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inspiration avait fait place à l'élégance, et le goût était asservi à « °gles. Euripide n’osa se fier à son intelligence vigoureuse, à son wuägination brillante, à son sentiment exquis; il voulut que l’érudition, le raisonnement, une critique minutieuse, fissent chez lui violence à ces dons précieux. En se proposant l’art pour but, il marche d’un pas inégal entre de grandes beautés et des expédients mesquins, se montre plus souvent rhéteurque poëte, et porte sur la scène les habitudes de l’école et des tribunaux. Les discussions @gales reviennent dans l’Hécube, mais bien autres que selles des Euménides. L'Oreste est un procès dans toutes les for mes; Ulysse torture en sophiste le sens des paroles. Euripide introduisit le prologue, ressource malheureuse pour informer le spectateur des événements qui ont précédé l’action, au lieu de l'en instruire par l’action elle-même. Dans ses plans, les faits particuliers se présentent en première ligne, au détriment de ceux d’un intérêt général; leur peu de vigueur est secondée par la mollesse de la poésie et par un style énervé. Au lieu de gourmander ses contemporains et d’exalter les sentiments nobles, Euripide se fait le panégyriste de son époque.
Or c’était le temps où les sophistes se complaisaient dans les disputes, confondaient les idées morales, et s’acheminaient au scepticisme. Euripide, sacrifiant à ces idoles, fait grand étalage de sentences qui, souvent immorales, mais d’une poésie éblouissante, devaient produire le plus mauvais résultat sur un peuple que les beaux-arts impressionnaient si vivement (1). Ilest juste aussi de dire qu’il atteint parfois, dans la peinture des grandesinfortunes, la véritable beauté morale ; si, d’ailleurs, il n’avait eu des qualités réelles, il n’aurait pas fait les délices de Racine, et les At héniens n’auraient pas déposé ses ouvrages dans les archives publiques, avec ceux d’Eschyle et de Sophocle, en établissant un gardien pour leur conservation.
Une pareille mesure nous montre quelle importance les Grecs attribuaient à la tragédie, quiétait l’objet d’un concours dans les solennités de Bacchus. Chaque compositeur de”. présenter trois tragédies et un drame satyrique, c’est-à-dire ra:te: © d’ef-
(1) « Servons lesdieux, quelsqu’ils soient. » (Oreste.) « 5'ii iaut violer la justice, viole-la pour régner ; dans tout le reste, observe-la. » C’était l’axiome favori de Jules César. « La bouche a juré, mais non le cœur. » (Hippolyte.) Platon fait 4rès-probablement allusion à Euripide lorsqu'il se plaint de ce que « les poëtes
tragiques abandonnent les hommes à la fougue des passions, , et les amollissent « “n faisant éclater les héros en plaintes exagérées. » Euripide porte aux femmes ut “aie part; ulière, ce qui l’entraiîne à ces trivialités que, de nos jours, le +al3o è euuiaudit encore sur quelques-uns de nos théâtres.
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facer par le rire l'impression mélancolique. Ces pièces ne se répétaient pas, comme on le fait parmi nous, à moins que l’auteur n’y eût apporté de grands changements, et après beaucoup de temps. De là, l’étonnante fécondité des anciens poëtes dramatiques. Bien qu'ils fussent presque tous des hommes d'État et de guerre, il en est peu parmi ceux que nous COnnaissons qui aient laissé moins de soixante pièces de théâtre, et quelques-uns en ont composé plus de cent vingt; mais il ne nous en est resté que sept des cent trente de Sophocle, dix-huit des quatre-vingt-douze d’Euripide, etsept des quatre-vingts d’Eschyle. En outre, l’auteur devait ‘ormer sa troupe, lui apprendre les gestes, la déclamation, veiller à la mise en scène et dresser le chœur.
Tout était idéal dans la tragédie ; l’acteur adoptait des ‘poses et des gestes héroïques, de même que le poëte choisissait ses caractères, non en dehors, mais au-dessus de l’humanité. Le thème ordinaire était la lutte entre la liberté morale et le Destin, puissance inflexible devant laquelle les dieux eux-mêmes inclinaient leur front. La croyance asiatique en cette divinité suprême ne permet pas d’accuser les dieux d’injustice, même quand ils accablent l’homme de bien pour favoriser le méchant, et l’on croirait que les poëtes tragiquesfurent d'accord pour prémunir l'esprit contre l'instabilité des choses humaines. L’Agamemnon d’Eschyle s’écrie en entrant dans son palais : Honorez-moi comme homme, non comme dieu. Le premier don des dieux est la modération ; ne proclamez heureux que celui qui a terminé ses jours dans une tranquille prospérité. Les Trachiniennes de Sophocle s'ouvrent par ces paroles de Déjanire : On a toujours dit qu'on ne pouvait juger du bien ou du mal de notre vie, tant qu'on n'en avait pas atteint le terme fatal. Dans Euripide, Andromaque s’écrie : On ne devrait jamais appeler personne heureux avant la fin de ses jours. Dans l’OŒEdipe de Sophocle, ces mots sont adressés aux spectateurs : Après tant de grandeurs, voyez en quel abime Œdipe fut précipité. Apprenez, aveugles mortels, à tourner vos regards vers le dernier jour de la vie, et à n'appeler heureux que celui qui est arrivé au terme. Mais il semble que le sentiment ex-quis du beau fit exclure de la tragédie grecque, avec tout sujet se rapprochant trop de notre condition ordinaire, les malheurs dont chacun pouvait être la victime ; la muse tragique s’arrêta plus volontiers aux aventures des dieux et des héros.
