HÉRODOTE
Mithras e Mithra.
Morale,
d’un culte si honteux à Babylone, où elle était considérée comme un principe féminin de la création : déesse de la fécondité , de la vie, de l’amour, en même temps que de la stérilité, de la mort, de la vengeance, elle réunissait en elle les attributions que le polythéisme grec partagea entre Vénus, Proserpine, Ilithyie, Héra , Hécate, Artémis.
Mylitta était probablement la même divinité qu’Anaîtis, déesse de l'Arménie, honorée par les mêmes obscénités, et dont les temples, aux mille hiérodules ou prêtres, étaient très-fréquentés à Comane dans le Pont comme à Comane en Cappadoce. Le commerce, en se dirigeant vers les pays du Caucase , répandit les rites de ce culte, qui pénétrèrent même en Perse. Artaxerxès Mnémon fut le premier qui éleva dans Babylone, à Suse et à Ecbatane, un temple à Vénus Anaïtis, et qui enseigna aux Perses, aux Bactriens, aux habitants de la Damascène et de Sardes, à adorer cette divinité nouvelle (1).
Sous le nom de Mithras, on adora le feu céleste , et nous verrons ses rites, que quelques-uns croient très-anciens (2), d’autres, postérieurs même au christianisme , revivre et se développer même dans Rome impériale. Plutarque nous dit que Mithras était considéré comme le médiateur ; ce qui veut dire qu’il participait de la nature des deux principes, soit en se plaçant entre eux comme conciliateur , soit en se faisant leur juge. Les livres zends nous le représentent comme le soleil ou comme le symbole de l'unité antérieure à Ormuzd et à Ahrimane, et devant survivre à tous les deux. Nous voyons figurer dans les monuments mithriaques le globe du soleil , la massue , le taureau, symboles de la vérité suprême, de la suprême activité créatrice , de la suprême force vitale; trinité dont parlent les oracles de Zoroastre, et qui ressemble à celle de Platon : le Bien suprême , le Verbe et l’Ame du monde ; à celle d’Hermès Trismégiste : la Lumière, l’Intelligence et lAme ; à celle de Porphyre : le Père, le Verbe et l'Ame suprême.
Mais il est très-difficile de distinguer avec certitude, dans tout cela, la partie qui était communiquée à tous, et celle qui demeupait un secret sacerdotal ; les croyances et les rites antiques qui survécurent, et les croyances et les rites qui s’introduisirent plus tard. :
Dans la législation sacrée de Zoroastre, on admire surtout la moralité. Rendre l’homme semblable à la lumière, repousser loin
(1) BÉRosE, Fragm. ed. RicuTEr, p. 70.
(2) Dupuis fait remonter les monuments mithriaques à 4500 ans avant J.-C.
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de lui les ténèbres au moyen des purifications , confesser Ormuzd comme roi de l’univers dans la pureté de son cœur , honorer la création , faire triompher le’bon principe, détruire l'empire du mal dans toute la nature matérielle et spirituelle , reconnaître Zoroastre comme prophète , voilà en quoi consiste toute la morale du Zend-Avesta. Elle a pour première conséquence la conservation de l’ordre, qui fait du royaume terrestre de l’Iran l’image de la cité céleste. De plus, le croyant doit, non-seulement maintenir son corps pur, mais se garder de souiller aucun élément; celui qui souffle sur le feu avec sa bouche encourt la peine de mort (1). De même qu’Ormuzd combat sans cesse Ahrimane, le fidèle doit être toujours prêt à combattre les puissances du mal. Dans les temples, nul ne doit prier pour soi en particulier, mais pour tous.
Quoique Zoroastre fût né dans un pays où la servitude se respire avec l'air, il vit d’un côté les maux de la vie nomade, de l’autre les malheurs causés par l’arbitraire des satrapes et des monarques; comme il ne pouvait réduire ceux-ci à la mesure des autres hommes, on dirait qu’il a voulu les élever à la perfection de Dieu en leur enjoignant d’imiter Ormuzd, et en mettant sous leurs yeux l'exemple de temps plus heureux passés sous Schemschid, despote à l’asiatique, mais rempli de toute la bonté que permet une telle condition. Sous ce père des peuples, le plus glorieux de tous les mortels que le soleil ait élevés au pouvoir, les animaux ne mouraient point : jamais disette d’eau, de fruits, ni de rien de ce qui soutient ou embellit la vie; le génie du bien triomphait du froid, de la chaleur, des passions effrénées, œuvre des dévis, et de la mort elle-même; les hommes paraissaient avoir toujours quinze ans, et les enfants devenaient bientôt adultes. Chacun des sujets de cet excellent prince exerçait son activité comme sous un père, et les arts de la paix prospéraient ; la richesse et l’abondance pleuvaient de la main du monarque.
Telétait le type auquel devait se conformer le roi, âme et moteur de tout, soleil de justice, image de l’Éternel ; aussi la doctrine sacrée voulait-elle qu’il ne commandât que des choses justes et utiles dans ses décrets, auxquels rien ne résistait.
