HIST, UNIV, — T, I
sentez frappé d’une admiration qui ressemble à de la douleur; votre front, levé dans l’orgueil d’un temps qui n’est plus, $’'incline tout pensif, et vos lèvres murmurent les lamentations de Jérémie. |
Ge nom d’Italie (1) n’embrassait pas anciennement toute la contrée entre les Alpes et là mer. 11 lui vint probablement d’un des peuples qui l’habitèrent, et fut d’abord restreint entre les golfes du Lamète et de Scyllace (2) ; il s’étendit ensuite à mesure que $e perdirent les noms d’Ausonie, d’OŒnotrie (terre des vins), d’'Hespérie (terre occidentale), qui lui furent donnés par les Grecs ; mais il ne devint général que lors de là guerre sociale, quand huit peuples se liguèrent contre Rome.
Dans ce mouvement de migrations qui précède l’histoire, les peuples venus les derniers chassaient devant eux les premiers, qui transportaient ailleurs leur nom, et laissaient sur la terre abandonnée des traces de leur séjour dans une dénomination particulière de pays. Dans une péninsule, ilfaut chercher les premiers venus parmi ceux qui en habitent l'extrémité opposée; puis, comme il est impossible d’aller plus loin, les bandes qui surviennent se mêlent avec les premiers immigrants. De Ià naît la grande diffculté de déterminer quels furent les plus anciens peuples de l’Italie, d’autant plus qu’il en arriva, non-seulement du nord, mais encore par mer. S’il est vrai que la mer inondât une grande partie de la
(1) ‘ro; signifie veau (Vilulus, Fituhoç); aussi les étymologistes grecs ne manquèrent-ils pas de faire dériver le nom de la terre de Saturne du grand nombre de bœufs qu’elle nourrissait; d’autres imaginèrent un roi Italus; d’autres songèrent à Atlas, et crurent à l’origine africaine de la civilisation italique en s'appuyant sur le Quæ docuit maximus Atlas de Virgile. Telle fut l'opinion de G. D. Romagnosi, dans son £same della storia degli antichi popoli italiani. On aimera mieux y trouver, avet Bochärt (Géographie sacrée, liv. I, c. 30), une dérivation phénicienne. En effet, £tat'ia , en phénicien, siguifie terre de la paix, comme Zlipa terre des métaux, nom qui s’altéra en Ilba et en Elba, Ce qui ne laisserait pas que d'appuyer cette supposition, c’est la quantité de dénominations semblables de lieux en talie et dans le paysde Chanaan. Des peuples du nor de Säbins et de Rasènes liabitaient près de là Mésopotamie : Fik de Syrie râppelle le Picéitim ; Marsi Elojun était une ville du littoral de Syrie, près du fleuve Macra, etla Macra coule aussi en Italie dans le pays des Marses. Il ÿ âune Ameïia en Arménie, et une Albe en Mésopotdmie; Auwlon est une vallée de la Palestine, le long du Jourdain, et une colline près de Tarente. Caparbio d'Italie correspond à Capharabis de l’Idumée, et Colle, dans la Toscane, à Cholle, dans la Palmyrène. 11 existe une Tamar dans la Campañie et en Syrie, une Thèbes en Syrie et chez les Sabins, etc. Voy. FaBrot, Memoria lelta ail Accademia toscana, 1803.
(2) C’est là peut-être, sur les bords du Lamèté, qu’abordèrent les frères Italus
Amlz Aa ini
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vallée du Pô ,même les deux versants de l’Apennin, il faudrait regarder comme antérieurs à tous les autres les peuples des montagnes. Eneffet, lenom d’Aborigènes, qu'onattribue aux plusanciens, signifie montagnard (ëpoç, mort). On peut croire que les Aborigènes appartenaient à la premiè «immigration des peuples japhétiques, appelés Tyrsènes, Tyrrhènes ou Rasènes, qui donnèrent leur nom à toute la Péninsule et à la mer dontles eaux baignent l'occident ; ainsi la mer à lorient fut nommée Adriatique d’Adria, ville également tyrrhène.