L'élément populaire se manifestait plus particulièrement dans le chœur, caractère véritable du drame athénien. Le chœur, représentant les assemblées publiques, exerce sa suprématie sur les
Comédie.
plus hauts personnages, juge, blâme, conseille, loue, tandis que, par l'expression lyrique, il modère les émotions violentes résultant des faits tragiques, et reste arbitre impartial des actions bonnes ou mauvaises, au milieu de la lutte ardente des passions théâtrales. Le théâtre moderne aura fait un grand pas, lorsqu'il osera introduire le chœur pour représenter cette foule à laquelle on ne fait guère attention, mais qui souffre ou jouit de la folie ou de l’héroïsme de ses maîtres, et qui prononce toujours avec justice sur les grands événements.
Nous devons faire remarquer ici que tous les auteurs tragiques grecs sont athéniens; car les fragments du Dorien Épicharme méritent à peine l'attention. Eschyle dut aller finir ses jours près d’Hiéron de Syracuse, Sophocle près du Macédonien Archélaüs , et Euripide eut à supporter une guerre très-vive de la part d’Aristophane; mais, malgré ces persécutions, la ville de Minerve semblait être la patrie naturelle du génie.
Bien que d’autres poëtes tragiques aient succédé à Euripide , la décadence , commencée avec lui, marcha ensuite à grands pas.
Le règne de la comédie n’eut pas une plus longue durée; elle finit, non d’inanition, mais de mort violente. Grande est l'erreur de ceux qui la voient se perfectionner successivement (1) , et la classent en ancienne, en moyenne et en nouvelle comédie; pour nous, la première seule est vraiment originale et poétique , lesautres n’étant que des redites et des transformations. Si la démocratie se laisse apercevoir dans la tragédie grecque , elle domine et régit despotiquement la comédie, qu’elle entraine à imiter jusqu’à ses excès, A la fatalité, machine principale de la tragédie, la comédie substitue les caprices du hasard ; au sublime la farce, en faisant surtout prévaloir les appétits grossiers. Elle fut , dans le principe, une véritable parodie du poëme tragique, empruntant ses sujets aux dieux et aux héros, qu’elle représentait avec les mêmes décorations etla même majesté, ce qui, par le contraste des paroles, ajoutaiter ‘ore au ridicule : les masques y étaient d’une exagération forcée; le chœur parlait souvent au nom de j'avteur (parabase), ce qui montre combien il y a de choses de convention dans les plaisirs de l'esprit.
La comédie apparut d’abord errant sur des chariots, avec Susarion, pour divertir grossièrement le peuple. Cratès en Grèce, Épicharme en Sicile, lui donnèrent ensuite une forme plus régu-
(1) Plutarque, Barthélemy, Blair, et surtout Voltaire,
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lière ; le dernier se plaisait surtout à plaisanter sur les dieux et les héros (1). Il traitait les questions politiques , en les développant dans des catastrophes bien combinées, mêlait au dialogue d’anciens proverbes et des sentences pythagoriciennes, et composait cet amalgame de gai et de sérieux, aussi prisé que rare de nos jours.
Aristophane, qui surpassa tous ses prédécesseurs, est le seul dont les œuvres nous soient restées ; il florissait alors que la liberté athénienne était le plus effrénée, et de la scène il fit une véritable tribune (2). L’amour à Athènes n’était que la volupté, la morale qu’une spéculation de sophistes, changeant avec les différentes écoles. Les intrigues privées perdaient de leur importance à côté des intérêts publics ; la comédie devait donc, par nécessité, se faire politique, devenir l’antagoniste des orateurs publics, et se mettre au service de cette opposition qui est la première nécessité des États libres, et dont les journaux sont aujourd’hui l’expression. Il est vrai pourtant qu’elle fut, comme la presse actuelle, impuissante pour le bien, et ne put réprimer ni Périclès ni Cléon, tandis qu’elle fit avaler la ciguë à Socrate. Néanmoins on entendit Aristophane reprocher au peuple souverain ses vices, ses crimes, ses faiblesses; lui dénoncer les démagogues dangereux ; conseil ler la paix au milieu des guerres intestines qui ruinaient la Grèce ; opposer lesens commun aux arguties des sophistes, et recommander la sévérité de l’ancien patriotisme. Il est difficile qu’un esprit doué du dangereux talent de faire rire n’en abuse pas, et Aristophane en abusa pour se conformer au goût de la plèbe, pour mordre ses ennemis personnels , et pour attaquer même la vertu, commeil le fit à l'égard de Socrate ; il alla jusqu’à tourner les dieux en ridicule, et descendit à des plaisanteries , à des scènes licencieuses , qui n'étaient que trop en rapport avec la religion et la morale des Grecs, avec le peu de souci que l'on prenait des femmes , auxquelles les temps modernes sont redevables du sentiment des convenances dans les actions et dans les paroles. L’impudicité sans voile de ses comédies et des drames satyriques ferait même croire volontiers que le beau sexe n’assis-
(1) Dans le Busiris il dépeint ainsi Hercule Vorace : « À le voir manger « comme quatre et avaler de gros morceaux, il soulève le dégoût. Son gosier « murmure, ses mâchoires craquent, ses dents molaires résonnent et ses canines « bruissent, ses narines sifflent et ses oreilles se balancent. »
(2) Voy. Tn, RorscuEn, dristophanes und seine Zeitalter. Berlin, 1827. — Heu. Pou, de Aristophane, poeta comico, ipsa arte boni civis officium pres: tante. Groningæ, 1834.