Tout fidèle d’Ormuzd devait en outre travailler comme lui à extirper le mal de la terre, serpents, herbes vénéneuses, insectes
(1) Pour obvier à ce danger , ils appliquaient sur leur bouche le penom, dont on peut voir le dessin dans la planche jointe au tome II du Zend-Avesta.
nuisibles. Schemschid cultiva le premier le sol de la Perse; l'Iran devait donc être le pays de Pagriculture, tandis que le Touran, pays de nomades, était un séjour de discordes et de misères. «0 « Sapetman Zoroastre, j'ai créé un lieu de délices et d’abondance
auquel ne pourrait se comparer aucun autre sur la terre, et nul « autre n'aurait su le créer, à Sapetman Zoroastre! Il a nom « Ériène Vedjo, et dépasse en beauté le monde et toute son éten- « due. Rien n’égale la prospérité de cette terre de délices par moi « créée. Le premier séjour de bénédiction et d’abondance créé « par moi, par moi Ormuzd, pur de toute souillure, fut Ériène « Vedjo. »
Ceux qui s’adonnaient à la culture des champs honoraient Sapandomad, génie de l’agriculture. Kordab faisait couler pour eux les ondes bienfaisantes ; Amerdab veillait sur leurs arbres et sur leurs jardins. « Juste juge du monde (lit-on dans le Vendidab ),
toi qui es la pureté même, quel est le point le plus pur de la
loi? Ormuzd répondit : C’est de semer sur la terre des grains robustes, Ô Sapetman Zoroastre. Celui qui sème du grain et le fait avec pureté, accomplit dans toute son étendue la loi du magisme ; il est grand à mes yeux comme s’il avait donné la vie
à cent créatures, à mille productions, ou fait dix mille sacrifices.
Celui qui produit du grain extermine les dévis. Lorsqu'on en a
produit selon le besoin , les dévis sont atterrés. Pour peu que « l’homme en produise, il abattra et détruira les dévis dans le « lieu où il donnera ce peu de grain. La vaste gueule et la large « poitrine des dévis seront brûülées quand il y aura abondance de « grain. Alors on lira la parole sacrée avec plus de soin. Si lon « ne mange rien, on n’aura pas de force et l’on ne pourra faire de « travaux ; il n’y aura ni robustes laboureurs, ni enfants vivaces, « si l’on est réduit à désirer sa nourriture. Le monde, tel qu’il « existe, ne vit que par la nourriture (frag. 18). »
Les rois punissaient donc les paresseux et récompensaient les cultivateurs diligents ; une fois l’an, ils venaient s’asseoir à la table de ceux qui tirent du sein de la terre les richesses qu’elle recèle, ou qui, maniantle poignard avec lequel Schemschid ouvrait le sol, en font jaillir l’abondance. Cyrus l’Ancien planta beaucoup d'arbres de sa main ; Cyrus le Jeune se vantait à Lysandre d’avoir dessiné et planté ses jardins lui-même. Les grands entouraient leurs palais de paradis où prospéraient les orangers, les citronniers, la vigne, l’azerolier, les hauts peupliers, et où le saule pleureur courbait ses longs rameaux sur le brillant émail des anémones, des renoncules, des jasmins et des chryanthèmes, Si le
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patriotisme des Grecs nous a habitués à maudire ou à mépris envahisseurs de lHellade, n’oublions pas néanmoins Ha devons à la Perse les fruits les plus exquis, le figuier Rs dé le pêcher, le grenadier, le melon et le précieux môrier us Les Perses ne vénèrent pas les animaux comme les Brahmi maisils savent en inculquer lerespect. Le dixième hymne du Yacne se rapporte à un fragment très-ancien , qui dit : « Hom ve « paroles de toi sont célèbres : Je prie les animaux afin “is « prient pour moi; je parle avec douceur aux animaux ; el . « appelle avec grandeur; je nourris les animaux; je us es « animaux; je maintiens les animaux en bon état Ils 1 a donnent la nourriture et ce qui est nécessaire à la vie » L oi d’Ormuzd est conforme à cette loi primitive. « Je recom e à « de donner à manger au troupeau; quiconque le fera a « paradis. Procure-lui les joies du pâturage, nourris ceux nd « sont pas nourris; donne un berger à ceux qui ne lo 1 . « Que l’homme et la femme sachent que le vent sera st «qui fera cette bonne action ( Yaçna, h. 35). » Voilà dou : soin des animaux domestiques s’est conservé jusqu’à je es : ne pas leur fournir le nécessaire ou les maltraiter est nd comme un péché, et tous sont obligés d’élever dans leurs sr un un bœuf , un chien, un cheval. On devait, au contraire, d tie les animaux d’Ahrimane. Agathias nous apprend que les is. à à des époques déterminées, se réunissaient en Arno 0e: ù tuer les reptiles : cet usage dure encore. Éd 4 Le libertinage est proscritcomme œuvre d’Ahrimane. L … gamie est une loi ; la personnalité de la femme n'est dictée … dans celle du mari; elle pouvait même devenir à Pa . pie ” entre parents était considérée comme la be ur ! plus estimable; mais i paraît qu’on en abusait au point d’épouser les mère Le alles, les sœurs : usage introduit peut-être par les Perses ss # GE comme la polygamie. | Mon : Les plus heureuses dispositions, favorisées encore par les loi | sacrées, furent altérées par la manie des it te oki fleuve limpide que trouble la vase quand il franchit ses bots | & ; il pendant la religion du feu domina durant de longs siècle “a . «son pays uutal, et résista à mille révolutions ; elle jeta pre des | racines vigoureuses et vivaces chez des peuples lointains et ; L licés, lutta de force avec le christianisme dans les héré jé de F3 agi re et dans les mystères de Mithras, et, au iii re de D encore pour relever le puissant empire des Sassanides. ) ses sectateurs furent persécutés par l’intolérance muüsui-
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