Platon (1) fait les Tyrrhènes contemporains des Atlantides, de même que les Égyptiens. Les fables les associent aux souvenirs de Bacchus, de Jupiter, des satyres, et Heésiode mentionne «les forts Tyrrhènes, illustres parmi les dieux et les héros ». Les Vénètes, les Euganéens, les Orobes, antérieurs aux Ombriens, faisaient partie de cette race très-ancienne ; il en était de meme des Camuniens, des Lépontiens et d’autres peuples du Tyrol en deçà du Brenner, soit qu'ils fussent venus du nord en Italie, soit plutôt qu’ils eussent cherché un refuge au milieu des Alpes pour se mettre à l’abri des incursions des Galls (2). À ces Tyrrhènes appartenaient peut-être encore les Taurisques dans le pays subalpin, et, dans l'Italie moyenne, les Étrusques, les Opiques (3) et les Osques, dont le nom, par l’addition de Particle, forme celui de Tosques. Il est certain que l’histoire les présente toujours comme différant des Sicules et des Pélasges ; il paraît que leur langue a constitué le fond des dialectes italiques ; à l’époque la plus brillante de Rome, les fables atellanes chantées en osque amusaient la plèbe et la jeunesse. Plus tard, lorsque la majesté romaine déclina, l’osque survécut avec le peuple resté debout, etdevint peutêtre le père de l’italien moderne.
Dix-huit siècles avant Jésus-Christ, vinrent les Ibères, qui sortaient de l’Ibérie asiatique, près de l'Arménie, d’où ils s’avancè-
(1) Dans le Critias.
(2) Tirol, Tir, Tusis, Retzuns, tous noms de pays rhétiques qui indiquent une origine tyÿrrhène. Voir Hormayr, Gesch. von Tirol, 1, 127, et, avant lui, Tscaumi, De prisca el vera alpina Rhætia, ct Quavrio, Dissertazioni critico-storiche sulla Rezia di qua delle Alpi. Une inscription étrusque a été découverte près de Dos de Trente. Le baron de Crazannes assure qu’on trouve à Reinzallern, dans la Bavière rhénane ; beancoup de fragments de poteries avec des caractères étrusques ; il prétend que ces caractères appartiennent également au celtibère, à l’euganéen, à l’osque, au samnite, au grec antique, de sorte qu'il est facile de les confondre l’un avec l’autre, Voir le Journal des artistes, Paris, 1839, décembre,
(3) De ops, terre, ’Omunot xai ns6rezo ai vôv xx) nûpevor riv émovuulav Aücoves, ARISTOTE, Polit, VII. — Anriocuus de Syracuse dans STRARON, V. Puisils dégénérè. rent au point que leur noi équivalait à grossier et corrompu,
420 THOISLÈME ÉPOQUE,
rent jusqu’à PEspagne (1), à laquelle ils laissèrent leur nom ; ils auraient même pénétré en Afrique, selon un passagé fameux de Salluste. A cette race appartenaient les Ligures dans la haute Italie; dans la moyenne , pent-être les Itales, établis le long de la nier occidentale entre la Macra et le Tibre; dans la basse, les Sicanes. Thucydide trouve le fleuve Sicanus dans le voisinage des Ligures, qui, dit-il, habitaient les rivages de la mer au-dessus de Massalie; or, comme le nom des Sicanes se rapproche de celui des Séquanes, établis aux sources de la Seine, quelques auteurs le font d’origine celtique, et attribuent à cette parenté le grand nombre de mots de racine celtique que l'italien et plus encore le sicilien ont conservés (2). D’autres, au contraire, placent le berceau des Sicanes dans l’Épire, et les font identiques avec les Pélasges (Corcia); quelques-uns y voient une branche des Tyrrhènes (Abeken) qui, modifiée par son union avec les Aborigènes ou Casques, forma les Latins. On prétend aussi que les Ombriens sont Ligures et non Gallo-Celtes ; mais le nom même de Ligures est général, et répandu en divers lieux. Les Osques s’eppelaient aussi Ligures. Edwards a rattaché la race ligure à la celtique; ainsi tous les anciens Italiens appartenaient peut-être à la migration connue sous le nom de Celtes.