Comédie ancienne, Aristophane.
tait pas à leur représentation. D'ailleurs, le goût du poëteestexquis, son art inimitable, son trait vif et piquant; ses néologismes (1), ses changements de ton, sont d’une hardiesse très-heureuse : mais ce qui excite le plus l’étonnement, c’est l'instruction, la finesse, les connaissances pratiques qu’il suppose dans son auditoire.
Parmi ses comédies ( car nous continuerons à considérer les auteurs du côté social), les Nuées appartiennent à la philosophie, les Grenouilles à la critique, les autres à la politique.
Les Grenouilles sont dirigées contre le mauvais goût, personnifié dans Euripice qui venait de mourir : l’auteur y contrefait ceux qui s’extasient aux grands mots emphatiques disant trop ou ne signifiant rien , et qui, au lieu de suivre le goût sûr du petit nombre des connaisseurs judicieux , préfèrent l’avis de la foule, toujours prête à admirer ce qui est sophistique et apprêté. Euripide , sa famille, son domestique et ses œuvres, mis dans la balance des juges infernaux avec deux vers d’Eschyle, nesetrouvent pas de poids, et le vieux poëte, revenu au monde pour améliorer Athènes , ne veut pas que son siége dans l'Élysée soit occupé par un autre que par Sophocle.
La première comédie dans laquelle Aristophane eut le courage de se montrer est celle des Chevaliers, attaque violente contre Cléon, démagogue furieux, instigateur de partis extrêmes. Démosthène veut substituer à ce Cléon, représenté sous la figure
d’un corroyeur, le charcutier Agoracrite, auquel il dit : Tu es à grossier, méchant , la lie du vulgaire ; tu as la voix forte, uneéloquence impudente, le geste malicieux, lecharlatanisme du marché! crois-moi, tu as tout ce qu’il faut pour gouverner Athènes. Le char- L cutier convient qu'il a tous les vices , etil ajoute qu’un rhéteur : l'ayant vu voler, puis nier obstinément le fait, s’écria : 1 est impossible que celui-là ne devienne pas le premier administrateur de : la république. Le chœur dit au vieux Démos, personnification du ù M peuple : Tues sottement crédule, tu laisses les flatteurs et les inil trigants te mener par le nez, el le pâmes de bonheur lorsqu'ils te c qu haranguent. | À (1) A la fin des Harangueuses, le chœur prononce un mot de 77 syllabes, CA qui a grandemeut exercé les grammairiens, et prouve la flexibilité de la langue $ grecque pour former des mots composés : Aomaôtosuayoselayoyayeoxpavio)etda- d 1" VOËPULUTOTPULLATOGLAPIOTAPAOMEXTOUATAXEYUILEVOXLY ET IXOTGUPOTEPLGTEPANERTEUO - d il vonetexepaomyahomeleroaywotpaxobapnroayavontepuywv, C'est une liste de è 41 traiteur qui veut dire à peu près : « Grande soupe, saucisses parfaites, huîtres l | choisies, lamproies exquises , cervelles farcies anx épices, marmelades de pommes | q 4: au benjoin, grives, merles, pigeons ramiers, têtes de poulets rôtis, ragoût d'é- | tourneaux et de perdrix avee le jus de foie de lièvre. » F
DAMES Feu bu
2estexquis, gismes (1), reuse : mais , la finesse, uditoire.
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Mais , à la fin de la comédie, ce vieillard se trouve rajeuni et marche d’un pas majestueux vers les Propylées.
Agoracrite. Faites silence; renvoyez les témoins ; que les tribunaux, délices de cette cité, soient fermés : en réjouissance de nos prospérités nouvelles, il faut que le théâtre retentisse de l’hymnede Pæan.
Le chœur. O toi, flambeau d’Athènes et sauveur de nos îles, quelle prospérité nouvelle doit faire fumer sur nos places l’odeur des sacrifices ?
Agoracrile. J’ai régénéré le peuple ( Démos), et lui ai rendu sa beauté.
Le chœur. Où est-il maintenant , dis-nous, auteur de cette merveilleuse métamorphose ?
