CHAPITRE XXII
Il est clair maintenant qu’ils sont dans une grande erreur ceux qui ne reconnaissent aux Grecs que le mérite du beau dans les arts, puisqu'il est certain qu’ils firent prendre à la philosophie non moins qu'aux’ autres sciences un vol très-élevé, en les évoquant du mystère à la liberté. Nous sommes donc, pour notre part, trèséloigné de souscrire à cettesentence absolue de Bacon, queles Grecs, semblables à des enfants, savaient babiller, mais non créer (1).
La médecine se réduisait à un pur empirisme en Égypte et dans l'Orient ; elle était, ainsi que toute science, le partage exclusif des prêtres, ou bien certaines familles se transmettaient héréditairement les observations, les vertus des plantes et les trésors de l'expérience, les couvrant d’un secret jaloux, comme une source d’honneurs et de gain. Des observations d’un grand intérêt sur la puissance salutaire de [a nature et sur l'efficacité de certains médicaments, purent se multiplier dans les temples, d’autant plus que l’imagination des malades et les habitudes d’une vie simple rendaient les forces naturelles plus actives; c’est de là que nous vinrent les observations les plus anciennes et les plus exactes sur les affections morbides et sur certains remèdes révélés par le hasard ou par l'instinct (2). En Égypte, les règles de la science curative, obligatoires pour les médecins , étaient inscrites dans l’'Embros, ou science de la causalité, dont on disait auteur Thoth ou Mercure Trismégiste, et son dieu Esmoun. Croira qui voudra, avec Hérodote et Diodore de Sicile, que tout Égyptien fut tenu,
(1) Erat sapientia Græcorum professoria et in disputatione effusa ; quod genus inquisilionis verilati adversissimum est. et certe Græci habent id quod puerorum est, ut ad garriendum prompli sint, generare autem non possint ; nam verbosa videtur sapientia eorum, el operum slerilis. Novum Organum, aplior. LXXI.
(2) Quelques progrès que la médecine ait faits, et bien qu’elle soit devenue réellement une science, les vérités fondamentales trouvées par elle à priori, s’il en est, sont en bien petit nombre. Elle a dû au hasard la découverte du quinquina, de l’ellébore, du mercure, etc. Nous avons mentionné aussi instinct, car on sait, par exemple, que ceux qui sont atteints de fièvre putride éprouvent une vive appétence pour les acides, que les harengs flattent les leucorrhéiques, que la dyssenterie est caractérisée par un goût prononcé pour le raisin, etc., etc, Voy. SPnenGeL, Beyträoe zur Geschichte der Medicin.
Seicnce médicale.
une fois par mois, de se purger trois jours durant ; nous aimons
ieux rappeler ici l'éloge que l’on a fait de la sobriété de ce peuple. Nous avons signalé les connaissances étendues de Moïse dans la médecine (1) ; mais la plupart des maladies rappelées dans l'Écriture sainte , châtiments de Dieu, sont guéries par des miracles.
Les prêtres hébreux s’occupaient du traitement de la lèpre, maladie infamante, ce qui les rendait les arbitres du sort des familles. Les samanéens indiens se divisaient en chirurgiens et en médecins, dont les remèdes les plus ordinaires étaient des onguents et des cataplasmes, aidés de formules et de pratiques magiques. Les Babyloniens plaçaient les malades hors de la maison ; chaque passant leur indiquait quelque chose à prendre, et tous ne mouraient pas. Les gymnosophistes, au dire de Strabon, pos: sédaient d'excellentes recettes pour faire avoir des enfants du sexe que l’on désirait, et ils trouvaient des gens pour les croire. Les druides étaient aussi médecins chez les Gaulois , et faisaient un usage particulier de la glu et de la sabine, employant l’une contre la stérilité et les poisons, l’autre comme panacée; la cure leur était payée d’avance en offrandes et en victimes, souvent en victimes humaines. Un médecin était entretenu à la cour de Perse; mais il ne savait pas même réduire une luxation, et, sous Darius fils d’Hystaspe, on fit venir de Grèce Démocède, de l’école de Crotone ; sous Xerxès, Apollonide de Cos ; sous Artaxerce IL, Ctésias de Gnide.
Les héros grecs joignaient à leurs autres mérites des connaissances médicales. Sans parler de Thétis qui, pour guérir son fils de ses noires vapeurs, lui conseille de voir des femmes, bien que ses vapeurs soient occasionnées par desfemmes, nous savons que Chiron enseigna les vertus des simples à plusieurs d’entre eux, qui pansaient les blessures en se disant fils d’Apollon ou d’Esculape ; mais ils rendaient la santé surtout en apaisant par des purifications, des hymnes ou des formules magiques, les dieux leurs ancêtres , dont la colère produisait les maladies. I transmirent leurs connaissances à leurs familles , qui les en ent con: un héritage précieux et privilégié. Les € *:7. 4e r’hénicie, réputés comme médecins, durent y apporter leurs pratiques curatives avec lesmystères qu’ils instituèrent, et les Curètes durent faire de même dans la Phrygie. La fable d’Eurydice rappelée des enfers indique peut-être l’habileté médicale d’Orphée, et les ta-
Qi Voy. liv. JF, page 408.
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blettes orphiques, couvertes de signes magiques, furent, durant un certain temps, appliquées sur les malades par ses disciples.
