‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 96 sur 146 · UN VAUT · texte numérisé non relu

UN VAUT

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On disait que les prètres étrusques savaient attirer (elicere) la foudre, qu’ils s’aperçurent qu’elle produisait des changements de couleur, tombait parfois du ciel et parfois sortait de la terre (1). Rituellement, ils distinguaient les foudres en fumida, sicca, clara, peremptalia, affectata… Les publiques regardaient l’État tout entier et donnaient un augure pour trente ans; les privées, un seul individu , et n’avaient d'influence que pour dix ans tout au plus ; les domestiques, une seule maison, et se rapportaient à la vie entière : l'endroit où la foudre tombait était sacré.

D'un côté, on dit, à l’honneur des Étrusques, qu’ils furent exempts des fables grecques (2), et, de l’autre, on nous les donne comme les pères des superstitions. Nous savons que les prêtres de Tarquinies égorgeaient les prisonniers ; d’autres fois, les augures étrusques se présentaient à l’ennemi vêtus en démons agitant des scrpents et destorchesallumées ; ce qui ne peut s’accorder qu’en faisant une distinction entre la doctrine ésotérique et les croyances vulgaires. Dans le peu de documents qui ont survécu, la religion des Étrusques nous apparaît grave et mélancolique, comme la religion d’un peuple à qui était fixé d'avance le nombre de siècles que lui-même et le monde devaient subsister. Dieu créa le monde

a six mille ans : dans la première période, le ciel et la terre ; dans la seconde, le firmament; dans la troisième, les eaux ; dans le quatrième, le soleil et la lune; dans la cinquième, les âmes des oiseaux, des reptiles et d’autres animaux vivant dans l'air, sur la terre et dans l’eau; dans la sixième, l’homme, dont la race durera autant que la création (3).

Jupiter, était toujours de bon augure chez les Étrusques et les Romains, Voir CneuzEn, Symbolique.

(1) Etruria erumpere quoque terra fulmina arbitratur, Pine, I, 53.

(2) Sed Roma tam rudis erat cum reliclis Libris et disciplinis hetruscis, græcas fabulas rerum et disciplinarum erroribus ligaretur, quos ipsi Hetrusci semper horruerunt. Caron, Origines. Et PLaciniwus Lurar, (ex TaGes, Schol. ad Thebaidem Statii, 1V, 516) : Deum Demogorgona, cujus nomen scire non lice... principem et maximum deum, cæterorum minimorum ordinatorem.

(3) Ainsi, chez les Perses, nous trouvons les douze millénaires, divisés selon les signes du zodiaque; de même, chez les Indiens, notre âge doit finir dans douze mille années divines.

Gors, dans les Agrimensori, p. 258, rapporte ce Fragmentum Vegoiæ Arrunti Voltymno:

Scias mare ex œthere remolum. Cum autem Jupiter terram Hetruriæ sibi vindicavit, constituit jussitque metiri campos, signarique agr'os ; sciens hominum avaritiam vel terrenam cupidinem, terminis omnia scita esse voluit, ques quandoque ob avariliam prope novissimi loctap)) sxentt dés

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Si nous devons nous en rapporter à Passeri (1), la philosophie secrète des Étrusques admettait un seul Dieu, une révélation, l’homme formé de la fange et déchu d’un état meilleur ; les bons, après la mort, se transformaient en dieux ; les fautes légères s’expiaient dans cette vieou dans l’autre, et des peines éternellesétaient réservées aux pervers. Dans la religion du vulgaire, les trois divinités principales étaient Tina ou Jupiter, Cupra ou Junon, et Minerve; chacune d’elles devait avoir son temple dans toutes les villes confédérées. Douze dieux Consentes, six mâles et six femelles, assistaient Tina , âme du monde et cause première. Auprès de Tina, et parfois identifié avec lui , siégeait Janus , frère ou époux de Casamène, femme et poisson; il portait les clefs dont il ouvrait l’année , et de sa double face il regardait l'Orient et l'Occident. Les figues qui se donnaient en son honneur, avec des feuilles de laurier, pour étrennes, au commencement de l’année, révèlent suffisamment lorigine agreste de son culte.