Agoracrite. Il habite l’antique Athènes, couronnée de violettes (1).
Le chœur. Comment le reconnaîtrons-nous? Quels ornements, quelle tournure a-t-il?
Agoracrile. Il est tel qu’il fut autrefois, du temps d’Aristide et de Miltiade. Il va paraître ; voilà les portes qui s'ouvrent. Saluez de vos acclamations joyeuses l'apparition de l’antique Athènes, cette ville admirable et célèbre, habitée par un peuple illustre.
Le chœur. Belle et brillante Athènes, au front couronné de violettes, montre-nous le maître de ce pays et de la Grèce entière.
Agoracrite. Le voilà, avec la cigale qui orne sa chevelure, dans tout l'éclat de son antique costume et [parfumé de myrrhe, ami de la paix et dégoûté des procès.
Le chœur. Salut, roi des Grecs! nous te félicitons avec une âme sereine ; car tu fais des choses dignes de cette cité, dignes des trophées de Marathon. »
Dans les Guépes, Aristophane fait la satire de la manie de juger, d’écouter les plaidoiries (2), de s’entendre louer par les défenseurs et les parties (3); ilmet à nu la vanité misérable de ces tailleurs et de
(1) C’est l’épithète solennelle d'Athènes, quelle qu’en soit l’origine.
(2) Dans les Nuées, Strepsiade , planant dans les airs et voyant une ville audessous de lui, ne peut croire que ce soit Athènes, parce qu'il n’y voit pas siéger de juges. Dans la Paix encore, Aristophane dit aux Athéniens : Oùôèv yàp &1h0 dpüte nan dxatere, Vous ne faites autre chose que décider des procès. Dans l’Icaro-Ménippe, de Lucien, Ménippe reconnait du ciel les Athéniens , parce qu'ils s'occupent de juger : Kai 6 ‘Aünvatoc éidgero, $ 16.
(3) Voici en quels termes s'exprime le vieux Philocléon, grand amateur de plaidoiries, et ne quittant point les tribunaux :
« 11 n’y eut jamais un être plus heureux et plus digne d'envie qu'un juge; nul MST, UNIV, = T, If, 20
ces cordonniers qui croient présider au gouvernement ets’en vont fiers de leurs trois oboles , tandis que, jouets de ceux qui les mènent, ils perdent leur métier à pareil jeu. Parfois Aristophane s’en prend au peuple: avide , superstitieux , vindieatif; mais on le voittendre à faire considérer la elassemoyenne comme le noyau et la principale force de la société. L'influence politique de ces compositions était si grande que la première question que le roi de Perse adressa à des ambassadeurs grecs auxquels il donnait audience, eut pour objet de s'informer de cet Aristophane qui mettait la Grèce sens dessus dessous; il leur donne de si bons conseils, disait-il , que , si lesGrecs les eussentsuivis , leurs affaires auraient tourné plus heureusement.
Qu’il nous soit permis de nous arrêter encore sur ces comédies, qui révèlent une partie si intéressante de la civilisation athénienne. La politique d’Aristophane avait constamment la paix en vue. Dans la comédie à laquelle il donna précisément le titre de Za Paix, le pacifique Trygée monté sur un escarbot, comme Bellérophon sur Pégase, escalade l’Olympe et le trouve désert; car les dieux en avaient été chassés par la Guerre et le Fracas, qui broient une ville dans im mortier en se servant pour piton du général le plus fameux. La Paix est cachée au fond d’un puits, d’où les peuples de la Grèce travaillent à la tirer à l’aide de cordes.
Dans Lysistrata, toutes les femmes grecques se liguent contre les hommes dans une abstinence bizarre, jusqu’à ce qu’ils se soient décidés à faire la paix, et le rire est sans cesse excité par les embarras et les velléités des hommes séparés des femmes et
n'est plus courtisé ni plus redouté. D'abord, à peine quitté-je ma couchette, que j'ai déjà à ma porte les premiers, les plus grands personnages de la république : ils sont là à m’attendre, à me guetter. Je sors, et je. me sens doucement pressé par une main qui a dérobé les deniers de l’État. Le coupable se jette à mes pieds, et d’une voix lamentable : Pilié, s’écrie-t-il, pitié, mon père! je l'en conjure par des larcins que tu as pu faire toi-méme dans l'exercice des charges publiques ou dans l'approvisionnement des troupes. Je vais n'’asseoir au tribunal ; je me délecte à écouter le concert de tant de voix implorant miséricorde. De tous côtés les plaintes des accusés se font entendre. Quelles caresses ne faiton pas alors au juge? l’un gémit, l’autre pleure ; celui-ci raconte des historiettes, celui-là des fables; cet autre profère un bon mot pour me faire sourire et m'apaiser, Si tout cela ne suffit pas, la famille s’avance, et l’accusé aussi, conduisant par la main ses enfants, filles et garçons. J'écoute ; ils s’inclinent et se mettent à béler tous ensemble : le père tout tremblant me conjure comme un dieu d'être clément et de l’absoudre, par pitié pour eux : Aimes-{u La voix d’un agneau? sois sensible à celle de ce bambin, Aimes-tu les petites truies ? laisse-toi toucher par la voix de ma fille. Alors notre humeur se radoucit ur peu, N'est-ce donc pas là régner? »
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repoussés par elles ; mais les détails sont plus que libres, et la pudeur frémit en songeant que la représentation allait jusqu’à la dernière obscénité (1).