Le plus célèbre des élèves de Chiron fut Esculape (’Acxknmss ), contemporain des Argonautes : il ressuscita tant de morts que Pluton s’en plaignit à Jupiter, dont la foudre l’anéantit. Il fut ensuite déifié, et des temples s’élevèrent en son honneur, surtout dans le Péloponèse; il est à croire qu'ils étaient situés dans des lieux salubres et près de sources minérales, où les malades veraient, pleins de foi dans les oracles et dans les purifications,, se ruécir sous l’inspection des prêtres; si la cure était suivie de succès, ils suspendaient, dans le sanctuaire, des tablettes votives, des inscriptions, de petites figures d'ivoire (1). La doctrine d’Esculape se perpétua chez ses descendants, et les Asclépiades de Cnide (2), ayant acquis une grande réputation , for-
(1) Plusieurs inscriptions eucharistiques à Escalape, trouvées dans l'ile du Tibre, ont été publiées par Gnruter, dans son Thesaurus, et commentées par HunperTmarck, de Incrementis artis medicxæ per exposilionem ægrotorum in vias publicas et templa; Leïipzick, 1749. En voici quelques-unes :
« Ces jours-ci, l’oracle conseilla à un certain Caïus, aveugle, d'aller à l'autel « sacré et de prier, puis de traverser le temple de droite à gauche, de mettre ses cinq doigts sur l'autel, de lever la main et de l'appliquer sur ses yeux, et il « recouvra aussitôt la vue, aux grands applaudissements du peuple, témoin de sa guérison, Ces prodiges arrivèrent sous le règne d’Antonin, notre auguste, » « Le dieu ordonna à Valérius Aper, soldat aveugle, d'aller mêler du sang de coq blanc avec du miel, d’en faire un liniment et de s’en frotter les yeux pendant trois jours; il recouvra la vue, et en remercia le dieu publiquement. »
« Julien étant dans un état désespéré par suite d'un crachement de sang, et abandonné de tous, le dieu lui ordonna d'aller prendre sur l'autel des graines de pin, de les mêler avec du miel, ct d'en manger trois jours, et il guérit ct vint publiquement rendre grâces devant le peuple. »
« Le dieu prescrivit à Lucius, pleurétique et condamné de tous les hommes , d’aller prendre de la cendre sur l’autel, de la mêler avec du vin, et de se l'appliquer sur le flane, et il guérit, et remercia le dieu publiquement, ct 1: peuple se félicila avec lui. »
Ces inseriptions sont d’une époque postérieure, mais nons donnent à présu ier que les cas de guérison, dans les anciens temples, étaient relatés à peu près de la même manière.
Voir aussi GAUTHIER, Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples chez les peuples de l'antiquité; Lyon, 1844.
(2) On attribue aux Asclépiades, descendants d’Esculape, un opuseule intitulé : "Acxdemtéèev dyreuv rapayyéiuat, contenant des préceptes pour la santé, en 21 vers qui ont été imprimés dans le Beyträge zur Geschichte der Literatur, du baron G. C. d’Aretin, t. IX. En voici le sens :
« Si tu veux, voici la table de la bonne santé : — Ne prends chaque jour qu’un seul repas. — Que le repas soit simple, et ne l'aime pas copieux. — Éloigne-toi des mats et des hoissons sans en être rassasié, et livre-toi à un exercice modéré.
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mèrent uné classe à part avec ses mystères et ses initiations. En un mot, la médecine, asservie aux superstitions , ou marchant en aveugle dans l'ornière de la routine, ne méritait pas le nom de science.
Pythagore doit occuper un rang distingué dans l’histoire de la médecine pour l'avoir débarrassée de la superstition et appelée à contribuer aux progrès de la législation et de l’art de gouverner. On lui fait honneur de découvertes physiologiques importantes , notamment sur la génération ; il observa que, durant le sommeil, le sang afflue avec plus d’abondance au cœur et à la tête. Alcméon de Crotone donna le premier une théorie du sommeil ; il fut aussi l’auteur du premier ouvrage spécial d'anatomie et de physiologie que l’histoire mentionne , ouvrage dans lequel il cherchait à expliquer les phénomènes par l’examen de la structure des parties du corps. Le grand Empédocle, « confident des dieux, devin auquel obéissaient la nature et la mort, » non content de guérir ses Agrigentins de leurs vices moraux, les garantit des épidémies occasionnées par le sirocco (vent de sud-est), en faisant clore une gorge qui lui donnait passage ; il assainit également Sélinunte en y amenant de l’eau de source à travers des marais insalubres.
D’autres pythagoriciens cultivèrent la médecine et cherchèrent à la retirer des mains des descendants d’Esculape, sans toutefois proscrire d’abord toutes les formules magiques et les invocations , par suite du système de modifications progressives adopté par eux; mais, quand on accuse l'école de Pythagore d’avoir introduit la doctrine des nombres dans la science médicale , et supposé que la nature avait de la prédilection pour certains chiffres et pour certaines manifestations périodiques, mérite-t-elle vraiment les railleries dont elle a été l’objet ? Nous savons les admirables applications que les pythagoriciens avaient faites de l’arithmétique à la géométrie , à la statique, à la mécanique, au point d'arriver aux éclatantes découvertes d'A rchimède et à calculer les
— Couche-toi pour dormir sur le côté droit, et qu’en hiver les boissons glacées te soient odienses. — Pique-toi la veine craniaque dans l'été, et plutôt la majeure dans les temps froids. — A la nouvelle lune, ne reste pas renfermé; mais, si tu es vieux, sbserve la pleine lune, et purge ton ventre. — N'aie la bouche ni brûlante ni amère ; si elle est sobre, elle n'aura ni sécheresse ni amertume, — Tiens dans l'hiver ton corps, ta tête, ta poitrine et tes pieds enveloppés et chauds, — Ne fais pas usage de fourrures quand le soleil est ardent, et encore moius du poil de chèvre, — Fuis toujours les demeures d'une odeur fétide, mais surtout dans la chaude saison. — De cette manière, et avec Paide de Dieu, tu éviteras les maladies, »
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vibrations des corps sonores. Ils l’étendirent, par la suite, aux sciences morales et à la médecine, mais comme une algèbre , un langage universel des sciences, une méthode de comparaison. Quelque mystère qui enveloppe encore la véritable science des nombres pythagoriques, on doit supposer que tel en était le sens, et telle l'application à l’art de guérir.
