‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 56 sur 146 · CYRUS LE JEUNE · texte numérisé non relu

CYRUS LE JEUNE

Les plus dangereuses furent celle d’Arsitès, frère du voi, soutenu par un frère de Mégabyse, et celle de Pissouthne satrape de Lydie. Ces deux rébellions ne furent apaisées que par la trahison qui livra les deux chefs.

Les Égyptiens profitèrent de la faiblesse et de l'inquiétude de leurs dominateurs. Amyrthée, qui, depuis la révolte d’Inarus, avait continué à se maintenir au milieu des marais, se mit en campagne, et, secondé par la population, chassa de nouveau les Perses de l'Égypte; il conduisit avec tant de bonheur son entreprise, que les Perses durent se résigner à le reconnaître pour roi, ainsi que ses successeurs.

La Perse aurait été menacée d’un grand péril, si la Grèce eùt alors songé à tirer vengeance de ses outrages, et si Conon eût devancé Alexandre ; mais la guerre du Péloponèse, qui dura autant que le règne de Darius Nothus , assura tout à la fois la tranquillité des Perses et leur offrit l’occasion de nuire à la Grèce. Jouant à son égard le rôle des empereurs d’Allemagne avec les républiques italiennes du moyen âge, et guettant le moment de s’en emparer comme d’une proie qui leur était due, ils alimentaient les factions, corrompaient à prix d’or les généraux, et soutenaient le parti vaincu, afin d’affaiblir le vainqueur. Ils auraient fini par entraîner la Grèce à sa perte, s’ils avaient toujours eu, pour diriger leur politique, des esprits aussi déliés que Tisapherne, et si les résolutions de la cour n’avaient pas été contrariées par la jalousie et les caprices des satrapes de l’Asie Mineure. Tisapherne avait réussi à conclure avec Sparte un traité d’alliance, dont l’adresse d’Alcibiade sut longtemps empêcher les effets.

Lysandre parvint toutefois à se concilier les bonnes grâces de Cyrus, second fils de Darius Nothus. Plusieurs écrivains le représentent comme le modèle des princes, tout à la fois prudent, instruit, actif, courageux, fidèle à sa parole, et d’une invariable probité. Il racontait à Lysandre qu’il avait dessiné lui-même ses jardins dont il faisait ses délices, qu’il en avait bêché le sol et planté les arbres de ses propresmains ; comme leSpartiatetémoignait quelque incrédulité et faisait allusion auluxe de ses vêtements, aux colliers, aux bracelets dont il était chargé, le jeune prince lui jura par Mithras, qu’il ne prenait jamais aucune nourriture avant de s’être fatigué au travail.

S'il possédait réellement les belles qualités qu’on lui attribue, clles étaient au moins gâtées par l’éducation du sérail et par la prédilection de sa mère Parysatis, qui flattait sa vanité et son désir de régner. Le cérémonial de la cour perse punissait de mort

Cyrus le jeune.

Artaxerxès Mnémon.

quiconque regardait le visage d’une concubine du roi, tirait avant lui à la chasse sur uné pièce de gibier, ou venait en sa présence sans tenir ses mains cachées dans les manches de l’habit. Deux cousins de Cyrus négligèrent cette formalité en se présentant devant lui, et il les fit mettre à mort. Cette manière d’agir parut à Darius une’tendance à l’usurpation des honneurs réservés à la seule majesté royale, et il rappela Cyrus de l'Asie Mineure. Bien que né sur le trône, et malgré les efforts de Parysatis pour le faire désigner comme successeur, le vieux roi resta inébranlable dans son refus, et lui préféra Artaxerxès IT, surnommé Mnémon, à cause de sa mémoire prodigieuse ; il assigna cependant à Cyrus le gouvernement héréditaire de la Lydie, de la Phrygie et de la Cappadoce, belles provinces qui furent séparées de l'empire.

Cyrus, d’après les conseils de sa mère, ne les accepta que comme un acheminement au trône, auquel il aspira plus ouvertement après la mort de son père. Tissapherne, qui avait ambitionné le même gouvernement, accusa Cyrus de tr2hison, dans l'espoir de l'obtenir par sa chute. Le prince fut arrêté; mais la puissante Parysatis le fit remettre en liberté et renvoyer dans les provinces de son obéissance, oùil revint avec le désir de se venger. Or, comme il n’y a pas, dans les États despotiques, de milieu possible entre la condition de roi ou d’esclave, Cyrus, ne se sentant pas de disposition à rester esclave, dut songer à devenir roi.

La pensée de renverser un trône appuyé sur un million de soldats, sur autorité de la religion et sur la force de résistance que les choses existantes opposent à toute innovation , aurait pu sembler inspirée par la folie, si ce prince n’avait eu pour lui la vigueur de l’esprit, l’obéissance aveugle de sujets dévoués et l’alliance de Sparte. Il s'était concilié l’affection des siens par sa valeur, son habileté et son affabilité ; loin de songer, à l’exemple de ses prédécesseurs , à épuiser les provinces, il s’occupait d’y propager l’industrie, de pratiquer la justice, d’encourager l’agriculture, etse montrait plus jaloux de leur avantage que du sien propre. Il réclama l’amitié de Sparte par une lettre dans laquelle il se vantait d’avoir, plus que son frère, les sentiments d’un roi, d’être instruit dans la religion et en état de boire beaucoup de vin, sans en éprouver d'effet; il ajoutait qu’il priait chaque jourles dieux de lui accorder assez de vie pour récompenser dignement ses amis , et se venger de ses ennemis.

IL arma dans la péninsule asiatique cent mille soldats, que leurs rapports avec les Grecs avaient formés à la discipline et tirés en partie de la mollesse asiatique. Les Spartiates mirent à sa disposi-

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