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Les conquêtes es. Perses dans PAsie Mineure n’y changèrent presquerien aux mœurs et au caractère; elles ne firent que mettre en communication des pays d’abord très-disparates, et agiter la Grèce par les factions qu’elles y suscitèrent. La honteuse paix d’Antalcidas assura à la Perse cette portion de l’Asie, avec Chypre et Clazomène. Sa domination y fut d’autant plus incontestée que l’apparition d’Épaminondas vint abaisser Lacédémone; mais d’autres provinces n’étaient pas aussi tranquilles. Les Cadusiens , habitants du Caucase, défirent Artaxerxès II, l'Égypte se révolta sous son roi Nectanébo [°' , et la Pers ne put la ramener à l’obéissance qu’en appelant à son aide les armes grecques ; mais, à peine Iphicrate et Artabaze cessèrent-ils d’opérer d'accord, que l'expédition avorta. Artaxerxès vivait encore, que ses trois fils se disputaient sa succession, soutenus par les intrigues d’un sérail dont un vieux monarque devient le premier esclave. La partie occidentale de l’empire s’insurgea en même temps que les gouverneurs de la Syrie et de l'Asie Mineure, secondés par Tachos, roi d'Égypte ; mais Darius, l’aîné des princes , fut tué , et les tentatives des deux autres frères échouèrent par la trahison d’Oronte, l’un de leurs principaux partisans , gagné par l’or de la cour de Perse.
Ochus, le dernier des fils du grand roi, ayant succédé à son père sous le nom d’Artaxerxes ll, s’affermit sur le trône par le massacre de toute la famille royale, faisant ensevelir sa propre sœur etégorger les personnages les plus illustres. Cependant Artabaze, satrape de l’Asie Mineure, parvint à se soutenir avec l’aide des Thébains, et la manière dont Philippe de Macédoine se comporta à son égard permit d’entrevoir les desseins qu’il méditait sur l'Asie. Les Phéniciens et les Chypriotes, qui s'étaient alliés avec l'Égypte, se révoltèrent aussi; mais la trahison, et plus encore les armes grecques les remirent sous le joug du roi de Perse. Mentor, général des confédérés , lui livra Sidon ; cette ville fut détruite et la Phénicie domptée. Phocion et Évagoras l’aidèrent à prendre Chypre ; enfin Artaxerxès lui-même, s'étant rendu en Égypte avec les troupes mercenaires , vainquit Nectanébo II près de Péluse, détruisit les temples et les archives ,'et fitdu pays une province de la Perse.
C'était la dernière lueur d’un flambeau prêt à s’éteindre. Le traître Mentor et l’eunuque Bagoas s’emparèrent de toute l’autorité , en ne laissant qu’un vain titre à Artaxerxès, jusqu’au moment où il plut à Bagoas de l’empoisonner. Son meurtrier fit également périr tous sesfils , à l’exception d’Arsès, le ‘plus jeune,
Artaxerxès IT, 37%.
Aftaxerxès III, 362,
Darius Codoman. 336.
Passage du Granique.
qu'il laissa vivre pour régner sous son nn. Deux ans après, il trancha aussi ses jours , ét donna la couronne à Darius Codoman, parent éloigné de la famille royale.
Mais, s’il crut s’en faire un instrument docile, il se trompa. Darius , qui n’avait pasété élevé dans la mollesse du sérail comme ses prédécesseurs , eut les vertus d’un homme et d’un roi ; il commença par punir l’infâme Bagoas , et se montra capable de rétablir la puissance des Perses , si la chose avait été possible encore , et si, dès la seconde année d’un règne mal affermi, Alexandre n’était pas venu fondre sur ses États.