Rien, il est vrai, ne prouve à priori que la nature ait une préférence quelconque pour les nombres trois, sept ou quarante; mais l'expérience ne révèle-t-elle pas un certain ordre même dans ce qui semble le plus désordonné, etune certaine périodicité dans les mouvements vitaux, dans la formation et le développement des organes , dans la marche de leurs fonctions, dans les crises des maladies? Les faits recueillis par Hippocrate, Galien, Arétée et d'autres anciens, puis par leurs abréviateurs et continuateurs, semblèrent d’accord pour vérifier l’exactitude de la doctrine des nombres chez les anciens; parmi les modernes, Stahl embrasse cette doctrine, la fortifie, l’applique à l’histoire des phénomènes de la vie; Hoffman, bien que plus timide , s’en rapproche dans plusieurs de ses dissertations ; Boerhaave finit par lui rendre hommage, et Cabanis la respecte ; pour nous, qui sommes loin de ladopter, nous rappellerons seulement qu’il est très facile de tourner en ridicule un homme ou une doctrine, et que rien n’est plus opposé que l’histoire {à l'esprit de légèreté et de moquerie.
Quand l’association pythagoricienne fut dissoute, ses membres
se dispersèrent dans toute l'Italie et la Grèce, et les habitants de Crotone et de Cyrène furent en grande réputation comme médecins. Comme investigateurs libres, ils visitaient au lit le malade, qui n’était plus contraint de se faire apporter au temple; dégagés des idées superstitieuses, ils cherchaient les causes de la maladie dans la nature, et non dans la colère des dieux. Les Asclépiades de Cnide, n'ayant pu réussir à se délivrer de leur concurrence par la calomnie et les persécutions, durent, eux aussi, renoncer au mystère; ce fut alors qu’ils se mirent à pratiquer ouvertement les méthodes de traitement recueillies des tablettes votives, et réduites en aphorismes : cette forme proverbiale, nous la trouvons commune à d’antres sciences encore au berceau.
À ectte époque, Hérodieus ressuscitait la médecine gymnastique, invention d'Esculape , qui s’accordait avec le génie des Grecs en proposant comme remède les exercices du corps; c'était associer la médecine aux institutions publiques, comme les prêtres l’a-
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issu d’une famille d’Asclépiades qui, depuis dix-sept générations, exerçaient la médecine à Cos. Ayant abandonné sa caste, qui l’aurait asservi à la routine, il étudia etexerça dans d’autres lieux; mais il s'instruisit surtout auprès des périodeutes.
Doué de l'esprit d'invention et de ce bon sens qui plane audessus des opinions dominantes et devance les siècles, il saisit le premier le véritable aspect sous lequel la médecine devait être considérée , et la sépara de la philosophie des écoles ; aux observations faites dans les temples il joignit ses propres observations, et fut surtout vanté pour l'excellence de sa méthode dans le traitement des maladies aiguës. Celui qui le jugerait d’après l’état présent de la science pourrait se rire facilement d’un savant qui ne distinguait pas les veines des artères, connaissait peu le pouls, ignorait le jeu des muscles ainsi que l’importance du système nerveux, et avait à peine une notion des principaux organes renfermés dans les grandes cavités du corps; ce qui l’obligea, dans une aussi grande disette d’éléments physiologiques, à ne faire usage, dans l'exercice de la médecine, que de la synthèse expérimentale. Mais Hippocrate devient prodigieux quand on le considère relativement au temps où il vivait : il n’est pas de phénomène morbide qui lui échappe, quoiqu'il n’en scrute pas l’origine et ne cherche pas à les réunir tous pour en former des classes distinctes, qu’il s’égare même en de vaines rêveries lorsqu'il recherche les causes des symptômes. Il se vantait, comme de la plusutile de ses découvertes, d’avoir inventé l'hygiène : il part de l’état de l’homme en santé pour expliquer celui du malade; il étudie très-attentivement les phénomènes qui nous entourent, l’air, les eaux , les lieux, les épidémies, les influences des vents, devançant de deux mille ans Montesquieu, Bodin , Herder, Cabanis, et tous ceux qui affirment que l’homme doit tout au climat; moins blämable qu’eux en ce qu’il n'avait pas l’histoire pour le démentir (1). Il expose ses
(1) « Les Européens qui habitent les montagnes, les pays rudes, élevés, secs, où les saisons amènent de grands changements, sont naturellement de haute stature, laborieux, braves; ils ont dans leur caractère quelque chose d’agreste et de sauvage. Ceux qui habitent les vallées, les pays couverts de pâturages, tourmentés par des chaleurs étouffantes, plus exposés aux vents du midi que du nord, ceux-là sont petits, mal proportionnés, trapus ; ils ont les cheveux foncés, et sout moins flegmatiques que bilieux, sans pourtant manquer ni de force ni de courage, et ils pourraient acquérir l'un et l'autre si les institutions venaient en aide, Au reste, s’il y avait dans leur pays des fleuves qui entrainassent les eaux dormantes et celles de pluie, ils pourraient jouir d'une honne santé et avoir un beau teint, Si, au contraire, il n’y avait pas de fleuve, et s'ils buvaient des
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idées avec netteté et concision, sans faire usage de ces termes prétentieux dont quelques-uns hérissent la science; il se sert, au contraire, d’expressions simples et populaires. La maladie et la nature, toujours bonne et sage, luttent ensemble, et, selon que cède l'une ou l’autre, c’est le malaise , la santé ou la mort. La tâche du médecin n’est donc que de seconder, que d’aider la nature, qui est le médecin par excellence; pour cela, il doit observer attentivement les temps critiques.