Néanmoins les nombreuses conquêtes celtiques ne permettent pas de croire que cette migration fut antérieure à celles dont nous venons de parler. Le nom de Celte appartient à une race trèsétendue, dont les Galls faisaient seulement partie (3); car il est écrit que le Danube naît et coule au milieu des Celtes, et l’on appelle Celtes les peuples qui habitent les deux rives du Rhin.
Appien raconte que Polyphème et Galatée eurent trois fils, Ilyrius, Celtas et Gallas, qui peuplèrent, le premier lPIllyrie, les deux autres l'Italie sous le nom d’Ombriens (4). Ce langage mythologique fait allusion à la très-ancienne migration des Celtes qui, de la Thesprotie et de la Thrace, se répandirent jusqu’au
(1) Perir-Rabeu, Origines historiques des villes de l'Espagne; Huwnonr, Prüfung der Untersuchungen über die Urbewohner Hispaniens, vermittelst der vaskischen Sprache; et, avec des faits plus nouveaux, Prircnanp, The natural history of man. Au lieu donc de croire que les Ihères d'Espagne aient habité l'Italie, nous sommes persuadé qu’ils passèrent d’Italie en Espagne. Humboldt pense que la migration des Ibères est antérieure à celle des Celtes.
(2) Aqua, mare, pisces, vejæ, rota.. de ach, mor, fische, wagen, räder. Selon nos principes, il faudrait en conclure que le latin est une des langues indogermaniques, qui n’a point traversé le grec.
(3) Héronore, [l, 235 IV, 4. DION, XXXIX, = ANRIEN, D. (4) Hlnr., 9.
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Finistère d'Espagne. On les réputait si anciens que Pline (1) les dit sauvés du déluge. Dans leurs courses vagabondes à travers la forêt Hercynienne, qui alors occupait toute l’Europe boréale et la haute Asie jusqu’aux frontières de la Chine, ils perdirent le souvenir de leur origine. Nous n'avons pas à la rechercher ici; seulement nous ferons remarquer que Ambra ou Amhra, dans leur langue, signifie preux, vaillant. Descendus sous ce nom en Italie, ils la divisèrent en trois régions, qui donnèrent leur nom à trois provinces : Oll-Ombrie, ouhaute Ombrie, entre l’Apennin et lamer lonienne; Zs-Ombrie, ou basse Ombrie, autour du PÔ ; Vi-Ombrie, ou Ombrie littorale, qui fut ensuite appelée Étrurie. Selon Caton, Améria, leur ville, avait été rebâtie 384 avant Rome (2) : date historique.
Les grandes migrations de peuples entiers étaient accompagnées de migrations partielles, et toutes n'étaient pas japhétiques; les Titans, les Gyclopes et les Lestrygons, qui semblent avoir précédé les Sicules dans l’île à laquelle ils donnèrent leur nom, appartenaient peut-être à la race de Cham et sortaient de l'Afrique.
Les peuples qui vinrent ensuite n'ont plus l’aspect d’immigrants. mai: de conquérants. Telle fut peut-être la race connue sous le nom de Pélasges, population industrieuse et vouée au malheur, que nous avons vue étendre ses colonies, pendant quatre siècles, sur les côtes de l’Europe occidentale et de l’Asie Mineure, et précéder partout les peuples qui ont acquis une renommée classique. Peut-être vinrent-ils en Italie à différentes reprises ; la première fois, Peucétius et OŒnotrus, fils de Lycaon, les amenèrent de l’Arcadie etdela Thessalie, dix-sept générations avant la chute de Troie. Ils trouvèrent les Tyrrhènes déjà subjugués et réduits à la condition d’esclaves , les Ombriens établis sur le versant oriental, les Ibères sur l’occidental; ayant rencontré une tribu de Sicules, qui s’appelait les Ausones, ils donnèrent ce nom à toute la Péninsule. Us ne furent jawais les maîtres de l'Italie, où ils campèrent armés comme des étrangers. Pausanias assure que le voyage d'OEnotrus fut la première expédition maritime qui sortit de Grèce pour aller fonder des colonies (3). Les Peucètes s’établirent sur le golfe ioni-
(1) Hist, nat., liv. LI.
