‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 12 sur 347 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

fond pour un ordre de choses sorti tout entier du paganisme; en Italie, comme partout, elle voyait dans les barbares des hommes à convertir plutôt que des ennemis à combattre; elle se disposait non à sauver l’Italie, mais à adoucir l’orgueil et la férocité des vainqueurs, les misères des vaincus, et à préparer leur union dans la commune patrie du christianisme.

Dans l’Italie, d’ailleurs, elle était moins active, moins féconde en grands caractères qu’en d’autres contrées, que dans la Gaule, par exemple. Si là aussi elle jouissait d’importantes immunités , si les évêques à Rome, à Milan , a Aquilée, il Pa\ 'ie,àRavenne, élus défenseurs du peuple, commençaient à devenir les personnages les plus importants de la nation, il est remarquable cependant que parmi les nombreux conciles qui furent tenus à la fin du IVe siècle et au commencement du ve, on en voit beaucoup s’assembler en Afrique, en Gaule, en Orient, et très-peu en Italie. Saint Ambroise, le tout-puissant et ardent évêque de Milan, était loin d’avoir une influence aussi grande dans l’Église que saint Jérôme de Bethléhem et saint Augustin d’Hippone. Après sa mort , arrivée en 397 , saint Paulin de Nôle soutint seul encore et faiblement la gloire de l’Église d’Italie.

On ne voyait point dans la péninsule l’ardeur que mettaient l’Afrique et la Gaule à poursuivre, à condamner l’hérésie. En face de saint Ambroise, seul sur la brèche, et comme sous sa main, dans Milan, l’arianisme qui s’attaquait à la divinité même de Jésus-Christ, levait audacieusement la tête contre l’orthodoxie. Le siège de Rome excitait déjà, par son importance et par ses richesses, en 366, l’ambition rivale d’Ursin et de Damase. Néanmoins, quoique les antiques destinées de la ville éternelle, la tradition de la mort des apôtres Pierre et Paul, et la dignité. de Patriarcat, dont il était seul revêtu en Occident, tendissent à lui donner naturellement une sorte de suprématie sur les autres Églises, ses illustres titulaires ne semblaient pas encore bien ardents à en accroître , à en étendre les prérogatives. Les évêques d’Hippone, de Bethléhem et de Milan jouaient un rôle bien plus considérable que celui de Rome.

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ÉTAT DE I.’lTALlE.

En vain Gratien, par une loi de 381, accordait au pape le pouvoir de décider des difficultés survenues entre les évêques, et dans la même année le concile de Constantinople, en donnant' le premier rang au siège de cette capitale de l’Orient , après celui de Rome , reconnaissait implicitement la suprématie romaine; les évêques de Rome n’osaient encore agir avec autorité. En 404, par exemple, quand l’Église tout entière fut troublée par la déposition de Chrysostorne à Constantinople , le pape Innocent hésita longtemps à se prononcer, empêché, dit-il, dans une de ses lettres, par des personnages puissants ; et il n’épargna point au courageux évêque de Byzance la mort dans l’exil. L’ambition du saintsiège s’éveillera bientôt , elle se fera sa place dans la péninsule ; mais elle sommeillait encore , et semblait partager la langueur qui frappait alors toutes les institutions de l’Italie.

Ainsi, doublement épuisée, sous la république, par les héroïques efforts d’une ambition qui voulait tout soumettre ; sous l’empire, par un despotisme plus pesant parce qu’il était plus proche, l’Italie, après l’épreuve d’une puissance excessive et d’une oppression sans exemple, était moins capable encore que le reste des provinces de résister aux barbares qu’un instinct secret poussait de préférence dans ses campagnes et sur sa capitale.

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