que la succession des descendants eût été limitée au troisième degré; mais il est réfuté par Gans, Das Erbrecht in weltgeschitlicher Entwickelung ( Berlin, 1825), que nous suivons en cette partie.
(2) Plutarque fait consister la dot dans le seul trousseau ; mais il parait qu'il n’y avait de limite imposée qu'aux dons symboliques qui devaient l'accompagner. À Argos, la femme n’apportait point de dot; elle recevait au contraire des dons du mari. Chez les Béotiens, la nouvelle épouse était conduite dans un char dont on brûlait l’essieu pour indiquer qu’elle ne pouvait plus relourner en arrière, En Thessalie, l'époux offrait à sa femme un cheval couvert de l’armure de guerre.
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personnes d’une conduite irréprochable ; mais il existait aussi des plaies, et de quelle nature ! |
L'éducation variait selon les conditions, mais elle était généralement soignée; l’autorité publique instituaitles maîtres et fixait même les heures de l’enseignement. On punissait de mort quiconque entrait dans les écoles lorsque les enfants yétaient encore ; d’infâmes habitudes réclamaient cet excès de rigueur, Mais nous ne saurions donner le motif d’une autre loi qui défendait, sous la même peine, d’enseigner la philosophie sans le consentement du sénat et du peuple. Il est vrai que cette loi fut révoquée un an après, et que celui qui l’avait proposée fut condamné à une amende de cinq talents (1).
Le fils n’était pas tenu de fournir des aliments à son père, si celui-ci ne lui avait pas fait apprendre un métier, {ou s’il avait engendré d’une courtisane. Des couronnes glorieuses étaient décernées aux citoyens qui avaient bien mérité de la patrie; on élevait aux frais de l’État les enfants des citoyens morts en combattant, et les débauchés étaient exclus du sacerdoce, du sénat, des emplois publics.
Les juges étaient choisis dans toutesles classes indistinctement ; mais ils devaient avoir trente ans révolus, être exempts de toute accusation et de dettes envers le fisc ; ils recevaient trois oboles (2) par séance. Quatre tribunaux étaient institués pour les meurtres, six pour tous les autres délits : proportion qui indique combien les actes de violence étaient fréquents. Chacun d’eux se composait ordinairement de cinq cents juges, convoqués et présidés par l’archonte. Un telnombrede juges, la multiplicité des tribunaux et la diversité de leurs attributions rendent la législation criminelle d’Athènes très-compliquée et fort peu intelligible (3).
(1) Environ 27,500 francs.
(2) Environ 50 centimes, (3) Les tribunaux athéniens étaient :
10 L'assemblée du peuple , qui connaissait des crimes d’État. 2° Le conseil ou sénat (Bou ).
30 L'aréopage, qui connaissait de certains homicides et des affaires concernant l’État et la religion.
4o Les héliastes, qui étaient au nombre de 6,000 : ils siégeaient en deux ou trois sections, dont la moindre comptait 500 membres, 5° L'épipalludium, pour les meurtres prémédités. 60 L’épidelphinium, pour les meurtres non prémédités. 70 L'emphréatium, pour les exilés accusés d’homicide et non encore purifiés. 80 L'épiprytanium, pour les accidents mortels occasionnés par les animaux ou par des êtres inanimés.
Lois judiciaires.
Les villes sujettes d'Athènes devaient y porter leurs différends; on peut juger des inconvénients qui en résultaient pour elles. Quantaux habitants de la campagne, cinquante juges étaient expédiés pour leur rendre une justice sommaire dans les contestations qui ne dépassaient pas la valeur de dix drachmes; celles qui s’élevaient au-dessus de cette somme étaient décidées par des arbitres sexagénaires, choisis annuellement dans chaque tribu. On pouvait appeler de leur décision ; mais, s’ils avaient été désignés par les parties, leur sentence était définitive.
Celui qui réclamait judiciairement une succession devait déposer un dixième de la valeur de l'héritage , et il le perdait si sa demande était rejetée. Aucune plaidoirie ne devait excéder le temps qu’une clepsydre met à se vider. Les témoins déposaicnt à haute voix, et l’accusateur pouvait demander que les serviteurs du prévenu fussent mis à la torture.
