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où il pouvait développer ses innombrables armées, s’engage dans des défilés, et puis est entièrement défait à Issus, où il combat en
Batallle, d'is- personne, jusqu’à ce qu’il voie les chevaux de son char tomber percés de coups. Il paraît qu’Alexandre ne conçut qu’après cette victoire le dessein de renverser entièrement le trône de la Perse ; il refuse les propositions de paix, et se croit si sûr de triompher qu’au lieu de poursuivre Darius, il songe à s’assurer l’empire de la mer en mettant le siége devant Tyr.
Tyr était l’alliée naturelle du roi de lEuphrate, et une dépendance nominale, comme celle de Venise envers les empereurs d’0rient, lui procurait la paix et favorisait ses spéculations maritimes. Fière d’une position qui l'avait sauvée des attaques des rois d’Assyrie et de Nabuchodonosor, elle ose donc résister à Alexandre , et déploie toute la puissance dont Venise a fait preuve contre l’Europe conjurée dans la ligue de Cambrai. Mais les Grecs, animés par une colère jalouse contre la flotte tyrienne, toujours prête à transporter leurs ennemis, l’assaillirent avec acharnement. Les cités commerçantes, doni les guerres sont toujours à mort, la haïssaient par rivalité ; aussi la phénicienne Carthage ne répondit-elle pas à sa demande desecours, et la grecque Syracuse l’accueillit par des railleries. Darius lui-même, pendan les sept mois que dura le siége, ne vint pas la secourir, et ne réunit pas même une armée pour « tenter une diversion, unique stratégie en usage chez les anciens, .
La nouvelle Tyr avait été bâtie, après la destruction de l’ancienne
par Nabuchodonosor, dansune ile voisine, et semblait inexpugnable si sans le secours d’une flotte ; mais Alexandre avait des ingénieurs qu habiles dans tous les genres de travaux militaires, et un courage foi qu’augmentait les obstacles. Il parvint, au moyen d’une digue : souvent interrompue par les sorties et par les tempêtes, à réu- sa nir l’île au continent, et s’empara de la ville après sept mois si d’attaques obstinées et de résistance opiniâtre; huit mille ci- ‘ toyens furent passés au fil de l'épée, trente mille exposés en ù vente, deux mille jeunes gens périrent sur des gibets après avoir : mis bas les armes (1), et l’on vit, sur les ruines fumantes de : d la reine de la mer, le despote d’un canton de la Grèce offrir des si sacrifices à l’Hercule tyrien (2). Il préparait un semblable traite- : (1) Dionone De Sicice, liv. XVII, 46. ] (2) Les Rhodiens furent les premiers à s'occuper avec succès de l’art des siéges ; d cet art de la poliorcétique fut successivement perfectionné par les Carthaginois, 1 par Denys, Philippe et Alexandre; après eux, par Démétrius Poliorcète et les ( Ptolémées. l Û
« Straton, dont la puissance s’appuyait sur celle de Darius, régnait à Sidon ;
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ment à la ville de Jérusalem pour la punir d’être demeurée fidèle aux Phéniciens ; mais Jaddus, grand prêtre des Hébreux, étant
la ville s'étant rendue plutôt par la volonté du peuple que par la sienne, il ne parut plus digne de régner. Éphestion, ayant eu d'Alexandre la faculté de faire roi celui qui conviendrait le plus aux Sidoniens , se proposa de le choisir parmi ses l'ôtes, jeunes gens des plus illustres de la cité. Mais ceux-ci déclinèrent son offre, disant que, selon l’usage du pays, nul ne pouvait être élevé à une telle dignité, s’il n’était de race royale. Éphestion admira leur grandeur d’âme, qui refusait ce que d’autres cherchent à se procurer par le fer et par le feu, et leur dit : « Honneur à votre vertu , Ô cœurs généreux, qui les premiers comprenez qu’il y a