‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 106 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

siège, lorsqu’à la place d’Urbain IV monta sur le trône un pape français, Clément IV, tout dévoué à la maison de France dont il avait été le ministre (1265). Charles s’embarqua alors à Marseille avec mille chevaliers pour se rendre aux bouches du Tibre et prendre le commandement de son armée à Rome. Battu d’une affreuse tempête, il n’échappa qu’avec peine à la flotte ennemie, et entra comme par miracle sur une barque dans Rome ; mais il y fut reçu avec le plus grand enthousiasme ; Clément IV lança l’excommunication sur Manfred et les siens, donna à l’expédition toute la couleur d’une croisade, ordonna la levée d’un décime sur le clergé, et, dans le besoin d’argent où était Charles d’Anjou, donna hypothèque aux banquiers de Pise, de Florence et de Gènes sur les basiliques romaines.

Couronné roi de Sicile par quatre cardinaux, « résolu à envoyer son ennemi en enfer ou à se faire mettre en paradis, » Charles d’Anjou se dirigea alors sur les frontières du royaume de Naples à la tête de son armée , augmentée de quatre cents émigrés guelfes de Florence , commandés par Guido Guerra, et de quatre mille Bolonais entraînés par les prédications d’un évêque. Il pouvait laisser derrière lui sans s’inquiéter la Toscane, où Guido Novello, capitaine des soldats de Manfred et chef des gibelins, dominait dans Florence et tenait pour le fils de Frédéric ; car dans le royaume de Naples, la trahison éclaircissait les rangs de l’armée chargée de défendre la frontière. Le comte de Caserte livra le passage du Garigliano ; l’ardeur française emporta le fort de Rocca d’Arce, regardé comme imprenable, et le couvent non moins fortifié du Mont-Cassin. Manfred se replia sous les murs de Bénévent , et offrit la bataille sur les bords du Calore dans la plaine de Grandella, quoiqu’il eût pu épuiser peut-être son ennemi par une guerre de détail (26 février 1 266).

Les Allemands et les Sarrasins eurent d’abord le dessus ; mais Charles d’Anjou, combattant des excommuniés, des infidèles, crut pouvoir donner l’ordre, considéré alors comme déloyal, de frapper aux chevaux. L’armée de Manfred commença à plier; le comte délia Serra, celui de Casate, le

LE GRAND INTERREGNE ET LA MAISON ü’ ANJOU ( 1250- 1303,. 209

grand trésorier, tous les Apuliens, «devenus couards ce jour-là, » selon l’énergique parole du poète, donnèrent l’exemple de la fuite. La chute de l’aigle d’argent qui formait le cimier de son casque persuada à Manfred que c’en était fait. Il se jeta au milieu des ennemis pour ne pas survivre à sa défaite et y trouva la mort. L’armée française ensevelit d’abord le brave chevalier sous un monceau de pierres apportées par chaque soldat près du pont de Bénévent ; mais le légat du pape fit déterrer et jeter dans le Garigliano le cadavre de l’excommunié.

Charles d’Anjou, après avoir rempli les espérances du saint-siège, légitima bientôt ses craintes. 11 laissa d’abord ses soldats dépeupler, ruiner par le meurtre et le pillage la ville de Bénévent qu’il était obligé de rendre au pape. Entré triomphalement à Naples, reconnu des deux côtés du Phare, il ne se contenta pas de faire périr, de dépouiller tous les partisans de Manfred, de réintégrer les exilés, de donner les dépouilles des vaincus, toutes les charges, tous les grands fiefs à des Provençaux; il montra de bonne heure que son affermissement en Sicile n’était que le prélude de sa domination en Italie.

Les guelfes étaient rentrés dans toutes les villes de la Lombardie, et Oberto Palavicino était tenu en respect par Napoléon délia Torre. Guido Novello en Toscane tenait presque seul le drapeau gibelin en Italie. Charles l’attaqua. En vain Novello essaya quelque temps de faire un compromis avec les guelfes en appelant au gouvernement de Florence deux membres d’une sorte d’ordre mi-partie religieux mi-partie militaire, dispensé des vœux de chasteté et de pauvreté, et appelé pour cela les frères de la joie (frati gaudenti). Ceux-ci dotèrent Florence d’institutions nouvelles en établissant un conseil de trente-six prud'hommes et en fondant et en distinguant les premiers les corporations des arts majeurs et mineurs; mais ils ne furent d’aucun secours à Novello et aux gibelins. A l’approche de Guy de Montfort, chevalier français , envoyé à la tête de huit cents cavaliers , Guido Novello s’enfuit pendant la nuit avec les gibelins ; ses biens et ceux de ses partisans furent confisqués; les conseils

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