Tout offensé pouvait porter son accusation, soit publique ou privée, devant les tribunaux. Si elle était privée, il ne réclamait qu’une amende; si elle était publique, il demandait l’application de la loi, et devait alors jurer de ne retirer sa plainte qu’après le jugement rendu. Le calomniateur pouvait être cité en jugement, et celui qui n’obtenait pas au moins un cinquième des votes était, comme téméraire, passible d’une peine corporelle, mais avecliberté de s’en affranchir en s’exilant avant le prononcé de la sentence. Une admirable maxime de Solon disait que l'injustice disparaîtrait bientôt si celui quien a connaissance s’en plaignait autant que celui qui ensouffre; chacun pouvait donc se constituer accusateur et citer devant le tribunal quiconque se portait à des actes de violence envers un enfant ou une femme, soit libre, soit esclave. Mais l’accusateur devait déposer une somme d'argent; puis, debout sur les chairs consacrées d’un porc, d’un agneau, d’un taureau (1),
90 L’épithalattium, pour les délits commis en mer. Venaient ensuite les tribunaux présidés par les archontes : 100 Le tribunal pupillaire, présidé par l’éponyme avec deux assesseurs et un greffier.
110 Celui du roi, pour les profanations, 120 Celui du polémarque, pour les simples habitants et pour les étrangers. 139 Les thesmothètes jugeaient en premier ressort les affaires de commerce. 140 La police était exercée par les Onze, qui connaissaient des vols nocturnes et des vols commis de jour, jusqu’à la valeur de 50 drachmes. 15° Au Pirée siégeaient les nautodices, devant lesquels étaient portés en première instance les différends entre marchands et marins, (1) Les animaux mêmes qui avaient servi aux sacrifices, les suovetaurilia des Romains.
un
immolés aux dieux avec les solennités prescrites, il prononçait de terribles imprécations sur lui-même, sur ses enfants, sur sa race, dans le cas où ilne dirait pointla vérité.
L’individu qui tuait un bœuf de labour encouraitla peine capitale, reste des anciennes coutumes sacerdotales. Dracon lui-même n’avait prononcé aucun châtiment contre celui qui, pour défendre ce qui lui appartenait, avait tué quelqu'un en flagrant délit. Un tribunal spécial connaissait des meurtres involontaires (4). Aucune peine n’avait été portée contre le parricide, réputé impossible. Le coupable de viol devait épouser la femme qu’il avait outragée, ou mourir. L’adultère était puni de mort, s’il n’y avait pas composition à prix d'argent avec le mari, qui pouvait, en outre, vendre la complice. Le suicide était un crime d’État; son châtiment consistait dans l’amputation de la main droite du cadavre et dans une sépulture ignominieuse, à moins toutefois que le suicidé n’eût d'avance exposé au sénat les motifs qui le dégoûtaient de la vie. Lente, d'ordinaire, à punir les particuliers, la justice athénienne était prompte et très-rigoureuse à l'égard des magistrats : larchonte surpris en état d’ivresse était mis à mort. Les peines tenaient, en général, de la férocité antique, bien que Dracon les eût adoucies en partie, et que Solon fit souvent appel aux sentiments de l'honneur et à la crainte de l’infamie : car un des plus grands châtiments qu’il eût établis était d’être déshonoré (#rmos).
Le déshonneur atteignait celui qui n’avait point de profession. Il était défendu de médire des morts, prescription d’une exécution difficile, comme on peut trouver trop minutieuse celle qui prohibe aux marchands de poisson de diminuer rien du prix demandé, pour les contraindre à ne point surfaire d’abord ; ils devaient aussi rester debout tant qu’ils n’avaient pas débité toute leur marchandise.
Il vaut mieux rappeler les compagnies de secours mutuels, dont les membres versaient chaque mois une somme convenue pour subvenir à ceux d’entre eux qui tombaient dans l’indigence.
La guerre ne pouvait être déclarée qu’après trois discussions publiques ; les citoyens étaient obligés de s’armer, d’équiper un cheval, de fournir les navires qu’ils possédaient. La solde ne fut introduite que sous Périclès.
(t) Dans les cités de Mycènes et d’Argos, le meurtre par accident était considéré comme quelque chose de pire qu'un malheur, pour un effet du courroux particulier des dieux ; c’est pourquoi le coupable devait aller en exil et se purifier par les rites de l’expiation. “Ets
Lois de police.
Compagnies de
secours mutuels.
Lois militaires,
Lorsque Athènes eut grandi et se fut corrompue par les richesses et la puissance, une foule de loisse snccédèrent, proposées, sanctionnées, changées, dénaturées par des orateurs démagogues et la multitude inconstante; c’est pourquoi un satirique disait d’elle, comme Dante de Florence, que celui qui y retournerait après trois mois d'absence ne reconnaîtrait plus le gouvernement et les lois.