plus de gloire à refuser qu'à accepter un royaume. Choisissez donc vousmêmes quelqu'un de race royale qui se souvienne d’avoir reçu de vous le trône. » Alors ceux-ci, voyant que le désir de régner en amenaït beaucoup à faire des flatteries et des caresses aux amis d'Alexandre, déclarèrent que personne n’en était plus digne qu’un certain Abdolonyme, lié par le sang à une longue suite de rois , et qui, par pauvreté, cultivait de ses propres mains un petit jardin dans les faubourgs de ia ville. Il avait, comme beaucoup d’autres, appris à l’école de la pauvreté à vivre en homme de bien ; or, tout occupé de son travail journalier, Il n’avait pas entendu le fracas des armes qui avaient bouleversé l'Asie. Ceux dont nous avons parlé entrent à l'improviste dans le jardin avec les insignes royaux à la main, et ayant trouvé Abdolonyme qui arrachait les mauvaises herbes de son champ, ils le saluèrent roi, et l’un d'eux lui dit : « Il te faut maintenant « échanger contre ces vêlements que tu vois en ma main les haillons qui te cou- « vrent; nettoie ton corps de sa sueur et de ses souillures; prends lâme d’un « roi, et porte la même modération dans le haut rang dont tu es digne. Et lorsque « tu siégeras sur le trône royal, maître de la vie et de la mort de tous, n'oublie € jamais l’état où nous te trouvons, et sache bien que c’est à cause de ta vertueuse « pauvreté que tu reçois aujourd’hui la cox-onne. » Abdolonyme croyait rêver, et s’informait si ceux qui se permettaient un jeu si cruel, étaient bien sains d'esprit. Mais, lorsqu’au milieu des questions qu’il faisait, on eut lavé son corps, qu’on l’eut revêtu de la robe de pourpre resplendissante d’or, et qu'il put ajouter foi à leurs serments, roi déjà, il s'en vint au palais en leur compagnie. La chose excila, comme cela devait être, une grande rumeur par la ville; les uns en témoigraient de la joie , et Les autres du dépit ; les riches lni faisaient un crime de sa pauvreté et de sa bassesse auprès des amis d'Alexandre. Alex: ?"e le fit aus-
sitôt introduire près de lui, et après l'avoir bien considéré : « ou. -;e2t, ditil, « ne dément pas la noblesse de ta race; je voudrais done sie “osment tt « as supporté la pauvreté. — Veuiile le ciel, répondit-il , que j: puisse apporter
« le sceptre avec le même couroge; ces mains ont fourni à tuns res désirs ; « n'ayant rien, rien ne m'a manqué. » Ces paroles inspirèrent au roi une haute idée de l’âme d’Abdolonyme ; il ordonna, en conséquence, qu’on lui donnât, nonseulement tout le mobilier royal de Straton, mais encore une partie du butin qu’il avait fait sur les Perses , et il ajouta mème à son État le pays qui environnait la ville, »
Tel est le récit de Quinte-Curce (IV, 1), que nous avons préféré, non que nous ayons confiance en cet écrivain, mais parce qu'il rapporte cette anecdote de la manière la plus raisonnable. Arrien n’en fait pas mention ; Diodore en parle, mais il transporte la scène à Tyr, dont ie roi ne s'appelait pas d’ailleurs Siraton, et n'était pas absent de la v, le quand elle fut prise par Alexandre, ear il fut fait prisonnier, et le conquérant lui restitua plus tard la couronne. Plutarque n'en dit mot dans la vie d'Alexandre ; il en parle dans le discours sur la fortune d'A-
Alexandre en Egynte.
venu au-devant de lui dans toute la majesté du costume sacerdotal, parvint à l’apaiser (1).
Bétis résista intrépidementdans Gaza, ancienne capitale des Philistins; mais Alexandre en triompha, et, se souvenant de l’Achille d’Homère plus que du respect dù au courage malheureux, il tua cruellement ce brave guerrier, le traîna autour de la ville, fit égorger dix mille citoyens, vendre les femmes et les enfants.
