‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 111 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

agents, qui traitaient avec rudesse et insolence une population dont ils ne comprenaient pas les mœurs et dans laquelle ils ne voyaient quedes^atarôis, ressentait doublement le poids d’une tyrannie de seconde main. Une fermentation sourde et mal étouffée chez ce peuple sombre et concentré, mais susceptible et fier, aurait pu avertir Charles d’Anjou. Il ne vit rien ou ne voulut rien voir; un évêque et un moine sicilien qui osèrent encore, en 1282, porter en sa présence les plaintes de la Sicile aux pieds de Martin 1Y, furent jetés en prison.

Quelques nobles, cependant, un certain Jean de Procida, médecin, autrefois serviteur de Frédéric II et de Manfred, maintenant réfugié auprès de don Pèdre III, roi .d’Aragon et de sa femme Constance; un Alaimo da Lenfini, un Palmiere Abbate , restés en Sicile sous la domination étrangère, cherchaient, dans le cas d’une éruption que le mécontentement rendait inévitable, à assurer à leur patrie le secours d’un roi intéressé par son ambition et par ses liens de famille à en prendre la défense. Jean de. Procida surtout n’avait rien négligé depuis qu’il avait été outragé par un seigneur français. 11 avait pendant quatre ans parcouru déguisé en franciscain, l’Espagne, l’Italie, la Sicile, la Grèce. Il s’était vu au moment de réunir le pape Nicolas 111, Paléologue et don Pèdre, contre son ennemi. Il avait enfin décidé à agir le dernier qui avait recueilli le gant jeté, dit -on, de l’échafaud par le malheureux Conradin. Don Pèdre III d’Aragon était sûr de Guido Guerra à Rome, des Spinola il Gènes, des Vjsconti à Milan , de tous les chefs du parti gibelin ; monté sur une Hotte lentement rassemblée à Portfangos il errait avec cent cinquante voiles aux côtes de l’Afrique, sous prétexte d’une croisade contre les Barbaresques , au moment même où Charles d’Anjou s’apprêtait à mettre à la voile au port de Brindes. Trop clairvoyant pour pouvoir se méprendre sur de pareils mouvements , le roi de Sicile se contentait cependant de traiter le roi d’Aragon de misérable, et ne se détournait point de ses projets contre l’Orient par crainte de celui qu’il regardait comme un si petit p ifnce.

Mais le lundi de Pâques de l’année 1 282 (30 mars) une rixe

particulière détermina l’explosion générale. Au milieu des danses joyeuses par lesquelles les habitants de Palerme célébraient hors la ville la solennité religieuse, rehaussée par un splendide soleil de printemps, quelques Palermitains se prirent de mots avec des serviteurs et familiers français du justiciaire de la province, dont la présence et peut-être les privautés troublaient leurs plaisirs ; on en vint bientôt des paroles aux coups. Bref, les Siciliens, auxquels le port des armes était défendu, menacés d’être fouillés par leurs oppresseurs, s’armèrent les uns de poignards qu’ils portaient en effet sous leurs vêtements , les autres de pierres , en criant : Mort aux Français! Une grande foule était dehors ce jour-là; ce cri poussé par quelques voix fut bientôt répété par tout Palerme, puis par toute la Sicile; les Palermitains rentrés dans la ville firent main basse sur les Français qu’ils rencontrèrent , et coururent au palais du gouverneur qui ne se sauva qu’avec peine. La nouvelle du soulèvement de Palerme , comme l’étincelle qui propage l’incendie, étendit le massacre au fur et à mesure à Corleone , à Trapani , à Syracuse , à Agrigente. La petite ville de Sperlinga refusa seule le sang français. Messine, où commandait le vice-roi, Herbert d’Orléans, hésita quelque temps, mais se déclura enfin ; Herbert de.vant la foule menaçante fut obligé de capituler et s’embarqua avec cinq cents hommes. Au bout d’un mois il n’y avait plus un Français en Sicile.

La colère de Charles d’Anjou fut égale à sa stupeur, et, malgré la prière qu’il adressa au Seigneur en recevant cette terrible nouvelle, sa chute ne fut ni lente, ni « ménagée pas à pas. » La flotte qu’il avait destinée à la conquête de l’Orient vint se briser contre l’héroïsme de Messine, où commandait Alaimo da Lentini, et où les dames portèrent sur les murailles la chaux et la pierre. Le roi d’Aragon , qui était aux aguets sur la côte d’Afrique, imploré par les députés palermitains, qui avaient d’abord voulu mettre la Sicile sous la protection de Martin IV et avaient été durement refusés, fit voile vers PaJerme , y fut reçu comme un sauveur et couronné. Son amiral , Roger de Loria, dirigé sur le détroit , força la flotte de Charles d’Anjou , dont les gros vaisseaux ne pouvaient

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