‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 6 sur 146 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

La religion des Perses ou Parsis est originaire des mêmes montagnes où prit naissance celle de l’Inde. Simple dans son principe et dirigée vers l’adoration de Dieu , dans la création qui le révèle,

(1) Zoeca, Abhandlung, etc., avec les notes de WELCkER.

J. G. RuonE, Die heilige Sage und das gesammte Religions-System der alten Baktrer, Meder und Perser, oder des Zendvolks. ; Francfort-sur-Mein, 1820. — Voir aussi dans son Beytrage zur Alterthumskunde, etc., l'important traité Ueber Herodot und die Glaubwürdigkeit seiner Geschichten, besonders in Hinsicht der Religion und Geschichte der ulten Perser. |

SeeL., Die Mithrageheimnisse v'æhrend der vor-und urchristlichen Zeit, Aarau, 1823. C’est un assemblage confus de passages empruntés à ses devanciers.

Hype, de Religione veterum Persarum, Oxon., 1700 : le premier qui ait fait des recherches sar le Zend-Avesta. Ce livre sacré fut rapporté par Anquetil du Perron, et publié sous le titre de Zend-Avesta, ouvrage traduit de Zoroastre ; Paris, 1771. J. K. Kleuker le traduisit en allemand (1776, 1782, 1783),

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On donne aux Perses, pour premier législateur, Hom ou Homanès , que l’on vit paraître sur le mont Albordi , où il habite encore dans un palais soutenu par cent colonnes. Symbolisé par

avec des additions fort importantes, surtout les passages des auteurs grecs et latins sur la religion persane, réunis dans l’introduction.

W. Jones, Lettre à M. Anquetil, etc. ; Londres, 1771 ; MeINERS et TYCHSEN, Mémoires, dans les Commentaires de la Société de Gottingen, ont écrit aussi sur le Zend-Avesta. WiLLiAmM ERSKINE, dans deux mémoires des Transactions of the litcrary society of Bombay, t. 11, 1820, nie l’authenticité du livre. Euc. BurNour a publié une nouvelle traduction des écrits de Zoroastre, dans laquelle il rectifie les erreurs commises par Anquetil.

Ras, De l'antiquité de la langue sende et de l'authenticité du Zend- Avesta; Copenhague, 1826.

EicunorN, de Deo Sole invicto Mithra, dans les commentaires de l’Académie de Gaœttingue.

On peut voir les discussions engagées entre les Français, les Anglais et les Allemands , sur l'authenticité du Zend-Avesta et sur Zoroastre, résumées par Anquetil et Keukler jusqu’à Tychsen et Heeren , dans une note de M. Guizot sur Gibbon, tome If, p. 7 (Paris, 1819). Rhode, particulièrement dans son grand ouvrage Die heilige sage, etc., Enleitung, sans rechercher si les innombrables livres attribués à Zoroastre par l’antiquité sont ou non de lui, s’enquiert si les parties que nous en avons aujourd’hui sont vraiment celles que possédaient les anciens Perses; et il soutient , à l’aide de preuves intrinsèques et extrinsèques, que les livres zends sont une portion des livres sacrés que les Perses attribuaient à Zoroastre avant la conquête d'Alexandre, et un fragment des différents Nosks ou livres de l’Avesta. 1l s'efforce laborieusement d’assigner une date à ces divers fragments, dont il juge les uns antérieurs, les autres postérieurs à Zoroastre, à qui il en attribue quelques-uns, et notamment le Vendidad. Le Bundehesc pelvi est une compilation d’auteurs d’époques diverses.

L'Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1821, puis en 1823, proposa un prix pour la comparaison des monuments qui restent de l’ancien empire persan et chaldéen, soit en édifices, en bas-reliefs, statues, soit en inscriptions, amulettes, monnaies, pierres gravées, cylindres, etc., avec les doctrines et les allégories religieuses contenues dans le Zend-Avesta, ainsi qu'avec tout ce que les auteurs hébreux, grecs , latins et orientaux, nous ont conservé sur les opinions et les usages des Perses et des Chaldéens, en éclaircissant les uns par les autres. Aucun des concurrents n’a jusqu'ici dignement rempli la tâche.