Alexandre se rend alors en Égypte, qu’il soulève sans peine contre les Perses, odieux surtout pour leur intolérance envers Pidolâtrie. Lorsque le général Bonaparte parut dans ce pays, il fit afficher une proclamation dans la langue usuelle, conçue en ces termes : « Peuples d'Égypte, si l’on vous dit que je viens pour « détruire votre religion , ne le croyez pas. Répondez que je viens « pour vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je « révère, plus que ies Mamelouks, Dieu, son prophète et le Co- « ran... Cadis, scheïiks, imans, scorbaïs, rapportez au peuple que « nous aussinous sommes de vrais musulmans. N’avons-nous pas « abattu le pape, qui prêchait que l’on devait faire la guerre aux « musulmans? n’avons-nous pas détruit les chevaliers de Malte, in- « sensés qui croyaient que c’était la volonté de Dieu que de faire « la guerre aux musulmans (2)?» La politique qui dictait cette proclamation à l’Alexandre de nos jours inspira à celui de l’antiquité le rétablissement des lois et du culte des Égyptiens, et le porta à témoigner son respect envers leurs dieux, commeil l'avait témoigné envers les oracles de la Grèce, le Melkart Tyrien et PAdonaï des Hébreux; enfin, bravant de nouveaux dangers, il traversa les sables du désert pour aller visiter dans l'Oasis le temple de Jupiter Ammon, dont il se proclamait le fils.
Alexandre, sur d’autres points, ressemblait encore à Napoléon. Cherchant comme lui à rendre la guerre profitable aux arts de la paix, il emmenait avec lui un état-major, comme on dirait anjour d’hui, composé d’une section de géographes et d’une section d’ingénieurs, pour lever les plans, prendre les mesures, disposer les campements et les moyens d’attaque, D’autres recueillaient tous
léxandre, mais il met l'aventure à Paphos et sur le compte d’un certain Alynome, oubliant qu'Alexandre n’'alla jamais à Paphos, Justin rapporte aussi l’aneedote (XI, 10) conformément au récit de Quinte-Curce, En définitive, c'est un fait que la critique peut difficilement accepter,
(1) Josèphe est le seul historien qui rapporte l'intervention du grand prêtre ; Quinte-Curce est aussi la seule autorité en ce qui concerne Bétis,
(2) L'original de cette proclamation est rapporté par Suvesrae DE Sacy , dans la Chrestomathie arabe, (Paris , 1826.)
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les objets rares que lon rencontrait (4). pour les envoyer à Aristote, qui put ainsi écrire sur l’histoire naturelle ; des philosophes examinaient la doctrine des peuples vaincus, et des historiens prenaient note des faits de chaque jour.
Alexandre, dont le regard se portait sur toutes choses, vit un grand lac appelé Maréotide, qui, recevant les eaux du Nil et communiquant avec la mer, lui sembla très-favorable pour construire un port, Il y fonda une ville ; l'architecte Sostrate en traça le plan de manière que les vents étésiens cireulassent dans les vues afin d’y maintenir un air pur. Alexandrie, bâtie sur la limite du désert, n'appartient à l'Égypte que par le canal destiné à recevoir le trop-plein du Nil ; elle communique avec l'Europe par la Méditerranée, et, près de R, le golfe Arabique lui permet de recevoir les productions de l’Inde : situation favorable, s’il en fut jamais, pour devenir le centre du commerce et de lanavigation. Telle fut en effet Alexandrie, qui se conserva à travers les siècles et leurs révolutions ; elle est encere aujourd’hui le marché de tout le commerce entre l'Egypte et la Méditerranée, l’'Emmpe et les Indes,
La fortune &'Alexandre était suivie de tant de prospérités que Darius, toujours plus désireux de la paix, faisait de larges propositions; mais Alexandre, sans les écouter, passa l’Euphrate et le Tigre ,et soumit facilement Asie inférieure, qui, florissante et tranquille, resta indifférente à la chute deses dominateurs.
