‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 8 sur 146 · TIL · texte numérisé non relu

TIL

bre le créateur ; très-parfait et i possède la vé- , nourris : ilest

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manière imparfaite. Anquetil, qui traduisit le Zend-Avesta, n'avait pas une notion suffisante du zend ; aussi sa version, outre qu’elle est incertaine et superficielle, se trouve-t-elle remplie, non-seulement d'erreurs grammaticales, mais encore de contre-sens théologiques occasionnés par les gloses des docteurs de Surate. Burnouf pénétra bien plus avant dans cette langue; malheureusement il n’a donné qu’une petite partie du Yaçna.

Le Zend-Avesta, comme tous les codes des premières religions, n'offre pas un système complet de cosmogonie, mais seulement une légende, qui même n’est ni ordonnée ni entière ; de sorte que souvent le caprice décide du choix et de la disposition de ces fragments épars. Il ne faut donc pas s'étonner si les récits varient. Nous adopterons dans le nombre celui qui nous paraît le plus suivi et le mieux raisonné (1).

Dieu est le principe du bien, et de lui il ne dérive que du bien; il est dans la nature, mais la nature est distincte de lui, et en est comme le vêtement. Sa puissance est donc plutôt ordonnatrice que créatrice, l’espace et le temps subsistant de toute éternité comme lui.

Au commencement la terre était parfaite, et Ormuzd dit à Sapetman Zoroastre : « J’ai donné un lieu de délices et d’abondance, « comme personne ne peut en donner un d’égal ; sije n’avais pas « donné, Ô Sapetman Zoroastre, celieu de délices, personne ne « l’aurait donné. Ce lieu est le pur Aryana, qui au commen- « cement était plus beau que le monde entier, lequel existe par « ma puissance. Rien n’égalait la beauté de ce lieu donné par « moi (2). »

Zoroastre ne dit pas comment ñaquit le génie du mal et de la négation. Il entre dans le monde aussitôt que le monde existe; mais, comme il n’apparaît qu'avec la création et ne fait que nier, il faut le placer au-dessous d'Ormuzd. « Au commencement du monde céleste, il me dit : Tu es la Perfection, je suis le Mal. « L’homme ne sera pur ni dans ses pensées ni dans ses paroles; « iln’y aura ni intelligence, niobéissance, ni paroles, ni action, ni « loi (2). Moi qui suis Ormuzd, moi qui suis le juste, le pur, après « avoir fait ce lieu pur dont la lumière brillait de loin, je che- « minai dans ma grandeur. Alors le serpent me vit, et cet Ahri- « mane plein de mort produisit contre moi neuf, neuf fois neuf,

(1) Nous abandonnons ici KLeuken, Gornres et Cneuzen, pour suivre Rnope, bien qu'il soit en général trop systématique.

(2) Vendidad, frag. 1.

(3) Yagna, frag, 44.

« neuf cents, neuf mille, quatre-vingt mille envies. Rends-moi le « premier état, à parole sainte, toi quies toute la lumière (1). »

La religion des Perses a pour idée fondamentale la dualité de la lumière et des ténèbres, et une lutte entre ces deux principes, qui doit se terminer par le triomphe du premier. Ils sont personnifiés dans Ormuzd, pure lumière, et Ahrimane, génie du mal, que l'envie rendit pervers de bon qu’il était dans l’origine. Il était naturel que, chez un peuple guerrier, l'opposition constante de ces deux génies fût considérée comme un combat perpétuel, et le monde entier comme une arène partagée en deux camps rivaux, savoir : lecielet lPabime en dehors de la nature; ici-bas l'Iran, terre d’Ormuzd, etle Touran, pays de ténèbres et de malice, repaire de barbares nomades, éternels ennemis des Perses. Ainsi, tandis que le brahmanisme fait Dieu auteur du bien et du mal, le magisme fait celui-ci distinct de celui-là ; ce qui met en face du Dieu bon un Dieu méchant, également éternel et indépendant. Zervan-Akérène (2), l'Éternel, est le principe suprême qui donna naissance à Zervan, c'est-à-dire au temps. Du trône de l'Éternel sortit le Verbe primitif, Honover, le grand Fiat, qui produisit toutes les choses bonnes. Ormuzd ne cesse jamais de prononcer cette parole que répètent avec lui les génies disséminés partout ; les prières que les mages, en se remplaçant les uns par les autres sans interruption, devaient prononcer dans les temples selon la diversité des jours et des positions du soleil, sont la constante répétition de ce grand mot sur la terre. Si ce mot cessait de retentir dans le ciel et d’avoir son écho sur la terre, le monde périrait à l'instant. La loi de Zoroastre en est comme le corps; c’est pour cela qu’elle est appelée Zend-Avesta, ou parole vivante.

