LYSANDRE
succéda, conduisit les Grecs à la victoire ; puis, profitant habilement de la jalousie entre Tissapherne et Pharnabaze, il amena le premier à une trêve séparée. Tissapherne la ronit dès qu'il crut le moment favorable ; mais Sparte voyait alors s'élever un grand capitaine.
Lysandre, bien que né à Sparte, avait les idées d'Athènes; il voyait quelque chose de bestial dans cette existence sauvage, alors que l’aisance et les manièrespolies se développaient partout.Parvenu au commandement , il se proposa, non de ramener sa patrie à la barbarie de Lycurgue, mais de la civiliser. Éphèse était plongée dans la misère ; il y appela de toutes parts des marchands, et bientôtelle jouit de l’abondance et du bien-être (1). Sparte, pauvre et isolée, ne pouvait lutter contre tous; il lui procura de nombreux alliés, en se montrant affable et en adoptant leurs usages les plus précieux. De Cyrus, il obtient en récompense de l’argent nour donner à chaque marin une obole de plus; cette augmentation de paye amène sur sa flotte les hommes qui servaient sur les navires ennemis. Il parcourt alors les côtes avec la flotte, établissant partout des gouvernements aristocratiques;les seuls qui convenaient à Sparte; il forme ainsi une ligue sous le commandement indivisible de Sparte.
On le remplace par Callicratidas, aux principes rigides, qui échoue, mécontente les alliés, se fait battre et meurt près d’Arginuses. Tous les alliés et Cyrus demandent Lysandre, qui rétablit les choses, mais sans confiance dans leur durée.
Agis, roi de Lacédémone, n'avait laissé qu’un fils, nommé Léotychidès; mais, comme la rumeur publique l’attribuait à Alcibiade, Lysandre fit d’actives démarches pour que le trône ne fût pas donné par hérédité, mais au plus digne, dans l’espoir d’être choisi. Il aurait réussi sans l'opposition de loracle, dont le conseil fit élire un frère d’Agis, d’uneapparence'chétive et de plus boiteux, qu'on appelait Agésilas. Cependant, sous un aspect disgracieux, le nouveau roi cachait une grande âme, des sentiments nobles, une généreuse ambition que tempéraient la modestie et l’affabilité. Elevé comme un simple citoyen, il conserva les habitudes rigides prescrites par Lycurgue, et telle était sa popularité que les éphores le frappèrent d’une amende, parce qu’il attirait à lui seul tous les citoyens de larépublique. Ses prédécesseurs avaient eu à soutenir des luttes continuelles contre les éphores et le sénat; lui, au contraire, il leur témoigna la plus grande condescendance, en se
(1) Piurarque, Vie de Lysandre, 1.
Agésilas,
montrant exact observateur des lois. S’il parvint au trône par une usurpation, il se la fit pardonner, en prouvant qu’il était seul capable de maintenir Sparte dans le haut rang où elle s’était placée, Les Lacédémoniens, informés que le roi de Perse faisait armer contre eux une escadre phénicienne, résolurent d’envoyer leur flotte assaillir ses États. Ils en donnèrent le commandement à Agésilas, qui, le premier des rois de Sparte depuis Agamemnon, se trouva ainsi à la tête des forces réunies de la Hellade. 11 jura, en partant, de contraindre le roi de Perse à une paix avantageuse, ou de lui causer les pertes les plus cruelles. Au lieu des dix sénateurs qui d'ordinaire accompagnaient à la guerre les rois de Sparte, à titre de conseillers, il en demanda trente.Lysandre était du nombre; comme il avait, plus que personne, fait du bien à ses amis et du mal à ses ennemis, il était extrêmement redouté des uns et trèsaimé des autres ; les petits tyrans de l’Asie Mineure lui témoignaient plus de respect qu’à Agésilas, qui le voyait avec déplaisir. Aussi, loin de lui remettre toute l'autorité, comme Lysandre s’en était flatté, il cherchait tous les moyens de le ravaler, jusqu’à le charger de l’administration des subsistances, En somme, Agésilas représentait le parti des hommes stationnaires, tandis que Lysandre voulait substituer à une législation stupide et désormais impuissante une législation plus conforme aux besoins des temps. Tissapherne