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qu’elle appartiendrait deux jours à chacun des compétiteurs.
Que de choses ne revèle pas un semblable jugement ! Encore fut-il rendu dans le temple de Cybèle,
Dans ce discours, le grand orateur nous fait connaître les moyens employés par les matrones pour entraîner les jeunes filles dans la mauvaise voie, Poëtes et artistes travaillaient à l’envi à immortaliser ces pauvres filles perverties. Les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la peinture représentaient les plus renommées ; la victoire de Salamine fut attribuée à leurs prières; Strabon appelle esclaves consacrées, hiérodules , les courtisanes d’Éryx (1); Pindare, dans son éloge du Co:inthién Xénophane, vainqueur des jeux Olympiques, commence par s'adresser «aux jeunes filles hospitalières , ministres de la persuasion dans l’opulente Corinthe (2). » On sait, en outre, que les fils de Pisistrate vidèrent le trésor public pour satisfaire leurs goûts en ce genre. Thémis-
. tocle parcourait, les rues d’Athènes avec quatre courtisanes sur
son char ; Alcibiade se fit peindre nu dans les bras de deux de ces femmes , également nues; Harpalus érigea une statue à Pythionice, sur la route qui menait d'Athènes à la ville sacrée d’Éleusis (3).
La mère de famille, au contraire, n’était rien. L’orateur Hypéride disaitque , pour sortir de la maison ; une femme devait être d’un âge tel que l’on demandät , en la voyant , non de qui elle était l'épouse, mais de qui elle était la mère, Dans la harangue de Lysias contre Diogiton, une veuve trahieet injuriée par son père, qui dilapidait la fortune des enfants qu’elle élevait, convoque ses parents dans sa demeure, pour les intruire de ce qui se passe etleur demander les moyens d’y porter remède ; mais elle se croit obligée de 88 justifier pour oser parler dans une réunion d'hommes, bien qu’ils soient tous ses proches parents. Elles n’ont pas cueilli les rosesdes Muses, ditSapho des dames athéniennes, ce qui fait qu'on ne parle pas d'elles dans la vie, et qu'elles n'auront pas de renom après leur mort ; elles passeront de l'obscurité de leur état dans le néant du tombeau, semblables à des fantômes qui errent dans la nuit el qui s'évanouissent à l'aurore. Et pourtant, ni les précautions jalouses, ni l'obscurité de leur vie ne garantissaient leur chasteté; pour conserver la paix, dit Xénophor, il faut pardonner leur première faiblesse , oublier la seconde. Comment ne se se-
(1) STRABoN, liv. VI, p. 272.
(2) Pinnane, fragm. Euôke , Le (3) ATHÉNÉE , XIIF, p. 586.
raient-elles pas trouvées humiliées et de la rivalité de nombreuses esclaves, sollicitant par la variété les sens du mari partagé, et de celle des hétaires , qui, le visage fardé, les lèvres ,‘les sourcils , les cheveux teints, se promenaient à travers les rues dans tout l’éclat de leurs charmes , réunissaient autour d’elles des sociétés pour y briller par leur esprit et leurs talents, et faisaient étalage de leur beauté , tantôt en public, tantôt dans les ateliers des plus grands artistes, tantôt dans les bains, tantôt sur le rivage de la mer? Aspasie, la souveraine de Périclès , l’institutrice d’Alcibiade et de Socrate (1); Lasthénie, assidue aux leçons de Platon; Phryné, qui offre de reconstruire Thèbes avec le prix de ses faveurs, et bien d’autres encore embellissaient le vice, détournaient des vertus casanières, jetaient du mépris sur l'ignorance et la grossièreté des mères de famille, condamnées au silence et à la solitude des gynécées (2).
On a conservé quelques mots assez fins de ces belles de profession. Gnathène donnait à souper au poëte Diphile, qui s’écria , comme on lui servait une coupe de vin glacé : De par les dieux, que tu as un puits froid! — C'est que j'y jetle de temps en temps, veprit-elle , quelques-unes de tes comédies. Un guerrier, qui avait déserté le champ de bataille, demandait à Mania quelle était celle des bêtes fauves qui courait le plus vite : Le fuyard , lui répondit-elle. Le philosophe Stilpon , dont l’école était fréquentée par les hétaïes, reprochait un jour à Glycère de corrompre la jeunesse ; voici la réponse qu’elle lui fit : On t’impute précisément le méme tort, en disant que tu gâtes l'esprit de tes disciples à force de subtilités et de querelles de mots ; s’ils ont donc à se perdre, qu'importe que ce soit du fait d'un philosophe ou de celui d'une courtisane? Cette Glycère a été immortalisée par Ménandre et par Térence (3). Le comique Machon ne cesse de parler de l’esprit de ces femmes et du bonheur de leurs amants ; Aristophane de Byzance nous en fait connaître cent trente-cinq qui furent célèbres de leur temps, et pourtant Gorgias lui reproche d’en avoir oublié plusieurs des plus renommées. Peu après l’époque
(1) Elle est peinte sous l’aspect le plus flatteur par A. Boullée, dans l'ouvrage intitulé : Aspasie , notice extraite d'une histoire encore inédite de Périclès ; Lyon, 1836.