Les hommes, les maisons, les villes, les dieux eux-mêmes, avaient leurs génies gardiens , êtres intermédiaires entre l’humanité et la Divinité. Tout homme en a deux près de lui : l’un occupé à le diriger au bien, Pautre à le pousser au mal, La maison, avec toutes les joies qui l’accompagnent, est gardée par les lares, tandis que les pénates, génies de la divinité, répandent l’abondance et les plaisirs, veillent au triple bien de la patrie, de la famille et de la propriété. Les pénates étaient ou publics ou domestiques; aux premiers , qu’on adorait dans les temples , présidaient Jupiter et Vesta. Les pénates domestiques avaient leur culte dans la maison et au foyer de la famille ; ces derniers avaient été des hommes. Lorsque les âmes sortaient du corps, celles devenaient lémures ou mûnes ; si la postérité de leur famille les adoptait , on les appelait larves ; si elles avaient été repoussées à cause de leur iniquité, elles apparaissaient comme /arves, terribles aux mé-

sibi homines malo dolo violabunt, contingentque alque movebunt. Sed qui contigerit moveritque, possessionem promovendo suam, allerius minuendo, ob hoc scelus damnabitur a diis. Si servi faciant, dominio mutabuntur in deterius. Sed si conscientia dominica fiet, celerius domus extirpabitur, gensque ejus omnis interiet. Motores autem pessimis morbis et vulneribus afficientur, membrisque suis debilitabuntur. Tunc eliam terra a tempestatibus vel turbinibus, plerumque labe movebitur. Fruclus sæpe lædentur decutienturque imbribus atque srandine, caniculis interient, robigine occidentur ; multæ dissensiones in populo fient. Hæc scilole, cum talia scelera committuntur : proplerea neque fallax, neque bilinguis sis, disciplinam pone in corde tuo.

chants (4). Les aïeux étaient, par ce motif, inhumés dans la maison. Le foyer domestique était l’autel des lares , et leurs images se conservaient dans le /araire, sanctuaire placé dans Patrium. Souvent les mânes revenaient visiter leurs parents ; puis, à des solennités déterminées, ils sortaient tous de leurs asiles funèbres, et, à cette occasion, on célébrait leur commémoration.

On a cherché à ramener les nombreuses divinités du panthéon étrusque à la trinité, introduite à Rome après Tarquin l'Ancien; d’autant plus que, selon Servius, la loi exigeait, dans la construction des cités étrusques, qu’il y eût trois portes, trois temples, trois divinités , Jupiter, Junon, Minerve. Ainsi, les divinités que nous regardons comme distinctes n'étaient peut-être que des représentations variées du même dieu : Tina (Jupiter) apparait tantôt comme le Zeus olympique , tantôt avec le lierre de Bacchus, tantôt avec le laurier d’Apollon, tantôt avec les rayons comme le Soranus sabin; il est Terme pour défendre les confins , Quirinus pour la guerre, et divinité chthonienne. Junon, dont nous ignorons le nom étrusque, ressemble parfois à Vénus; elle est tantôt Populonia comme déesse du peuple, et tantôt Zibera comme femme de Jupiter Bachique (Liber). Minerve, identique avec Nortia, Valentia et Illilia, préside au destin. Fortuna et Palès, des quatre pénates étrusques, s’identifient avec Minerve et Jupiter. Quant à Cérès, peu connue en Étrurie dans les temps reculés, elle ne saurait être que la double expression de Junon. Le génie Jovialis, père du miraculeux Tagès, signalé comme la quatrième divinité pénate, était regardé comme le fils de Jupiter et de père des hommes. Plus tard les étrangers et les aborigènes firent accepter aux Étrusques un cercle plus étendu de divinités et de génies; bien plus, ils empruntèrent tant d'idées helléniques, soit aux anciennes traditions des Pélasges , soit à celles des colonies, qu'un grand nombre de leurs vases paraissent ayvir été peints dans des contrées grecques. En général, nous ne trouvons pas chez eux, comme chez des Grecs,

(t) Manrrianus CapELLA, de Nuptiis Philologiæ et Mercurii, etc., 11, 62, d'accord avec les anciens, dit : « Verrum élli (Hetrusci) manes, quoniam corporibus illo tempore tribuuntur, quo fit prima conceptio, étiam post vitam tisdem corporibus delectantur, atque cum iis manentes appellantur Lemures. Qui si vilæ prioris adjuti fuerint honeslate, in Lares domorum wrbiumque vertuntur; si autem depravaniur, ex corpore Larvæ perhibentur ac Maniæ, » Sur la religion des Etrusques, voy. la Symbolique de Fr, Creuzun, admirablement traduite par M. Guicntaur, 1825-1851; voy. surtout, d'Otifried Müller, Les Étrusques, 1828.

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