La fortune parut d’abord vouloir punir la témérité du Macédonien, en plaçant près de Darius le général rhodien Memnon. Connaissant trop bien que les Perses avaient perdu de leur valeur et de leur discipline, ce guerrier habile leur insinua d’opposer à l’ennemi le genre de guerre qui fit échouer Napoléon en Russie : il donnait le conseil de dévaster le pays, d'éviter les batailles rangées, et d’affamer l’armée d'Alexandre. De pareils actes ne peuvent être accomplis que par une tyrannie absolue ou par un ardent patriotisme ; or le satrape de Phrygie s’y refusa par amour pour ses jardins , ses richesses et son sérail. Alors Memnon résolut de porter la guerre en Macédoine, espérant, non sans raison ,que, par jalousie et à prix d’or, les Grecs le soutiendraient contre le redoutable fils de Philippe; mais celui-ci le prévint, en traversant avec une extrême rapidité l’Hellespont , et en passant le Granique (l'Oustvola) sous les yeux de l’ennemi , qu’il mit en déroute. Cette victoire était moins importante par elle-même que par la mort de Memnon, l’unique espoir de la Perse. L’Athénien Charidème, qui, banni de sa patrie, comme nous l’avons dit , aidait Darius de ses conseils, pouvait remplacer en partie ce général ; mais, pour l'avoir invité à ne pas exposer sa personne dans les combats , le monarque le fit mettre à mort.
Alexandre, afin d’éloigner des côtes les Perses, qui, dans les invasions, tiraient de la marine leur force principale, rend l’indépendance à l’Asie Mineure, politique que Napoléon ne sut pas imiter à l’égard de la Pologne ; il rétablit partout le gouvernement populaire, ordonne la reconstruction du temple d’Éphèse, et, pour montrer à la Grèce qu’il ’associe à ses victoires, il envoie une partie du butin à Athènes ; puis, sous les auspices de ses premiers succès, il marche en avant. La victoire ne devait pas sembler douteuse aux Grecs, qui joignaient le courage à l’intelligence ; du reste, persuadés qu’il s’agissait, non de Pambition d’un seul, mais d’une cause commune à tous, ils la favorisaient , et se laissaient conduire
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par un peuplé nouveau et robuste qui concentrait les force 3qu’alors désunies.
Alexandre, en effet, était digne de guider la Grèce. Dans la vigueur de l’âge, il préfère aux jouissances d’un trône assuré les fatigues d’une grande entreprise. Artiste, instruit, guerrier, il conçoit avecpromptitude, exécute avec prudence. Il est accompagné de savants et d'ingénieurs, recueille partout des renseignements et sent enfin qu’il s’agit d’une invasion d’idées, d’un échange de civilisation, plutôt que de force brutale; il regrette de ne pas avoir un Homère pour célébrer ses exploits , et veut mettre à son service la plume d’Aristote. Ce n’est donc pas un héros de courage inconsidéré, un simple soldat ; il se dirige, au contraire, d’après de vastes desseins et des vues diverses.
Au lieu d’une marche simple, toujours en avant , il suit un plan stratégique que les Perses ne savent pas interrompre. Leur flotte ne lui dispute même pas le passage de l’Hellespont : qu'avait à craindre un empire immense d’une poignée de soldats qui venaient sur son propre territoire? La décadence, pourtant , devait être bien évidente, si, comme nous l'avons dit, le Rhodien Memnon avait donné le conseil de ne pas attendre l'ennemi, mais de se retirer devant lui et de tout détruire; si Darius ne crut pas pouvoir compter sur sa propre garde, et s’entoura de mercenaires grecs; si le premier corps opposé aux Macédoniens se composait en grande partie de ces mercenaires, et si aucun des satrapes ne commanda en chef.
Ces armées nombreuses empêchaient les évolutions. Alexan@” après sa victoire du Granique, posséda toute l’Asie grecque, qui aurait formé un des plus vastes empires modernes. Mais cette victoire ne l’éblouit pas au point de l’entraîner dans la haute Asie ; il comprend qu’il doit d’abord s’assurer des provinces m üumes et s’y fortifier, car il pourra en tirer de l'argent et des © . “ur terminer son expédition. Maître de la mer, il assure ses cominu-
nications, tandis qu’il élève une barrière entre la Perse et les auxiliaires qu’elle tirait de la Grèce. Memnon, qui, lié à toute l’aristocratie de l’Asie Mineure, avaitbien exercé la flotte, était mort, heureusement pour les Macédoniens. Alexandre conduit l’armée le long des côtes, qu’il fait suivre par la flotte et s'empare de l’Asie Mineure, où il laisse aux Grecs leur ancienne forme de gouvernement; mais, quant à l’administration civile et militaire établie par les Perses, il la soumet à une véritable surveillance, ce qui n’avait pas eu lieu jusqu’alors.
Darius, au lieu de l’attendre dans les vastes plaines de l'Assyrie