(2) Il est fait mention de sept jeunes filles de Milet qui se donnèrent la mort pour échapper à la brutalité des Gaulois ; une épigramme de l’Anthologie, VII, 492, a glorifié leur chaste héroïsme. Saint Jérôme les loue; saint Augustin les blâme. ( Voy. Contra Jovianum, et de Civitate Dei, 1, 17.)
(3) ATRÉNÉE, liv. XIIT, p. 578 et 581,
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où ils écrivaient, la fameuse Démo fut aimée par trois générations de rois : Antigone, Démétrius et Antigone Gonatas.
Il ne faut pas croire, cependant , que ces femmes ne recueillaient que des hommages. Épicrate écrivait de l’une d’elles : « La « fameuse Laïs, qui passe le jour dans l’oisiveté et la coupe à la main, « peut être comparée aux aigles. Jeunes et hardis, ils enlèvent « des chevreaux et des lièvres pour les dévorer tranquillement « dans leur aire ; mais, une fois vieux, ils deviennent inertes et « timides, et attendent sur le toit de quelque masure abandon- « née le moment de surprendre quelque vil animal. Ainsi Laïs, « qui, dansses vertes années, dans la fleur de sa beauté , se voyait « prodiguer l'or, si hautaine alorsqu’il aurait été plus facile d’ap- « procher le satrape Pharnabaze, le plus orgueilleux des mortels , « maintenant que les ans se sont appesantis sur elle, et qu’elle « voit déchoir chaque jour ses attraits usés, chacun peut l’appro- « cher et la posséder ; elle va chez quiconque l'invite à manger « et à boire. Jadis elle dédäignait l’or, à cette heure elle se con- « tente de cuivre; jeune, vieux, elle reçoit tout le monde (1). » En effet, à l’âge de plus de quatre-vingts ans, Épicure fréquentait la société de ces courtisanes, qui, au dire d’Anaxilas, étaient capables de toute espèce d’infamies.
On a prétendu que Solon s’était montré indulgent pour de pareilles turpitudes afin d’obvier à une plus grande encore, Mais il semble, au contraire, qu’il ait toléré même cette passion, aussi dégradant pour celui qui éprouve que pour celui qui en est Pob: jet(2); au moins, triomphait-elle effrontément dans toute la Grèce. Le batsillon sacré des Thébains était composé d’amis de cette espèce ; à Sparte, où il était interdit de se marier avant trente ans, chacun devait se choisir un compagnon préféré. Anacréon a rempli ses vers du nom de son cher Bathylle; Aristippe, Bion et Arcésilas, par leur doctrine et leur conduite, n’ont que trop justifié l'accusation portée contre eux de précepteurs de débauche et de corrupteurs de la jeunesse (à) ; le grave Plutarque raconte qu’Aristide et Thémistocle furent en rivalité d’amour pour le bon Stésilée de Céos ; Phidias sculpta sur le doigt de Jupiter Olympien, qui devait être adoré de toute la Grèce, le nom de son favori, le
(1) ÉptcrATE , dans son Anti-Lais, dont Athénée, XIII, p. 570, a conservé ce fragment.
(2) On peut le présumer d’après la défense qu'il en fit aux esclaves. PLUTARQUE, dans Solon : Nôpov Éypaÿe, Gtayopetovra Sodlov 1h... madepaateïv. Et ailleurs : Lékwv Godhots pèv épav àppévwv natdv Avere.