Une lutte de douze mille ans se prolonge entre le bon et le mauvais principe, qui règnent alternativement sur les quatre âges dans lesquels est divisé cet espace de temps. Durant le premier, Ormuzd règne seul ; Ahrimane apparaît dans le second, maissoumi encore ; dans le troisième, qui est l’âge courant, il déclare la guerre au bon principe ; dans le quatrième, qui est l’Age à venir, il prévaudra jusqu’à ce que s’accomplisse, à la fin des siècles, le triomphe du bien.

Ormuzd, avec la parole Æonover, créa, avant toutes choses, les

(4) Vendidad, pag. 51.

(2) Zervan-Akérène signifie temps absolu, Il paraîtrait donc que les sectateurs de Zoroasire admettaient pour principe le temps, tandis que les bouddhistes voyaient le leur dans un espace lumineux comprenant tous les germes des ôtres futurs.

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dualité de principes; nt personu mal, que Il était nante de ces tuel, et le nps rivaux, -bas l'Iran, malice, rerses. Ainsi, t du mal, le en face du ndépendant- 1e qui donna de l'Éternel oduisit toutes acer cette paat ; les prières s sans interdiversité des étition de ce dans le ciel et l'instant. La r cela qu’elle

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six puissances appelées amschaspands par les Parses. Le premier est Bahman, ou le bon vouloir ; le second, Ardibehesct, la sincérité ; le troisième, Schariver, l'équité; le quatrième, Sapandomad, la piété, génie particulier de la terre; le cinquième, Kordad, la puissance ; le sixième, Amerdad, Vimmortalité. A la suite de ces archanges viennent vingt-huit iseds, rois ou chefs de l’armée céleste (1), et autant de fervers, ou anges, qu’il y a d’êtres. La loi a son ferver, qui est son esprit et sa vie. Ormuzd a le sien, puisque l'Éternel se contemple dans le Verbe tout-puissant, et cette image de l’être ineffable est le ferver d'Ormuzd. Chaque jour a son ange; l’année a le sien, toutes les conceptions de l’esprit et les affections ontleleur. Les fervers sont, enun mot, le monde invisible, type du monde visible ; ainsi la religion des mages se présente sous l’aspect d’un véritable idéalisme, avec un caractère essentiellement moral. C’est pourquoilaliturgie offre defréquentesinvocations aux anges et les litanies de leurs perfections ; l’adoration de ces anges est un abus qui devait s’introduire facilement dans le magisme.

Ormuzd façonna d’abord la voûte des cieux, puis la terre sur laquelle elle est étayée , et où il éleva le mont Albordi, dont la cime se dresse à travers toutes les sphères célestes jusqu’à la lumière pri-

à . mitive. C’est là qu’il fixa son séjour. Du sommet de cette monta- … gne, le pont Chinevad conduit à la voûte des cieux (Gorotman),

demeure des ferve rs et des bienheureux, suspendue sur l’abime

“ (Dousak) où règne Ahrimane.

… Afinde soutenir la lutte contre Ahrimane, lutte qu’ilsavait devoir

à (1) Quelques-uns veulent reconnaître les sept planètes dans les sept amschas- 2 pands, d’autres le soleil, la lune, le feu, l’eau et leurs différents aspects ; mais, » dans le véritable système du Zend- Avesta, ce sont des êtres mythologiques trèsà complexes. PLUTARQUE les représente sous un singulier point de vue lorsqu'il dit :

à « Oromaze créa six dieux : le premier de la bienveillance, le second de la vénr rité, le troisième de la justice; puis ceux de la science, ‘de la richesse, de la É joie, fruit de la vertu. » ( D'Isis et d'Osiris, ch. xLvu. ) Les noms des vingthuit izeds ou génies sont : Mithras, Corseid, Aban ( génie de l'eau ), 4ser (du feu), Anahid (planète de Vénus), Aniran (première lumière ), 4rd et

