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CHAPITRE XII

Eschyle avait combattu à Marathon; Sophocle chantait, dans un chœur d'enfants, des hymnes aux dieux, en actions de grâces pour la victoire de Salamine; Euripide naquit le jour même où elle fut remportée ; Hérodote se préparait à l’éterniser avec la plume, Phidias avec le ciseau. De pareils nvms nous disent assez que c’est le temps où Athènes brille de tout son éclat ; mais est-ce un motif pour nous de taire ses turpitudes ?, Elle conservait , dans ses temples, un tableau représentant des processions de courtisanes, avec cette inscription de Simonide : ÆEies ont prié la déesse Vénus qui, pour l'amour d'elles, a sauvé la Grèce. Le jour même de la bataille de Salamine , trois prisonniers ;des plus jeunes et des plus beaux furent immolés à Ilacchus sur le navire de Thémistocle, et Ilacchus, que ce sacritice rendit propice, ne manqua point Ge contribuer à la victoire par des prodiges.

LesGrecs avaient vaincu ; mais ils avaient près d’eux les satrapes mèdes occupés de corrompre, à prix d’or ou par le luxe et les voluptés, ceux qu’ils n’avaient pu dompter avec le fer, etqui réussi-

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Reconstruc- - tion, d'Athènes,

rent souventà séduire, à suborner les principauxcitoyens. Le butin fait sur les Perses avait augmenté les richesses ; elles furent prodiguées avec l’insouciance de gens qui les ont acquises facilement (1). Une fois que l’ennemi commun n’inspira plus la crainte, les Grecs se divisèrent en factions, et se mirent à s’égorger entre eux. Sparte tâchait de conserver la suprématie en mettant obstacle à la reconstruction d’Athènes incendiée ; elle prétextait l'inconvénient d’avoir, hors du Péloponèse , une ville dont l’ennemi pouvait s'emparer à son gré. Mais ses habitants y étaient revenus, et ilsapportaient autant d’ardeur à la réédifier qu’ils avaient éprouvé de douleur en la voyant détruire. Quand il s’agit de relever ses murailles, Sparte s’y opposa plus vivement encore; mais Thémistocle trompa les Lacédémoniens par ses parjures, etfit travailler nuit et jour jeunes et vieux, hommes libres et esclaves, en employant les débris des palais et des temples antiques. Grâce à lui, le vieux et misérable port de Phalère fut bientôt remplacé par le port du Pirée, vaste et commode, qui devint comme une seconde cité que deux longues murailles réunissaient à Athènes. Ses brillañtes promesses attirèrent dans sa patrie des étrangers et des artisans ; il persuada à ses concitoyens d’ajouter, chaque année, vingt galères à leur flotte,et tous ses efforts eurent pour but de placer Athènes à la tête de la Grèce.

Préoccupé de cette pensée, il déclara un jour, dans une assemblée du peuple, qu’il avait à faire une proposition de la plus

(1) Depuis Solon jusqu’à Démosthène , la valeur des denrées quintupla dans Athènes. A la moitié du quatrième siècle avant J.C., un médimne de blé valait 5 drachmes ; un bœuf en coûtait 80, un mouton 16, un agneau 19. Au commencement de ce même siècle, la journée d’un ouvrier était payée 3 oboles; un cheval de selle, 1,200 drachmes ; un manteau, 20 ; une paire de chaussures , 8 ; un porc, 3. 4% temps de Solon , un bœuf ne valait que 5 drachmes. En 410, Lysias plaidait contre un tuteur ui avait évalué à 16 drachmes un agneau acheté pour les fêtes de Bacchus , et réputait exorbitante une dépense de 5 oboles par jour pour l'entretien de deux jeunes garçons et d’une jeune fille. Une maison était estimée 500 drachmes. Un ami de Socrate se plaignait un jout é'e la cherté de la vie à Athènes , où le vin de Chios coûtait 1 mine ; 3 mines, un vêtement de pourpre; 5 drachmes, une petite mesure de miel. Socrate le conduit chez un marchand de farine , chez un vendeur d'olives, chez un fripier, et lui fait voir que l’on peut avoir une tunique pour 6 drachmes, et, pour très-peu de chose, de la farine et des olives.