Hippocrate voulait que les médecins fussent chastes, décents, discrets , aimables, reconnaissants; qu'ils secourussent gratuitement le pauvre, et crussent que les choses humaines sont dans la main de la Divinité. La peste s’étant déclarée dans les provinces perses, le grand roi envoie vers Hippocrate, auquel fait offrir honneurs et trésors s’il consent à donner ses soins à ses sujets; mais Hippocrate répond : J’ai dans ma maison la nourriture, le vélement et un lit; je n'ai besoin de rien au delà, et je n'irai pas servir les ennemis de ma patrie et de la liberté.
Voilà le grand homme, s’écrie Cabanis, le sage philanthrope, qui, par ce simple refus, sert sa patrie autant que Miltiade et Thémistocle par leurs éclatantes victoires, et dont la mémoire contribua ensuite, plus qu’on ne le croit, à l’affranchissement des nations (1).
blement de gros ventres et seraient sujets à des affections de la rate. Ceux qui habitent des lieux élevés, aérés, exposés au soleil, et en même temps humides, sont d'ordinaire grands et se ressemblent entre eux; leurs mœurs sont moins viriles et plus douces. Ceux qui habitent des terroirs légers, secs et nus , ont la constitution sèche et nerveuse, et une opiniâtreté que rien ne fléchit. Partout enfin où les saisons produisent de grands changements, les hommes changent aussi d'aspect et de tempérament , comme de mœurs et d'habitudes,
« Ainsi la différence-des saisons peut être considérée comme la première cause de celle des hommes, puis les qualités dn sol et des eaux; et l'on peut établir en principe que toutes les autres productions de la terre se conforment également à la nature du sol, »
Hippocrate va encore plus loin : La lâcheté, ajoute-t-il, s'accroit par l'indolence et l’inaction ; « le courage naît de l'exercice et du travail; les Grecs sont pour cela plus aptes à la guerre que les Asiatiques ; mais les lois qu’ils se donnent eux-mêmes, au lieu de les recevoir d'un roi, y entrent pour beaucoup. Partout où le despotisme règne, la valeur manque nécessairement, Des esclaves n’exposent pas volontiers leur vie pour augmenter la puissance de leur mattre. Si la nature leur départ du courage, le joug sous lequel ils sont condamnés à vivre netarde pas à le leur enlever. Ceux qui se régissent par leurs propres lois bravent les dangers avec joie, parce que c'est pour eux-mêmes qu’ils cherchent la victoire, Les institutions contribuent done à rendre les hommes lâches ou courageux. » — Traité des airs, des eaux et des lieux, 23 et 24,
(1) Du degré de certitude de ia médecine.
Nous admirons aussi de semblables vertus, mais avec la réserve convenable, eu égard à l’égoïsme national, caractère de l’époque païenne. On admirerait bien plus aujourd’hui, et l’on a admiré en effet de nos jours, ceux qui, sans distinction de peuple et de croyance, vont porter secours à l’humanité partout où elle souffre. Quoi qu’il en soit, les Athéniens reconnaissants accordèrent à Hippocrate le droit de cité, l'initiation aux mystères d’Éleusis, et les honneurs du Prytanée, comme à l’un des bienfaiteurs de la patrie (4).
(1) « Attendu qu'Hippocrate de Cos, médecin, descendant :d’Esculape, déploya le plus grand zèle pour la conservation des Grecs quand les barbares y apportèrent la peste; qu’en envoyant ses élèves où le mal sévissait, il fit connaître les remèdes qui préservaient ou guérissaient ; qu’il publia tout ce qu’il avait écrit sur la médecine, voulant que d’autres médecins fussent en état de conserver ou de rendre la santé; que le roi de Perse lui offrit de grands honneurs et de très-riches présents, et qu’il les refusa parce que ce roi est l’ennemi des Grecs;
« Le peuple d'Athènes voulant montrer combien il apprécie tout ce qui est profitable à la Grèce, voulant aussi donner à Hippocrate une récompense digne des services qu’il a rendus, décrète qu'Hippocrate sera initié aux grands mystères, comme le fut Hercule, fils de Jupiter; il recevra une couronne d’or, ct le héros proclamera ce don dans les grandes Panathénées. Les enfants nés à Cos pourront passer leur adolescence à Athènes comme les enfants des Athéniens, par égard pour un pays qui a produit un tel homme. Le droit de cité est accordé à Hippocrate, qui sera, durant toute sa vie, nourri dans le Prytanée, »
SERMENT D'IHIPPOCRATE, *
« Je jure par Apollon médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, et par tous les dieux et toutes les déesses, selon mes forces et mon intelligence, d’'accomplir ce serment ; je jure d’honorer comme mon père celui qui m’a enseigné cet art, de veiller à sa subsistance, de pourvoir libéralement à ses besoins, de considérer ses enfants comme mes propres frères, de leur apprendre cet art sans salaire ni conditions, s'ils veulent l’étudier ; de communiquer les préceptes vulgaires , les connaissances secrètes et tout le reste de la doctrine à mes enfants, à ceux de mes maîtres et aux adeptes qui se seront enrôlés et que l’on aura fait jurer selon la loi médicale, mais à aucun autre. Je ferai servir, suivant mon pouvoir et mon discernement , le régime déilétique au soulagement des malades ; j'éloignerai d’eux tout ce qui pourrait leur être nuisible et toute espèce de malétice, je n'administrerai un médicament mortel à qui que ce soit, quelques sollicitations qu’on me fasse, et jamais je ne le conseillerai. Je n'administrerai non plus à aucune femme des drogues abortives; je conserverai ma vie pure et sainte, aussi bien que mon art. Je n’opérerai point ceux qui souffrent de la pierre, mais je laisserai la taille aux opérateurs. J'entrerai dans les maisons pour y secourlr les malades, me gardant de toute iniquité volontaire, m'abstenant de toute espèce de débauche, m'interdisant tout commerce honteux, soit avec les femmes , soit avec les hommes, libres ou esclaves, Les choses que je verrai ou que j'entendrai dans l'exercice de ma profession, on hors de mes fonctions dans
le commerce des hommes, et qui ne devront pas Are divuloudos, je les {airai,
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la réserve le l’époque 1 à admiré uple et de lle souffre.