Arsching ( femelles), Ardvisour ( céleste source des eaux ; vierge, fille d'Or-

muzd }), 4rstad ( génie de l'abondance), Asman ( ciel, opposé à Douzak, l'apoime), Barzo ( génie del’Albordi, auxiliaire de Taschter-Beram), Daman, Din … (génie de la loi), Farvardim ( génie des fervers), Gosc ( qui donne tous les

biens }, très- rapproché de Goschoroum (âme des animaux ), Mah ( la lune ), $ | Mansrespand | génie de la parole divine ), Neriosengh ( génie du feu qui anime

| les rois ), Parvand ( on rapport avec Ard), Ramesné Carom ( génie de la révo-

lution du temps et du ciel, ainsi que des plaisirs durables), Rasné Rast ( génie de la vérité et de la justice ), Serosc Taschter ou Tir ( astre de la pluie ), Vad (génie du vent ), Venant (astre qui donne la santé ), Zemiad ( génie de la terre ). Voy.le Zend Avesta de Kisvren, 1, 163 Ruopr, Hawmen, SEE, ete.

commencer à la fin du premier âge , Ormuzd tint prête une armée splendide dont faisaient partie les cieux, le soleil, la lune et les étoiles. Il réserva pour lui la dernière des trois sphères célestes, où il établit son trône au sein de l’ineffable lumière ; au-dessus de ce trône il plaça le soleil, qui tourne autour de la terre dans une sphère supérieure, puis la lune, qui gravite dans une sphère un peu plus basse ; enfin il distribua dans une région plus inférieure encore les cinq planètes secondaires et l’innombrable multitude des étoiles. Les astres sont divisés en douze bataillons dirigés par les constellations zodiacales, et ils forment en tout six millions quatre cent quatre-vingt mille étrescombattant contre Ahrimane. Quatre sentinelles veillent aux quatre points cardinaux , et une cinquième est postée au centre.

Abrimane, venant du sud et s’étant allié aux planètes, opposa à la création des êtres de lumière celle des êtres ténébreux, égaux aux premiers en nombre et en force. Eschem, démon de l’envie, avec sept têtes, est le chef des dévis et l’antagoniste de Sérosc, prince de la terre ; des génies inférieurs obéissent aux sept dévis principaux. Les fils de la lumière croient et adorent; ceux des ténèbres disent peut-étre.

Quelques efforts que fit Ormuzd pour conserver la paix, Ahrimane, ne respirant que la haine et la colère, engagea le combat; mais bientôt, ébloui , confondu à la vue de l'Éternel et des fervers, il renonça à son entreprise, et, vaincu par la parole puissante du Bien, il fut plongé dans l’abîme, où il passa toute la seconde ère.

Cependant Ormuzd continuait la création lumineuse ; mais Ahrimane, loin de s'endormir, opposait à chaque créature de lumière, une créature de ténèbres douée d’une puissance égale. Ainsi naquirentd’autres dévis et leurs chefs, distribués dans un ordre analogue aux amschaspands et aux izeds.

Les deux créations terminées , Ormuzd régnait encore seul avec les siens sur la terre, et avait produit le taureau primitif, contenant le germede toute la vie organique, quand Ahrimane, au commencement du troisième âge, voyant son temps arrivé, envahit le royaume d’Ormuzd. Il s’avança à la tête de sa légion , qu’il laissa en arrière pour s’élancer contre les cieux ; mais il fut saisi d’un tel effroi qu’il sauta de là sur la terre sous la forme d’un serpent : il pénétra jusqu’au centre du globe, se glissant dans tout ce qu’il contenait, même dans le taureau et dans le feu, symbole visible d’Ormud , et le souilla de fumée. De la terre il remonta au ciel, à la tête des siens, en répandant partout l’impureté et les ténèbres ; enfin Ormuzd, avec ses anges et les fervers des justes, le refoula de

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nouveau dans le profond Douzak, après une bataille de quatre vingt-dix jours et d’autant de nuits. Cependant il n’y demeura point, et, s'étant frayé un chemin à travers la terre, il partagea l'empire avec Ormuzd. Depuis lors , tout ce qui est entre le ciel et la terre resta divisé en lumières et en ténèbres, en jour et en nuit.