À Gaugameéla, près d’Arbelles, la petite armée disciplinée et dévouée d'Alexandre rencontra l’innombrable armée de Darius, multitude de soldats mercenaires ou recrutés de force, traînant à sa suite une foule infinie de femmes, d’eunuques, de tentes, de bagages. Là encore, la tactique triompha du nombre. Darius, au milieu de tant de désustres qu’il avait en vain tenté de conjurer, se montra digne d’un meilleur sort. il combattit en soldat ; puis, entraîné dans la fuite de son :rmée, il se montra plus généreux que Napoléon à la Bérésina et à Leipsick ; car il ne voulut pas que le pont fit coupé derrière lui, et, dans la crainte d’humilier ses Perses, il refusa de confier sa défense aux Grecs mercenaires. Mais
(1) L'armée d'Alexandre rencontra près de Nicée , sur l'Hydaspe, une si grande quantité de singes qu'on les prit pour une armée, Les anciens faisaient ainsi la chassé à ces animaux : les chasseurs disposaient dans le bois un certain nombre de vases pleins d'eau et s'y lavaient le visage à la vue des singes; puis, substituant de la glu à l’eau , ils abendonna’ nt le tout en s redrant, Leur instinct d'iraitation ameaait alors les singes j:ès des vases, où ils se barbouillaient le museau , de manière qu'aveuglés par ie liquide, ils ne pouvaient plus fuir, Voÿ. Diobone be Sion, XVII, 90.
Fondation d'Alexandrie
Bataille d’Arbelles, tr octob, 331,
Fin de Darius.
Luxe d'Alexandre.
les Perses le trahirent : assassiné par Bessus, satrape ambitieux, il chargea, au moment d’expirer, un Macédonien d’aller remercier Alexandre de la manière généreuse dont il avait traité sa femme et ses filles prisonnières. Alors Babylone, Suze, Écbatane, tombent sans la moindre résistance au pouvoir du conquérant, qui, dans l'ivresse du triomphe et du vin, incendie Persépolis, dont les flammes annoncent que l'empire de Cyrus est fini.
La Bactriane, où Bessus avait tenté de se former un royaume, se soumet au vainqueur, et cette province et la Sogdiane, toutes deux sillonnées par les voies du commerce, riches entrepôts de la haute Asie, accroissent l’importance de cette merveilleuse conquête. Alexandre, au milieu de pays plus élevés que les Alpes. sans cartes ni traces antérieures, soumet la constance de ses compagnons aux plus rudes éprenves, Après avoir puni Bessus, il se dirige vers Samarcande, s’approvisionne de chevaux dans une contrée qui les fournit en abondance, et se rapproche de lTaxarte (Gihoun ), sur les rives duquel il fonde une autre Alexandrie. Là, il fait une station, qui ne l’éloigne pas trop de la Perse, et lui permet de recueillir des informations sur l'Inde. Maitre de la mer Caspienne, il met en communication , au moyen d’une route militaire vers Hérat et Nichapour , toutes les parties de la Perse, et fonde des villes grecques, dont l'opportunité n’est pas cantestable, puisqu'elles ont conservé jusqu’à nos jours leur prospérité commerciale.
Mais la prospérité fut pour Alexandre, comme pour la plupart des hommes, un fardeau trop lourd à porter. Il s’abandonna, au milieu de ses victoires, à des excès de toute sorte, et la débauche le précipita dans des extravagances et des cruautés honteuses. Il vit, gravé sur une colonne d’airain, l’ordre de tuer chaque jour, pour le roi de Perse, cent bœufs, quatre cents oies grasses, trois cents pigeons ramiers, six cents oiseaux, trois cents agneaux, trente gazelles, trente chevaux, peut-être pour les sacrifices : c’était une dépense de quatre cents talents par repas, pour la nourriture de quinze raille individus (1). Le roi de Perses invitait d'ordinaire à sa table dix ou douze personnes; mais it mangeait seul dans un cabinet, d’où il voyait sans être vu. Il ne se meîtait à table avec ses convives que dans les solennités, et il siégoait alors sur un trône très-élevé, du haut duquel il leur jetait les mets, les appelant près de lui pour boire du vin d’un? qualité inférieure ausien, et ne cessant que lorsaw’ils étaient tous ivres.
(1) Environ cent cinquante francs par tête.