‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 94 sur 146 · HIST, UNIV. = TOI · texte numérisé non relu

HIST, UNIV. = TOI

fussent introduites. Lorsqu'on dit que les dieux n'avaient pas de statües , peut-être faut-il èntendre qü’on fe leur donnait point de formes déterminées ; en effet ,lë Mars sabin était vénéré sous fà fornie d’une lancé ; et, mêrhe après Pintroduction du culte idofàtrique, le feu de la déesse Vesta continu de brüler sur l'autel, silencieüsement et sans image. Dans les treinblements de terre , on priait sans invoquer bi dieu connu et déterminé. Des cultes locäux se conservèrent plus tard, côftimé celui de Féronia près des marais et des fontairies , celui de Süranus sur les hauteurs , et de Circé sur les promontoires.

En inême temps que la èité romaine engloutissait les autres cités d'Italie, les religions particulières étaient absorbées par celle des väinqueurs, etles dieux topiques pär ceux de Rome qui leur ressemblaient le plus. De là ; le nombre infini de noms et d’épithètes attribués à chaque dieu, si bien que Värron compta trois cents Jupiters en Italie; mais le culte local et domestique, dont le caractère est tout italique, se conserva dans fes dieux de diverses familles (sacra gentilia, dit gentiles). Quelques-üns des dieux sabins pénétrèrent même avec cetix des vainquéuis, coliriie Sémon Sancus, qüi prit pläce à côté du Janus latin.

L’expiation , dès l’origine, fut poussée jusqu'aux sacrifices humains , qu’on remplaça dans la suite par des usages moitis féroces. Dans les printemps sacrés, on faisait vœü d’immoler aux dieux tout ce qui naîtrait dans le printemps, et les pères égorgeaient leurs propres enfants ; rtiais plus tard on se contenta d'envoyer former des colonies les hommes nés dans cette saison. Les Sabins, dont le sacerdoce tenait de celui des druides, avaient des rites terribles. Dans les graves circonstances de la guerre, les soldats, réunis dans une enceinte faiblement éclairée, devaient jurer soumission au milieu du silence, des victimes et des épées; d’épouvantabies imprécations étaient prononcées contre quiconque désobéirait. A Faléra, on sacrifiait des entants à Junon ; les Hirpins descendaient du Soracte en passant nu-piedssur des charbons ardents ; les Marses maniaient les serpents, comme ils l’avaient appris de la magicienne Angitia, qu'ils vénéraient dans le bois sacré près du lac Fucin (1). Ces faits et d’autres dénotent la férocité naturelle des anciens habitants, domptés ensuite par les thesmophores, qui vinrent d’autres pays pour dégrossir les populations primitives. Tels furent

(1) De nos jours encore, il vient du lac Celano des charlatans qui manient les serpents, et les paysans, pour les morsures, ont pleine confiance dans saint Dominique de Crellino.

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Janus , Saturne, Picus, Faunus, qui, sous le nom de dieux, introduisaient les religions ; ils élevaient ces peuples, ainsi que le pratiquèrent plus tard les jésuites , en les traitant comme des enfants, c'est-à-dire qu'ils leur offraient des repas communs et une noürritute frugale , au lieu de leur assigner des biens propres : aussi les hations postérieures, plus civilisées mais plus malheureuses , donnèrent-elles à cette époque le nom d’âge d’or (1).

Janus tient du Nord ; il apparaît an milic: de peuples non encore établis (2). Saturne a le caractère oriental, et trouve une population agricole; peut-être il symbolise des colonies phéniciennes, qui, chassées de Pile de Crète , abordèrent en Italie. On compte encore pärmi les thesmophores Italus, qui, au temps où Thésée réunissait les dèmes de lAttique, établit la communauté ues biens dans la péninsule inférieure, enseigna l’agriculture et les repas fraternels qui duraient encore au temps d’Aristote (3).

Par les soins des thesmophores, des asiles, placés sous la protection des dieux ou d'un chef de tribu, sont établis contre la persécution des forts. Les chefs de tribus deviennent patrons, les protégés clients , et les uns et les autres s’unissent pour subjuguer les ennemis, dont ils font des esclaves. Les thesmophores, ne pouvant abolir la guerre, la tempèrent par le droit fécial; un prêtre, en vertu de ce droit, se présente à l’offenseur et lui assigne un terme avant l'expiration duquel il doit réparer ses torts, sinon on lui déclarait les hostilités. D’autres prêtres promettaient des prodiges et faisaient des imprécations.

L'Italie, déjà civilisée, conserva quelques traces de la vie no-

(1) Janus, comme nous l’avons dit de Manou, dut être le nom de quelqu'un des premiers sages, dont le souvenir se conserva parmi les peuples les plus divers. Ce nom paraît signifier seigneur. Chez les Phéniciens John correspondait à Baal ; en gallois, il veut dire seigneur, dieu, cause première. Bacchus fut appelé Janna, Jon, Jona, Jain, Jaungoiroa, dieu, seigneur, maître. Les Scandinaves appellent Jon le soleil, que les Troyens aussi adoraient sous le nom de Jona (Ja- MEISON’s, Hermes scythicus, p. 60). Cet astre, en persan, s’appelle Javnaha, et jannan veut dire chef. Voir Picrer, Sur le culte des Cabires en Irlande, p. 104.

On dit que le Latium fut ainsi appelé parce que Saturne s’y cacha, Zatuif. Or, en phénicien, saturn veut dire précisément Zatens (PorockE, Specimen hist. Arabum, p. 120. Oxford, 1806.) Les vers saturnins, les fêtes saturnales, montrent l'antiquité de ce civilisateur et la grossièreté de son âge. Tof sæculis (dit Macrobe, Saturn. I. 7) Saturnalia præcedunt romanæ urbis ætatem.