Le taureau mourut de ses blessures; mais de son épaule droite sortit Kaïoumort, le premier homme ; de la gauche, Goschoroum, âme du taureau, qui devint le génie tutélaire de la création animale. Ormuzd fit naître de Goschoroum deux autrestaureaux, d’où provinrent toutes les espèces d’animaux purs. Leurs cornes produisirent les fruits; leur nez, les plantes potagères ; leur sang, le raisin ; leur queue,ivingt-cinq espèces degrains. Ahrimanese vengea en créant un monde impur : de là, deux séries d’êtres vivants qui sont ici-bas dans une hostilité perpétuelle,

Mais Ahrimane ne sut rien opposer au premier homme; c’est pourquoi il résolut de le faire périr. Kaïoumort, mâle et femelle, accomplissait alors sa trentième année, Au moment de sa mort, sa liqueur prolifique s’épancha sur le sol, où le soleil la purifia; des génies tutélaires veillèrent sur elle; après quarante ans révolus, Ormuzd en fit sortir un arbre qui continua à croître durant dix années, sous la figure d’un homme et d’une femme accouplés. Ses fruits étaient dix couples humains à chaque récolte, et dans le nombre furent Meschias et Meschiane, premiers parents de l’espèce humaine.

Ils vivaient innocents et purs; mais, séduits par Abhrimane, ils burent du lait de chèvre et goûtèrent certains fruits qui leur tirent perdre les cent béatitudes , une seule exceptée. La femme fut la première à sacrifier aux dévis. À cinquante ans , ils engendrèrent Siamek et Veschak. Ils moururent à cent ans, et ils subiront dans les enfers le châtiment de leur péché jusqu’au jour de la résurrection.

La mort ne fut introduite sur la terre que par Ahrimane, à cause du péché du premier homme ; mais elle est une délivrance pour le Perse, qui lui doit la fin de sa lutte contre le mal. Les âmes des mortels, créées toutes dès le principe par Ormuzd , habitent le ciel, d’où elles sont contraintes de descendre pour s’unir aux corps et accomplir le pèlerinage terrestre, sentier à double issue. Celles qui ont fait le bien, sont reçues par les esprits célestes et conduites au pont Chinevad sous la garde du chien Soura (1); les autres y sont

(1) Chez les Égyptiens, c'est Sirius Anubis qui guide les âmes, et il est, ainsi que le Soura des Perses, préposé comine sentinelle à la garde des étoiles. Nous

traînées par les dévis. Là, elles sont toutes jugées par Ormuzd : celles des justes traversent le pont et sont accueillies dans le séjour de la félicité, au milieu des transports de joie des amschaspands; celle des méchants sont précipitées dans l’abîime, au sein de tourments atroces qui dureront en proportion des péchés, et qui peuvent être abrégés par les expiations des parents et des hommes d’une vie sainte ; mais la plupart y resteront jusqu’à la consommation des siècles.

Avant qu’elle arrive, et lorsque les hommes, livrés à la merci d’Ahrimane, auront enduré tousles maux , Ormuzd enverra le prophète Sosiosc pour les préparer à la résurrection universelle. Tout à coup Gourzscher, comète malfaisante, se dérobant à la garde de la lune, s’élancera sur laterre et l’embrasera. Tous les êtres, Ahrimane lui-même et les siens, devront passer à travers ces torrents de flammes pour se purifier durant un espace de temps proportionné (1). Puis, l'incendie éteint, il en sortira une terre nouvelle, pure, parfaite, telle qu’elle était au moment de la création, et qui ne périra plus. Ormuzd y apparaîtra d’abord, puis Ahrimane, chacun avec les siens, comme prêtres de l’Éternel , pour célébrer ses louanges, consommer le sacrifice et faire régner sa sainte loi (2).

avons laissé aux lecteurs le soin de remarquer les concordances de cette cosmogonie. avec celles d’autres religions.

(1) Plutarque rapporte une opinion, soutenue encore par une secte des Parsis et appuyée sur certains passages des livres sacrés, selon laquelle Ahrimane et les siens, essentiellement pervers, seraient anéantis.

(2) MM. Vullers et Olshausen s'étaient proposé de recueillir et de publier tout ce qu’ils trouveraient chez les Orientaux de relatif à Zoroastre ; nous ne savons s'ils persistent dans cette intention. Vullers a déjà fait paraître : Fragmente über die Religion des Zoroasters (Bonn, 1831), avec des commentaires étendus où sont cités plusieurs passages d'auteurs divers qui fournissent des lumières sur cette religion. Nous rapporterons deux courts extraits de l’Oulemaï Islam , autrement interprétés que par Anquetil et Vullers, et conformes à la correction de Sylvestre de Sacy.