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Esculape, dées barbares y it, il fit contce qu’il avait t de conserver onneurs et de mi des Grecs; ut ce qui est mpense digne grands mysne d'or, et le ats nés à Cos es Athéniens , ité est accordé ée, »
nacée, et par igence, d’acm'a enseigné S besoins, de ndre cet art les préceptes he à mes ens et que l’on ervir, suivant nent des maite espèce de soit, quelques administrerai ma vie pure buifrent de la maisons pour ’abstenant de soit avec Îles : je verrai ou metions dans
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Il est probable que ses ouvrages nous sont parvenus altérés et mutilés. Galien nous apprend qu’il écrivit très-peu , et pour son usage, non pour le public; que ses fils coordonnèrent et disposèrent à leur gré ses travaux, auxquels ils ajoutèrent ieurs doctrines propres et celles des temps, ainsi que des passages de médecins antérieurs (1). Mais l’esprit d'observation, né avec lui, ne s'éteignit plus. Les sophistes, néanmoins, causèrent à la médecine un tort considérable , en substituant les discours prolixes à l’aphorisme précis , les subtilités à l'expérience , et en mêlant ensemble les systèmes des différentes écoles. Il est vrai que les Grecs songèrent plus à jouir de leur air limpide et de la pureté de leurs eaux qu’à les analyser.
Les États qui s’occupèrent des arts avec tant de soin, négligè-
les regardant comme des secrets inviolables. Si je ne viole ni ne mets en oubli ce serment, que ma conduite et mon art puissent me profiter, et ma réputation vivre à jamais parmi les hommes; si je le néglige ou me parjure, que le contraire m'arrive! »
Hippocrate passe en revue les qualités du médecin dans l’opuscule intitulé : Du médecin.
« Ce livre, dit-il, est Ja règle du médecin et enseigne ce qu'il doit faire pour bien disposer l’officine médicale. Nous estimons qu’il est nécessaire pour le médecin d’avoir, autant que la nature le lui permet, le teint frais et de l’embonpoint, parce que le vulgaire pense que celui qui ne se porte pas bien lui-même ne peut rien pour la santé des autres. 11 faut qu’il soit propre sur sa personne, qu'il soit vêtu honorablement, et fasseusage de parfums dont l'odeur ne soit désagréable pour personne ; les malades en reçoivent une. sensation agréable, Qu'il songe à faire preuve de modestie, non-seulement en se taisant, mais encore dans tous ses actes. Les bonnes mœurs et les manières honnêtes contribuent grandement à la bonne opinion et à l'autorité. S’il les possède, il doit aussi se montrer grave et humain ; car l’assurance et la promptitude téméraire sont méprisées, bien que par- * fois elles soient utiles. Il faut pourtant réfléchir quand il convient d’en faire usage. Les mêmes offices rendus aux mêmes personnes gagnent du prix en raison de leur rareté. Quant à son maintien, qu'il ait le visage grave sans dureté, pour ne pas paraître hautain et incivil. Celui qui s’abandonne à un rire immodéré, à une gaieté excessive, devient insupportable, et c’est ce qu'il faut éviter avec grand soin. Qu’il soit ensuite juste dans toutes les circonstances ; la justice lui sera très-utile ; car il a de nombreuses et étroites relations avec ses malades : à toute heure , il se trouve avec des femmes, des jeunes filles, au milieu d’objets d’un grand prix; il importe donc qu'il se conduise avec la plus grande réserve, avecla plus parfaite délicatesse, Tel doit être le médecin et pour l’âme et pour le corps. »
Hippocrate continue en indiquant les instruments que doit avoir le médecin, d'où il semble résulter que celui-ci n’était pas distinct du chirurgien, excepté dans quelques opérations particulières, comme celle de la pierre.
(1) Une bonne édition d'Hippocrate, texte et traduction, avec des notes philologiques et des commentaires médicaux, due au savant M. Littré, membre de l'institut de France, est en cours de publication à Paris : elle formera neuf volumes ; huit sont publiés.
NIST, UNIV, — TT, lt, 26
Mathématiques.;
rent complétement les sciences; en effet, ils voyaient l'influence des premiers , tandis que les autres restaient sans application. Les Grecs, d’ailleurs , après avoir peuplé la nature d’êtres animés , répugnaient à rechercher les causes naturelles. Et cependant , avec un adniirable sentiment du vrai pratique, ils répandirent au loin, dans leurs voyages parmi les autres peuples, de précieuses notions. Ils proclamèrent avec Pythagore l’immuabilité du soleil, avec Leucippe la rotation de la terre ; Démocrite n’attendit pas le télescope pour enseigner que la Voie lactée est un vaste amas d’étoiles. L’attraction newtonienne fut devancée par la théorie de l'amour et de la discorde entre les éléments, proclamée par Empédocle, à qui les phénomènes de l'électricité paraissent n'avoir pas été étrangers (1). Les Grecs connurent la véritable durée de l'année solaire ; ils surent de combien de degrés le zodiaque est incliné sur l’équateur ; ils mesurèrent le eélérité des corps célestes en devinant les éclipses, et l’'Athénien Méton publia, dans Olympie, la période des dix-neuf années qui ramenait le soleil et la lune à peu près au même point du ciel. Anaximandre donne pour centre au monde la terre , de forme cylindrique, dont la base est à la hauteur comme 1 à 3; soutenue par la force de l'air, elle se trouve à égale distance de tous les autres corps; les étoiles se meuvent autour de la terre à des distances égales entre elles; au-dessus des étoiles sont les planètes et le ciel des étoiles fixes, puis la lune, enfin le soleil; chacun de ces corps est soutenu par un anneau, semblable à une roue (2). Platon, chez qui l’enthousiasme suppléait à la science, proposa le problème fondamental de l’astronomie, la démonstration des révolutions des corps célestes par leur mouvement circulaire régulier. Eudoxe, aprèslui, pensa que les astres étaient beaucoup plus grands qu’ils ne nous paraissent , et, les comparant entre eux, fit le diamètre du soleil neuf fois plus grand que celui de la lune , ce qui indiquait que leur distance n’était pas la même (3).
