‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 126 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Pistoie s’adressaient alors comme exilés, comme fuorusciti , pour obtenir des secours contre leurs ennemis, à César leur ancien protecteur. L’année 1310 vit, par un rapprochement singulier qui ne contribua pas peu à démoraliser les partis, le pape Clément Y et l’empereur s’entendre contre le roi de Naples , qui avait pris la place du saint-siège à la tête des guelfes.

Après une absence de cinquante-six ans, un nouveau césar, le jeune Henri YII de Luxembourg, descendit les Alpes par le mont Cenis , favorisé par Amédée V, duc de Savoie, dont la maison commençait à se mêler plus activement des affaires d’Italie; il avait une faible escorte d’hommes d’armes et une provision plus petite encore d’écus, mais il était en revanche flanqué des légats de Clément V. Le pape et l’empereur, donnant l’exemple de l’union , voulaient, disaient-ils, étouffer toute discorde. Cette exhibition pacifique, orthodoxe d’un césar jeune et chevaleresque, réveilla dans toute leur candeur les vieilles illusions de l’Italie, et ouvrit un instant les coeurs à l’espoir et à la concorde. Le poète Dante salua le premier le revenant, et le conjura, dans son livre de l’ Unité du pouvoir (de Monarchia) , au nom de la raison , au nom de la foi et de l’humanité, de donner la paix à l’Italie et au monde , en prenant pour loi la toutepuissance. La noblesse lombarde se précipita au-devant du jeune homme, promettant de lui faire faire le tour de l’Italie , Yoisel sur le poing ; la population des villes remua au cri de : Viva il popolo ! les émigrés de tout parti et de toute commune arrivèrent et grossirent le cortège impérial.

Le jeune empereur reçut à Milan la couronne de fer, au milieu de la joie générale, dans l’église de Saint-Ambroise. Il récompensa la fidélité d’ Amédée de Savoie en le créant prince d’empire et comte d’Àsti, ce qui lui fit faire un pas de plus dans la péninsule. Il promit de ne faire aucune différence entre les guelfes et les gibelins , ordonna la réconciliation des Torriani et des Visconti, la rentrée des exilés, et remplaça les vicaires de Robert de Naples par des vicaires impériaux. La ville de Gènes, lasse des querelles de

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ses familles nobles, des Doria et des Spinola, des Fieschi et des Grimaldi, se donna à lui pour vingt ans et reçut un podestat de sa main, Hugues de la Faggiuola. Cependant l’illusion et l’accord furent de courte durée. A la suite de défiances excitées et ressenties par les Torriani à Milan , Henri VII ayant rendu le gouvernement de la ville à Matteo Visconti, les Torriani avec les guelfes de Crémone et de Brescia prirent les armes. L’empereur fut obligé d’assiéger Brescia peitdant six mois. D’ailleurs le césar, chevaleresque mais pauvre, allait levant le tribut de conquête, cent mille écus sur Milan, soixante mille sur Gènes. Dans la Toscane, il fut encore accueilli à bras ouverts par l’infortunée Pise, qui lui offrit d’elle-même ses trésors, trente galères et six cents arbalétriers, mettant en lui tout son espoir ; mais il trouva Florence et toutes les autres villes guelfes fermées et hostiles sous la protection du roi de Naples, et aussi peu accessibles à ses menaces qu’aux excommunications de Clément V et de ses légats. Réduit à traverser la Toscane soulevée « au nom de la sainte Église, » malgré la présence des légats du pape, et « pour la mort de l’empereur, » Henri VII ne fut pas beaucoup plus heureux à Rome, « cette veuve, cette délaissée, qui l’appelait nuit et jour, s’écriant au milieu de sa douleur : O mon césar! pourquoi n’accours-tu pas dans mon sein ? » Les Orsini le reçurent , mais il dut se contenter d’être couronné par les légats du pape dans l’église de Saint-Jean de Latran; le roi Robert lui-même et les Colonna l’empêchèrent de pénétrer dans le reste de la ville et dans l’église du Vatican.

Sa faiblesse apparut mieux encore quand, au lieu de pacifier, le césar voulut sévir. Après avoir mis Florence au ban de l’empire « pour sa folie et son orgueil insigne à l’encontre de la majesté royale » et déclaré Robert déchu de son trône, comme criminel de lèse-majesté, Henri VII , avec quelques vassaux allemands et les gibelins de l’Italie, ne put que ravager la Toscane comme un aventurier. Florence se donna au roi de Naples pour cinq ans, afin de l’intéresser à sa défense; elle répandit l’argent et excita partout des révoltes: les Torriani dans le Milanais, les Padouans contre Cane délia

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