A cette demande : « Le monde est-il éternel ? » il est répondu comme il suit :

« Tout ce qui est susceptible de formation et de destruction a nécessairement une cause. Avoir une cause ne saurait convenir à Dieu. 11 faut done conclure que le monde n’a pas toujours existé et qu'il fat créé. Or une chose créée doit avoir un créateur, En outre, dans la religion pelvi (c’est-à-dire des anciens Perses), professée par les disciples de Zoroastre, on croit le monde créé; or une chose créée suppose de nécessité un créateur. Mais qui le créa? quand? comment? pourquoi ?

« Dans la religion &e Zoroastre, il est évident que tout fut eréé, excepté le Temps ; le créateur est le Temps, puisque le Temps n’a ni limites, ni hauteur, ni profondeur (racine); il a toujours été et sera toujours. Quiconque a l'esprit sain ne demandera pas d'où vient le Temps. Malgré ces prérogatives insignes pos-

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Chacun aura pu remarquer que les connaissances astronomiques se mêlent à ces doctrines, de même que dans tout le système persan. Les douze mille ans dans l’espace desquels se développe la création céleste et terrestre, divisés en quatre âges, sont empruntés à la division de l’année en mois eten saisons; il est même dit, dans quelques passages du Zend-Avesta, que la création fut terminée en six époques et trois cent soixante-cinq jours: ce fut en mémoire de cela que Schemschid institua l’année, distribuée en six Gahambars, du nom des six fêtes célébrées par Ormuzd après chacun de ses travaux. Ces fêtes étaient rappelées par les solennités des Perses. Le Neurouz, ou nouvel an, se célébrait au mois de farvardin , vers l’équinoxe de printemps (1); le Meherdgian, ou

sédées par le Temps, il n’était personne qui voulût lui donner le nom de créateur. Et pourquoi ? Parce qu'il n’avait rien créé. Il créa ensuite le feu et l’eau ; et lorsqu'il les eut mis en contact, Ormuzd reçut l'existence. Alors le Temps fut créateur et seigneur, par suite de la création opérée...

« Le Temps fixa la durée et la divinité d’Ormuzd ; et la mesure est de douze mille ans. Il fit le firmament , l’empyrée et les principales étoiles qui y sont attachées (les constellations ); il assigna mille ans à chacun des douze signes qui sont dans le firmament. L'œuvre spirituelle (la création des esprits) fut terminée en trois mille ans ; alors le Bélier, le Taureau et les Gémeaux dirigeaient le monde chacun pendant un espace de mille ans.

(1) Parmi les nombreuses fêtes des Persans modernes, quelques-unes remontent très-haut. Celle de Goul-ryze, c'est-à-dire de la profusion des roses, est déjà mentionnée par les anciens comme d’usage à l’entrée des rois. Ii faut ajouter la ‘fête des flammes (Zdi-nir am ), celle des eaux ( 4bri-Zegan), celle des sacri- … fices ( Zdi-Kourban ), le Ramazan et le petit Bayram à la musulmane, l1sw, choura ou martyre de Houssan et Houssein. Mais la plus splendide de toutes et la seule qui soit civile est celle du nouvel an ( Neurouz ).

Le jour de l’équinoxe du printemps, des salves de canons et de mousquets

(4 annoncent la fête au peuple. Les astrologues se rendent en costume magnifique au palais du roi ou du gouverneur de la province, quelques heures avant l'équinoxe, pour en observer l'instant. Ils font un signal lorsqu’il est arrivé, et alors les décharges d’artillerie, les fanfares, le son des timbales, des cors et des trompettes, retentissent dans les airs. A Ispahan , pendant les huit jours que dure la À fête, la musique ne cesse pas devant la porte du roi; on y voit des danses, des feux d'artifice, des comédies, comme dans une foire, et c’est une huitaine de réjouissances générales.

} Les Persans appellent aussi cette solennité la Féfe des habits neufs , parce : qu'il n’est personne, si pauvre qu’il soit, qui ne renouvelle alors les siens, et les riches en changent chaque jour. On fait partout échange de cadeaux , et l’on s’envoie la veille des œufs peints ou dorés. Le roi en distribue quelques cents dans son sérail, aux principales dames, dans de riches bassins. L'œuf est revêtu d’or, et l'on voit sur les côtés quatre figurines ou miniatures très-fines, IL y en a qui coûtent jusqu’à 300 sequins.

