‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 57 sur 146 · RETRAITE DES DIX MILLE · texte numérisé non relu

RETRAITE DES DIX MILLE

tion huit cents guerriers, commandés par Chérisophe, et le secours de leur flotte; ils lautorisèrent de plus à enrôler tous les volontaires qu’il pourrait trouver dans les États de leur dépendance. 11 put réunir ainsi dix mille hommes pesamment armés, et trois mille

archers et peltastes.

La négligence d’Artaxerxès permit à Cyrus de terminer tranquillement ces préparatifs, et de faire, en soixante jours de marches forcées, quatre cents lieues, avec les forces qu’il avait rassemblées ; il se présenta sur l’Euphrate, sans rencontrer un seul ennemi jusqu’à Cunaxa, à une journée de Babylone. Là s’engagea une bataille sanglante ; mais, au momentoù ses armes triomphaient, Cyvus fut atteint d’un coup mortel : avec lui tomba, non-seulement l'instigateur, mais encore le motif de la guerre.

Il ne restait plus à Parmée qui avait suivi qu’à songer à son retour ; alors Ioniens et Grecs immolèrent un bélier, un taureau, unloup, un sanglier, etjurèrent de se conduire en'loyaux amis durant leur difficile retraite. En les voyant rangés en bon ordre et d'accord entre eux, les Perses n’osèrent les attaquer ; ils s’engagèrent même, par un traité, à leur fournir des vivres, à la condition qu’ils ne commettraient point de dégâts dans les pays qu’ils traverseraient. Cependant Tissapherne, l’inspirateur de ce traité, projetait de les perdre, et s’entendait à cet effet avec Ariée, qui avait pris commandement des Ioniens, pour qu’il abandonnât les Grecs. Il enyeloppa en effet traîtreusement les dix mille dans le réseau de canaux qui, s'étendant du Tigre à l’Euphrate, couvrait la Babylonie, et assassina Cléarque avec quatre généraux. Les Grecs ne se découragèrent pas ; mais, sous la conduite de Chérisophe et de Xénophon, disciple de Socrate, ils continuèrent leur retraite.

Les longs revers éprouvés par cette poignée de braves n’inspireraient plus un intérêt aussi vif, après les désastres de la retraite de Moscou, s’ils n’eussent été admirablement retracés par Xénophon, le Ney de l'antiquité. Nous lui devons la première relation d’une retraite, exploit militaire du plus grand intérêt, parce qu’on n’y voit pas homme courir au-devant du péril par ambition , avarice ou héroïsme, mais s’en dégager sous l’empire de la nécessité.

Les chefs formèrent d’abord quatre phalanges, marchant deux par le flanc, deux de front; au centre étaient les hommes armés à la légère, les bêtes de somme, les serviteurs et les femmes. Les chariots, les bagages, jusqu'aux tentes, avaient été brûlés, et l’on s'était partagé les objets indispensables, Se trouvant dans un pays

Mortde Cyruse

L'Anabase.

plat, privés de l’espoir même de toute assistance, sans cesse inquiétés par la cavalerie de Tissapherne, ils reconnurent la difficulté de marcher en bataillon carré, alors qu’on est poussé l’épée dans les reins; car les soldats ne peuvent garder leurs rangs, surtout dans les défilés, où il faut resserrer les lignes. Ils formèrent donc six compagnies, de cent hommes chacune, qui, remplissant les vides, remédièrent au désordre ; ils fractionnèrent encore plus les détachements pour traverser les montagnes des, Carduques. Durant ce long et pénible trajet, Xénophon écouta les leçons de l'expérience, qui lui apprit à faire occuper les hauteurs par des hommes armés à la légère pour surveiller l’ennemi et le tenir au delà de la portée du traits à asseoir son camp régulièrement, à choisir des positions avantageuses, à marcher les rangs serrés, à ménager les vivres que l’on trouvait, à faire des provisions pour plusieurs jours, à entretenir les feux allumés, à prendre les espions de l’ennemi pour s’en faire des guides. Chaque pas, en un mot, devenait l’occasion d’une leçon nouvelle; il fallait, par de grands froids, empêcher les soldats de s’approcher du feu, faire avancer pendant la nuit les hommes pesamment armés, puis l'infanterie légère , la cavalerie ensuite, de sorte qu’ils se trouvassent réunis à la fin de la journée. De temps à autre, on sacrifiait des victimes aux dieux pour soutenir le courage des soldats.

Ce fut ainsi qu’à travers des privations, des obstacles, des trahisons de toute espèce, les Grecs atteignirent enfin, avec un transport de joie dont on peut se faire une idée, le rivage de la mer, et qu’au bout d’une année ils arrivèrent à Trébizonde, ville amie, où ils accomplirent leur vœu à Jupiter Sauveur. Quand Xénophon, qui commandait seul depuis la mort de Chérisophe, entra dans Parthénium, il n’avait plus avec lui que six mille compagnons, guerriers qui, échappés aux périls, aux fatigues de cette retraite par leur courageet leur constance, étaient un témoignage évident et glorieux de la supériorité d’une poignée de braves disciplinés sur les masses innombrables des Perses.

Le souvenir des anciens exploits se réveillaità ce moment : d’un côté, les Grecs, indignés contre ceux qui les avaient trahis, prenaient la résolution d'appeler l’Asie Mineure à la liberté; de l’autre, Tissapherne s’avançait pour les punir d’avoir pactisé avec les Grecs. Ayant réuni ses forces à celles du satrape Pharnabaze, il investit les villes éoliennes de l'Asie Mineure; celles-ci eurent recours à Sparte, qui fit marcher aussitôt à leur aide des troupes du Péloponèse et de l’Attique. Le Spartiate Thymbron, qui les commandait, fut battu par l’ennemi: mais Dercyllidas. qui lui

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