Dans les Mémoires de l’Institut (t. XII, 1836) est insérée une dissertation de M. Dureau de la Malle, sur le rapport existant entre le prix du grain et la valeur de l'argent ; il prouve que, depuis Périclès jusqu’à Alexandre, le médimne de blé (81 livres) valait à Athènes 5 drachmes, et que le rapport de l'argent au gain était comme 1822 est à { ; tandis que, dans le dernier siècle de la république, il était à Rome comme 2268 est à 1.

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haute importance , mais qu’il était nécessaire de la tenir très-secrète; il ne devait donc la confier qu’à celui qui serait désigné à cet effet, et l’on choisit Aristide d’une voix unanime. Illui expliqua donc comment, les navires de la Grèce entière se trouvant alors réunis dans le port d'Athènes, rien ne serait plus facile que d’y mettre le feu et d’assurer ainsi la prééminence de leur patrie. Aristide reparut devant le peuple, et lui déclara que la mesure :roposée était très-avantageuse , mais injuste; il n’en fallut pas davantage pour qu’elle fût unanimement rejetée. Tel est le récit de tous les écrivains, qui nous semble, à nous, un morceau de rhéteur. Si une telle proposition était jamais sortie de la bouche de Thémistocle, Aristide aurait su dire : « Athéniens, Thémistocle devient » « fou. Lui qui vous 41 persuadé que lunique salut de la Grèce

« était dans les murailles de bois, c’est-à-dire la flotte; lui qui

« vous a décidés à mettre tout votre espoir sur les navires; lui qui , au risque de compromettre sa propre réputation, vous a

« exhortés à vous défendre contre les Perses par une flotte com-

« mune, il propose maintenant de l’incendier, ce qui équivaut

« à livrer à Xerxès non-seulement Athènes, mais toute la Grèce.

« Son conseil est le pire qu’un ennemi puisse donner. »

Thémistucle émit un avis plus honorable et non moins utile lorsque, les Spartiates ayant proposé d’exclure des amphictyons les peuples qui n’avaient pas combattu contre les Perses, il s’y opposa en démontrant que l’exclusion s’étendrait sur un trop grand nombre, et que la Grèce resterait à la mercide deux ou trois cités. Bien qu'il eût ainsi parlé à cause de sa jalousie contre 3parte, il ne rendit pas | moins un grand service au pays toutentier, dont il resserra les liens au lieu de les briser. Ce fut en effet par cette union seule que la Grèce parvint à tant de puissance qu’elle affermit son autorité en Italie, étendit sa domination de Chypre au Bosphore de Thrace et sur les îles de la mer Égée ; qu’on la vit s'établir en Thrace et dans ia Macédoine, sur les côtes de l’Euxin, depuis le Pont jusqu’à la Chersonèse Taurique (la Crimée}, et devenir la protectrice de la liberté ionienne.

La flotte grecque fut d’abord dirigée contre Chypre et Byzance, pour en chasser les Perses. Aristide et Cimon , fils de Miltiade, commandaient les Athéniens , et Pausanias , tuteur de Plistarque, fils de l’héroïque Léonidas , était à la tête des Spartiates. Chypre* fut délivrée, Byzance prise, les Perses mis en fuite , et plusieurs parents de Xerxès restèrent prisonniers. Pausanias, qui, enorgueilli Pausantas de la victoire de Platée , aspirait au pouvoir suprême, résolut de mettre à profit leur captivité. Il les renvoya sans rançon au roi de

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Perse, etles chargea de lui dire que, s’il voulait lui donner sa fille en mariage, il lui livrerait la Grèce. Xerxès, duquel la proposition souriait, flatta l’éspoir de Pausanias, qui, dissimulant peu ses projets, s’habillait déjà, se nourrissait et recevait à la manière des Perses. Les loniens et les atitres confédérés, auxquels déplaisaient cesfaçons d'agir, se détachèrent de Sparte pour s’allier à Athènes, attirés qu’ils étaient d’ailleurs par les vertus d'Aristide et de Cimon. Athènes recouvra ainsi sa prééminence sur met (1). Pausanias, accusé de trahison, se fit absoudre à prix d’argent; mais, sous miaiti ; il cherchait toujours à se faire des partisans, surtout en caressant les ilotes et les Messéniens. Enfin les éphores réunirent assez de preuves contre lui pour le condamner à mort. Comme il s’était réfugié dans le temple dé Minerve, asile inviolable, les issues en furent murées , et sa mère apporta la première pierre, ne reconnaissant plus pour son fils celui qui trahissait sa patrie.