Le moment de l’équinoxe passé, les grands, la tôte couverte du {adge orné de pierres précieuses, vont souhaiter la bonne fête au roi, dans la voiture la plus légère.qu’ils puissent se procurer, et tous lui offrent des présents, des bijoux, des

fête de Mithras, à l’équinoxe d’automne : elles duraient six jours, les autres quatre. Ces six solennités sont indiquées dans leur calendrier, qui est le mieux distribué parmi ceux des anciens, sous les titres de fêtes du soleil, du feu, de la victoire, de la liberté, du

œufs, des étoffes, des parfums, des objets rarcs , des chevaux ou de l'argent, en proportion de leur rang et de leur fortune. La plupart donnent de l'or, et s’excusent en disant qu’on ne trouve plus au monde rien d’assez beau pour entrer dans la garde-robe de Sa Majesté. Ceux qui sont employés dans les provinces adressent aussi au roi leurs compliments et leurs dons, sans exception aucune, chacun cherchant à l’envi à surpasser les autres et soi-même. Qu’on se figure dès lors combien le roi accumule durant ces jours de fête; il en distribue ensuite une partie parmi la foule immense du sérail. »

On évalue à un million et demi de tomans (46 francs chacun), c’est-à-dire à 69 millions de francs, ce que le roi recueille en dons de ce genre, appelés le pichkech ; et il est d'usage que personne ne se présente sans quelque cadeau devant le monarque persan. Plutarque et Élien nous racontent que le roi Artaxerxès Mnémon rencontra un jour un certain Sinétès qui, pris à l’improviste et n’ayant aucun présent à sa portée, courut puiser un peu d’eau limpide dans le creux de sa main; simple don qui, accompagné de paroies flatteuses, fut très-agréable au prince. Un autre, nommé Omisès , offrit au même souverain une grenade d’une grosseur extraordinaire, et le roi, concluant de là que cet homme ferait prospérer de même toute autre chose , l’investit de hautes fonctions. L'anecdote est, du reste, conforme au géniedes Orientaux tant anciens que modernes.

Pour revenir au Neurouz, Chardin, auquel nous empruntons ce récit, continue en disant que les grands passent la journée à recevoir les visites et les dons de ceux qui dépendent d'eux , l’usage invariable en Orient étant que l’infé-

‘rieur donne au supérieur, le pauvre au riche, depuis le mendiant jusqu'au roi. Les plus dévots passent, s'ils le peuvent, les premiers jours en prière dans leur logis. Ils se purilient à la pointe du jour en se lavant tout le corps, puis ils mettent du linge blanc, s’abstiennent des femmes, font des oraisons extraordinaires, outre leurs prières habituelles; enfin ils lisent le Koran et autres livres de piété, pour se procurer une année heureuse.

Les Persans sont chiytes, comme on sait; prétendent qu’Ali a reçu de Mahomet le califat le jour même de l’équinoxe. C’est ce qui rend cette fête plus sacrée et fait qu’elle n’est pas mobile, mais réglée par l’année solaire, quoiqu'ils suivent habituellement l’année lunaire.

La science, curieuse de puiser des renseignements aux sources les plus diverses, s’imagina de déduire de cette solennité l'ère de Schemschid ou d’Achémène, fondateur de la dynastie perse. Voici de quelle manière : Schemschid régla le calendrier et, institua la fête du Neurouz, qu’il plaça naturellement à la fin de l’année ; or Strabon dit que les mariages des Perses se concluaient à l’équinoxe de printemps , et Langlès vérifia, sur le calendrier réformé par Gelaleddin, qu'ils se faisaient les 26 et 27 février. De Strabon à Gelaleddin, le calendrier, dans un espace deonze siècles, se déplaça d’un peu moins d’un mois. Si donc le mois azer, qui, selon Celaleddin, correspond à novembre, se trouvait à la place de farvardin, ou mars, et si l’on veut expliquer un tel changement par l'effet d’une irrégularité progressive, il faudra faire remonter l’origine du calendrier de Schemschid et le commencement de l'empire persan à plus de 350 ‘ans avant J.-C.