(3) DiocÈne LAEncE, Arcésilas el Bion. £y d/
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jeune Pantarcès ; Harmodius, ce héros chanté dans tous les ban- re quets d'Athènes, était plus qu’un ami pour Aristogiton , et ce fut res dans la crainte qu'Hipparque n’arrachât par la violence ce qu’il po n’avait pu obtenir par la séduction, qu’Aristogiton tua le fils de
Pisistrate (4). La loi ne punissait que celui qui , usant de violence dit envers un citoyen, avait causé $a mort ; une taxe mise sur les mi individus qui se livraient habituellement à de semblables infa- ne mies, serhblait autoriser leur impureté : mais c’est à peine si nous ta pouvons croire aujourd'hui à linconcevable démarche de l’or- an phelinDiophante,se présentant devantles archontes pour réclamer et d’eux, au nom de la protection due par le tribunal aux orphelins, Mi de lui faire payer le prix de sa corruption. les L'immoralité chez les Athéniens était donc excessive, et la P jeunesse se plongeait en aveugle dans la débauche. Les maisons des musiciens, des artistes, des courtisanes, étaient plus fréquen- les tées que le gymnase ou la palestre ; elle accourait en foule aux fa jeux de hasard qui se tenaient publiquement à Phalère , sous le sa portique de Minerve, avec la protection des lois, et les dés lui ut enlevaient son temps et son argent, se Tandis que lesriches faisaient assaut de luxe, la multitude oi- d sive, couverte de haillons, passait l’hiver dans les étuves du Cy- l' nosarge, où l’on exposait les bâtards, où se réunissaient les plus le viles prostituées (aselli) et des hommes perdus de mœurs. Les y uns alimentaient leur fainéantise au moyen du salaire qu’ils rece- ri vaient pour assister aux assemblées ; les autres vivaient d’escro- 8 Pirasitts. queries ; ceux-ci d'espionnage, ceux-là en mangeant les offrandes (+ déposées sur les autels, ou en allant s'asseoir aux banquets des tl grands, pour qui c'était presqu’une. obligation de les entretenir. d Jupiter Philos (s’écrie l’un deux) fut le premier parasile ; d il fréquentait les riches et les pauvres, buvait, mangeait et partait d
sans payer son écot. Un autre dit dans une pièce d’Alestide : { Je mange avec tous ceux qui veulent bien de moi, mais ( j'ai ma place de droit aux repas de noces, quand méme je | ne serais pas invité. Oh! alors, il faut voir comme je suis gai I et comme j'anime la réunion, Je loue en face l'hôle qui me { traite, je l'approuve en lout, et si quelqu'un ose me contre- | dire, je l’accable d'injures. Je ne pars que quand je suis bien | gorgé de vin et de nourriture. Sans esclaves pour m'accom-
pagner avec une lanterne, je marche en trébuchant et seul au
milieu des ténèbres; c'est alors une fuveur des dieux si je ne
(f) Taucynine , VI, 54,
rencontre pas la patrouille pour m'évorcher à coup d'étrivieres. Arrivé au logis, je m'étends sur les peaux garnies de leur poil, eb m'endors plus heureux qu'un sttrape (1).
Ces parasites ne faisaient d’autré métier que d’escroquer des diners et de débiter des quolibets; joyeux de toutes les joies, larmoyant avec tous lés affligés, moissonnant sans avoir semé, ils ne s’inquiétaient que de savoir qui avait la meilleure cuisine et la table la plus somptueuse; grâce à eux, les plaisanteries et les anecdotes scandaleuses se trouvaient colportées de tablé en table, ct ils étaient tout ensemble l’amusement et l’opprobré de la ville. Mais quoi! une assemblée d’Athéniens ne décréta-t-elle pas que les droits de cité seraient accordés aux fils de Chéréphile (2), pour l’habileté de leur père à faire la cuisine ?
Maintenant, nous pourrions exciter l’horreur si nous retracions les scènes de débauche qui eurent lieu durant la peste d'Athènes, on faire sourire de pitié sur lés plaisants moyens auxquels Alcibiade dut sa popularité. Un jourque l’on traitait, dans l'assemblée publique, une affaire des plus sérieuses , il laissa s'échapper ün oiseau dé son sein; la foule se mit à rire, et il ft triompher son opinion. Accusé d’infidélité par Hipparète , sa femme , il la prend dans ses bras et l'emporte hors du tribunal; la foule rit, et il gagne sa cause. La lecture des Vées de Plutarque serré le cœur, en mettant sous les veux les perpétuelles entraves apportées aux hommes les plus méritants, dont la capacité se trouvait réduite à l’impuissance , dans Sparte par l'ignorance du peuple, dans Athènes par sa frivolité. C’était pour les Athéniens un spectacle amusant que de voir sur le théâtre la vertu tournée en ridicule ; un agréable passe-temps que d’exciter, sur la place publique, les orateurs l’un contre l’autre, dénaturant ainsi les idées du juste et du vrai, et faisant passer, dans les affaires publiques ; les mêmos désordres qui s'étaient introduits dans la famille, l'injustice et l’infidélité. Un Grec servit de guide à Xerxès pour tourner la position de Léonidas. Avant la bataille de Salamine, certains généraux s'étaient laissé gagner par l’argent des Perses. Thémistocle accepta trente talents des habitants de l’Eubée, afin que la flotte restât à l’Artémisium, et,
pour atteindre ce but, il en donna cinq au Spartiate Eurybiade; trois au Corinthien Adimante (3); par bonheur pour la Grèce, c’é-
GRANDEUR ET DÉCADBNOE D'ATIIÈNES.
