‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 84 sur 146 · il pou · texte numérisé non relu

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väit citer ses faits et gestes avec nn noble orgueil ; et ce qui lui donnait surtout un air de patriotique générosité, c'était sa constance à appeler ses concitoyens aux afmes , à voulôir faire revivre les temps où la Grèce se levait comme un seul homme contre les éppresseurs, où de grands citoyens concouraîent à des actes dont la gloire se réfléchissait encore sur leur postérité dégénérée. Eschine, plusfroid, sans être corrompu peut-être, reconhaissait que cestemps étaient désormais finiset qu’ils ne pouvaient plus renaître ; il croyait que les moyens conciliants et les traités réussiraient mieux que la violence avec la Macédoine; or les calculs de la prudence ne pouvaient guère lui donner cette impétuosité que son rival empruntait à l’héroïsme. Désireux surtout de montrer que sa politique est la seule vraiment opportune , il le prouve en afirmant qu’il n’y a pas de république possible là où manqué la moralité.

Au tenips de ces deux grands hommes, une élocution facilé ne suffisait pas à l’orateur ; il devait posséder toutes les qualités d’un publiciste, qui, de nos jours, devraient être le partage des membres des chambres : connaîtré la statistique , là politique, les finances, l’administration, le droit, non par théorie seulement, mais aussi par pratique. Or il apparaît Bien, par les discours d’Eschine, qu'il avait médité à fond sur l’éssence des États, et était créé l’idée d’un gouvernement, Quoiqu'il juge mal de l'aristocratie et de la monarchie, institutions étrangères à $a patrie, il envisage la démocratie sous son véritable aspect. Il né réconnaît que trois formes dé gouvernement : l’autotité d’un seul, du petit nombre ou de tous; mais chacun de ces gouvernements, dit-il, tire ses lois de sources différentes. Dans la royauté et loligarchie , elles naissent de la volonté variable des gouvernants; dans les démocraties, si l’on ne veut se précipiter dans un mouvement incessant, il faut que l’État soit dirigé par un principe iñmuable. Eschine fut vaincu par Démosthène; mais il paraît qu’il ne réconhut d’autre supériorité chez son adversaire que celle du débit où de action. Démosthène s’y était formé sous la direction de deux acteurs habiles, et il ÿ attachait tant d'importance qu’interrogé sur la premiière qualité d’un ordteut, il répondit : L'action. — Et la seconde? — L'action. — Et la troisième? — Encore l’action. IL avait dans sa iaïson un grand miroir, devant lequel il s’exerçait au geste êt à la déclamation. Un citoÿen qui disait dvoir reçu des coups lui exposait froidement le cas et réclamait son assistance : Z{ n’est pas vrai que tu aies été frappé! dit-il. Comment ! reprit l’autre en élevant la voix, comment! jé n'ai pas été frngÿpé? Et Démosthène :

Hypéride et émade.

À la bonne heure ! j'entends maintenant la voix d'un homme qui a reçu un outrage.

Il s’exprimait avec une extrême chaleur, surtout dans ses discours improvisés, que les anciens nous donnent comme les plus francs et les plus hardis. Ils ajoutent toutefois que, s’il avait plus d’art, plus d’étude et de vigueurique Cimon, Périclès et Thucydide, il n’égalait pas la conyeuance et la gravité de leur parole.

A peine pouvons-nous nommer après eux Hypéride et Démade : le premier, ennemi irréconciliable des Macédoniens avant et depuis Alexandre, répondait à quelqu'un qui lui vantait la bonté d’Antipater : Soit ! mais nous ne voulons pas de maîtres, ni bons ni mauvais. Antipater lui fit couper la langue. Démade , au contraire, vendait souvent son éloquence pour satisfaire magnifiquement sa gourmandise ; ilsut pourtant, au besoin, apaiser Alexandre irrité contre les autres orateurs. Lorsqu’après la victoire de Chéronée Philippe lui demanda : Qu'est devenue maintenant la grande valeur des Athéniens? — Tu l'en serais aperçu, lui répondit-il, si Charès eût commandé les Macédoniens et Philippe les Athéniens. Comme ceux-ci se refusaient à l’apothéose d’Alexandre, il leur dit : Prenez garde qu'en gardant si jalousement le ciel, vous ne perdiez la terre. Quandil apprit la mort d'Alexandre, il s’écria que la puissance macédonienne ressemblait au corps du cyclope ayant perdu son œil. Il disait aussi : La pudeur est la ciladelle de la beauté. Théophraste, à qui l’on demandait ce qu’il

pensait de Démosthène, répondit : I! est digne de sa ville, — Et

Démade? — 1! est supérieur à sa ville. Qu'il y avait de passion dans ce jugement !

L’éloquence commença donc dans Athènes avec Périclès, et finit avec Démosthène. Entre ces deux grands orateurs, il y eut beaucoup de rhéteurs et de sophistes, qui peuvent fournir sans doute beaucoup de renseignements , mais qui n’ajoutèrent rien au trésor de la science ni à la gloire de l'humanité.