Les Acharniens sont dirigés contre ces petits-maîtres de race nobie qui soupiraient après la guerre pour faire parade de leurs armes, de leurs boucliers, de leurs panaches, sans songer au préjudice qui en résultait pour les artisans. Dicéopole (nom qui indique la partie la plus honnête de la cité) s’écrie : « Que de choses « affligent mon cœur ! qu’il en est peu pour le réjouir !.. Ils vont « se réunir ici pour délibérer ; mais personne ne songe à recher- « cher la paix. O cité! j'arrive toujours le premier à Pagora , et « je m’assieds ; mais, comme je me trouve seul, je gémis, je doute, « j'écris, je pense, j'hésite, je me ronge par amour de la paix. Je « regarde la campagne, je hais la ville et je regrette mon village. « Là, du moins, personne ne me dit : Va acheter du charbon, du « vinaigre, de l’huile ; loin delà, ce mot acheter y est inconnu. Me « voilà venu ici, tout prêt à crier, à faire vacarme , à insulter les « orateurs, s’il en est quelqu'un pour parler d’autre chose que de « la paix. »
L'assemblée se réunit; Amphitée, qui propose de faire Ia paix avec les Spartiates, est chassé, malgré tout le courroux de Dicéopole. Arrivent ensuite les ambassadeurs , de retour de leur mission en Perse ; ils racontent force balivernes et des merveilles sans nombre, le tout au grand dépit de Dicéopole, qui voit les deniers publics livrés au pillage. Il conclut alors à lui seul la paix avec les Lacédémoniens, d’où il résulte que la tranquille enceinte de sa maison contraste avec le tumulte dont retentit le reste du pays. Les marchands accourent pour vendre, et lui ne songe qu’à prendre du bon temps, tandis que le général Lamachus, son voisin, tempête et se donne beaucoup de tourments pour le combat. D'un côté sont donc des préparatifs de guerre, de l’autre les apprêts d’un banquet ; ici l’on est en quête de lances, à de broches; ici l’on orne un cimier de plumes, Rà ‘on les arrache aux grives : enfin, Lamachus rentre chez lui blessé et boiteux ; Dicéopole revient en pointe de vin, soutenu par deux fringantes jeunes filles. Dans les Harangueuses , le poëte prend pour sujet de ses railleries les utopistes et les saint-simoniens d'alors ; il met en scène des femmes qui, travesties en hommes , veulent faire adopter une
(1) Myrrhine prépare le lit pour elle et pour Cinésias ; elle se déshabille et il se couche près d’elle en lui disant : Karädxetso... Voy. Lysistrata, vs. 837-951, et le chant äü Gtiuur qui vient ensuite, Cette scène et ce chœur laissent trop à réfléchir sur la dépravation d'un peuple qui supportait un pareil spectacle.
constitution nouveile, fondée sur la communauté des biens et des femmes. La manière plaisante dont elles contrefont les assemblées démocratiques, la confusion qui naît du mélange des propriétés et des amours, fournissent des tableaux aussi piquants qu’instructifs.
Dans les Muées, il critique l’éducation molle et bavarde, la manie de tout apprendre et de discuter sur tout. Afin de personnifier le vice des novateurs, il prit pour type Socrate, à ses yeux le plus grand des sophistes (1), et coupable d’avoir voulu changer la morale et le culte : faute capitale pour le poëte citoyen, qui les considérait comme la base essentielle des institutions et des coutumes. Aristophane le tourne en ridicule en lui prêtant d’étranges explications des mythes, en lui faisant adorer les nuages et les brouillards, tandis qu’il montre dans le grossier mais naturel Strepsiade combien les croyances populaires profitent aux mœurs et concourent au bien de la république. Ce Strepsiade s'étant ruiné pour subvenir au faste de son fils, imagine des expédients qui puissent le dispenser de payer ses créanciers, et envoie son fils à Socrate afin d’en apprendre de sa bouche; Socrate alors lui donne des leçons de mauvaise foi, d’extravagance, d’impiété, et le fils, devenu plus habile que le père , lui démontre par des arguments qu’il a raison d’être libertin (2).