(1) Voy. dans Athénée, VI, p. 286 et 239, ces fragments de Diobors de Sinope et d'Alestide.
(2) ATHÉNÉE , LIL, p. 119.
(3) Hénovoré , VII, 5.
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tait précisément le meilleur parti à adopter. Le même Thémistocle dra tournait en dérision la probité d’Aristide, disant qu’un coffre-fort ya en avait autant ; enfin Périclès suscita la guerre du Péloponèse qui pour ne pas rendre ses comptes. ver
Aucune infamie n’est attachée aux violations du droit public : Sps
Lysandre proclame hautement celles dont il se rend coupable ; Phébidas s'empare, en pleine paix, de la citadelle de Thèbes, et Sphodrias tente le même coup de main contre Athènes ; les envoyés de Xerxès sont égorgés à Athènes comme à Sparte. Lors du soulèvement d’Héraclée dans la Trachinie, Sparte envoie Hérippidas pour la pacifier; il s’avance sur la place, au milieu de ses soldats, se fait nommer les coupables, et ordonne qu’ils soient à l'instant mis à mort, au nombre de cinq cents. Deux cents Pla-
téens avaient résisté aux Spartiates, lesquels envoient cinq juges mo qui les interrogent un à un pour savoir si, durant la guerre, ils fut ont pris les armes en faveur de. Sparte et des alliés; le con- mê traire étant établi, tous sont égorgés. Nous avons vu déjà comment Lys Athènes se conduisit à l’égard de Mélos et de Mitylène; non con- des tente d’enlever leur patrie aux Éginètes, elle poursuivit les fugitifs mo jusque dans l'asile qu’ils avaient trouvé en Laconie (4). Les Cor- vra cyréens massacrent de sang-froid tous les prisonniers corinthiens : arg véritable parricide, puisque leur ville était une colonie de Co- de rinthe. Après la bataille d’Ægos-Potamos , Lysandre fait égorger rin trois mille prisonniers athéniens (2) ; les généraux ennemis, pris ext les armes à la main, sont condamnés à l’opprobre et à la mort Mi par ceux qui traitaient de barbares les Perses, chez lesquels pri Thémistocle et Alcibiade, leurs ennemis, étaient accueillis avec me honneur. spc
Ainsi la cruauté s’unissait à la débauche pour souiller le siècle por glorieux de Périclès; joignez-y la superstition qui prostituait les ter. édulies à Éryx, à Corinthe, à Comana, et qui, de même qu'avant des Codruselle avait persuadé à Érechthée de sacrifier ses deux fils pour me sauver l’Attique (3), fit égorger trois jeunes garçons à Thémistocle fai pour vaincre à Salamine. |
(1) Voir dans Taucyome, IV, 47, un abominable carnage de prisonniers dans qu les prisons de Corcyre; ce qui prouve que les massacres dans les prisons datent av. de plus loin que septembre 1793. Th
(2) Nous voyons dans Hérodote, IV, 202, que la reine Phérétime, secondée
par les Perses, ayant repris la ville rebelle de Barcé, dans la Cyrénaïque, fit to) mettre en croix les plus coupables et trancher les mamelles à leurs femmes ral puis parer les remparts de ces horribles trophées. Une femme traiter ainsi des Co
femmes !
(8) Démosruëne, Éloge funèbre, 27; il cite encore d’autres exemples,
SPARTE A LA TÊTE: DE LA GRÈCE. 205
Tel est pourtant le sombre lointain sur lequel se déroule le drame merveilleux de l’histoire grecque. Chacun peut facilement y apercevoir les causes principales de la décadence d’Athènes, qui se trouva épuisée de courage et de patriotisme, lorsque ces vertus lui étaient devenues le plus nécessaires, et pendant que Sparte , avec sa constitution rigide, restait forte et armée.