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CHAPITRE XII

À son retour dans sa patrie, Solon y trouva ranimées les dissensions entre le peuple, qui, désormais affranchi du joug , voulait se venger, et les nobles, qui cherchaïient à recouvrer leurancienne

supréni téte du peuple

nobles avaient pour chefs les Alcméonides; à la : Pisistrate , parent de Solon, citoyen riche et

généreux, qui se montrait le protecteur des faibles et aspirait à la tyrannie. Afin d’y parvenir, il se présenta un jour sur la place vublique, couvert de blessures sanglantes , dont il accusa les nobles en disant qu’ils le haïssaient comine partisan du peuple. Il : en fallut pas davantage pour que la plèbe lui décrétât une garde avec laquelle il s’empara de la citadelle , chassa les Alcméonides et usurpa le pouvoir suprême.

Pisistrate possédait toutes les qualités nécessaires pour séduire, pour aveugler un peuple; beau de sa personne, vaillant, splendide , habile orateur, il joignait l’esprit naturel au savoir; affable avec tous, l’indigent trouvait en lui un bienfaiteur, l’opprimé un

appui : toujours favorable à la multitude lorsqu'il s'agissait de lois et d'institutions, il était le protecteur des gens de lettres et des artistes. Solon , lui-même, fut séduit et le favorisa d’abord,

lorsqu'il ignorait encore ses projets; mais une fois qu’il les eut

pénétrés, il lui dit : Tu serais le premier ciloyen de la Grèce, situ n’en étais le plus ambilieux , et il lui fit une vive opposition. Pisistrate lui ayant demandé un jour ce qui l’encourageait à tant de résistance, il répondit : Ma vieillesse. On aimerait mieux qu'il eût pu dire : Mon devoir. Enfin , ne pouvant supporter plus longtemps le spectacle des maux de sa patrie, Solon l’abandonna et mourut dans un âge avancé. Il avait coutume de dire: Je vieillis en apprenant. Près de mourir, il se fit relire des vers, ain, disait-il, de mourir plus instruit.

Pisistrate ne jouit pas en paix du pouvoir qu’il avait usurpé; il fut même contraint de quitter la ville quand les Alcméonides y rentrèrent avec Mégaclès ; mais ses amis conduisirent si bien les choses qu'il s’arrangea avec ses rivaux, en épousant la fille de

. l’un d'eux. Le peuple, qui le disait ramené par Minerve, le re-

plaça bientôt au premier rang. Il en fut renversé de nouveau, et vécut quinze ans dans l'exil; rappelé à Athènes, il la gouverna

jusqu’à sa mort.

Pour rendre les assemblées moins tumultueuses et la ‘x moins facile, il dirigea vers l’agriculture beaucoup de cit ycus, en leur concédant des terres sous la condition d’y planter l’olivier

sacré, et de payer à l’État le dixième du revenu. Afin de polir et d’instrui. ‘2 Athéniens, il favorisa les‘arts et les sciences, forma une biblicii. “ue, mit en ordre les poëmes d’Homère, en même temps qu'i! 1 “at des :outes au commerce et des asiles aux sol-

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soumission, il fit construire beaucoup (1), et commença le temple de Jupiter Olympien.

Sa douceur naturelle, son affabilité, sa clémence, contribuèrent à lui concilier les esprits. Un jeune homme ayant osé donner un baiser à sa fille, la mère en demandait vengeance ; Pisistrate lui dit : Si nous punissons ceux qui montrent de l'amour pour notre fille, que ferons-nous à ceux qui nous haïssent ? Quelques mauvais sujets adressèrent un soir des injures à sa femme ; puis, le lendemain, leur ivresse dissipée , ils vinrent présenter leurs excuses; mais lui, ftnant la surprise : Vous devez vous étre trompés, ma femine » est pus sortie hier au soir. Quelques-uns deses amis, fâchés contre lui, se retirèrent dans une place forte; Pisistrate, en étant inforiaé, va les rejoindre, suivi d’un grand nombre d’esclaves qui portaient son bagage, et dit aux boudeurs étonnés : J’ai résolu de vous ramener avec moi, ou de rester avec vous.

Avec un pareil tyran, Athènes pouvait se trouver heureuse ; mais un Étatest bien à plaindre lorsqu'il doit fonder sa félicité sur les qualités personnelles d’un maître! Sous ses dignes fils, Hipparque et Hippias, la culture intellectuelle se perfectionna dans Athènes (2); des sentences morales, sculptées sur la pierre, fai-

(1) ARisTo’E, Politique, liv. VIE, ch. 1x.