eut recours à ses artificeset à ses parjures ordinaires, pour entraîner Agésilas à sa perte; mais, plus habile que lui, le roi de Sparte les fit tourner contre le satrape, qui fut baîtu sur lesrives du Pactole, La reine Parysatis, dont le cœur couvait une grande haine contre Tissapherne et contre quiconque avait contribué à la triste fin de son cher Cyrus, s’employa tellement à desservir le vaincu, que le roi envoya Tithrauste dans l'Asie Mineure, pour le remplacer dans le commandement et lui donner la mort. Tithrauste essayade gagner Agésilas par de riches présents, mais sa vie frugale éloignait de lui la tentation des trésors ; il consentit seulement à porter ses armes contre la Phrygie, gouvernée par Pharnabaze, Grâce à l'alliance qu'il eontracta avec le roi d'Égypte, rebelle envers la Perse, Agésilas mit obstacle aux grands armements qu’Artaxerxès, dont les flottes ne pouvaient plus naviguer dans les mers de l'Asie, avait espéré tirer de la Phénicie et de la Cilicie, Pharnabaze fut vaincu. Les satrapes humiliés tremblaient devant Agésilas, qui, connaissant désormais la faiblesse de l’empire, couvait déjà l’idée de le subjuguer ; il en méditait les moyens, quand ses projets furent renversés, non par le fer, mais par l'or. Les Perses avaient RppriM, pet une longue expé rience, quel était
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au sein de la Grèce elle-même, des ennemis à Sparte; car ils comprenaient que la base étroite sur laquelle Agésilas voulait appuyer un si grand édifice, ne résisterait pas au plus léger choc. Timocrate de Rhodes acheta , moyennant deux cent mille livres , Cyclon d’Argos, Timothée et Polyanthe de Corinthe, Androclide, Isménias et Galaxidore de Thèbes, qui commencèrent à élever la voix contre la tyrannie de Sparte, et à se récrier surtout contre le sacrilége qu’elle avait commis en ravageant le territoire sacré de l’Élide, crime, disaient-ils, que le ciel ne pouvait tarder à châtier. Sparte, il est vrai, n’avait appesanti que trop son joug sur les Corinthiens, les Arcadiens, les Éléens et ses autres alliés dans la guerre du Poloponèse; elle montrait d’ailleurs l'ambition de dominer partout. Les discours de ces démagogues furent donc écoutés avec faveur ; une ligue se forma entre Corinthe, Thèbes et Argos, ligue à laquelle ne tardèrent pas à adhérer les Thessaliens et Athènes, que Thrasybule excitait à consolider son indépen dance par la victoire. Les Thébains commencèrent les hostilités ; Lysandre, qui étaitaccouru mettre le siége devant Haliarte, la place la plus forte de la Béotie, fut attaqué par les Thébains et les Athéniens réunis; la chance tourna contre lui, et il périt dans le combat.
Il mourut à temps, car les Spartiates ne pouvaient plus lui pardonner ses manières hautaines, orgueilleuses, et moins encore ses tentatives pour substituer une royauté élective à la royauté héréditaire, sous le prétexte de favoriser le mérite de préférence au hasard, mais, en réalité, dans le but de parvenir lui-même au trône. Ilavait fait parler les oracles et travaillé les esprits à cet effet ; le peuple lui témoignait tant d’estime, que des fêtes avaient été célébrées en son honneur. Les Spartiates étant en difficulté avec les Argiens, au sujet de certaines limites, chacun déduisait ses raisons : La raison, la voici! dit Lysandre en portant la main à son épée, Il fut dévoré, dans ses dernières années, d’une fureur jalouse contre Agésilas, ingrat ami, dont il avait cru se faire un aveugle instrument et qui en définitive était devenu son maître.
Les grandes richesses qu’il fit transporter d'Athènes dans sa sa patrie, il ne les détourna point à son profit. Du reste, elles étaient inutiles à Sparte où l’on ne pouvait rien obtenir à prix d'argent; mais, par elles, il aspira à changer les mœurs spartiates et à se placer sur le trône (1). Les vieillards se plaignaient, et ses amis cherchaient à démontrer que l'argent était nécessaire pour le gouvernement, au lieu d’en aller mendier comme avait fait Callicralidas ;