CHAPITRE I
sion des barbares et la chute de l’empire comme un châtiment providentiel des crimes des païens.
Les lettres et les arts étaient tombés avec la liberté, la grandeur et la religion de la vieille Italie; la péninsule était devenue tributaire des contrées voisines pour les dons de l’esprit comme pour les besoins du corps et les mâles vertus du cœur.^ Augustin était venu d’Afrique enseigner la rhétorique dans la patrie de Cicéron, de Pline et de Tacite. Pacatus avait été appelé de Gaule pour faire le panégyrique de Théodose. C’était un Grec , Claudien , qui retrouvait l’art de Virgile et de Lucain pour chanter les dernières victoires do llome sur les barbares; il fallait un Égyptien, Macrobe, pour recueillir avec un pieux respect , qu’on n’était pas en droit d’attendre de lui, les secrets du foyer romain et du culte effacé des dieux pénates. Ambroise, archevêque de Milan, et Paulin de Nôle, venus jeunes il est vrai en Italie, étaient nés en Gaule. Un soldat né à Antioche, Ammien Marcellin , était le seul enfin qui se servît de la langue de Tite Live pour raconter quelquefois avec indignation et douleur les misères de l’empire. Les citoyens opulents , parés des noms de Raburruset de Tarrasius pour imposer au vulgaire, vêtus de robes flottantes de soie et de pourpre, avaient assez à faire de pratiquer l’usure ou de donner des festins dans leurs maisons de campagne de Puteoli et de Caiète ; ils n’entraient même plus dans leurs bibliothèques qui restaient fermées comme des tombeaux où le jour ne pénétrait jamais. Et le peuple, n’avaitil pas sa journée bien remplie ? Dès le matin, il allait se plonger dans les vastes bassins des Thermes , il courait recevoir le pain et le lard de la distribution gratuite ; alors bien repu, sans travail , il s’asseyait au cirque pour suivre pendant des heures entières le char qui portait la couleur préférée ou pour parler encore des combats regrettés des gladiateurs ; le soir avait aussi son emploi , c’était le moment réservé aux plaisirs de la taverne. Dans une famine , à Rome , quand il s’agira de débarrasser la ville de quelques bouches inutiles, le peuple fera mettre dehors les grammairiens et les rhéteurs pour garder les mimes, les pantomimes et les bateleurs, qui lui font oublier la faim sur le théâtre.
ÉTAT DE L’ITALIE
De l’art il n’en faut non plus parler. Les Romains dégradaient eux-mêmes les vieux monuments de leur gloire pour y puiser les matériaux de leurs nouvelles demeures. Les sénateurs faisaient encore couler leurs statues en or ou en bronze pour éterniser leur nullité vaniteuse. Mais quand il s’agissait d’élever un arc de triomphe à un empereur victorieux, faute d’artistes, on dépouillait l’arc de Trajan de ses bas-reliefs et de ses colonnes. Le christianisme même n’avait pas encore la puissance d’animer la pierre ; il ravissait les vingt-quatre colonnes de marbre violet du môle d’Adrien pour orner la basilique de Saint-Paul.
1, 'armée et rÉ|(lieie, Meules iimtltutlon» vivante», mal* peu propre» il sauver l'Italie.
Deux institutions seulement avaient encore quelque vie en Italie, l’armée et l'Église; mais elles étaient peu propres à soutenir l’ancien ordre de choses, et se trouvaient atteintes même jusqu’à un certain point de la décadence universelle. Un maître général de la milice, qui avait sous ses ordres un maître de la cavalerie , un maître de l’infanterie et des ducs et comtes chargés de surveiller les frontières et de défendre les provinces , commandait l’armée encore fortement organisée; mais les cadres étant remplis par des barbares au service de l’empire , ce n’était plus le vieil esprit romain qui animait les légions. Avec les mœurs et les coutumes de tous les peuples représentés dans les armées romaines , l’indiscipline et le caprice naturels à ces barbares avaient pénétré dans les armées. Accoutumés à suivre le chef de guerre qui leur promettait le plus de butin , ces mercenaires s’attachaient moins à l’empereur, symbole de l’unité de l’empire, qu’au maître de la milice, souvent au général barbare qui les commandait. Braves, aimant la guerre, mais plus encore les jouissances que leur offrait la civilisation corrompue des provinces romaines, n’ayant de romain que le nom, ils étaient prêts aussi bien à défendre l’Italie contre les autres barbares , qu’à se joindre à eux pour s’en assurer la possession.
L’Église n’avait pas un attachement beaucoup plus pro-