(2) Voici ce qu'écrivait Platon dans l'Hipparque (p. 228 ): « Hipparque, l'aîné et le plus sage des fils de Pisistrate, celui qui, entre autres preuves de sagesse, a le premier apporté dans ce pays les livres d’Homère, et obligé les rapso : des à les réciter alternativement etpar ordre aux Panathénées, comme ils le font encore aujourd’hui, envoya aussi un vaisseau avec cinquante rameurs chercher Anacréon de Téos pour l’amener à Athènes, et retint toujours auprès de lui Simonide de Cos, en le comblant de présents et de pensions. Il cherchait ainsi à former ses concitoyens, voulant commander à des gens éclairés, et trop généreux pour se réserver à lui seul la possession de la sagesse. Quand il eut répandu quelque iustruction parmi les habitants de la ville, il dirigea ses soins vers ceux de la campagne, et fit élever pour eux des hermès sur tous les chemins communiquant de la ville à chaque dème. Puis , de tout ce qu’il possédait de mieux dans son esprit et dans ses connaissances, il composa des vers élégiaques pour les faire graver sur Îles hermès et enseigner la sagesse; de sorte que Anentôt les citoyens n’admirèrent plus tant ces fameux préceptes qui se lisaient inscrits à Delphes : Connais-loi toi-même, Rien de trop, et autres semblables, et qu'ils trouvèrent plus de sagesse dans ceux d'Hipparque. En lisant ces inscriptions, les passants acquéraient le goût de la philosophie, et accouraient à la ville pour en apprendre davantage. Chaque hermès avait deux inscriptions ; à gauche étaient le nom de l’hermès, celui du lieu et du dème ; à droite, on lisait: Monument d'Hipparque : Marche en pensant à la justice. 1 y avait d’autres inscriptions, sur d’autres hermès, belles et en grand nombre. Celle de la voie Stiriaque portait : Monument d'Hipparque : Ne trompe jamais ton ami. »

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saient l’ornement des chemins, tandis qu’à la cour brillaient des esprits d’élite, parmi lesquelsse trouvaient Simonide et Anacréon. La contribution du dixième, payée par les cultivateurs, fut réduite au vingtième ; on était sur le point d’achever le temple de Jupiter.

Pourtant les vieilles haines duraient encore. Les Alcméonides bannis s’étaient réfugiés en Macédoine, où ils formaient un noyau de mécontents. Hippias et Hipparque, peu réservés en fait de femmes, corrompaient les autres par leursexemples, et se créaient des ennemis. Harmodius, outragé dans la personne d’une sœur, se concerta avec Aristogiton et plusieurs autres; ils assaillirent les deux princes, ettuèrent Hipparque. Hippias lui survécut pour le venger. Harmodius fut massacré par le peuple en fureur. Aristogiton, mis à la torture, désigna pour ses complices les meilleurs amis d’Hippias, qui subirent le dernier supplice. Interrogé par le tyran s’il avait encore des traîtres à dénoncer, il lui répondit : Maintenant je ne connais plus que loi qui mériles la mort. Léæna, maîtresse du meurtrier, mise à la torture, se coupa la langue avec les dents, de peur que les tourments ne lui arrachassent quelque nom.

Ces événements réveillèrent chez les Athéniens l’amour assoupi de la liberté. On dressa des statues en l’honneur d’Harmodins, d’Aristogiton et de Léæna; l’hymne fait à leur louange devint un chant national (1). Hippias, en proie aux soupçons et avide de vengeance, rendait sa domination plus pesante. Les Alcméonides appelèrent à leur aide Sparte et les oracles de la Pythie; puis, marchant sur Athènes, ils s’en emparèrent les armes à la main. Le gouvernement républicain fut rétabli, et Hippias s’enfuit chez les Perses.

Ici la confusion est grande. Clisthène, chef des Alcméonides, qui dominait dans Athènes avec le titre de libérateur, chercha à déraciner les vieilles factions, en faisant une nouvelle distribution de citoyens ; il porta donc les quatre tribus ioniques au nombre de dix, dans chacune desquelles devaient être pris cinquante sé-

(1) ATRÉNÉE, XV, 15 : « Je porterai mon épée recouverte de myrte, comme Harmodiuset Aristogiton, quand ils tuèrent le tyran et rétablirent dans Athènes l'égalité des lois.

« Cher Harmodius, tu n’es pas mort. On dit que tu vis dans les îles des bienheureux, où sont Achille aux pieds légers , et Diomède, fils de Tydée,

« Je porterai mon épée recouverte de myrte, etc.

« Que votre gloire coit éternelle, cher Harmodius, cher Aristogiton, parce que vous avez tué le tyran, et rétabli dans Athènes l'égalité des lois, »

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des nateurs, et chacune encore eut ses magistrats particuliers, on. formant ainsi une sorte de gouvernement municipal : ce qui à faisait sentir davantage la liberté, par exercice étendu du pou- > de voir. Cette liberté fut le véritable fondement de la grandeur d'Athènes.

ides Cependant Sparte, qui était intervenue dans les affaires d’Aoyau thènes, en secourant d’abord les Alcméonides contre Hippias, t de puis Hippias contre sa patrie, finit par s’unir aux Béotiens, aux aient Chalcidiens et aux Éginètes, ettenta de soumettre Athènes à la œur, domination d’Isagoras, ennemi de Clisthène. Mais la discipline ssail- spartiate succomba sous la vaillance des Athéniens, combattant vécut pour la défense de leurs droits. Enhardis par le succès, ils aidèreur. rent les Grecs de l'Asie Mineure à secouer le joug des Perses ; ce s les qui leur attira la guerre de Darius et de Xerxès, Mais, avant de nter- nous occuper de ce grand drame, nous devons jeter un regard sur il lui les autres républiques grecques.

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