La persécution dont Socrate fut l’objet laisse peser sur Aristophane la tache de l'avoir provoquée. Les Nuées, dans lesquelles le sage est livré à la risée publique, furent représentées vingt-trois ans avant sa condamnation ; on ne saurait donc dire qu’Aristophane y ait contribué directement, et moins encore qu’il s’entendit avec les ennemis de Socrate. Qui pourrait nier cependant que cette comédie n’ait contribué à la perte du philosophe? Grande leçon pour ceux qui lançent au hasard les traits de la plaisanterie, sans pouvoir calculer leur portée ni la profondeur de la blessure qu’ils
feront. Socrate, en venant substituer aux divinités reconnues une Providence révélée dans la nature par les causes finales, et dans l’homme par la voix intime de la conscience qui dispense d’avoir recours à l'intermédiaire de la religion, devait s’attirer l’inimitié
(1) Que ceux qui s’étonnent qu’Aristophane ait pris pour un sophiste Socrate, qui combattait les sophistes, veuillent bien se rappeler ces paroles de Rousseau : « Si cette mort facile n'eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son « esprit, fut autre chose qu’un sophiste, »
(2) Aristophane lui-même l'appelle comédie excellente, cwpotérn, et, pour son seoliaste, elle est la plus belle et la plus ingénieuse : To Gpäux voùro the ane
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des prêtres (1). Puisque l'État reposait sur le paganisme, Socrate, en combattant ce dernier, démolissait l’autre, et se rendait coupable envers l’État, Convaincu de la sublime vocation des lettres, Aristophane, qui se considérait comme préposé à la garde et à la défense de la société, et qui poursuivait de l’arme terrible du ridicule quiconque lui paraissait s’opposer aux intérêts de la patrie et à l’ordre établi, dut élever la voix contre ceux qui chassaient du ciel les dieux, pour mettre à leur place des étoiles et des planètes. Dédaignant de s’attaquer à la foule, il s’en prit au plus grand de ces novateurs, à Socrate, et les Vuces durent le dénoncer au public comme un rêveur dangereux, un citoyen suspect, digne d’être mis en jugement, ainsi que jadis Anaxagore et Prodicus. A coup sûr, cette comédie ne l’accusa pas directement; mais l’impression qu’elle causa fut de longue durée, car Socrate crut devoir en parler dans son Apologie.
« On vous a donné à entendre qu’un certain Socrate, un phi- « losophe, se mélait de ce qui se passe dans le ciel et sous terre. « À les entendre, on dirait que ceux qui s’occupent de telles re- « cherches ne croient pas qu’il y ait des dieux... Et ce qu’il y a « de plus bizarre, c’est qu’il ne m’est pas permis de connaître ni de «nommer mes accusateurs, à l’exception d’un faiseur de comé- « dies.. Telle est l'accusation, et c’est ce que vous avez vu dans la « comédie d’Aristophane. »
L'effet de cette pièce fut donc aussi durable que sinistre, et Aristophane , qui respectait certainement le caractère moral de Socrate, qui même était l’ami de son plus grand disciple, dut regretter cruellement de lui avoir distillé sa part de ciguë.
Cette esquisse aride aura déjà fait comprendre combien les machines et les décorations avaient de part à de semblables représentations. Le poëte lui-même y puise parfois un sujet de plaisanterie; ainsi Trygée, traversant la scène sur un escarbot, se tourne vers le machiniste pour lui recommander de veiller à ne pas le laisser se rompre le cou. Ce sont les Nuées (2),
qui, dans la pièce de;ce nom, composent le chœur. Dans les Oi-
(1) Voy. les Nouveaux Fragments de M. Cousin, 1819, etles arguments de l’Apologie et du Phédon, tome 1° de la trad. de PLAaTon, 1822.
(2) Les Nuées paraissaient dans l'air au fond de la scène, sous forme de femmes avec des masques aux nez énormes, et leur corps se terminait comme en flocons de laine, px nentauévæ, Le scoliaste nous apprend que, pour imiter le tonnerre, on agitait des pierres et des morceaux de fer dans un grand vase de bronze appelé Boovretov.
seaux et dans les Grenouilles, les animaux chantent sur le théâtre : conception aussi éloignée des idées de notre scène que de pareils sujets de comédie ; mais ces comédies, pleines d’originalité, étaient d’une influence sinon directe, du moins très-grande sur la vie publique.
Nous ne pouvons goûter toutes les finesses d’Aristophane , parce que le propre de la comédie est d’être remplie d’allusions qui ne trouvent leur explication complète que dans les détails des mœurs au milieu desquelles elle se produit. Mais Platon l’adanirait tellement qu’il en fit un des interlocuteurs de son Banquet; il envoya même ses comédies à Denys le Tyran, qui désirait connaître le gouvernement d'Athènes; c’était sa lecture favorite , et il les avait sur son lit quand il mourut. Saint Jean Chrysostome faisait aussi une étude particulière de ses compositions, où tant de verve s’unit au plus pur atticisme (1).
Celui qui voudrait réduire Aristophane à une appréciation générale trouverait que, dans toutes ses comédies, il met en opposition les mœurs dégénérées de son temps avec l’énergie antique, les arguties immorales des sophistes avec la rectitude du sens commun, le vain bruit des paroles et des phrases à effet avec la simplicité de la véritable poésie; mais, lorsqu’à la lecture de cette satire immortelle, nous rions des Athéniens, nous nous sentons aussi pris d’admiration pour un peuple qui n’a pas encore eu son pareil, dont la frivolité s’exerçait dans les affaires les plus importantes et dans les questions compliquées de la politique ; qui, par oisiveté, par passe-temps, siégeait comme juge , argumentait sur la philosophie, se plaisait àcontempler les chefs-d’œuvre de Part ; pour qui les discussions sur le mérite dramatique d’Eschyle et d’Euripide, sur la science politique de Cléon, sur la doctrine de Socrate, étaient une récréation, et qui enfin saisissait en riant des allusions et des traits dont la finesse échapperait à toute intelligence non cultivée par l’étude et la réflexion.