(2) Raoul-Rochette voit dans Joan, Jon, Janus, le chef d’une colonie ionique, arrivée en Italie en 1431.

(3) Polit., VIL., 9.

made (1); les divinités pastorales, les fêtes etles divisions de l’année relatives à la vie pastorale et à l’agriculture, et le culte du dieu Terme, rappellent les usages primitifs d’un peuple voué aux truvaux des champs et au soin des troupeaux.

Les Marses étaient loués pour leur courage et leur frugalité ; les Sabelli, pour leur inculte honnêteté ; leurs femmes, ainsi que celles des Apuliens et des Samnites, pour leur sagesse et leur sobriété. Aux Lucaniens pillards faisaient contraste les Sabins pieux et justes ; aux mous et timides Picentins, les Péligniens et les Samnites belliqueux, qui voulaient mourir libres. Les Samnites avaient une éducation robuste, et, comme nous l’avons dit, des rites druidiques effrayants (2). Magnifiques dans leurs armes, ils menaient une vie frugale dans leurs maisons, élevaient des troupeaux et des poulains, tissaient la laine et se mariaient fort jeunes. Dans un jour solennel, on choisissait les douze jeunes gens les plus sages et les plus braves, auxquels on laissait le choix de leurs épouses (3); s'ils s’en rendaient indignes, ils en étaient séparés. Les Ombriens pratiquaient les ordalies, semblables aux jugements de Dieu de notre moyen âge (4), qui faisaient intervenir immédiatement la Divinité pour attester par un miracle la vérité en discussion ou l’innocence calomniée.

Les mœurs des Italiotes nous offrent des caractères par lesquels ils se distinguent des Grecs et des Asiatiques. L’atrium (ainsi nommé peut-être d’Adria) indique une manière de vivre en commun et à découvert; là, autour du foyer des lares, se réunissaient les enfants, les femmes, qui n'étaient pas renfermées dans les gynécées, et les esclaves eux-mêmes, dont le nombre était considérable.

L'agriculture prospérait beaucoup dans l'Italie d’alors; nonseulement le blé suffisait à tous les besoins, mais on en expédiait au dehors (5); lorsque la récolte était médiocre, on y suppléait

(1) Donn SEIFZEN, Vestigia vilæ nomadicæ tam in moribus quam in legibus romanis conspicua. Utrecht, 1819.

(2) Horace, Odes, III, 6.

(3) Peut-on trouver une plus noble instilution ? s'écrie Montesquieu (£sprit des lois, VI, 17). Et cependant la femme est réduite à l'infimc condition d'être choisie sans pouvoir choisir ni refuser,

(4) OuBoinor Otav mpd; &AnAOU Éyuaiv duyrsfiirnav, xatondmévres ds èv Trou payovre, a OoxoÙot Gixarôtepa 2ÉVELv ol Évavtious anocpétavtes, « Les Ombriens, quand ils ont un procès à vider entre ceux, combattent armés comme en guerre, et pensent que celui qui tue l’autre a raison. » NicoLAs DAMASCÈNE, ap. STODÉF, Serm, 13°. :

(5) Olim ex Ilaliæ regionibus longinquas in provincins commeatus porlabant. F'acrr, Ann., XIT.

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par le millet (1). On faisait des vins exquis et d’espèces diverses ; Horace, même après que l’on connut la Grèce et l'Espagne, vante presque exclusivement ceux de la péninsule italique, et Pline dit qu’ils figuraient seuls sur les tables impériales. Le nom d'Italie vint, dit-on, du grand nombre de ses bœufs (2). Les porcs de la Gaule cisalpine nourrissaient des armées entières (3) ; la laine remplaçait la soie pour les vêtements des grands personnages , et la toile pour les tentes militaires. Celle d’Apulie était préférée aux toisons de la Milésie, et, pour la conserver saine et moelleuse, on couvrait les brebis de peaux. Avec les laines de Padoue, fines et soyeuses, on faisait des draps et des tapis (4); on en recueillait de très-blanches autour du PÔ , de très-noire à Pollenza, et celles d’Espagne , quelque réputées qu’elles fussent, leur étaient inférieures pour la durée (5). La contrée abondaïit au:si en chevaux; ceux des Vénètes étaient recherchés au dehors, et l’Apulie ncurrissait de nombreuses races (6).

Nous trouvons des vestiges de leur antique sagesse pratique dans quelques-uns de leurs proverbes , cités par les Romains, et qu devaient avoir cours avant que la culture des champs 1bandonnée aux esclaves : « — Triste agriculteur que celui qui a:hète « ce que son fonds peut lui fournir. — Triste maître de maison « que celui qui fait de jour ce qu’il peut faire de nuit, sauf le cas « d’intempéries. — Plus mal avisé celui qui fait pendant les jours « de travail ce qu'il pourrait faire pendant les iours fériés. — Pire « encore celui qui travaille à l'abri plutôt qu’en plein air dans les « jours sereins (7). — Le champ doit être plus faible que « le cultivateur, afin que celui-ci l'emporte dans la lutte (8). — Ne « laboure pas une terre humide (9). Semaille hâtive trompe sou- « vent; semaille tardive, jamais, à moins d’êtremauvaise (10). — « Ne fraude pas sur la semaille (41). »

On priait les dieux de faire prospérer la mriscn pour soi et pour

(1) SrraBon, V.

(2) Tlalus, vitulus.

(3) PoLype, IL.

(4) STRABoN, V; Puine, Hist. nat., VIIT, 48.

(5) Varrow, De Lingua lalina.

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