Une langue aux racines abondantes, aux construs ons libres et variées, riche en conjonctions , en flexions grammaticales , en mots composés, claire et souple dans l’expression des idées les plus délicates, la plus belle et la plus harmonieuse que les hommes aient parlée , seconda puissamment l’essor de l’imagination et de la raison. Elle fut d’abord en usage dans la Thessalie et la Phthiotide , avant de donner naissance aux dialectes éolien et ionien : le premier tenait de la rudesse de la race agricole et chasseresse d’où sortirent les Grecs ; tandis que l’autre, adopté par une population industrieuse et commerçante, devint harmo-

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Démade :

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nieux et poli, et, dans la bouche des Athéniens, finit par l’emporter sur les autres (1). Le dialecte dorien, dur, sévère et propre aux sujets graves, était parlé dans le Péloponèse et par les peuples d’origine dorienne.

Ces dialectes sont tous employés et mélangés dans Homère; mais nous ne croyons pas qu'il ait emprunté par calcul un mot, une phrase, tantôt dans un pays, tantôt dans un autre. Ceux qui le comparent à Dante prenant, disent-ils, le beau langage vulgaire où il le trouvait, nous paraissent dans l’erreur ; on ne fait rien de remarquable en cousant ainsi des fragments épars. Homère écrivit dans la langue commune aux poëtes de son temps , et dont une partie vieillit, une autre resta en usage parmi les Éoliens , une autre parmi les habitants de l’Attique et chez les Doriens; c’est ainsi qu’on trouve employés journellement, dans les différents dialectesitaliens , des mots et des tours de phrases des premiers Toscans dont on ne se sert plus à Florence et que rejettent les bons écrivains.

La division entre les peuples enfanta donc et accrut la séparation entreles dialectes sortis d’une langue commune; mais, tardis que les nations policées ne cultivent généralement qu’un seul dialecte qui devient la langue écrite, comme le castillan en Espagne, le parisien en France, le florentin en Italie, en Grèce les divers écrivains donnèrent la préférence, tantôt à l’un , tantôt à l’autre, soit parce que c'était celui de leur pays natal , soit parce qu’ils le jugèrent plus convenable à leur sujet. Alcée, Sapho, Corinne, adoptèrent l’éolien ainsi qu’Hésiode ; Hérodote et Hippocrate, l’ionien ; Thucydide, les poëtes tragiques et les premiers comiques écrivirent dans l’ancien langage de l’Attique ; les derniers comiques et Platon écrivirent dans le nouveau. Pindare , quoiqu’il fût Eolien , fit usage du dorien, de même que Pythagore et Théocrite. La prééminence qui passait d’une ville à l’autre , les jalousies entre les divers États, la nécessité pour les orateurs de parler la langue

(1) On sait qu’une marchande de légumes reconnut à la prononciation de Théophraste qu'il était étranger, et pourtant il avait passé toute sa vie à Athènes, étudiant la manière de parler la plus élégante. On raconte encore d’autres traits du sens délicat des Athéniens. Le comédien Hégélochus excita un rire universel lorsque, dans l’Oreste d’Euripide, il prononça ces mots : "Ex xupätov yao aù ya}ñv 6p&, je vois un chat, au lieu de yalnv’ 6p@, je vois renaître le calme : où y&p, dit le scoliaste sur ce passage, pldouvraduehetv tv ouvalorpav, émuhelbavros Toù nvebpa- 70%, TOÏs axpowÉvOLs Thv yaXñv Doëor Aéyerv Td Ewov, &ANoûyt Ta yaknvé. Suidas, au mot ep, raconte que le peuple d’Athènes refusa l'argent que lui offrait un orateur, en disant : éyà üuiv ave®, et ne l’accepta que lorsqu'il se fut corrigé en disant : daveiouw dptv.

Différences des arts orientaux,

du peuple, entretenaient ces distinctions ; mais il faut dire que des motifs imperceptibles pour nous déterminèrent un goût très-délicat à faire choix de tel dialecte plutôt que de tel autre , selon la Giverse nature des compositions. |

Les Grecs avaient reçu l'alphabet des Pélasges , et l’on gardait le souvenir d'inscriptions añtérieures à Cadmus (1). Peut-être celui:ci ne fit-il qu’enséignér l’usagé du papyrus; car avant lui on écrivait seulement sut le bois, sur le marbre et sut les métaux; ce qui fit dire qu’il avait apporté en Grèce les caractères phéniciens. Dans tous les cas, on y ajouta d’abord lés quatre voyelles, puis l’Y que l’on attribue à Pythagore, ensuite le Z, l'H et le@ au temps de l4 guerre de Troie; enfin Sionide compléta l’alphabet en y faisant entrer le €, le Yet l'Q.

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