(2) On a trouvé en 1444, à Gubbio, leur ville, qu'ils appelaient ZAuveinu, les fameuses tables Eugubines, dont cinq en caractères étrusques, deux en lettres latines, et une en langue ombre, sur lesquelles se sont exercées la patience et l'imagination d’un très-grand nombre d’érudits, (3) Arcadia, ch. III, p. 603,
ITALIE, -—— PREMIERS HABITANTS. ni
a7ie.
que ; les Œnotriens, au midi, où ils poussèrent à la culture des champs les habitants de la Campanie , et luttèrent durant trois siècles contre les Sicules, l’unique peuple qu’Homère mentionne en Italie, jusqu’à ce qu’ils les forcèrent de seréfugier dans l’île qui de leur nom s’appela Sicile.
Tandisqu’Argius, avec Triptolème, fondait T'arse en Cilicie, d’autres Pélasges occupèrent la Macédoine , puis le pays de Dodone ; repoussés par Deucalion et les Hellènes, ils laissèrent des traces de leur passage dans la Pannonie , l’Illyrie (4) et la Dalmatie, bien que la civilisation postérieure les effaçât en partie. Delà, ils abordèrent à l'embouchure du P6, où ils construisirent Spina, 1400 avant J.-C. Les Pélasges eurent à combattreles Ombriens, et firent alliance avec les Aborigènes de la Sabine, qui avaient commencé à grouper des cabanes sans les entourer d’une enceinte. Alors réunis aux Pélasges, ils bâtirent sur les cimes de l’Apennin des villes proprement dites et très-rapprochées les unes des autres. li existe encore beaucoup de leurs murailles, tantôt isolées, tantôt formant ceinture autour des villes ; le peupleles appelle murailles du diable, étonné qu’il est de ces amas de blocs énormes : les unsirréguliers avec leurs interstices remplis de cailloux, comme à Cossa, à Arpino, à Aufidena, semblables à ceux de Mycènes et de Tirynthe ; les autres carrés, comme le bastion antique de Rome etles murs de Volterra et de Frégelles ; quelques-uns tout à fait réguliers, comme à Cortone et à Fiesole, où ils rappellent les édifices circulaires de Tirynthe et de Mycènes ; souvent encore, ainsi que nous l’avons remarqué en Grèce, ils sont mixtes, toujours sans ciment, et annoncent l'emploi de beaucoup de forces et d’un grand nombre de bras. Les constructions de ce genre finissent entre lÆsis et l'Ombrone ; on n’en trouve nulle trace dans l'Italie septentrionale ; un voyageur a prétendu en avoir vu à Cefalu (2), en Sicile, et sur le mont Éryx (3); elles correspondent peut-être aux Nuraghes de Sardaigne et à latou1 les Géants, dans l’île de Gozo, antérieures à l’idolûtrie figurée.
(1) Leslllyriens étaient de la race kymrique qui, des régions du Caucace, vin en Thrace; puis, à travers la Pannonie et l’Adriatique, elle pénétra même dan: P'Épire, d'où peut-être elle chassa les Pélasges. (THUNMANN, Investigation: sur la langue des Albanais et des Valaques. Leipzig, 1774). Les Schipétares des hautes montagnes de l'Albanie À scendent des anciens Illyriens, et leur langue diffère entièrement de l’esclavon. Les Liburnes, de la: même race, occupaient Scheria et Corcira; ils séjournèrent aussi dans le Picénum, selon Pline, H, 13, 14.