De belles applications de géométrie furent dues aux pythagoriciens, qui purent, en greffant les mathématiques sur la physique, s'élever au premier rang parmi les sectes philosophiques. On fait honneur à Thalès d’avoir trouvé les propriétés du triangle isocèle; d’avoir démontré que, si deux lignes droites viennent à se
croiser, les angles vpposés au sommet sont égaux ; que les triangles
(1) Voyez son éloge par l’abbé Saina 3 Palerme, 1813, (2) Arsrote, De Cœælo, IF, 13, (3) M. Boeckh, dansle Philalaüs (Berlin, 1819), a réuni tous les passages re-
latifs aux connaissances cosmogoniques des platoniciens,
l'influence ation. Les nimés , r'é- Jant , avec nt au loin, es notions.
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à angles égaux ont leurs côtés proportionnels ; que l'angle qui a pour base le diamètre, et dont la sommité touche la périphérie d’un cercle, est nécessairement droit. Il sut calculer les hauteurs inaccessibles au moyen des ombres, et mesurer la distance d’un vaisseau ; il enseigna à prendre la petite Ourse comme point plus fixe que le Chariot, expliqua la cause des éclipses et des phases de la lune, indiqua les solstices et les équinoxes, figura, sur un globe d’airain, la terre et la mer. On doit à Anaximandre l'invention ou l'introduction des cartes géographiques, des signes du zodiaque et des sphères armillaires.
Platon créa les mathématiques transcendantes; c'était à, disaitil, l’occupation continuelle des dieux, et, à leur exemple , il ne passa pas un jour sans démontrer à ses disciples une vérité nouvelle. Avant lui, l'attention ne s'était portée, parmi les courbes, que sur la ligne circulaire ; il la dirigea sur les sections coniques, et donna ainsi l’impulsion aux recherches de Ménechme et d'Aristée. Son mérite fut plus grand encore : il enseigna l’usage de l'analyse géométrique, supérieure à l’analyse algébrique en ce qu’elle est plus évidente, et c’est par ce moyen qu’Archytas de Tarente put arriver à plusieurs découvertes importantes. Zénodore avait déjà démontré que les figures de contour égal ne sont pas égales de superficie, et Hippocrate de Cos, à l’aide des lunules du cercle, avait aussi démontré l'égalité entre deux espaces, l’un renfermé dans des lignes courbes, l’autre dans des lignes droites. Les Éléments d'Euclide, en quinze livres , n’ont pas encore perdu leur réputation ; mais ce géomètre doit presque tout à Aristote, qui le premier parla d’axiomes et de définitions, détermina les conditions d’une démonstration rigoureuse , établit la distinction entre les mathématiques proprement dites et les mathématiques mixtes : d’abord, en séparantl’arithmétique, la géométrie, la stéréométrie, de la mécanique, de l’optique, de l’astronomie et de la musique, ce qui contribua aux progrès de chacune d’elles; puis, en divisant encore l’arithmétique de la géométrie , pour attribuer Pabstrait à l’une, le concret à l’autre. Il fit aussi usage des lettres de l'alphabet pour indiquer des quantités indéterminées (1), invention dont on fait honneur au savant algébriste français.
Aristote fonda vraiment l’encyclopédie en coordonnant les con- Enevctopetie
naissances philosophiques et scientifiques d’après une méthode que la postérité n’a pas encore remplacée , et en renversant plu-
(1) Nalur. Ausc., VI, 6, VII, 15. Cicéron se servit aussi des lettres pou indiquer des objets indéterminés. Lettres à Atticus, 1, 3, 26,
d’Aristote,
sieurs systèmes de ses prédécesseurs avec une critique quelquefois injuste, mais qui fournit des éléments à l’histoire. Platon avait dû acheter, à un prix énorme, dans la Grande Grèce , un seul ouvrage de Pythagore ; Aristote eut tous les livres de ses devanciers , et, quand les autres philosophes devaient se contenter de leurs observations personnelles, les choses les plus rares lui étaient accordées par Alexandre, qui dépensa la valeur de trois millions de francs à compléter les collections du maître, et mit des milliers de personnes à sa disposition (1). Riche de tant de connaissances, dont la variété ne nuisait point chez lui à la profondeur, il eut le mérite de les réduire en systèmes, en appliquant à tous les faits connus la distribution régulière introduite par Platon dans les connaissances humaines, et esprit d'observation et d’analyse si rare parmi les Grecs.
C’est surtout comme témoignage de son savoir et de celui de son temps, qu’il est utile d’examiner ses ouvrages.
Dans sa Rhétorique, il voulut accomplir l’œuvre commencée par Socrate, c’est-à-dire abattre:les rhéteurs en faisant de l’éloquence une application méthodique d’observations sur le cœur humain. I analyse les vertus et les vices, pour découvrir ce qui doit être imputé à faute, ce qui est l’effet du hasard ou de l’habitude , ce qui appartient au naturel ou aux passions (2); il substitue aux lieux communs, où les rhéteurs voulaient trouver uye source abondante d’éloquence , des notions précises sur le juste et l’injuste , sur les lois fondamentales de la société ; il exige de l’orateur une grande étendue de connaissances, et fait dépendre le mérite de la dialectique de l’usage qu’on en fait (3).
