‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 9 sur 347 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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riales responsables des impôts, et les autorisât à faire retomber sur les pauvres les vexations qu’ils éprouvaient eux-mêmes de la part des agents du fisc.

luipniMNance de rudiuinitntratlon ; ruine de l'uKrlcullui'e ; iiilwèrc de la péninsule.

Cette organisation savante ne conjurait pas les misères que le despotisme impérial avait multipliées en Italie plus encore que dans le reste de l’empire. L’agriculture, première condition de la force et de la prospérité d’un peuple , avait péri complètement dans un des pays les plus fertiles de l’Europe. Déjà, sous la république, les grands propriétaires, voyant dans leurs esclaves de mauvais cultivateurs, et trouvant trop coûteux le travail des hommes libres, avaient converti leurs terres labourables en vastes prairies1. Vespasien et Titus, en enlevant aux colonies, bourgs et villages les pâturages et bois communs*, achevèrent d’un coup la ruine de tous les petits propriétaires, qui, faute de cette ressource, cessèrent de continuer la culture, vendirent leurs terres, ou se firent colons des plus riches. Qu’on ajoute à cela, par suite de l’influence de l’argent en Italie, la cherté des bras et par conséquent des produits du sol, et l’on comprendra comment ces immenses propriétés ( latifundia ), qui n’étaient que jardins de luxe près des villas et vastes prairies tout à l’entour, couvrirent la péninsule, et comment l’Italie devint tributaire pour sa subsistance de pays moins favorisés de la nature, mais mieux cultivés.

Tant que l’Italie jouit du privilège de l’exemption de l’impôt, que les empereurs y répandirent l’or des provinces et les esclaves faits prisonniers sur l’ennemi, une prospérité factice cacha ces causes de ruine. Mais lorsque la capitation , X indiction y X or lustral et coronaire pesèrent aussi sur l’Italie déchue et que les provinces se disputèrent les esclaves pris sur les barbares , la misère , la dépopulation s’accrurent dans une proportion effrayante. Les grands pro-

i. «Propter avaritiart) contra leges ex segetilms fecit prata. » Varro, lih, II, i le Re runticn ; proœmium .

a. «Conipascna. Ri Ivre communes. » V. Sè'uli Flarci, de Cond. agroritm. »d Gtrsii.

ÉTAT DE L’ITALIE

priétaires à leur tour, les sénateurs surtout, qui ne pouvaient avoir de fonds et d’immeubles qu’en Italie, furent frappés, et la petite propriété écrasée acheva de disparaître. Dans les villes, le corps des curiales , épuisé par la responsabilité des impôts qui pesaient sur lui , non-seulement ne put entretenir les monuments, les murailles, les aqueducs des cités, mais tomba sous le poids des charges qui s’augmentaient tous les jours, et vit ses membres chercher à sortir de la curie pour se réfugier au moins parmi les colons. Les campagnes voyaient s’opérer un mouvement contraire; les petits possesseurs ruinés se réfugiaient dans les villes comptant sur les distributions, cependant plus rares, de pain et d’huile. En vain la loi chercha à retenir le curiale dans la cité, le colon sur son champ, l’ouvrier même à son métier, en enchaînant le propriétaire à la curie, l’agriculteur à la glèbe, le travailleur à la corporation ; on vit les villes démantelées et en ruine remplies de mendiants affamés et avides des spectacles du cirque; on vit les campagnes parcourues en tous sens par des brigands qui s’assemblaient en troupes pour piller les villas ou les faubourgs des cités, et se réfugiaient dans les gorges des Apennins auprès des pâtres, complices et recéleurs de leur brigandage; on vit enfin le fisc qui ne pouvait plus mettre la main sur ses agents responsables , et les propriétaires que leurs esclaves abandonnaient pour aller augmenter le nombre des brigands , faire la chasse aux hommes afin de ramener les curiales dans la cité et les cultivateurs à leurs travaux.

Au IIIe siècle déjà le mal était si grand que plusieurs empereurs avaient senti la nécessité d’y remédier. Aurélien avait tenté de repeupler la Toscane et la Ligurie. Valentinien, en 370, établit des barbares sur les bords du Pô pour en cultiver les rives. Frigeried, général de Gratien , un peu plus tard , transplanta des Goths, des Taïfalcs et des Huns, entre Parme, Modène et Reggio, qui, selon saint Ambroise, n’étaient plus que des ruines et des cadavres de cités ( toi semiruta urbium cndavera). Honorius sera bientôt obligé d’exempter de l’impôt cinq cent mille journaux de terre devenus stériles dans la fertile Campanie. Le fisc recule devant les ruines qu’il a faites.

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