(2) Houez, Voyage pittoresque, 1787, t. T, p. 91. (3) Mémoires de l'Institut archéologique, I"° livraison, p. 83, :
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Petit-Radel a fait de ces constructions l’objet d’une étude spéciale; il soutient qu’elles sont particulières aux Pélasges et aux Aborigènes seulement, et qu’on ne voitjamais rien qui leur ressemble dans les ouvrages contemporains des Étrusques ou des Romains. Les monuments des Herniques, des Marses, des Volsques peuvent, dit-il, déterminer à l’aide de sa méthode, l’histoire des Pélasges plus exactement encore que les murailles de Sicyone, d’Argos et de Mycènes; il faut chercher leurs établissements les plus anciens dans le diocèse de Riéti, et surtout dans le canton de Cécolana de la Suisse italienne.
Quoi qu'il en soit, c’en est assez pour ne pas admettre l’opinion de ceux qui ne voient dans les Pélasges qu’une horde farouche formée de races diverses, et dont les courses n’auraient fait que ravager le pays ; d’autres, au contraire, veulent que l’Italie leur soit même redevable de l'alphabet, Évandre, fils de Mercure, l'inventeur des lettres et des arts, étant venu précisément de VArcadie, habitée par les Pélasges. Ce peuple introduisit parmi les naturels grossiers le foyer domestique et la pierre de délimitation (1), c’est-à-dire la famille stable et la propriété; ils établirent dans la Sabine un oracle semblable à celui de l’Épire, Leur art, admirable non par la régularité, comme celui des Grecs, mais par Pénormité des matériaux et sa ressemblance avec les œuvres de la nature, avec lesquellesil finit par se confondre, n’était pas employé pour leservice des rois ou pour honorer les dieux, mais pour l'utilité sociale : murailles, routes, aqueducs, canaux; ce vif sentiment de la vie de cité, révélé par la construction de tantde villes, exerça sans doute de l'influence sur les sentiments futurs des ltaliens , toujours attachés à l'existence communale.
Les Pélasges eurent beaucoup à souffrir en Italie de la stérilité et de la séeheresse des campagnes, mais plus encore des éruptions des volcans, qui s’étendent de l’Etna à Vérone sur une double ligne où s’ouvrent vingt-cinq cratères, et qui, depuis les temps les plus reculés, ne cessent pas de bouleverser ce beau pays. Naples et Cumes furent fondées, en 1139 avant J.-C., sur quatre couches de lave ; le Vésuve devait être éteint alors, pour que Pon construisit une ville aussi près de lui: ce fut probablement son extinction qui donna de l’énergie aux autreswolcans, et, vers 1340, les Pélasges furent contraints par les éruptions d’abandonner l'Étrurie, où les marais formés sur les terrains affaissés avaient rendu leurs demeures insalubres. Cæré, l’une de leurs villes, est
eus oikeios.
Vue, Verne iUo:
ee ne
Étrusques.
à quatre milles du cratère envahi par le lac Bracciano; l'air méphitique deGravisca était proverbial chezles Romains, et le même motif a rendu Cossa déserte ; Saturnia, la ville la plus incontestablement pélasgique, est située sur l’une des collines du volcan dé Santa-Fiora (1). Archippé fut très-anciennement engloutie dans le lac Fucin; d’autres volcans détruisirent une ville dans la forêt Ciminienne, ainsi que Vulsinies etune autre appelée Sucinium, si ancienne qu’elle est à peine mentionnée.
