‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 109 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Hohenstauffen, l’empire d’Oceident, que pour élever audessus d’elle la maison d’Anjou et l’empire d’Orient? L’Italie ne se serait-elle soustraite à la dépendance des successeurs germaniques de Charlemagne que pour tomber sous celle des successeurs angevins de Constantin? Le danger fut aperçu. Quand Charles d’Anjou , déjà déclaré seigneur perpétuel d’un grand nombre de villes du Piémont, réunit , en 1 269 , une diète à Crémone pour se faire nommer seigneur des villes lombardes et devenir ainsi le chef du parti guelfe, les villes de Parme, Plaisance, Modène, Reggio, Ferrare, Crémone reconnurent seules ce protectorat ; les autres , et parmi elles Milan, Bergame, Alexandrie, Bologne, ainsi que le seigneur de Montferrat, aimèrent mieux avoir le roi de Sicile pour ami que pour seigneur. Obligé, encore un peu plus tard, d’ajourner ses projets pour accompagner son frère saint Louis dans une croisade (1270), Charles trouva au moins un dédommagement à ce retard en détournant à son profit cette expédition sur Tunis. Arrivé sur la plage africaine au moment où le roi de France mourait comme martyr, il ne poussa la guerre contre les Maures que pour . leur arracher un traité qui assurait aux chrétiens des franchises de commerce dans leurs ports, et obtenir du sultan le tribut déjà payé à ses prédécesseurs les rois normands.

Ce fut dans le saint-siège que l’ambition de Charles d’Anjou rencontra le plus d’obstacles.

Après un intervalle de deux ans, l’autorité du docteur séraphique, saint Bonaventure, qui fit enfermer séparément les cardinaux dans leur palais de Yiterbe, et l’impatience du peuple , qui enleva la toiture du palais pour hâter la fin du conclave, arrachèrent enfin l’élection de Grégoire Ce saint et enthousiaste vieillard, qui n’avait d’autres pensées que de préparer une grande croisade par la réconciliation générale de toute la chrétienté, fut bien loin de goûter les projets de Charles d’Anjou lorsqu’il revint de Jéiusalem, où il était au moment de son élection. En Toscane , il leva l’interdit qui pesait depuis longtemps sur la gibeline cité de Pise , il convoqua à Florence les chefs des

guelfes et des gibelins pour leur faire jurer une paix qui aurait permis aux derniers de rentrer dans leur patrie, si Charles d’Anjou ne les avait fait avertir qu’ils risqueraient leur vie en franchissant les portes de la ville. Dans la Romagne, il conclut également un traité entre les Vénitiens et les Bolonais, qui se disputaient la navigation du Pô. Il essaya, mais sans réussir, de conjurer la guerre que Charles d’Anjou entretenait dans la ville de Gènes en appuyant les Grimaldi et les Fieschi, chefs du parti noble contre les Doria et les Spinola. Il aurait voulu faire disparaître ces noms de guelfes et de gibelins, empruntés, disait-il, à l’étranger et qui déchiraient encore l’Italie après avoir perdu toute signification.

En Allemagne, Grégoire X mit (1273) fin au grand interrègne et obtint des prélats et vassaux germains l’élection de Rodolphe de Habsbourg, qui renouait la chaîne interrompue des césars. Le saint vieillard, épris de cette conception idéale de la société du moyen âge qui commençait à s’en aller pièce à pièce , croyait la restauration du saint empire juste, nécessaire; elle entrait dans ses projets, qui n’allaient à rien de moins qu’à rétablir l’unité de l’Europe pour la jeter sur l’Asie, et à reconquérir cette chère Jérusalem qu’il avait promis de ne pas oublier. Rien pour atteindre ce but ne lui coûtait ; les plus vieilles, les plus profondes dissidences devaient disparaître à sa voix et se fondre dans le vaste sein de l’Église. En 1274, dans un concile tenu à Lyon, il s’applaudissait d’obtenir sans une goutte de sang chrétien, de Michel Paléologue au moins, la réconciliation des deux Églises que Charles d’Anjou voulait poursuivre les armes à la main, et il se croyait au moment de réaliser ses désirs en voyant des souverains tels que Rodolphe de Habsbourg, Philippe de France et Charles d’Anjou y prendre la croix ; lui-même rêvait de se mettre à la tète de la sainte expédition, lorsqu’il mourut en rentrant en Italie, dans la ville d’Arezzo (1276).

L’ambition de Charles d’Anjou pouvait peut-être trouver son compte aux projets de croisade de Grégoire X, mais elle n’eut aucune prise sur la politique tout italienne de son

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