CHAPITRE XI
s’ils en avaient profité pour établir eux-mêmes le lien d’unité que le saint-siège n’avait pu leur donner.
R/Mi'lNtocratie lombarde et la démocratie toscane ; rivalité de Florence et de pige, de Gènes et de Yenlse
Mais tout sembla conspirer à rendre ces petits États de jour en jour plus étrangers et plus hostiles les uns aux autres. Au nord, le principe aristocratique tendit à prévaloir même dans les anciennes républiques. Othon Visconti, ancien chef du parti gibelin, définitivement vainqueur, après la chute de Charles d’Anjou, des délia Torre, en 1287, fit élire son fils Matteo capitaine du peuple à Milan, et en 1290 à Novare et à Verceil. Le marquis Guillaume de Montferrat, capitaine des villes de Pavie, Tortone et Alexandrie, s’inquiéta de cette puissance , et voulut le combattre ; mais il fut pris dans Alexandrie même par Othon Visconti. Le titre de vh caire impérial que celui-ci obtint en 1294 de l’empereur Adolphe de Nassau avec le consentement du peuple , annonça suffisamment la nature du pouvoir ambitionné par le maître de Milan ; et la facilité avec laquelle Matteo Visconti hérita, en 1295, de toute son autorité, parut déjà annoncer la perpétuité du pouvoir dans cette famille et son rôle en Lombardie.
Dans l’ancienne marche de Frioul, Albuino délia Scala, seigneur de Vérone et Azzo d’Este, seigneur de Ferrare, Modène, Reggio, bien que guelfes, suivirent l’exemple du puissant podestat de la Lombardie. Ces vieux noms devenus les drapeaux de haines et de rivalités locales, ne servaient plus qu’à fournir aux gentilshommes puissants, le prétexte de continuer leurs services aux républiques et de les mener peu à peu au despotisme militaire. A Venise, après une tentative faite par le peuple pour reprendre le droit d’élire son doge, Gradenigo, chef du parti aristocratique, par une suite de décrets habilement ménagés, enleva au peuple toute part à l’élection du grand conseil , restreignit l’éligibilité aux familles nobles des conseillers alors en exercice , et acheva ainsi de constituer le gouvernement aristocratique par une révolution connue dans l’histoire de Venise sous le nom de
Clôture du grand conseil ( Serrala del maggior consiglio ), 1*297. L’hérédité du sénat proclamée, un peu plus tard, l’inscription au livre d’or et l’établissement du conseil des Dix ne furent que les conséquences de cette première mesure.
Dans la Toscane, la liberté populaire se développa, au contraire , avec toutes ses ressources et tous ses orages. L’année même de la révolte de Sicile ( 1282) fut signalée à Florence par la fondation du gouvernement démocratique. On établit que désormais les prieurs des arts, c’est-à-dire les premiers de chaque profession, reconnus tels par élection, formeraient un conseil exécutif ou seigneurie , renouvelé tous les deux mois et dépositaire de la toute-puissance. Logés dans le palais public, ils durent vivre ensemble, manger à la même table aux frais de l’État. Ils furent les mandataires de tout le peuple, de tous les popolani de la ville. On ne voulait d’abord admettre dans le conseil que les prieurs des arts majeurs, juges, notaires, banquiers, médecins, merciers, fourreurs, drapiers; mais les arts mineurs, teinturiers, cardeurs, laveurs, forgerons, tailleurs de pierre, réclamèrent et furent admis, quoiqu’on minorité; il y eut à peu près égalité politiquè entre la grosse bourgeoisie et la petite, le populum crassum et 1 epopulum minutum , le peuple noble et le peuple artisan, i popolani nobili et i minori artifici. L’inégalité fut décrétée seulement contre les vrais nobles , contre les seigneurs : ceux dont l’esprit turbulent avait si souvent bouleversé et ensanglanté la cité. Ils furent déclarés inéligibles aux fonctions de la seigneurie, comme ne faisant partie d’aucune des professions actives, d’aucun des arts, et n’eurent d’autres ressources, pour reprendre leurs droits, que de se dés anoblir , c’est-à-dire de se faire immatriculer dans quelque corps de métier. La même révolution eut lieu l’année suivante à Sienne , où fut établie sur le même modèle la seigneurie des neuf gouverneurs de la commune et du peuple, et un peu plus tard à Lucques, à Pistoie, à Pise, àArezzo, dans la plupart des villes voisines de Florence et même à Gènes. Rompre net avec lu noblesse semblait aux villes toscanes le plus sûr moyen d’é-