Ces désastres furent peut-être la cause que des Pélasges émigrèrent, pour retourner, soit dans les pays d’où ils étaient venus, soit pour aller plus à l'occident , surtout dans l’Ibérie, où les murailles de Sagonte et de Tarragone accusent une origine pélasgique. D’autres, et le plus grand nombre, restèrent, et furent sinon détruits par les nouveaux peuples, mais dépossédés et réduits à la condition d’esclaves. Les Sybarites, en effet, appelaient Pélasges les esclaves, qui étaient probablement les OEnotriens subjugués par eux ; et peut-êtreles Brutiens, esclaves révoltés, étaient-ils encore ŒÆnotriens. Restés comme esclaves campagnards de la noblesse urbaine, peut-être ce fut pour elle qu’ils bâtirent ces murailles de cités, qui même plus tard conservaient un caractère de solidité.
Le peuple qui les expulsa devait être celui qui se donnait le nom de Rasènes, que les Grecs appelaient Tyrsènes ou Tyrrhènes (2), et les Romains Étrusques ou Tusques. Quel était ce peuple? Hérodote le fait sortir de la Lydie et associe son origine à l’histoire de Héraclides. Hellanicus, au contraire, la confond avec les Pélasges débarqués à Spina ; Denys d’Halicarnasse réfute l’un et l’autre, en affirmant que les Étrusques sont originaires d’Italie ; mais la perte de ceux de ses livres qui concernent ce peuple nous laisse ignorer lesarguments sur lesquels il s’appuyait. Les modernes sont partagés entre ces diverses opinions, sans qu'aucune lait emporté par des raisons décisives.
La probité des Étrusques, la dureté de leur langage, leur coutume d'admettre les femmes dans les banquets, portèrent à croire
(1) Plus tard, l'an 91 avant J.-C., deux montagnes près de Modène, Mufina, parurent se rapprocher, et ce fut peut-être alors que s’affaissa la ville ensevelie sous la Modène actuelle. Dans la même année, le mont Épomée des îles Pithécuses vomit des flammes, et les murs de Rhégium furent détruits par un tremblement de terre.
(2) Nous trouvons de même l'omission du o dansle mot grec tüpaç, que les Latins changèrent en furris. Le grammairien Agrætius nous dit que Tusci, natura linguæ suæ, « litteram raro exprimunt: hæc res fecit haberi liquidam (éd, Puisch, n, 2980), Nous voyons, en éffot, cette lettre étidée dans ies anciens poële: latins,
D; l’air mé- L et le même us incontess du volcan t engloutie ille dans la e Sucinium,
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16, que les Tusci, naà liquidam Îes anciens
qu'ils étaient d’origine germanique; d’autres les supposèrent Grecs, parce qu’ils consultaient l’oracle de Delphes, employaient une architecture qui est une simplification de l’ordre dorique, et faisaient des vases dont le travail, la matière, les sujets et les inscriptions se trouvaient identiques avec ceux des vases grecs. Il en est qui virent en eux des Pélasges, à raison des nombres symboliques, de la gravité de leurs doctrines, et parce qu'ils se
maintinrent en rapport avec Milet et Sybaris, cités ionienne et .
achéenne, tandis qu’ils avaient de l’éloignement pour Syracuse et les autres villes doriques. Quelques auteurs, pour concilier les deux opinions, introduisent les Pélasges-Tyrrhènes (1)," appelés ainsi parce que les Grecs nommaient Tyrrhénie l'Étrurie, et tyrrhéniques les populations de la Grèce qui avaient le plus de rapports avec eux. Et ce nom peut-être dérive de Tyrrha, province de la Lydie, et c’est pourquoi Hérodote appela Lydiens les Tyrrhènes. Les Pélasges-Tyrrhènes, dit-on, se distinguaient des autres races pélasgiques en ce qu’ils n’habitaient pas les côtes, mais l’intérieur des terres, comme la Thessalie et l’Arcadie; puis ils n’étaient pas pirates, mais agriculteurs, et, s’ils appartenaieni à la même origine, ils différaient par la langue et la religion.