On a prétendu que Thémistocle était d'accord avec Pausanias ; mais il n’existe d’autres motifs pour le croire que sa soif du pouvoir et lesimmenses richesses dont il faisait étalage au milieu de ses con citoyens. Il déplaisait par son faste, et aussi parce qu’il avait élevéun petit temple à Diane de Bon Conseil, en reconnaisance de eeux qu’elle lui avait inspirés dans la dernière guerre; en outre, il parlait sans cesse des services qu’il fut assez grand pour rendre, qu’il ne fut pas

(1) Diobore 0E Sicise (VI, 13) donne, comme il suit, la liste de ceux qui eurent l'empire de la mer, depuis la guerre de Troie jusqu’à l’arrivée de Xerxès :

1° Les Lydiens et les Méonions, durant.. 92 ans.

2° Les Pélasges ...:.,.... doter és 85

3° Les Thraces,....,.. osssooese sovoce 79

4° Les Rhodiens.,.................., .. 23

5° Les Phrygiens..,.,.,..,. .....,.,..... 25

6° Les Chypriotes .....,....,..,,..,.. 3

7° Les Phéniciens.. .......... nsc 45

8° Les Égyptiens. .. «os sossosssese (Nombre perdu.) 9° Les Milésiens. . ., 4, s.sosoossenee 18 10° Les Cariens... ee. sosoosesose 61

11° Les Lesbiens........ ..... Faces 68

12° Les Phocéens.......... ssésdsehEss 44

13° Les Samiens........:....,...., 5 + (Nombre perdu.) 14° Les Lacédémoniens.......,,..., ES |

15° Les Naxiens...,.... ..,.,... dires 10

16° Les Érétriens......., ses eus 15

17° Les Éginètes. .....,,....,..,...,.. 10

Cette liste est tout à fait incomplète et n’a aucune authenticité, car on n’en connait pas l’origine. Elle ne saurait, en tout cas, concerner que la suprématie dans la mer Égée.

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assez grand pour oublier. Les îles de la met Égée, qu'il avait rançonnées, faisaient entendre des plaintes. Sparte , mue peut-être par la vengeance, se porta son accuéatrice , et les Athéniens l’appelè- nets, | rent en jugement; mais il prit la fuite. On lui confisqua cent ta- | lents (1) au moins, bien que ses amis eussent caché une grande | partie de ce qu’il possédait. IL s’était réfugié près d’Admète, roi | des Molosses, et sansdoute il se rappela ce que lui avait dit un jour | son père, en lui montrant une vieille barque qu’on laissait pourrir sur la plage : Voilà comment le peuple abandonne ceux dont il n’a plus besoin.

Maisla haine des Lacédémoniens le poursuivit même dans cette retraite; voyant qu’il n’y était pas er sûreté, il s’enfuit à Pydna, Sn en Macédoine , d’où il fit voile pour l’Ionie. Poussé par la tempête sur la côte d’Asie, il osà se présenter au roi de Perse. Soit qu’il eût en effet des intelligences avec lui , ou qu’il se fit un mérite des conseils perfides donnés à son prédécesseur, au temps de l'invasion, soit qu’il lui apportât l'espoir de le seconder dans la conquête de la Grèce , ou qu’enfin la générosité du monarque perse honorât la valeur même dans un ennemi, Artaxerxès Longuemain, qui avait succédé à Xerxès, l’accueillit généreusement. Il lui assigha le revenu de trois villes et lui fit faire un mariage illustre. ‘*: Thémistocle finit ses jours dans ce pays, où les uns disent qu’il se tua parce qu’il ne voulait pas où ne pouvait pas exécuter les promesses qu’il avait faites au grand toi ; d’autres assurent qu’il mou- ” rut naturellement, et que ses restes furent rapportés dans sa patrie par ses amis. Thémistocle fut l’un des plus grands hommes dont l’histoire fasse mention : il prévoyait longtemps d’avance les événements ; fertile en expédients dans les circonstances extrêmes,

il savait profiter des idées d’autrui et faire adopter les siennes à force d’éloquence; il fut indomptable dans les revers, mais il ne sut pas résister aussi bien à la prospérité.

