‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 105 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

quatrième croisade , tombait sous les coups des Grecs l’année même de l’avénement d’Urbain. Michel Paléologue, favorisé par les Génois, rentrait dans Constantinople, d où s échappait Baudouin II. Gènes, pour prix de ses services, se faisait céder le faubourg de Galata dans la capitale et 1 île de Chio. Venise s’efforçait, soit en traitant avec le nouvel empereur, soit en combattant contre les Génois, de conserver les débris des conquêtes de son doge, Dandolo. Pise enfin piofitait de l’embarras et du desordre de tous pour accroîtie son commcrce.

Urbain IV, réfugié à Civita Vecchia, pour ne *pas rester dans une ville au pouvoir de son ennemi , reprit la vieille politique du saint-siège et appela l’étranger au risque de compromettre encore l’Italie; il renonça à conquérir le royaume de Sicile, et résolut au moins de le donner à un souverain dans lequel il pût trouver un vassal orthodoxe et

obéissant. ....

La France semblait alors, sous la main de saint Louis, s accroître en force et en dignité de tout ce que perdait l’empire d’Allemagne. Urbain IV offrit l’héritage de Manfred d’abord à saint Louis, puis, sur le refus de celui-ci, à son frère Charles, comte d’Anjou et du Maine, époux de Béatrix, comtesse de Provence. Le choix de ce dernier offrait tous les avantages qu’on espérait, comme tous les périls qu’on en pouvait craindre. Plein de zèle pour l’Eglise qui l’appelait, iPcroyait accomplir une œuvre sainte ; mais animé aussi d’une ambition sans mesure, il voyait le triomphe de la foi dans le sien propre , et sa religion pouvait devenir l’instrument consciencieux de sa politique. Le traité fut conclu déjà avec une sorte de défiance par le pape et sous des garanties qui montraient toutes les appréhensions du saint-siège. Charles d’Anjou recevait en fief du saintsiège, pour lui et ses descendants directs, à la condition de l’hommage et d’un tribut annuel de huit mille onces d’or, le royaume de là et de çà le Phare , à l’exception de Bénévent et de son territoire, cédés au pape. Il s’engageait à entretenir trois cents cavaliers pour le service de l’Église, à ne réunir jamais à ce royaume la couronne impériale, la Lom-

hardie ou la Toscane , et à conserver toutes les immunités du clergé ; il consentait à sa déchéance s’il n’observait point toutes ces conditions (1263).

Chaque pas de Charles d’Anjou vers son but fut suivi par le saint-siège avec presque autant d’inquiétude que d’espérance. Urbain IV avait opposé à Martino délia Torre , qui paraissait s’être rapproché des gibelins par l’adoption de Palavicino comme podestat, un archevêque choisi dans une famille puissante et rivale, Othon Visconti. Quand Philippe délia Torre , successeur de Martino , après s’être fait reconnaître seigneur des villes de Novare, Côme, Verceil, Bergame, en même temps que de Milan, congédia Palavicino et obtint de Charles pour podestat un de ses sujets, Barrai de Baux, le pape n’en soutint pas moins l’opposition de l’archevêque. Ce fut bien pis quand les Romains annoncèrent l’intention de choisir Charles d’Anjou lui-même pour sénateur. La proscription de la maison de Souabe ne paraissait déjà plus avoir d’objet ; le danger n’avait fait que changer de nom. Urbain IV le permit cependant par crainte de voir les Romains, qui voulaient absolument un prince à leur tête, préférer encore Manfred, mais à la condition que Charles d’Anjou ne garderait cette dignité que tant qu’il plairait au pape.

L’Italie, effrayée de la puissance de Manfred, se livra avec moins de défiance que le saint-siège. Montferrat, en rapports fréquents de voisinage avec la Provence, ouvrit tous les passages des Alpes , et les portes de la ville d’Asti , quand Béatrix elle-même , la fière et courageuse femme de Charles d’Anjou, ayant à ses côtés son gendre, Robert de Béthune, héritier de la Flandre, et Traissignies, connétable, entra en Italie à la tête d’une brillante armée de vingt mille hommes (1265). Le seigneur de Milan délia Torre la conduisit à travers le Milanais jusqu’à l’Oglio , où le marquis Obizzo d’Este et le comte Saint-Boniface vinrent la prendre et rendirent inutile la mauvaise volonté de Buoso de Doara, qui voulait défendre le passage de ce fleuve. Le marquis Palavicino, gibelin , voulut seul faire quelque résistance, et fut battu à Capriolo.

L’entente devint plus complète aussi de la part du saint-

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