En 1825, elle proposa ce sujet : Déterminer l’origine et la nature du culte de Mithras ; signaler ses rapports avecle culte de Zoroastre et avec les autres systèmes religieux répandus dans la Perse; décrire les cérémonies et les emblèmes du culte ; faire connaître l’époque et les causes de son introduction dans l'empire romain ; remarquer les changements qu’il subit en se combinant avec les opinions religieuses et philosophiques des Grecs et des barbares ; en retracer enfin l’histoire aussi complétement que possible, d’après les auteurs, les inscriptions et les monuments de l’art. Le prix fut décerné à M. Féuix Lagarb , et l’on accorda une mention honorable au baron de Hammer,

Pétoile du Sirius, il est lui-même le symbole de la première parole, l'arbre de la science, de la vie, et sa personnalité s’est perdue au milieu des mille idées astronomiques , physiques, mystiques accumulées sur lui. Peut-être prêcha-t-il aussi aux Indiens sa doctrine toute simple, lorsqu'ils étaient réunis aux Ériens : ce qui expliquerait les nombreuses ressembiances qu’on remarque dans la partie la plus ancienne de leurs croyances. Il paraîtrait que sous le règne de Schemschid, il aurait institué les mages (1), chargés de garder et d’enseigner la loi qui lui avait été révélée ; ils formaient une tribu particulière, comme les Lévites d'Israël, et peut-être comme les Chaldéens d’Assyrie , avec lesquels on les a souvent confondus. Néanmoins , ils ne constituaient pas une caste héréditaire; on les choïsissait parmi la fleur de chaque tribu, ct leur éducation les faisait passer par différents degrés. D’abord erbèdes, ou disciples, ils devenaientensuite mogbèdes, maitres ou préfets ; enfi:1, destour-mogbèdes, ou maîtres supérieurs. Des étrangers mêmie étaient admis dans leurs rangs par grande distinction, comme Je furent Daniel et Thémistocle. Ils portaient une écharpe , non pas au cou comme les brahmines, mais enceinture , et le borsom., faisceau de verges attachées avec un ruban. Ilsavaient à subir un long noviciat pour exercer leur patience; ainsi, il leur fallait creuser la terre jusqu’à ce qu’ils trouvassent de l'eau , passer à travers le feu , jener dans la solitude. Tout ce qui co 2rne la religion et la science était de leur ressort, comme interprèter les livres sacrés , observer le cours des astres, deviner lavenir d’après leurs divers aspects et d’après les songes. Ils prenaient aussi part aux affaires publiques, étaient chargés de l’éducation du roi, siégeaient dans le conseil et dans les tribunaux, se mêlaient de l’administration du royaume , bien qu’ils n’eussent pas le sceptre, ét, par l’autorité du ciel, ils limitaient celle du monarque.

Il serait extrêmement difficile de dire quelle était précisément l’ancienne doctrine des mages médo-bactriens ; mais l’antiquité est unanime pour leur attribuer le culte du feu, joint au sabéisme et à l’astrologie, éléments communs à presque toutes les religions antiques. Il paraît qu’ils croyaient à deux principes (2), repré-

(1) Mag ou mog, dans la langue pelvi, signifie prêtre; dans l’ancien idiome irlandais, science ; en langue arménienne, sage.

(2) Dans le système des deux principes, très-ancien et dominant en Orient, le principe du bien est assimilé au jour, celui du mal à la nuit. Cela explique beaucoup de passages de l'Écriture, où le bien est indiqué par la lumière, et le mal par les ténèbres. Ainsi, nous lisons dans les psaumes : Exortum est in te-

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La réforme que Zoroastre introduisit dans un temps de civilisation avancée, ne permet pas de reconnaître le sens primitif et les applications naturelles des noms et des hiérarchies.

Zoroastre est un de ces grands noms autour desquels la tradition accumule les faits les plus éloignés et les plus divers, et dont la trop vive splendeur confond au lieu d'éclairer. Quelques-uns le font vivre six mille ans avant notre ère ; Volney le croit contemporain de Ninus, douze siècles avant J.-C. ; d’autres voient le Darius, fils d’Hystaspe des Grecs, dans Gustasp contemporain de Zoroastre ; ce qui placerait ce dernier à la fin du sixième siècle (1).

nebris lumen rectis corde, — Fiant viæ eorum tenebræ ; et dans l'Évangile : Qui in tenebris et umbra mortis sedent ; et dans la première épitre de saint Jean : Quoniam Deus lux est, avec ce qui suit dans les chapitres I et II. Job dit : Rursus post tenebras spero lucem; l'Évangile: Vos estis lux mundi. C’est dans ce sens que nous implorons pour les morts la lumière éternelle, et que ceux qui nous aiment empruntent au soleil une étincelle, pour illuminer notre demeure souterraine (Foscoco). Peut-être faut-il entendre ainsi les ténèbres palpables de l'Égypte; quelques-uns ont pensé que le Fiat lux de la Genèse se rapportait à la création des anges, comme la séparation des ténèbres au châtiment infligé aux rebelles.

