‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le commerce ne pouvait combler les vides qu’une agriculture défaillante laissait dans les approvisionnements. Les habitants de la péninsule, à l’exemple des anciens Romains, avaient opiniâtrement conservé le mépris de l’antiquité pour le travail des mains; et l’Italie recevait du dehors non-seulement les denrées de première nécessité, mais celles deluxe, les draps, les soieries, sans rien produire et sans rien exporter elle-même.

AlliiiNnenu'iil lien caractère* t décadence du sentiment religieux, de la littérature et de* art*.

L’affaissement des caractères, la démoralisation, avaient suivi naturellement l’abaissement politique et la misère générale ; les soldats, les défenseurs de l’Italie, étaient, ainsi que les empereurs, comme le produit de l’importation étrangère. L’Italie n’enfantait plus ni généraux, ni légionnaires. Les sénateurs, les clarissimes , les perfectissimes , après s’être plaints d’être éloignés des commandements militaires, avaient fini par tenir à honneur cette exemption qui les dispensait du courage. Avides des charges civiles, si lucratives, ils croyaient déroger en paraissant dans les armées. Depuis près de deux siècles, l’Italie n’avait pas fourni un seul officier remarquable. Les empereurs, après avoir pris les généraux parmi les provinciaux , les choisissaient maintenant parmi les barbares ; Théodose confiait le commandement général des troupes d’Occident à Stilieon, Vandale d’origine. Tels généraux , telles armées ; les légions n’étaient elles-mêmes depuis longtemps remplies que d’étrangers, de barbares, à défaut de nationaux ! Le peuple des grandes villes italiennes fuyait le service militaire, regardé autrefois comme le privilège des propriétaires. Les descendants des Romains se coupaient les doigts pour y échapper. Les sénateurs, de leur côté, offraient de ’’or à l’empereur pour qu’on n’enrôlât point leurs colons et leurs esclaves et qu’on n’achevât pas la désertion complète des campagnes. La défense du sol sacré était remise forcément à des barbares soldés, frères de ceux qui le menaçaient.

Après tout , si les Italiens ne combattaient plus, c’est qu’ils

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n avaient, pour ainsi dire, plus ni patrie, ni religion. L’Italie avait cessé d 'être la terre nourricière qui autrefois formait tant de fortes générations. La religion , celle du moins qu’ils étaient habitués à considérer comme autochthone, qui se rattachait à tout leur passé glorieux, celle dont les temples et les images couvraient encore le sol, disparaissait pour faire place à une autre foi venue de l’Orient; celle-ci s’imposait irrésistiblement à eux, il est vrai, mais sans étouffer un reste de sympathie pour de vieilles et chères croyances; ils ne se sentaient plus païens, mais ils ne s’abandonnaient pas sans réserve et sans regret à une religion qui les subjuguait sans les attendrir, sans les ranimer encore.

Ainsi, le sénat romain venait d’envoyer successivement quatre ambassades à Théodose pour obtenir la restauration de l’autel et de la statue de la Victoire dans le temple où il s’assemblait; et il avait fallu tout le zèle ardent et la persistance de l’archevêque de Milan, Ambroise, pour vaincre dans l’esprit de l’empereur l’éloquence toute païenne du sénateur Symmaque. Quelque temps après, quand Théodose tout-puissant obtint de la majorité du sénat, après une discussion solennelle, la condamnation de Jupiter et l’exaltation du Christ, une assez forte minorité protesta. Théodose, armé du glaive de la loi, put proscrire les sacrifices, fermer les temples, dissoudre les collèges des prêtres païens ; les plus zélés d’entre les chrétiens, à la suite de quelques moines, se précipitèrent sur les temples pour abattre , sans respect pour l’art , ces sanctuaires des vieilles superstitions. Les Italiens ne défendirent ni leurs anciens prêtres, ni leurs idoles; quelques membres du vieux collège des pontifes quittèrent même leurs ornements païens pour revêtir la robe blanche des néophytes; et le peuple remplit quelques-uns de ces temples, convertis en églises chrétiennes, comme le Panthéon à Rome. Néanmoins, dans l’esprit de beaucoup, la fortune de l’Italie semblait condamnée avec ses anciens dieux; et quand un nouveau malheur arrivait, ceux qui, avec Zosime, dénonçaient l’abandon de la vieille religion comme la cause du mal, étaient plus nombreux que ceux qui, sur la foi de saint Augustin et de Salvien, regardaient l’in va-

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