Ainsi, l'ambition avait conduit à une fin malheureuse deux des ,,,: héros de la guerre contre les Perses. Aristide, au contraire, ‘ristite. conserva jusqu’à la fin sa pauvreté sans tache ; bien qu’il eût entre. ses mains le trésor de toute la Grèce, il mourut dans une telle indigence que la république dut faire les frais de ses funérailles et pourvoir à l’éducation de ses enfants.

La suprématie était passée des Spartiates aux Athéniens, et cet Rivalite, pour événement, de haute importance , fut l’origine de longues rivalités entre les deux plus grands États de la Grèce. Athènes , qui

ti\Moutnnn ZEN NAN Lrona (i) Environ 400,000 irancs.

Mutations intérie res,

montra toujours des intentions plus larges et plus généreuses, organisa une ligue perpétuelle entre les principales républiques et les îles grecques, sauf le Péloponèse , pour continuer la guerre contre les Perses. L’argent nécessaire à cette guerre nationale était d’abord levé arbitrairement, ce qui entraînait des mécontentements et des plaintes fréquentes ; Athènes en régularisa la perception selon les revenus de chacun des États confédérés , et le fit déposer à Délos (1). Aristide, parcourant le pays et examinant les choses de près, avait su contenter tout le monde ; après lui, l’administration du trésor passa en d’autres mains, qui, toujours athéniennes , ne furent pas toujours aussi pures.

Comme Thémistocle l’avait prévu , l'empire de la mer donna celui de laterre; or la primauté dans la Grèce, qui d’abord avait été une simple prééminence dans la guerre contre les Perses, devint un moyen de direction politique, prompt à dégénérer en domination absolue. Lorsque le danger d’une attaque des Perses fut écarté, la continuation de la guerre et les contributions devinrent

*vexatoires pour les alliés, qui refusèrent leur concours. Athènes leva les contributions par force, regarda comme rebelles les alliés qui ne voulurent pas les acquitter et les soumit par les armes. Les autres États, devenus hostiles, se rapprochaient des Spartiates, qui constituèrent une ligue opposée à celle d'Athènes, indépendamment de lcur influence dominante sur le Péloponèse.

Athènes et Sparte avaient cependant adopté de grandes innovations; sans changer positivement les institutions de Lycurgue et de Solon, ellesse relâchaientsur leurs prescrintions, négligeaient certains usages ou bien leur en substituaient à ‘utres. Désormais les rois de Sparte n'étaient plus rien, et les éphores décidaient de tout; les choses se passaient entre eux comme, à Venise, entre le doge et les inquisiteurs d’État. Dans Athènes, Aristide avait obtenu que ia quatrième classe du peuple fût aussi admise aux emplois ; mais le pouvoir populaire ne s’affermit pas davantage. L'autorité des dix stratèges, généraux élus annuellement, s'étendit au contraire avec l’accroissement des relations extérieures, et ces magistrats attiraient à eux la direction des affaires, tout en affectant de favoriser la multitude.

