CHAPITRE XXIV. ITALIE
ën voyant apparaître cette terre chérie qui nous rattache à un beau nom, à de grands souvenirs, à de généreuses espérances, comme jadis les compagnons d'Énée lorsqu'ils découvrirent ses bords si longtemps cherchés. nous nous écrions avec une joie pieuse : Talie, Italie !
Du rocher de l'Atlantique contre lequel était venue se briser sa puissance artificielle , reportant sa pensée vers la patrie de ses
(1) Burron, Histoire naturelle, tome 1°", premier discours, Voir aussi le Cosmos de Humboldt,
bique les mos anciens , je lle beaucoup d’Aristote.….
soit inutile :
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ancêtres, vers le théâtre de ses premiers triomphes, où Îles souvenirs de sa vie héroïque étaient les seules Consolations de son exil, le grand conquérant de nos jours s’exprimäit en ces termes : « L'Italie est environnée par les Alpes et par la mer. Ses liites naturelles sont déterminées avec autant de précision que si c'était une île. Elle est comprise entre le 26° et le 46° degré de latitude, le 4° et le 16° de longitude de Paris; elle se divise naturellement en trois parties : la continentale, la presqu'’ile et lesiles. La première est séparée de la deuxième par l’isthme de Parme. Si de Parme, comme centre, vous lracez une demicirconférence du côté du nord avec un raÿon égal à la distance de Parme aux bouches du Var, ou aux bouches d'Isonzo (soixante lieues), vous aurez tracé le développement de la chaîne supérieure des Alpes qui sépare l'Italie du continent. Cé demicercle forme le territoire de la partie dite continentale, dont la surface est de cinq mille lieues cartées. La presqu'île est un träpèze Compris entre la partie continentale au nord, là Méditerranée à l’ouest, l’Adriatique à l'est, la mer d’ohie au sud, dont les deux côtés latéraux ont deux cents à deux cent dix lieues de longueur, et les deux autres côtés de soixante à quatre-vingts lieues. La surface de ce trapèze est dé six inillé lieues carrées. La troisième partié, du tes îles, savoir : la Sicile, la Sardaigne et la Corse qui, géograthiquément, appartient plus à l'Italie qu’à la France, formé une surface de quatre mille lieues carrées ; ce qui porte à quinze mille lieues carrées la surface de
toute l'Italie.
« Les Alpes sont les plus grandes montages de l’Europe, et peu de leurs cols sont praticables pour les armées et les voyageurs. A quatorze cents toises d’élévation, on ne trouve plus de trace de végétation; à une plus grande élévation, les hommes respirent et vivent pénillement; au-dessus de scize cents toises sont les glaciers et les montagnes de neiges éternelles, d’où sortent des rivières dans toutes les directions, qui se rendent dans le Pô, le Rhône, le Rhin, le Danube, l’Adriatique.…
« Toutes les vallées tombent perpendiculairement du sommet des Alpes dans le PÔ ou l’Adriatique, sans qu’il y ait aucune vallée transversale où parallèle ; d’où il résulte que les Alpes, du côté de l'Italie, forment un amphithéâtre qui se termine à la chaine supérieure, Le mont qui domine le col de Tende est élevé de quatorze cents toises ; le mont Viso, de quinze cent quarantecinq toisrs: le mont Genèvre, de dix-sept cents toisés ; le pic de Glétscherberg sur le Saint-Gothard, de dix:neuf cénts toises,
« et le mont Brenner de douze cent cinquante toises, Ces sommités « dominent la demi-circonférence de la haute chaîne des Alpes; « et, vues de près, elles se présentent comme des géants de glace « placés pour défendre l’entrée de cette belle contrée.
