‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 125 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

une autre enseigne ; ce n’est pas suivre l’empire que se séparer de la justice, » et il implorait la présence de César : « Viens voir, disait-il, homme oublieux , viens voir les factions se déchirer dans les villes, les Monaldi et les Filippes— chi, les Montecchi et les Capuletti, » deux noms immortalisés aussi par un autre poète, comme les types de ces passions de tout genre qui déchiraient la péninsule. Tel était en effet l’état de l’Italie. L’hostilité du principe aristocratique et du principe démocratique menaçait déjà une indépendance plutôt tolérée par l’empire que conquise sur lui. Elle était le principal obstacle à l’établissement de l’unité à l’abri de laquelle seulement pouvait se développer le sentiment national.

La liberté municipale même n’était pas établie sur un terrain moins mouvant ; c’était encore par un acte de leur libre volonté et pour leur plus grande tranquillité que les cités lombardes commençaient à se donner des maîtres. Mais il est dangereux pour la liberté de jouer avec la servitude, et les services de la tyrannie sont rarement gratuits. « L’Italie, disait Dante, est pleine de tyrans, et tout manant qui intrigue est pris pour un héros ! » Dans les villes toscanes, l’exclusion portée contre les nobles indiquait plus de défiance que de force réelle. La jalousie de la grosse bourgeoisie contre les gens de petit métier, la servitude dans laquelle les citoyens des villes tenaient les habitants de la campagne; les hostilités continuelles des riches contre les pauvres, du peuple gras contre 1 a peuple maigre (prœlium inter populum crassum et populum macrurn j , des citadins contre les métayers rendaient impossible l’affermissement de la liberté, regardée comme un privilège et non comme un droit. « Après les révolutions, on faisait des réformes, dit Machiavel, non dans un intérêt général, mais pour l’affermissement et la sécurité d’un parti. » On regardait la proscription en masse de toute une faction, de toute une classe, noble , grasse ou maigre , comme le seul moyen d’éviter une guerre d’extermination , et on perpétuait ainsi la guerre ; les bandes d’exilés ( fuorusciti) erraient par toute la péninsule, épiant l’occasion de rentrer dans leur patrie, invoquant

l’étranger pour apprendre de lui l’art du retour. L’instabilité de ces institutions , « si frêles que ce qu’on avait filé en octobre n’arrivait pas à la mi-novembre, » faisait ressembler les républiques à ces malades qui , ne pouvant trouver de repos, s’agitent sur leur couche de douleur. « Italie, pouvait s’écrier le poëte, habitation de douleur, vaisseau sans nocher dans une atfreuse tempête, tu n’es plus la maîtresse des peuples, mais un lieu de prostitution. Ceux qui vivent dans tes contrées se font une guerre implacable; ceux que les mêmes remparts protègent se rongent l’un l’autre. Cherche, misérable, autour de tes rives , et vois si une seule de tes provinces jouit de la paix. »

Robert «le K'apleN; le pape Clément 1 J et l'empereur Henri Vil de Luxembourg (1310-1313).

Rien d’étonnant qu’au milieu de ces querelles et dans l’ardeur de la lutte, les partis tournassent encore les yeux vers le pape et vers l’empereur sinon dans l’espoir de trouver le nocher qui pût les tirer de la tempête, au moins par désir de vaincre leurs adversaires. Mais les papes, du fond de leur retraite fixée, en 1309, à Avignon, les empereurs perdus dans l’océan de la féodalité allemande, ne pouvaient plus exercer qu’une intervention plus nuisible qu’utile; et l’histoire de l’Italie pendant plus d’un siècle, ne fut plus qu’une suite de révolutions et de contre-révolutions se propageant d’un bout à l’autre de la péninsule, à chaque apparition d’un pape ou d’un empereur, à chaque événement qui déplaçait les hommes et les forces du pays; triste flux et reflux où devaient s’abîmer ces deux nouvelles et fragiles conquêtes, la liberté et l’indépendance!

Depuis la translation du saint-siège en France, le roi de Naples, Robert, successeur de Charles II, en 1309, était, le personnage dominant de la péninsule ; son appui faisait le triomphe des noirs dans la Toscane et dans la Romagne, des guelfes dans la Lombardie, en un mot, des aristocraties bourgeoises contre la noblesse. Les gibelins, c’est-à-dire, à Milan les Visconti et leurs nombreux clients, à Bologne les Lambertazzi , les blancs , variété de gibelins à Florence et à

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