CHAPITRE XI
chapper au sort dont les podestats menaçaient déjà les héroïques villes lombardes.
Quelque temps après, à Florence, un gentilhomme du nom de Giano délia Bella , passé dans le parti populaire , affermit cette nouvelle constitution. Nommé prieur des arts , et décidé à porter un remède radical aux maux que les incorrigibles mœurs de la noblesse infligeaient à sa patrie, il fit priver trente-sept familles nobles du droit de se faire immatriculer dans les corps de métiers, et proposa une loi qui enlevait ce droit ipso fado à toute famille dans laquelle un crime serait constaté dans l’espace de dix ans. Une nouvelle organisation militaire des citoyens de Florence divisés en vingt compagnies, ayant chacune à sa tète un yonfalonier, et relevant toutes d’un gonfalonier supérieur élu par la seigneurie, devait mettre en même temps entre les mains du gouvernement les moyens de faire respecter la nouvelle constitution. Toutes les lois de Giano délia Bella passèrent,' mais non sans une vive opposition de la part des nobles, dont lui-même fut victime. Quelque temps après, en effet, une émeute ayant éclaté contre lui, et remué dans la ville toutes les vieilles passions, le tribun, pour conjurer la guerre civile, s’exila lui -même, « au grand dommage de Florence, « dit Villani, qui le regarde comme «< un franc et loyal citoyen, toujours prêt à sacrifier son intérêt particulier au bien public. » ( 1294.)
Dans la Romagne, en l’absence des papes, représentés seulement par des légats , les deux systèmes lombard et toscan, l’aristocratie et la démocratie, se disputèrent le terrain. Tandis que la ville de Bologne exclut aussi la noblesse de toute participation aux magistratures de l’État, les Polenta à Ravenne, les Malatesta à Rimini, les Montefeltri à Urbin commencèrent à se perpétuer dans la charge de podestat. A Rome, la dignité de sénateur, toujours en vigueur, mais briguée seulement par les Colonna et les Orsini , indiquait suffisamment le caractère d’une république aristocratique.
Les rivalités d’intérêt , de factions continuèrent à diviser d’ailleurs ceux que leurs principes politiques mêmes semblaient rapprocher. Les deux républiques de Gènes et de
LE GRAND INTERRÈGNE ET LA MAISON d’aNJOU (1250-1303). 225
Pise, après tant de combats inutiles à propos de la Corse et de la Sardaigne, avaient mis enfin chacune en présence près -de file de Meloria, en 1284, une flotte de plus de cent vaisseaux pour en finir , avec toutes leurs forces , dans une dernière action. Battus par une réserve de trente vaisseaux cachés derrière l’île de Meloria, par les amiraux Doria et Spinola, et qui donnèrent au milieu du combat, les Pisans perdirent plus de quarante vaisseaux , cinq mille morts et onze mille prisonniers, c’est-à-dire toutes leurs ressources et presque leur population , tout citoyen s’étant fait soldat dans cette occasion décisive. Le malheur de Pise fut comme le signal donné à toutes les villes guelfes. Florence, Lucques, Sienne, Pistoie, Volterra firent alliance avec Gènes pour achever la malheureuse cité. Pise, dans l’imminence du danger, crut trouver son salut dans la dictature d’un de ses nobles ; triste ressource dont le comte Ugolin lui montra tous les dangers.
Celui-ci était un guelfe qui avait, de tout temps, ménagé et pratiqué les gibelins; on le suspectait de suivre son intérêt dans les discordes ou rabaissement de la république), et on l’accusait même d’avoir donné le signal de la fuite a la bataille de Meloria. Les Pisans néanmoins aveuglés par le danger et croyant qu’il pourrait seul traiter avec l'ennemi, le nommèrent capitaine du peuple pour dix ans. Il obtint, en effet , ce que nul à sa place n’eût obtenu : la rupture de l’alliance des villes toscanes avec Gènes , par de grands sacrifices de châteaux et de territoires, il e#t vrai. Mais on le vit bientôt chercher à se perpétuer et à s'affermir au pouvoir; il empêcha la mise en liberté des prisonniers de Meloria, en y mettant des conditions repoussées même par ceux-ci ; il exila tous ceux qui lui firent ombrage, sans distinction de parti , et exer$i la plus odieuse tyrannie, jusqu’à assassiner de sa main le neveu de l’archevêque Roger, son ennemi. Guelfes et gibelins, commandés par l’archevêque, se soulevèrent, en 1 288, assiégèrent le tyran dans le château de la seigneurie, l’y firent prisonnier pendant l’incendie, et le jetèrent dans la tour aux Sept-Chemins avec quatre de ses fils et petits-fils. L’archevêque trouva moyen d’attirer la pitié sur