« Les Alpes se divisent en Alpes maritimes , cottiennes, grec- « ques, pennines, rhétiennes, cadoriennes juliennes , noriques. « Les Alpes maritimes séparent la vallée du PÔ de la mer. C’est « une deuxième barrière de ce côté : le Var et les Alpes cottiennes « et grecques séparent l'Italie de la France; les Alpes pennines, « de la Suisse ; les Alpes rhétiennes, du Tyrol; les Alpes cado- « riennes ct juliennes, de l’Autriche. Les Alpes noriques forment « une seconde ligne, et dominent la Drave et la Mur. Le mont « Blanc est le point le plus élevé ; il domine toute l’Europe. De . « ce point central, les Alpes vont toujours en diminuant d’éléva- « tion, soit du côté de l’Adriatique, soit du coté dela Méditerranée. « Dans le système des montagnes que domine le mont Viso, « prennent leurs sources : le Var, qui se jette dans la Méditerranéc; « la Durance, qui se jette dans le Rhône, et le PÔ, qui traverse « toutes les plaines de l’ftalie, en recueillant toutes les eaux de « cette pente des Alpes et d’une portion de l’Apennin. Dans le « système des montagnes que domine le Saint-Gothard , prennent « leurs sources : le Rhin, le Rhône, l’Inn, un des plus gros af- « fluents du Danube, et le Tésin, un des plus gros affluents du P6. « Dansle système des montagnes que domine le Brenner, prennent « leurs sources : l’Adda qui se jette dans le PÔ, et l’Adige qui va « à l’Adriatique. Enfin dans les Alpes cadoriennes, la Piave, le « Tagliamento, l’Isonzo, la Brenta et la Livenza ont leurs sources « au pied de ces montagnes.
« Les Apennins sont des montagnes du second ordre, beaucoup « inférieures aux Alpes; ils traversent l’Italie et séparent les eaux « qui se jettent dans l’Adriatique de celles qui se jettent dans la « Méditerranée. Ils commencent où finissent les Alpes, aux col- « lines de Saint-Jacques, près du mont Ariol , le dernier des Alpes. « Saint-Jacques et le col de Cadibone, près de Savone, sont plus « bas encore, de sorte que ce point est à la fois la partie la « plus basse des Alpes et la partie la plus basse des Apennins. « Depuis le premier col, celui de Cadibone , les Apennins vont « toujours en s'élevant, par un mouvement inverse à celui desAlpes, « jusqu’au centre de l'Italie. Ils se divisent en Apennins liguriens, « Apennins étrusques, Apennins romains, Apennins napolitains. « Les Apennins romains se terminent au mont Vélino, qui, s’éle- « vant à treize cents toisesau-dessus de la mer, estcouvert de neige
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tout l'été. Arrivés à ce point, les Apennins vont en baissant jusqu’à l’extrémité du royaume de Naples.
« L'Italie, isolée dans ses limites naturelles, séparée par la mer et par de très-hautes montagnes du reste de l’Europe, semble être appelée à former une grande et puissante nation; mais elle a dans sa configuration géographique un vice capital que l’on peut considérer comme la cause des malheurs qu’elle a essuyés, et du morcellement de ce beau pays en plusieurs monarchies ou républiques indépendantes : sa longueur est sans proportion avec sa largeur. Si l’Italie eût été bornée par le mont Vélino, c’est-à-dire à peu près à la hauteur de Rome, et que toute la partie du terrain entre le mont Vélino et la mer d’lonie, y compris la Sicile, eût été jetée entre la Sardaigne, la Corse, Gênes et la Toscane, elle aurait eu unité de rivières, de climat et d’intérêts locaux. Mais, d’un côté, les trois grandes îles qui sont un tiers de sa surface ont des positions et des intérêts divers, et sont dans des circonstances différentes ; d’un autre côté, cette partie de la péninsule, au sud du mont Vélino, et qui forme le royaume de Naples, est étrangère aux intérêts, au climat, aux besoins de toute la vallée du Pô. Cependant, quoique le sud de l'Italie soit, par sa situation, séparé du nord, l'Italie est une seule nation. L'unité de mœurs, de langage, de littérature, doit, dans un avenir plus ou moins éloigné, réunir enfin ses habitants sous un seul gouvernement.