Victorieuse des Perses , investie du généralat de la Grèce, Athènes voulut se montrer digne de ce rang, en s’entourant de toute la splendeur de la civilisation , et , dans les quarante années

(1) La contribution s'élevait alors annuellement à 160 talents : elle monta à 600, sous Périclès, et plus tard à 1,300.

suivantes, elle s’éleva au plus haut degré de grandeur. Économes dans leurs dépenses privées, les Athéniens étaient prodigues lorsqu'il s'agissait de la magnificence de leurs fêtes, de leurs spectacles, de leurs édifices; ils sentaient la vie dans sa plénitude, car l’existence publique n’était pas chez eux distincte de l'existence privée, et la conscience de leurs propres forces leur inspirait une énergie extrême pour marcher dans les voies de la science et des arts. A l’aide du seul métier qu’ils crussent digne d’un homme libre, les Athéniens avaient dompté la stérilité de leur sol; quoique l'esprit mercantile n’eût jamais prévalu chez eux, ils se livraient au négoce sur les côtes de la Thrace et de la mer Noire. L’habitude de se mêler des affaires du gouvernement, de discuter en public les intérêts communs de la patrie et leurs propres affaires , leur valut la subtilité du raisonnement , l'aptitude à saisir d’un coup d’œil les rapports des choses, et la facilité pour les exprimer avec élégance ; ils avaient même ouvert des écoles où lon enseignait à bien penser et à bien dire. Qui pouvait mieux parvenir à ce but que ceux pour qui Homère était le livre élémentaire ? La poésie se mélait à toutes les solennités de la vie, Socrate enseignait sur la place publique , Sophocle instruisait au théâtre, Platon professait dans l’école, Dériosthène haranguait à la tribune.

Le poste de Thémistocle fut occupé par Cimon , fils de Miltiade, égal en habileté à son père, qu’il surpassa en droiture. Aristide l'arracha aux erreurs d’une jeunesse irréfléchie , bien rachetées par une probité incorruptible unie à la plus aimable aménité. Afin de conserver la paix dans sa patrie et l’union dans la Grèce, il continua la guerre contre les Perses, et, s’étant dirigé vers la Thrace, il prit Amphipolis et Éione, dont les habitants, plutôt que de se rendre, se précipitèrent dans les flammes. Avec eux périt en Europe la domination des Perses. Cimon, à la tête de trois cents voiles , s’avançant vers la Carie et la Lycie pour les poursuivre en Asie, appela sur sa route les colonies grecques à la liberté, et purgea l’île de Scyros des Dolopes, corsaires non moins redoutables que les Uscoques modernes.

La mort violente de Xerxès et les troubles qui la suivirent, avaient empêché les Perses de s'opposer à l'invasion; mais à peine Artaxerxès se fut-il affermi sur le trône par la mort d’Artaban qui lui en avait ouvert le chemin en égorgeant son père, qu’il envoya des troupes pour recouvrer Chypre, et rassembla une belle flotte sur les rives de l’'Eurymédon. Cimon va l’attaquer, s’en empare , et fait monter les siens , vêtus à la manière des Perses,

Caractère athénien,

‘Ctuon.

He guerre

messénienne,

Pérlclès,

sur les navires captifs. Il aborde ainsi dans le voisinage de l’armée de terre , débarque , la taille en pièces , et remporte le même jour deux victoires qui n’ont rien à envier à Salamine et à Platée. Une partie du magnifique butin fut consacrée aux dieux, une autre destinée à fortifier Athènes, et Cimon employa celle qui lui vevint à embellir sa patrie de rues, de portiques, de jardins. L'année suivante, il poursuivit le cours de ses victoires en s’emparant de la Chersonèse,

Les alliés d'Athènes murmuraient , comme si les fatigues n’eussent été que pour eux , et pour elle la gloire et les avantages; ils parlaient de rompre la confédération pour se livrer au repos. Cimon accéda à leur vœu, sous ia condition qu’au lieu de soldats ils fourniraient leurs navires et de l’argent; cette convention eut pour résultat de les affaiblir et d'accroître la puissance d'Athènes. L’Eubée , Naxos, Thasos , qui se refusèrent à cet arrangement, furent soumises par la force, et la raison d’État justifia la violation des traités faits avec Aristide. Athènes s'était , en outre , renforcée au dehers en s’assurant des côtes de la Macédoine par l’établissement d’une colonie à Amphipolis.