I ne faut pas demander si les allusions et les personnalités suscitèrent des ennemis aux auteurs de comédies : Cléon cita Aris-
(1) Le jugement des critiques est presque unanime sur Aristophane. Quintilien dit: Antigua comædia sinceram illam sermonis altici gratiam prope sola retinet (Instit. Orat., lib, X, 1). Alde Manuce, dans l'édition faite à Venise en 1498, ne cesse de le vanter. Madame Dacier disait : « Que l'on ait étudié tout ce qui nous reste de l’ancienne Grèce , si l’on n’a point lu Aristophane, on ne connaît pas encore tous les charmes et toutes les beautés du grec. » Au sujet des Nuées, elle s’écriait qu'après les avoir traduites et lues deux cents fois, elle ne pouvait encore s’en rassasier,
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tophane en justice sous l’accusation d’avoir rendu les Athéniens ridicules aux yeux des étrangers venus pour assister aux jeux ; ‘‘: cibiade, qui commandait la flotte de l’Hellespont, fit noyer k. polis qui l’avait satirisé. Une aussi grande liberté ne pouvait durer lorsque celle d’Athènes eut succombé ; les trente tyrans surent bien l’étouffer, en recevant les plaintes de quiconque se croyait blessé par les plaisanteries de la scène.
La représentation de la vie politique fut dès lors interdite à la comédie, qui se vit réduite à la vie privée. Le chœur perdit sa signification,et le théâtre , au lieu d’être désormais une solennité publique, devint un divertissement particulier. La comédie appelée moyenne fut une transaction entre l’ancienne liberté et l’esclavage absolu, et l'originalité disparut au milieu des conventions : on ne nomma plus les personnes, mais on y fit allusion ; l’obscénité y triompha, mais on prétendit y remédier en mettant dans la bouche des acteurs des sentences morales étrangères à l’action (1). Antiphane, l’un des premiers auteurs ence genre, s’apercevant qu’Alexandre ne s'était pas assez amusé à l’une de ses pièces, lui dit qu’il fallait, pour la goûter, avoir assisté plusieurs fois à quelqu'un de ces banquets où chacun conduit sa compagne.
Chez un peuple à l’esprit vif, riche de caractères originaux, prompt à saisir le côté ridicule et à tourner en plaisanterie les choses les plus sérieuses, la comédie ne pouvait disparaître instantanément ; mais le coup mortel était porté, et dès lors l’action dramatique cessa d’être envisagée sous son aspect le plus élevé; la poésie, la philosophie, la politique, ne vinrent plus contraster avec les choses communes et positives. Alors m ême que la liberté fut rendue à Athènes, le théâtre ne put remonter à son ancienne hauteur ; mais on vit naître la comédie nouvelle, qui s’occupa de combinaisons et de passions à l’usage de la tragédie, et se nourrit d’abstractions philosophiques comme la comédie moderne. Cette transformation fut-elle un progrès, ainsi que le prétendent les faiseurs de préceptes? c’est ce dont peuvent
(1) Le Plutus appartient à ce genre ; Aristophane y censure un vice de tous les temps et de tous les pays, l’avarice, si commune dans Athènes, où il n’était pas d’iniquités qu’elle ne fit commettre, jusqu’à pousser au métier d'espion. Le vieux Chrémyle envisage les choses sous l’aspect le plus vulgaire, et pour lui les plaisirs et les richesses sont la récompense de la vertu. La pauvreté lui démontre au contraire que la première condition de la société humaine est l’inégale répartition des biens. La Grèce était jadis illustre, et pourtant elle était pauvre. Il faut même dire que Jupiter lui-même est pauvre ; car on ne donne aux jeux Olympiques d’autre prix qu’une branche d’olivier, quand les hommes sont aujourd’hui si prodigues de couronnes d’or,
Comédie moyenne.
Comédie nouvelle,
juger ceux qui observent la littérature du point de vue social.
