CHAPITRE XI
composée de syndics du royaume des Deux-Sieiles , de barons provençaux et de jurisconsultes , présidée par le vainqueur. Accusés de révolte contre le roi de Sicile et contre la sainte Église romaine, ils furent condamnés à mort sur le vote d’un seul juge. On leur annonça leur sort comme ils étaient occupés dans leur prison à jouer tranquillement aux échecs. « Quelle affreuse nouvelle pour ma pauvre mère ! >• se contenta de dire le jeune Conradin. Le lendemain, après avoir protesté à haute voix contre la sentence, qui lui fut lue par un scribe, il donna un dernier embrassement à son fidèle Frédéric et demanda pour toute grâce de porter le premier sa tête sur le billot et de ne pas être témoin du supplice des compagnons de sa mauvaise fortune. Sa mort courageuse fit une telle impression sur les chevaliers français que le gendre même du roi se jeta l’épée à la main sur le scribe qui avait osé, lui vilain, prononcer la sentence «d’un si gentil seigneur. »
Le duc Charles d’Anjou trouva que son gendre avait agi en bon chevalier, et ordonna de continuer les exécutions. Onze seigneurs, dans la même journée, portèrent leur tète sur le billot. La révolte , déjà allumée dans la Sicile et la Calabre, s’était apaisée vainement à la nouvelle du désastre de Tagliacozzo. Tous ceux qu’on soupçonna d’y avoir pris part furent déclarés traîtres, dignes de mort, leurs biens confisqués et leurs enfants infâmes. A Gallipoli, dix-huit seigneurs, surpris dans le château, subirent le supplice de la corde; à Corneto, une centaine. A Lucera, enfin prise, tous les chefs des Sarrasins furent décapités, les autres dispersés ; en Sicile, Capece, Conrad d’Antioche, tous les habitants de la petite ville d’Agosta furent envoyés au supplice. Les exilés napolitains et siciliens, les Provençaux s’enrichirent des dépouilles et des biens des victimes (1268).
l’ulssanec de Charles d'Anjou ; les pn|»cs Grégoire X et Aicolus III (1*11 -1**1,'.
Charles d’Anjou fut naturellement plus dangereux pour 1 Italie après qu’avant l’expédition de Conradin. A Rome , il reprit la dignité de sénateur, condamna cent trente ba-
LE GRAND INTERRÈGNE ET LA MAISON DANJOll(l 250-1303). 2l3
rons, convaincus de félonie, à avoir une jambe coupée, puis, se ravisant, par meilleur conseil , ordonna de les transférer dans une baraque de bois à laquelle il fit mettre le feu. Dans la Toscane, la ville de Sienne fut imposée à onze cents drachmes pour avoir ouvert ses portes à Conradin. En Lombardie, la mort devança les ordres impitoyables de Charles d’Anjou. Oberto Palavicino , chassé de son dernier château par les Pavésans ; Buoso de Doara, exilé de Crémone, où il avait longtemps été podestat , moururent tous deux de misère. D’un bout à l’autre de l’Italie, des Alpes au golfe de Tarente, Charles d’Anjou, sous le nom de roi , de vicaire impérial, ou de pacificateur, domina par lui-même ou par les guelfes.
Père de deux fils, dont l’un avait épousé la fille unique du roi de Hongrie, l’autre Isabelle de Villehardouin, héritière de la principauté d’Àchaïe ; de deux filles, l’une mariée à Robert de Béthune, fils du duc de Flandre ; l’autre à Philippe de Courtenay, roi titulaire de Thessalonique, héritier nominal de l’empire latin tombé , époux lui-même en t secondes noces d’une fille du duc de Bourgogne , ayant la main partout, le conquérant de Naples et de la Sicile formait des projets gigantesques. Maître déjà des côtes de l’Albanie, de Corfou , dont il s’était emparé sur la veuve de Manfred , Hélène restée prisonnière ; suzerain de l’Achaïe et de la Morée, il n’avait plus qu’à diriger sur Byzance contre Paléologue la flotte qu’il rassemblait à grands frais dans le port de Brindes; et il rétablissait non plus le petit empire latin de Baudouin de Flandre, mais l’ancien empire d’Orient avec l’Italie comme annexe; la soumission de toute la péninsule après la conquête de Naples n’était que le premier degré de sa grandeur. En réalisant ce rêve, depuis longtemps caressé, Charles d’Anjou accomplissait une œuvre toute chrétienne : il éteignait un schisme, il réunissait, chose longtemps désisirée, l’Église grecque à la latine et opposait une barrière puissante aux progrès tous les jours plus menaçants des Turcs. En travaillant pour sa grandeur, il faisait les affaires du saint-siège et celles de la chrétienté.
Mais quoi ! la papauté n’aurait-elle détruit la maison de
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