On voit combien sont gratuites les suppositions qui amènent cette conclusion ingénieuse,

Six jours, 1s leur caiens, SOUS liberté, du

e l'argent, en l'or, et s’ex- | pour entrer les provinces tion aucune, se figure dès ribue ensuite

c'est-à-dire à >, appelés le 1e cadeau deoi Artaxerxès iste et n’ayant 18 le creux de s-agréable au grenade d’une Le ferait prosanecdote est, 1es.

ce récit, contivisites et les ant que l’inféjusqu'au roi.

ière dans leur puis ils metktraordinaires, ivres de piété,

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l'équinoxe de ddin, qu'ils se er, dans un esc le mois azer, ace de farvaret d’une irrégude Schemschid -C,

ette conclusion

génie et de la création. Celles du soleil se célébraient aux quatre époques solaires; celles du feu le 2 de février, à cause du retour de cet astre, et en novembre pour son renouvellement ; celles de la victoire rappelaient les triomphes de Féridoun sur Zoak et l’extermination des créatures d’Ahrimane. Lors des fêtes de la liberté, on plantait des cyprès, et l’on accomplissait d’autres rites assez semblables aux saturnales des Romains. Au commencement de novembre, avait lieu la commémoration des morts, que l'on croyait venir à cette époque visiter leurs parents; on les accueillait donc avec des prières et des cérémonies.

Les sept temples principaux du feu sont aussi en relation avec les planètes. Ce penchant aux idées astronomiques n’apporte pas peu de confusion dans l’histoire : les astres prennent une forme humaine, et les hommes montent au séjour des étoiles; de sorte quel’on passe sans cesse des événements terrestres aux révolutions sidérales.

Les Naskas offrent un caractère plus savant que les Védas; car les puissances célestes s’y trouvent hiérarchiquement disposées sous la suprématie d’Ormuzd. Burnouf croit que l'opposition du magisme ne consiste pas dans les Védas, mais dans les évolutions postérieures, d’où sortit la mythologie des Pouranas. Le nœud de la différence est dans la questicn du mal et dans le rapport de la nature humaine avec la nature divine. La doctrine des Naskas conçoit un Dieu souverain, auquel sont subordonnées les puissances du ciel et les créatures, tandis que les Védas ne lui assignent point une supériorité absolue.

Peut-être, à l'introduction de cette réforme , œuvre deZoroastre, les populations mèdes se séparèrent-eiles des Indiens ; mais, si on laisse de côté tout l’appareil astronomique, on trouve que, sous le rapport du langage , de la poésie et des traditions poétiques, la Perse se rapproche beaucoup de l’Inde, avec laquelle le magisme primitif était peut-être en communauté de croyances. Il admet, en effet, avec la période de douze mille ans, l’unité infinie et incréée,

qui produit, embrasse et résume la création finie seulement : le dualisme y prévaut sur le panthéisme , et l’idée de l’émanation le cède à celle de la création; le fini et l'infini, le réel et l'idéal y sont plus distincts, et le monde, au lieu d’être une génération divine opérée par l’amour est pour les mages un antagonisme, un mélange de contraires en lutte. Or, comme l’homme est partie agissante dans ces combats, ilne peut tomber dans la torpeur insouciante des Indiens; tout l’excite, au contraire, à l’activité morale. Mais chaque chose, en se distinguant , se rapetisse , puis-

Rapports avec l'Edda.

Avec les Hébreux.

qu'on ne contemple Dieu que sous l'aspect de temps infini; puis on voit disparaître la métempsycose indienne avec sa magnifique alternative de création et de destruction, attendu que la réflexion subjugue et enchaîne l'intuition.

La partie mythologique ressemble beaucoup aux mythologies septentrionales et à l’Edda, où se révèle, bien que moins poétiquement, la même vénération pour la nature, pour les purs éléments de la lumière et du feu : ce qui n’est pas le moindre des arguments en faveur de l'opinion qui veut que les Germains soient issus des Perses, ou plutôt qu’ils soient leurs frères.