Un théâtre en plein air convenait pour la représentation des faits politiques ; maisiln’était plusenrapportavecles actions privées dont la plupart se passaient sur une place publique. Les mœurs mises en scène ne permettaient pas aux jeunes filles ou aux femmes honnêtes de s’y montrer; on évitait même d’en introduire dans les pièces, et parfois la comédie roulait entièrement sur uneintrigue amoureuse avec une jeune personne qui ne paraissait jamais. La scène ne pouvait non plus emprunter de la vivacité, ni au contraste de Péducation et des rangs qui disparaissent dans une république d’égaux, nià l’amour délicat, ce sentiment n'ayant que deux phases, la volupté et le mariage. Un engagement de cœur, avec une esclave ou avec uneétrangère, autorisé par la loi, et qui amène la reconnaissance de l’amante comme citoyenne athénienne, ce qui permet de l’épouser, voilà le sujetle plus habituel des comédies de cette époque ; les caractèresles plus généralement reproduits sont de même un père avare, une mère grondeuse, fière de la dot qu’elle a apportée dans la maison, un fils prodigue, sa bien-aimée coquette et rusée , un valet fripon qui s'entend avec son jeune maître : les personnages inévitables sont le parasite, le trouble-ménage, quelque fanfa-ron revenu de guerres lointaines, une entremetteuse et un marchand d’esclaves,
Ménandre fut le plus célèbre en ce genre de comédies , et nous sommes à même de le connaître par les traductions et les imitations de Térence et de Plaute (4); car ses suvrages sont perdus comme tous ceux , en nombre immense, des autres poëtes dramatiques grecs dont la fécondité n’est comparable qu’à celle des Espagnols. On dit en effet que Diphile composa quatre-vingt-dixsept comédies, Apollodore cent neuf, et Antiphon trois cent soixante. Il est à regretter qu’il en soit parvenu si peu , car elles
(1) Quelque petit que soit le nombre des comédies antiques parvenues jusqu’à nous, elles n’ont pas moins été une mine qu'ont exploitée tous les écrivains postérieurs. Le Médecin malgré lui de Molière est l’Agoracrite des ‘Innets d’Aristophane, politique à contre-cœur. Le Strepsiade du même auteur a donné naissance au Bourgeois gentilhomme. Racine a imité les Guépes dans ses Plaideurs. Les écrivains dramatiques ont surtout puisé dans Plaute. Sans faire mention de ceux du seizième siècle, qui presque tous ont emprunté leurs intrigues au comique romain, nous ne citerons ici que les principaux. L. Dolce a imité l’'Amphitryon, de même que Dryden en anglais, Rotrou et Molière en français ; ce dernier a pris le sujet de l’Avare dans l’Aulularia, et Népomucène en a tiré Plaute ou la Comédie latine. Le Trissin a transporté dans les Simillimi les Ménechmes, que Shakspeare, Rotrou et Regnard ont anssi imités, Larivey a traduit la Mostellasia dans les Esprits. Les Caplifs de Rotrou sont tirés de ceux de Plaute. Les Folies amoureuses de Regnard et le Mariage de Figaro
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L'histoire primitive des Grecs n’a été conservée que sous la forme mythologique , ce qui rend difficile et toujours hypothétique la découverte de la vérité. L'histoire véritable, rédigée par des logographes qui voyagent et font le récit de ce qu'ils ont vu, prend d’abord naissance dans l’Ionie avec la prose. Hécatée de Milet (1), plus hardique tout autre, retraça dans son Tour de la terre, Teplod0ç Yñs, tous les pays alors connus avec une grande simplicité et beaucoup de hardiesse, osant attaquer la théogonie d'Hésiode et traiter de ridicules les traditions des Grecs. Charon de Lampsaque écrivit de même l’histoire de la Perse et celle de la Crète ; Xanthus, celle de Lydie ; Hippias de Rhégium, celle de la Sicile. Voici ce que Denys d’'Halicarnasse dit des historiens d’alors : « Les uns ra- « contaient les histoires des Grecs, les autres celles des barbares, « sans les mettre en harmonie ; ils fractionnaient l’histoire par cités « et par nations. Leur unique but était de faire connaître les écrits « et les manuscrits conservés dans chaque pays, soit dans les tem- « ples, soit en d’autres lieux publics, tels qu’ils se trouvaient, « sans ajouter ou retrancher rien aux fables qu’ils c ontenaient, et « rapportant des événements que nous jugerions puérils au- « jourd’hui. » Hérodote le premier éleva la chronique jusqu’à l'histoire.
Quandles hauts faits héroïques devinrent plus rares, etquel’usage de Pécriture se fut répandu, la matière manqua aux grands poëmes en même temps que le secours des vers fut moins nécessaire à la mémoire. La Grèce avait été cependant habituée par les poëtes à l’unité intéressante de l’épopée et au merveilleux, de sorte qu’'Hérodote dut chercher à lui offrir un aliment d’unenature à peu
près semblable. Les peuples pour lesquels il écrivait, encore en.
bas âge, au sein d’une jeune civilisation, étaient dominés par ce sentiment personnel qui fait que les enfants s’occupent uniquement d’eux, jalousant leurs compagnons et s’amusant de jouets
de Beaumarchais rappellent la Casina de Plaute, de même que la Clizia de Machiavel. Une scène du Curculion est reproduite parmi les premières du Barbier de Séville. L'Epidicus et les Bacchides du poëte latin ont donné naissance au Mariage interrompu de Cailhava. Corneille a copié le Miles gloriosus dans le caractère du matamore de l’IZZusion, et tous les tranche-montagne du monde ont été taillés sur le même modèle, etc.
(1) PausaniAs, Lacon., I, 3. — Démérrius, de Eloc., II. — S. E. CREUZER, L'art historique parmi les Grecs, considéré dans son origine et dans sa formation, 1803 (allem.).
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Hérodote.
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