Aristote devait être peu fait pour sentir profondémentles beautés poéliques ; occupé toute sa vie de discussions positives et rationnelles , il devait attacher une importance absolument secondaire à un traité sur une science étrangère à ses études , et qui a besoin de liberté. Nous ne pouvons donc faire grand cas de sa Poétique , qui, de plus, nous est parvenue mutilée, confuse, presque inintelligible ; ce qui en reste n’est qu’un fragment sur l’art dramatique, où les préceptes se déduisent des chefs-d’œuvre du théâtre grec. On ne voit pas trop quel but et quelle origine il donne à l’art, Dans un passage , il le fait dériver de l’imitation et du désir de connaître ; mais ailleurs il dit que la peinture doit représenter non ce qui est,
) Athénée, Banquet, IX, p. 398. — Pline, Æist, natur., VII, 16, ) Rhétor., lib. 1, c. 10, $ 2.
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mais ce qui doit être; que la tragédie est l’imitation du mienx, et que la poésie est plus vraie que l’histoire : d’où il faut co. re qu’il propose pour but à l’art le beau idéal. Mais, le plus souvent, il se borne à des moyens vulgaires et à une déduction expérimentale de ce qui s’était fait jusqu’alors, sans prétendre dicter des règles aux poëtes futurs. Il est certain qu’au milieu de tant de disputes et d'opinions littéraires qu’on vit alors et plus tard dans l'école d'Alexandrie, on n’accorda presque aucune importance aux préceptes poétiques du Stagirite.
Il est donc étonnant que, tandis que sa Logique et sa Mélaphysique sont devenues souvent l’objet d’un mépris injuste, les pédants modernes, qui ne savent trouver, dans leur admiration pour les anciens, que dédains pour les hommes de leur époqueet qu’entraves pourlegéniequi ose franchir lesbarrières scolastiques, veuillent conserver comme règles'absolues les préceptes de sa Poétique.
Iltira du mépris les mathématiques appliquées, en montrant qu’elles étaient utiles à l’homme d’État, et détermina les limites entre elles et la philosophie, limites qui paraissent encore confuses dans Platon (1).
Il considéra la physique comme l’étude des causes premières dans la nature, et du mouvement en général (2), et réfuta beaucoup de sophismes très-répandus relativement à l'explication des phénomènes de ce monde. Les Romains et les Arabes ajoutèrent bien peu de chose à ee qu’il savait ; aussi, lors de la renaissance des études, saint Bonaventure, les scolastiques et Dante eurentils recours à lui pour l’astronomie, qui pouvait s’associer avec la poésie et la métaphysique. Képler lui-même lui emprunta plusieurs de ses rêves magnifiques.
Dans l’état d'enfance où l'optique, la statique et la mécanique étaient de son temps, on est étonné de la profondeur de ses vues, en lisant ses quatre livres du Système du monde. Dans le troisième chapitre du second livre, il attribue le mouvement de rotation à deux forces, qui pourraient bien ne pas être différentes des forces centrales des modernes. De cette observation, que certaines éclipses de lune et d’étoiles sont visibles en Égypte, et non en Grèce, il conclut à la rotondité de la terre, dont il évalue la pé-
(1) L'ouvrage dans lequel il traitait des mathématiques est perdu. Nokk, professeur d'Heidelberg, qui a fait de très-utiles recherches sur ce point, pense que c'était le sujet du livre Iepi tñç èv totc uabruaotv oÙoias, et que Proclus y a puisé ce qu'il émet de contraire aux idées de Platon, L. I, c. 6, in Euclidem, etc. (2) Ilepè rov npwtwv aitlwv rÿs pÜaews xai nepi nédns miVTEUS puarxñs.
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riphérie à 400,000 stades, ce qui n’est pas loin de la vérité (4), En pütlant de la forme sphérique de la terre, il regarde le poids cômme une tetidance des corps vers lé centre (2); et dit que, vérs ce centre, les parties tendent däns tous les sens avec une égale force (3) : théorème que; dans le chapitre XIV, il applique à la terre.
Le quatrième livre traite complétement du poids, tant absolu que spécifique , et il dit avoir étudié le premier avant tout autre observateur. On pourrait, en outre; induire du passage où il recherche pourquoi uñ motceau de bois est plus pesant dans Pair que däns ledü, qu'il cotinut l’importance d’une observation par läquelle Archiiiède fit conduit à poser les fondements de lhydrostatique (4). Il crut le feu impondérable, l'air pondérable, et réussit à lé peser ; il observa la pression de l'atmosphère et le parti qu’on peut en tirer pour les machines hydrauliques. C’est dans son livre que 8e trouvé cette horreur du vide qui eut cours dans les écoles. IL applique aux aütres machines le système des forcés coiposées, qui font mouvoir les corps par la diagonale de leur parallélogramme, ce qui est encore aujourd’hui le fondement de cette science.
Il est vrai que, lorsqu'il veut déduire le motif pour lequel le levier on la balance à bras inégaüx met en équilibre des poids différents, il va le chercher dañs la prupiiété du cercle, et ne trouve pas étrange qu’une figure si féconue en merveilles produise encore celle-là (5). Malgré cette erreur et d’autres, Bossut nous paraît injuste (6) lorsqu’ildit qu’Aristote n’eut en mécanique que des conhaissances confuses ou fausses ; car nous trouvons les propriétés du mouvement uniforme en précisées dans ses écrits, quelque chose d’indiqué sur le mouvément curviligne, une explication ingénieuse, bien qu’elle ne soit pas la véritable, du centre de gravitation ; puis, lorsqu'il explique l’action combinée des rames et du gouvernail, on voit bien qu’il sait non-seulement que l'action de la puissance est d’autant plus efficace qu'elle est plus
(1) Voy. Gosserin, Mesures itinéraires, p. 18, dans la traduction de Strabon, tome L. Aristote supposa que l'Espagne était peu éloignée de l'Inde, ce qui encouragea Christophe Colomb à tenter sa grande découverte,
(2) C’est de là que Dante a pris le célèbre... Punto
A cui son fratti d’ogni parte à pesi.