Sparte, pour s’opposer à cet accroissement , déclara la guerre à Athènes; mais :.e terribles calamités suspendirent ses préparatifs. Un tremblement de terre produisit une telle secousse qu’une cime du Taygète s’écroula sur la ville et ensevelit vingt mille personnes. Prompts à profiter de ce désastre , les ilotes et les Messéniens brisèrent les fers de leur rude esclavage, et, relevant de ses ruines cette Ithôme dans laquelle ils avaient autrefsis défendu leur indépendance, ils soutinrent une nouvelle guerre de dix ans ; elle durait encore quand Cimon, craignant la contagion de la révolte, persuada aux Athéniens d'envoyer du secours à Sparte, qui le refusa. Les démagogues profitèrent de cette circonstance pour donner à entendre au peuple que Cimon était d'intelligence avec Sparte afin de rabaisser Athènes ; il n’en fallut pas davantage pour qu’il fût réputé digne de subir l’ostracisme (1).

Le principal promoteur de cette mesure avait été Périclès , à qui Zénon d’Élée et Anaxagore avaient révélé les mystères de le nature et appris à mépriser ce que redoutait le vulgaire, D’une naissance illustre, doné de beauté , d’éloquence et d’un grand esprit, versé dans la connaissance des temps et des hommes, il avait cette supériorité nécessaire pour être un bon politique au prix de la justice et de la probité, S’observant avec le plus grand soin

(1) Tu, Lucas, Versuch einer Charakteristik Cimons, Hirschberg, 1832.

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lorsqu'il parlait, il fut le premier à préparer et à écrire ses discours. !l avait coutume de se dire : Rappelle-toi que tu vas parler à des hommes libres, à des Grecs, à des Athéniens, et il priait les dieux de ne laisser sortir de sa bouche rien qui blessât l'oreille délicate de ses concitoyens. Ses paroles, dit Aristophane, son contemporain , éfaient des lonnerres et des foudres qui secoyaient toute la Grèce. À l’éloquence du langage il joignait une argumentation si déliée que le vieux Thucydide disait un jour : Quand je viens de le jeter par terre, il s'écrie : Non, non, ce n'est pas vrai, je suis debout! et il le persuade au peuple. Il montait rarement à la tribune; une affaire acquérait donc de l'importance dès qu’on le voyait la discuter. Extrêmement habile à montrer la plus grande insouciance pouz ce qui lui tenait le plus à cœur, il ne paraissait viser ni aux honneurs, ni aux richesses, ni à son propre avantage ; ilécoutait les conseils, ou faisait semblant de les écouter, et agissait avec cette modération qui subjugue les ennemis et séduit la multitude. Un de sesadversaires lui avait adressé des injures à satiété; puis, comme la nuit était survenue durant la discussion, Périclès ordonna à son esclave d'accompagner, avec un flambeau , l’orateur jusqu’à sa maison (1).

Parvenu au maniement des affaires publiques, il visa toujours à accroître l’autorité du peuple, afin que celui-ci pôt lui en céder une plus grande part. ‘Toutes ses actions tendirent à ce but durant sa domination; car on peut bien appeler ainsi le pouvoir qu’il

exerça quarante ans, quoiqu'il ne fût jamais archonte ni général.

Il ne put même jamais se glisser dans l’aréopage , et fit dès lors tout son possible pour en diminuer l'autorité ; un de ses agents, Éphialte, enleva en effet à ce tribunal la connaissance de plusieurs délits, la haute direction des jeux, la révision des lois, la surveillance des mœurs, et chercha même à le discréditer en y introduisant des personnes indignes.

Afin que les jugements populaires ne manquassent pas d’assistants, Périclès fit décréter nne rétribution pour ceux qui seraient

présents, de sorte que les tribunaux furent pleins de désœuvrés -

( fainéants. Il fit assigner une solde aux indigents pour qu'ils pussent entrer aux spectacles, et obtint qu’on leur distribuât une partie des terres conquises ; dès lors les oisifs, qui ne savaient

(1)3, Can, Gorrneser : de Moribus Periclis in Gorgia expressis ; Misentæ , 1775. —R. Wen, Ucber Pericles Standrede ; Darmst., 1827. — KUTSEN, Pericles als Staatsmann; Grimmæ, 1834. —R,. Lonentzer, de Rebus Athen. Pericle duce; Gottingæ , 1734, — OGtEnskr, Pericles und Plato; Wratislaw, 1837,

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