« Aucun pays de l’Europe n’est situé d’une manière aussi avantageuse que cette péninsule pour devenir une grande puissance maritime : elle a, depuis les bouches du Var jusqu’au détroit de la Sicile, deux cent trente lieues de côtes; du détroit de la Sicile au cap d’Otrante, sur la mer d’Tonie, cent trente lieues; du cap d’Otrante à l'embouchure de l’Isonzo, sur l’Adriatique, deux cent trente lieues ; les trois îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne ont cinq cent trente lieues de côtes; et ne sont pas comprises dans ce calcul celles de Dalmatie, de l’Istrie, des bouches du Cattaro, des îles Ioniennes.….
« La France a, sur la Méditerranée, cent trente lieues de côtes ; sur l'Océan , quatre cent soixante-dix : en tout six cents lieues; l'Espagne, y compris ses îles, a, sur la Méditerranée, cinq cents lieues de côtes et trois cents sur l’Océan. Ainsi, l’Italie a un tiers de côtes de plus que l’Espagne, et moitié de plus que la France. La France atrois ports dont les villes ont cent mille âmes
« de population ; l'Italie a Gênes, Naples, : alerme, Venise, dont . + 2 », + - , 4.4 (99. à A 9 « la population est supérieure ; Naples a quatre cent mie HäDi-
« tants. Les côtes opposées de la Méditerranée et de l’Adriatique « étant peu éloignées l’une de l’autre, presque toute la popula- Lt tion de l'Italie est à portée des côtes (1)... »
La géologie atteste de grandes révolutions dans la Péninsule italique. La partie occidentale des Alpes, cette gigantesque muraille granitique que la nature oppose vainement aux envahisseurs, surgit beaucoup plus tard que les Pyrénées, mais avant les Alpes du milieu et le Saint-Gothard. La chaîne serpentino-calcaire des Apennins , dont les extrémités furent et sont encore tourmentées pu des volcans, parut dans un âge antérieur : sa direction tortueuse et sa formation compliquée indiquent un soulèvement d’époques diverses. La terre végétale, enlevée aux flancs et aux sommets, forma les grandes vallées du Pô, de l’Arno, du Tibre, peut-être lorsque les digues des Dardanelles et de Calpé se rompirent pour réunir l'Océan, la Méditerranée , la mer Noire. Cet événement physique est dramatisé dans le mythe d’Hercule.
Une tradition plus récente veut que la mer, se frayant un passage entre le cap de Pélore et celui de l’Armi, ait détaché de FTtalie la Sicile. Les monts Neptuniens sont en effet de la même nature que lApennin, et le nom de Reggio indique cette séparation (2) , qui dut être l’ouvrage des eaux courantes que la Fable a représentées comme très-périlleuses dans le détroit.
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(1) Nous regrettons qu’il n'entre pas dans notre plan de rapporter tout entière cette incomparable description de l'Italie, dictée par Napoléon à Sainte-Hélène, On peut la lire dans les Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, t. III; Paris, 1823.
(2) ‘Péyvuu, j'arrache. DoLomieu ( Mémoire sur les tremblements de terre de la Sicile) a démontré géologiquement le fait, Cluvier avait déjà recueilli tous les passages des auteurs anciens qui l’attestent.
Nous nous bornons aux poëtes :
se Zancle quoque juncta fuisse Dicitur Italiæ, donec confinia pontus Abstulit, et media tellurem repulit unda.
(Ovine, Mét, XV, 290.)
Hæc loca vi quondam, et magna convulsa ruina, (Tanlum ævi longinqua valet mutare vetustas) Dissiluisse ferunt; cum protinus utraque tellus Una foret, venit medio vi pontus, et undis Hesperium Siçulo latus abscidit, arvaque et urbes Litore diductgs angusto interluit æstu.
(Vinaisr, En. IU, 414.)
Mais de Buch, uprès avoir comparé les monts Péloritains avec le groupe de l’'Aspromonte en Calabre, nie que la Sicile ait famals 44 unis au
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