(3) Il ajoute dans la Mécanique : « à distances égales, » (4) De Cœlo, liv. IV, c.4.
(5) Voy, les Aristotelis quæstiones mechanicæ, de VAN CAPPELLE ; Amsterdam, 1812.
(6) Hist. des mathématiques, ©. TI, 8 2.
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ant absolu tout autre où il redans l'air ation par de l’hyrable , et ère et le 1es. C’est eut cours tème des gonale de ündement
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loin de son point d’appui, mais encore quelles sont les conditions requises pour l'équilibre, Ilobserva Mars couvert par la lune, et remarqua que cette dernière planète nous tourne toujours la même face; il essaya de rendre compte de la scintillation des étoiles, par une théorie opposée à celle d’aujourd’hui , puisqu'il fait partir les rayons de l’œil ; il connut la différente conductibilité de calorique des corps; enfin, il expliqua la rotondité du spectre formé par les rayons solaires, passant par une ouverture quelconque, le refroidissement causé par un ciel serein, et la formation de la rosée qui en est la suite (1).
On peut dire que l'anatomie comparée fut une création d’Aristote. Le premier il découvrit les nerfs, distingua peut-être les veines des artères, signala les quatre estomacs des ruminants. Il observa que l’homme a le cerveau plus volümineux que toutautre animal ; que seul il dort sur le dos; que seul, parmi les marmifères, il a la pupille inférieure garantie par des cils, et que lés vaisseaux sanguins portent au cœur ; mais aussi il faisait passer de la trachée au cœur l'air que nous fespirons, et supposait qué le cerveau était un corps humide et froid, destiné à tempérer la chaleur du cœur.
Ce ne sont pas là les seules erreurs de son génie ; mais nous n’avons pas à lessignaler toutes, parce qu’il suffit à là science de marquer les pas dont un grand homme l’a fait avancer. Disons d’ailleursque la méthode même tracée par Aristote facilitait les moyens de remédier à ses erreurs, et que, dans celles-ci, il s’éleva encore parfois à des conceptions ingénieuses. Que d'illusions et de méprises dans ses Récits merveilleux (2) et dansses Problèmes ! et pourtant il chercha, non sans succès, à découvrir le mécanisme de la voix et de l’ouïe (3), à se rendre compte des changements que subissent lair et la mer (4), de la violence et de la direction des vents; il fit mention le premier des concrétions cristallines que nous appelonsstalactites et stalagmites ; le premier il fil dépendre les marées de la lune (5). Aristote, en un mot, ne poussa pas moins loin ses conquêtes hardies dans le domaine de l'intelligence qu’Alexandre les siennes dans les champs de l’Asie, et celles du disciple furent d’un grand secours au maitre.
La géographie et l’histoire naturelle firent d'immenses pro-
(1) De Part. anim., I, 2. — De Cœlo, IV, 4; M, 14.
(2) Lepi Oaupaciwv äxououatwv, De mirabilibus auscultationibus. (3) Probièmes, $ 11.
(4) Ibid, $$ 23, 25, 26.
(5) De mirab. auscult., p. 1543, n° 60.
grès, grâce aux voyages et aux conquêtes du héros macédonien, qui ouvrit les archives des Phéniciens et des Chaldéens, et réunit Hivore n1 dans Alexandrie le fruit de leurs observations. Dans les contrées telle où la nature est plus féconde, il rencontrait ici l'ébénier, là le cotonnier ou le bambou ; ailleurs des champs de sésame, au lieu du lentisque et des pois; près de Bactres, un froment gros comme les baies de l'olivier (1), des armées de singes et des animaux de toute espèce ; puis il envoyait des échantillons de tout cela à son maître.
Puisque nous parlons des animaux, qu’il nous soit permis de remarquer que les anciens les regardaient avec une sympathie oubliée aujourd’hui; il courait sur eux mille traditions vulgaires, et les écrivains ne craignaient pas de rabaisser leur récit en les rapportant, comme s’ils eussent voulu multiplier, dans l’histoire, les êtres sensitifs, et ne pas séparer l’homme des animaux, qui contribuèrent tant à sa première civilisation. Homère parle des chevaux d'Achille et des chiens d'Ulysse, comme la Bible de lânesse de Balaam et du chien de Tobie; Plutarque leur emprunte beaucoup d’enseignements moraux. On disait que sur la tombe d’Orphée le chant des rossignols avait plus de douceur ; qu’un dauphin avait sauvé Arion du naufrage; qu’un autre accourait à la voix d’un enfant qui l’avait guéri, et le prenait sur son dos (2) ; qu’un troisième avait arraché aux flots un Milésien qui l'avait préservé des pêcheurs, et que plus tard il amena d’autres dauphins sur sa tombe, comme pour lui rendre de pieux devoirs. Certains oiseaux du fleuve Æsépus emportaient de l’eau sur leurs plumes pour arroser la sépulture de Memnon (3); un éléphant prenait soin avec amour d’un enfant que lui avait confié sa mère mourante (4); d’autres oiseaux ne laissaient aborder que des Grecs aux îles de Diomède (5); le porphyrion ( poule sultane ) révélait les adultères des femmes mariées ses maîtresses (6). On rapporte encore d’autres faits de ce genre, qui peuvent sans doute
- faire sourire, mais qui montrent dans le narrateur une naïveté charmante, Il est fait aussi mention des mules employées par les Athéniens , lors de la construction de l’Hécatompède. On laissait paître en liberté celles qui étaient lasses; mais, un jour, on en vit
CO mas of Om et bof aus
(1) Tuéovunasre, Hist. des plantes. — ATuÉNÉE, À. VII, (2) Arnéxée, Banquet, XI, 85 ; IX, 43, etc.
(3) Pausanias, Phocid., XXXI.