Pour n’en citer qu’un exemple, Solon avait accordé les droits de citoyen aux bâtards et aux enfants nés d’une femme étrangère. Périclès fit passer une loi quiles excluait; puis, ayant perdu ses deux fils et voulant faire admettre comme citoyen un de ses bâtards, il fit révoquer cette dernière loi. Après l’expulsion des trente tyrans, la loi de Solon fut de nouveau abrogée , et les enfants nés d’une étrangère, déclarés illégitimes.
Il est impossible, au milieu de semblables variations, de se former une idée nette etuniforme de la législation athénienne ; aussi, tandis que celle des Doriens reste fidèle à son origine étrangère , celle-ci se rapproche-t-elle de plus en plus de la nature hellénique. Les Athéniens, fiers de leur liberté et de leur culture individuelle, sensibles , turbulents , avides, éclairés, fantasques, nous offrent le type du caractère grec.
Comme tout autre législateur, Solon dut faire, en beaucoup de choses, des concessions au génie de son peuple. Interrogé s’il croyait lui avoir donné les meilleures lois , il répondit : Les moilleures qu'il puisse supporter. Anacharsis lui disait que les lois
- étaient comme les toiles d’araignée , où les mouches sont prises tandis que les hirondelles passent à travers : Les miennes, répliqua Solon, seront observées, car je les accommode aux intérêts des citoyens, de lelle sorte que personne ne trouve son comple à les violer.
Il connaissait donc les deux principes capitaux de l’opportunité et de l'intérêt privé, rendu gardien de l'intérêt public ; on aura pu d’ailleurs s’apercevoir qu’il ne sacrifia point, comme Lycurgue, la morale à la politique. Ce dernier vit que son petit pays suffisait à la nourriture de ses habitants, et il en bannit tout commerce et tout étranger. Solon dut chercher à naturaliser sur le sol aride de l’Attique les arts et l’industrie. Lycurgue , dans un gouvernement
- de rois, put faire ce qu’il voulut; Solon , dans un gouvernement populaire, dut faire ce qu'il put. Le premier avait à diriger un peuple grossier et habitué à la tyrannie patricienne; celui d’Athènes, qui avait déjà traversé plusieurs révolutions, voyait ce qui lui était le plus avantageux et la possibilité de l'obtenir. Ly-
curgue , d’un naturel austère, soumit les mœurs aux lois; Solon, d’un caractère doux, adapta les lois aux mœurs; le premier forma le peuple le plus guerrier, l’autre , le plus cultivé. Sparte gardait avec un soin jaloux sa grossièreté traditionnelle , ses lois à l’esprit oriental, et redoutait tout progrès; Athènes , à l’aurore de la liberté, s’élançait vers l’avenir. A Sparte, on apprenait à mépriser la mort; à Athènes, à jouir de la vie; dans l’une, à mourir pour la patrie; dans l’autre, à vivre pour elle. Les Spartiates, régis avec une verge de fer, éprouvèrent moins de secousses intérieures, tandis que la teinture de politique dont chacun était frotté dans Athènes y multiplia les troubles civils. Les uns conservèrent plus longtemps leur indépendance, les autres La perdirent; mais, par bonheur, les armes et la victoire ne sont pas tout au monde, et l'empire des lettres et des sciences ne fut pas perdu avec la bataille d’Ægos-Potamos. Les Athéniens, d’ailleurs, supportèrent l’infortune avec dignité ; après la prise de leur ville par les Perses et Lysandre, ils ne perdirent pas courage et se relevèrent; tandis que les Spartiates, après les défaites de Pylos, de Cythère, de Leuctres, tombèrent dans l'abattement comme une nation sans passé et sans avenir. Ainsi ces deux cités représentèrent dans la Grèce les deux éléments de tout État : l’un qui conserve, l’autre qui perfectionne. Sparte aristocratique est la figure des gouvernements taillés à l’asiatique, basés sur la foi, sur l'immobilité sacrée des usages héréditaires, sur l’amour et le respect pour tout ce qui est vicux ; Athènes populaire marche en avant dans la voie de la libre discussion, a l’œil fixé sur avenir et fonde la liberté.
Lorsque Solon eut exposé ses lois en public, ce furent des allées et des venues continuelles dans sa maison : l’un lui demandait une explication, un autre lui suggérait un changement, un autre lui reprochait telle ou telle disposition. Ennuyé de cela, il sortit encore une fois de la ville, et se remit à voyager durant dix ans.