On voit sur beaucoup de vases étrusques une étoile au front de certains personnages , peat-être pour indiquer les bons; comme chez nous l’auréole distingue les saints. Hésiode appelle la nuit mère de toute tristesse, Homère appelle ox

-ou pos toute félicité; dans le premier livre de l’Iliade, il compare à la nuit

Apollon irrité, et, dans le onzième de l'Odyssée, comme dernier trait de l’'horrible peinture qu’il fait d'Hercule, il le compare à la nuit ténébreuse. Secourir les phalanges en déroute, c’est leur porter la lumière , et les capitaines disent : « Voyons s’il y a moyen de porter là la lumière! »

(1) Gonres, HYDE, ANQUETIL, KLEUKER, HERDER, J. MUELLER, MALCoLM, Haumer et autres. — Heeren, combattant l'opinion de Kleuker et de Tychsen, nie absolument que lPapparition de Zoroastre soit aussi récente, et il inclinerait à la rapporter au temps de Cyaxare, quatre-vingts ans avant Darius, mais non pas à coup sûr postérieurement au septième siècle av. J.-C. Platon fit le premier mention de Zoroastre, qu’il dit fils d'Oromaze ( Alcibiade, 1). D’autres le nomment Zaratas, Zaratus, et assignent à son nom différentes étymologies. En zend, on l'appelle Zeretoschtro, en pelvi Zeratoscht ou Zeradoscht, en parse Zerduscht. De quelque manière qu’on écrive ce nom, il paraît se rapprocher de Zere, couleur d’or, épithète donnée à Hom et à Taschter, étoile de Sirius. Souvent, dans les livres parses , on y joint le titre honorifique de sapetme ou sapetman. Les anciens lui attribuaient une quantité d’oracles magiques, que l’on crut longtemps des impostures néoplatoniciennes ; mais la découverte des livres zends démontra que le fond du moins et les idées capitales sont antiques (Sibyllina oracula; accedunt oracula magica Zoroastri; Amsterdam, 1689, édit. de Gallæus ; — TiEpuaNx, Quæstio qua fueril artium magicarum origo ; Marburg, 1787).

Mais, dans les anciens classiques, on ne trouve aucun témoignage qui le fasse aussi récent, tandis que plusieurs écrivains fixent son existence à une époque beaucoup plus reculée; ce qu’on vit surtout, lorsque l’école d'Alexandrie, par opposition au christianisme, rattacha au nom de ce philosophe tant de traditions, dont quelques-unes le font même roi de la Bactriane, en guerre avec Ninus et Sémiramis. Au contraire, parmi les nombreux auteurs qui ont parlé du règne de Darius, dont ils furent très-rapprochés , aucun ne signale la récente apparition de Zoroastre, et peut-être fautil regarder comme fortuite la concordance du nom de Gustasp avec Hystaspe, sur laquelle s’est fondée l’incertaine critique du siècle dernier, critique favorisée par l'ignorance, du reste ancienne, des Perseseux-mêmes (2). Il est certain que les Naskas furent autrefois traduits du zend en pelvi, et que le pelvi, dès le troisième siècle de notre ère, ne se conservait plus que comme langue sacerdotale. C’est là un indice de la haute antiquité de ces livres, et, peut-être, cette version en pelvi se fit au temps de Darius, dont, peut-être encore, il était la langue nationale. Aussi, la tradition fait vivre alors un Zoroastre qui réforma la religion de son pays ; mais nous sommes disposé à croire qu'il a été précédé par d’autres du même nom, comme d’autres aussi portèrent le nom de Bouddha et de Jésus, et que l’histoire de Zoroastre n’est pas tant celle de l’auteur ou des auteurs de sa doctrine, que de la doctrime elle-même et de ses transformations.

Zoroastre n'est pas une incarnation de Dieu comme dans le brahmisme, mais un mortel distinct, à qui Ormuz s’est communiqué, en lui révélant Pordre de Punivers, la voie du bien et du mal. Les Fagordis exposent les dialogues entre le législateur qui interroge, et le dieu qui répond. Il se dit envoyé par Ormuz pour raviver le culte jadis institué par Uscheng, Schemschid et Hom, et pour apporter la loi écrite après la loi naturelle et la loi révélée. Pure émanation de la Divinité, il naquit et mourut sans avoir fait souffrir la moindre partie animale ou végétale de la création, et la lumière s’épanchait de toute sa personne. Il visita le ciel, où il reçut d’Ormuz la parole de vie (Zend-Avesta.) Il descendit aux enfers; puis, sa mission accomplie, il se retira sur le mont Albordi, où il resta absorbé dans la méditation et dans la piété (1).