Nous, au contraire, nous trouvons partout les Hellènes donnés comme oppresseurs des Tyrrhènes ; d’ailleurs la comparaison de la langue, des croyances, de la civilisation, n’entraine pas des conséquences aussi tranchantes pour ceux qui, comme nous, admettent une fraternité de peuples antérieure aux divisions politiques. Nous proposons, en conséquence, de rattacher les Tyrrhènes à la première migration connue en Italie; mais les Tyrrhènes étaientils les mêmes que les Étrusques?
Les Tusques, certainement, n’ont pas, comme les Pélasges, un langage analogue à celui des Grecs ; ils ont des lucumonies, des fédérations, une religion de génies et de prédictions, qui diffèrent entièrement de ce qu’on voit chez les Tyrrhènes-Pélasges. Peut-être les tribus qui habitaient dans le voisinage d’Adria ou d’Atria se réunirent aux Osques, dans une ligue appelée des Atr-Osques, d’où lenom d’Étrusques (1). Ils étaient peut-être indépendants quand
(1) C. O. Muzer a résumé tout ce qui avait été écrit au sujet des Étrusques, avant 1828, dans ses quatre livres intitulés : Die Etrusker ; Breslau, 1828. Cet ouvrage, sans doute inférieur à son travail sur les Doriens, est précédé par un Vorerinnerung über. die Quellen der Etruskischen Alterthumskunde, où il discute les témoignages grécs, romains et {raditionnels, Souvent il se moque de
la vanité des Italiens (der patriotische Antihellenismus der Lialiæner ; Einl.,
LA
RE 6 en à 60 A |.
arrivèrent les premiers Pélasges, et furent asservis ou restèrent dans l’obscurité durant la domination de ceux-ci; selon quelques écrivains, les Rasènes descendirent de la Rhétie dans lItalie, la conquirent, se fixèrent entre les cités pélasgiques de l’intérieur et de la côte, et reçurent le nomd'Étrüsques , comme les Anglais furent dits Bretons; les créoles d'Espagne, Mexicains et Péruviens ; Lomnbards, les habitants de la haute Italie, Aucun document parmi Les anciens n’atteste cette conquête rasène.
Ce qui prouve ensuite que les Étrusques n'étaient pas Grecs, c'est qu’indépendamment du témoignage de Denys d’Halicarnasse, leur langage différait entièrement, et que les Latins donnèrent le nom de Pélasges aux Grecs et même aux esclaves (1);
11, 10), qui réfutent l’origine grecque de la civilisation étrusque; point qu’il prétend soutenir. Nous ne connaissons cependant pas un admirateur des Grecs plus passionné que l'Italien L. Lanzr. L'origine italique est principalement défendue par Micau, dans son Histoire des anciens peuples italiens, et dans son J{alie avant la domination des Romains. I part du principe qu'une nation indigène, ayant ses croyances et sa civilisation à elle, habita l'Italie , et que, seuleinent plus tard, d’autres peuples y arrivèrent avec des rites nouveaux. G. B. Bruni, dans ses Ricerche intorno all’ origine de’ Pelasgi-Tirreni, soutient qu'ils étaient Phéniciens, ainsi que le font BocuanT, Mazzoccui, DRumonD et autres. Ontout, dans ses Opuscoli litterarii di Bologna (Des peuples rasènes on étrusques), appuie ceux qui les croient originaires de la Lydie. Voy. aussi Niesuur et CREuzER.
GROTEFEND, De la géographie ct de l'histoire de l'ancienne Italie jusqu'à da domination romaine (allemand) ; Hanovre, 1840.
ABEKEN, l'Italie moyenne avant la domination romaine (allemand); Stuttgard, 1843. Cet écrivain reconnait dans l’ancienne Italie quatre races principales :
L Les Tyrrhènes, peut-être Pélasges, auxquels appartiennent les Sicules, les Sabins, les Latins.
LT. Les Rasènes ou Rhètes, qui, se fondant avec les vaincus, formèrent
les Étrusques ; c'est pourquoi les Tyrrhènes entre l’Arno et le Tibre se distinguent des autres.
JL. Les Aborigènes, Casques, Ausones, Aurunces.