Mais il n’est pas de peuple dont les doctrines religieuses aient plus d’analogie avec celles des Hébreux. Ce Dieu, père de la lumière incréée, ce Verbe éternel qui fait toutes choses, les sept Esprits prosternés devant le trône du Très-Haut , l’armée céleste qui l’environne, le premier séjour de l’homme , la puissance du prince des ténèbres, chef d’esprits rebelles, tout cela est d’accord avec les dogmes hébreux. Les Perses, après tant de mélanges, n’ont pu se confondre avec aucun peuple païen ; ils abhorraient lidolâtrie et le fétichisme plus énergiquement encore que les Hébreux. Chez les Perses, comme en Judée, le sacerdoce résidait dans une seule tribu; ils distinguaient les animauxen purs et en impurs; ils avaient souventrecours aux purifications, et repoussaient avec grand soin les lépreux, qu’ils appelaient esclaves d’Ahrimane ; ils savaient qu’un jour un Rédempteur, précédé par une étoile, viendraitreleverl'humanité déchue. Ormuzd,comme Jéhovah, était une puissance qui ne pouvait être vue que par l’esprit, sentie que par le cœur ; elle était à l’abri des malédictions que les prophètes faisaient entendre contre les idoles de bois et de métal, immobiles et muettes. Aussi le prophète hébreu Jonas fut-il écouté à Ninive, et les mages admirent dans leurs rangs l’autre prophète, Daniel. L'Évangile, tandis qu’il représente les prêtres de Moïse effrayés à l'apparition du Messie, fait venir les mages pour lui rendre le premier hommage des nations.

La religion des Perses se montre en tout si voisine des traditions primitives qu’un auteur les a nommés les puritains du gentilisme (1). Un autre croit que l’Écriture sainte, à cause de cette ressemblance, appelle Cyrus l’oint du Seigneur, et que le Messie s’est d’abord révélé aux mages (2). Le feu a toujours servi, dans une certaine mesure , à exprimer les intentions de Dieu envers

(4) Payne Knicur,' Inquiry into the symbol. ling. $ 92. (2) Scuzecez, Histoire de la littérature.

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l’homme, attendu que l'empire de l’homme sur la nature a commencé par la soumission du feu. Le feu est le fondement de linstitution domestique; il a une apparence de surnaturel qui le rendit sacré sur l’Indus et le Gange comme sur l’autel de la Vesta italique, dans !e buisson de Moïse comme dans les encensoirs chrétiens. Le feu n’était pas une divinité pour les Perses, mais le signe ou le souvenir de la prière et d’une force supra-sensible : image du feu primitif qui joint Ormuzd à la durée infinie, produit tout ce qui existe de mieux sur la terre , et, par son union avec l’eau, engendre la lumière. Voilà pourquoi le feu, disséminé partout, était porté devant les rois, et, sous le nom de Dadgab, resplendissait dans les foyers sacrés que l’on alluma d’abord sur la terre nue, puis sur des autels, enfin sous les voûtes des temples {ateschgad, rupsia ), figurant le ciel et construits à jour, afin que le vent pût librement répandre de toutes parts la suave odeur de la flamme d’Ormuzd.

Le culte des éléments et des astres est chez eux si raffiné, il se rattache tellement à l’idée d’un être éminemment bon, que l’on ne saurait accuser les Perses de panthéisme , encore moins d’idolâtrie. Ormuzd dirige même la surveillance immédiate des choses confiée aux anges, et une invocation du Yagçna (ch. 8 ), dit : «Selon «ton désir, Ô Ormuzd, commande heureusement à tes créatures; « selon ton désir, à l’eau ; selon ton désir, aux arbres; selon ton « désir, à tous les biens, dont la semence est pure. Donne l'empire « au sant, enlève-le au darvand ; que le saint soit un roi puissant, «et que le darvand ne le soit point. Fais disparaître l’ennemi du « peuple de l’être excellent, et le roi qui n’est pas selon ton « cœur. Que par moi Zoroastre s'élève et répande dans les lieux, «dans les chemins, dans les villes, dans les provinces, cette loi « qui enseigne à être pur d'esprit, pur de parole, pur d’action, « cette loi de Zoroastre, homme d’Ormuzd. »

On a trouvé dans les ruines des bas-reliefs, des cylindres symboliques , et surtout des animaux fantastiques, d’où résulte la preuve qu’ils n’eurent pas d’éloignement pour les représentations figurées des objets de leur culte; mais ce fait n’atteste pas leur anthropomorphisme, et pourrait d’ailleurs provenir de leur contact avec les nations de l’Asie, et plus tard avec les Romains. Ce fut ainsi que le culte de Mithrar et de Mithra , qu’ils empruntèrent anciennement aux Assyriens ou aux Babyloniens , prit une apparence d’idolâtrie (1). Mithra était cette Mylitta que nous avons vue Pobjet

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