(4) Dès le sixième siècle de notre ère, Agathias, dans son histoire de Perse, dit: « Dans quel temps fleurit ce Zoroastre ou Zaradas, on ne le sait pas. « Les Perses disent seulement qu'il vécut sous Hystaspe, sans ajouter autre « chose; de telle sorte qu’on ignore si ce fut sous le père de Darius, ou sous « tout autre Hystaspe. »

(2) Selon d’autres légendes , Zoroastre était un mage qui, retiré dans une grotte,

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Voilà en résumé ce que rapportent les légendes. En effet, le dernier Zoroastre dut être un mage de la Médie septentrionale. On dit qu’il fut en relation avec 1es Chaldéens de Babylone et les docteurs hébreux répandus dans la Perse; il avait discuté avec les brahmines, mais plus encore avec les mages de la Bactriane, où il commença ses prédications. Il paraît que de son temps les mages, divisés en un grand nombre de sectes, s’occupaient de soins ambitieux et d’intrigues de cour, tandis qu’ils laissaient le vulgaire sans foi véritable et livré à des superstitions absurdes. Rien de plus naturel, par conséquent, que l’empressement avec lequel

apprit les vertus des herbes et des plantes ; il acquit ainsi une puissance prodigieuse, et endurcit son corps au point de résister à l’action du feu.

Quand il priait, il se tenait sur un seul pied, et, gémissant devant Dieu du désordre des hommes, il le conjurait de lui enseigner le moyen de les ramener à la vertu. Comme il était un jour dans cette attitude, un ange lui apparut et lui dit : « Ami de Dieu, à quoi penses-tu ? — Je pense, répondit-il, aux moyens de réformer les hommes, et je crois que Dieu seul peut me les enseigner. Mais qui pourrait me conduire au trône de l’Être suprême? — Moi, » reprit l'ange; et, l'ayant purilié, il le transporta dans les cieux devant l'Éternel, qui vit au milieu des flammes. Dieu lui découvrit ses secrets et lui donna le Zend-Avesta. 11 avait d’abord demandé de vivre éternellement pour continuer à instruire les hommes; mais Dieu lui ayant révélé les désastres dont la Perse aurait à souffrir, et lui ayant appris que le monde deviendrait pire en vieillissant, il ne désira pas dépasser le terme prescrit pour sa mission.

Le malin génie chercha à le détourner de son entreprise et à le séduire par l’appât des honneurs et des plaisirs; mais il resta inébranlable et convertit d’abord ses parents, puis un grand nombre de Perses. Il se présenta devant Darius, fils d’'Hystaspe, et mit sous les yeux de ce prince le Zend-Avesta, la Soudra, robe des mages , et la ceinture sacrée. Le roi le requit de fournir témoignage de sa mission par des miracles, et Zoroastre, outre l’épreuve du feu, fit croître rapidement un cyprès. Alors le roi le favorisa ; mais les mages tra:nèrent sa perte, et, ayant mis dans sa chambre des os de chien, des ongles et des cheveux de mort , ils l’accusèrent de magie ; de sorte que le roi le fit emprisonner. Cependant un des chevaux de Darius étant tombé malade, Zoroastre promit de le guérir, à la condition que le roi ferait faire le procès à ses accusateurs et embrasserait sa doctrine; ayant obtenu l’assurance que ces conditions seraient remplies, il guérit le cheval. Darius lui demanda quatre dons : de pouvoir s'élever au ciel et revenir sur la terre à son gré ; de savoir ce que Dieu faisait dans un moment donné et ce qu’il ferait ensuite; d’être immortel etinvoinérable. Zoroastre répondit que Dieu n’accordait pas tant de dons à un seul homme, mais qu’il prierait pour qu’ils fussent répartis entre plusieurs personnes : de la sorte, le

premier fut accordé à Darius, le second à son magicien, les deux autres aux fils de Darius. Le prophète fit part à chacun du don qui lui était échu au moyen d’une rose, d’une grenade, d’une coupe de vin et d’une coupe de lait.

Sa religion une fois établie, il alla résider à Balk avec le titre de chef suprême des mages. 11 voulut convertir Argiaspe, roi des Scythes; mais celui-ci » irrité de son insistance, entra à main armée dans la Bactriane, défit les armées de

Darius, massacra Zoroastre avec quatre-vingt mille prêtres, et détruisit leurs | temples.

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